Filles – garçons face au sport : quand la mixité devient vecteur d’épanouissement

  • Il ne suffit pas de mettre des garçons et des filles ensemble pour obtenir un cours mixte.
    Chercheuse et enseignante en Éducation Physique et Sportive depuis plus de trente ans, Cathy Patinet partage avec nous les démarches qu’elle a mis en place pour permettre aux collégiens de faire des expériences variées, riches et épanouissantes dans un climat de bienveillance.
    Avec elle, performance ne rime pas avec violence, et tout le monde y trouve son compte !

    Yoann Lambert

    Yoann Lambert

    Alors que l’école était mixte depuis longtemps, filles et garçons sont longtemps restés séparés lors des cours d’Éducation Physique et Sportive (EPS). Il faut dire que certains sports sont très associés à un genre (la danse aux filles, le rugby aux garçons) et proposer des activités sportives à la fois masculines et féminines n’est pas une mince affaire.
    Faute de mixité, les filles très dynamiques s’ennuyaient avec leurs congénères, et les garçons peu sportifs, ou ceux qui n’aiment pas les défis, redoutaient les cours d’EPS.

    Mais décréter l’enseignement mixte ne suffit pas à le rendre égalitaire.

    Élèves et enseignants renforcent les stéréotypes

     

     

    rugby collectif

    Cathy Patinet

    D’une part, si l’enseignant laisse faire, les collégiens ont tendance à renforcer les stéréotypes (au foot, un garçon ne passera pas le ballon à une fille bien placée et privilégiera un garçon, par exemple).

    D’autre part, certaines façons d’enseigner peuvent mettre plus facilement en difficulté les filles ou les garçons (voire encadré l’école et les garçons). A leur insu, les adultes adoptent parfois des attitudes non égalitaires qui, à leur tour, renforcent les préjugés.
    Un exemple  :  » les filles sont tout de suite fatiguées et les garçons se battent pour un rien« .
    Un autre : un professeur expliquait en commentant un match de rugby « tu vois, là elle se débarrasse de la balle » ; et mentalement, il se disait « les filles ne sont pas motivées pour le rugby ». Pourtant, en observant la scène attentivement, il aurait pu voir qu’en fait, elle passait la balle parce qu’un grand baraqué était en train de lui foncer dessus et qu’elle avait peur.

     

     

     

    Changer les règles pour regarder la réussite autrement

    Yoann Lambert

    Yoann Lambert

    C’est tout le travail de Cathy Patinet : observer ce qui se joue pour mettre en place des règles et un environnement sécurisant, non violent et épanouissant pour tous.

    Quand elle organise des sports collectifs, elle veille à ce que les règles soient strictement respectées (par exemple, on ne se fonce pas dessus) et met en place des doubles ou triples scores. En proposant de compter non seulement les buts, mais aussi le nombre de passes réussies ou de passes décisives, par exemple, elle invite à adopter d‘autres points de vue sur la réussite et permet à tout le monde de sortir la tête haute.

    Cathy Patinet veille aussi à ce que ses élèves goûtent à tout pour qu’ils développent des compétences variées en mobilisant différentes facettes d’eux-mêmes. En escalade, par exemple, les garçons empruntent plus facilement les voies de dévers, et les filles celles qui ont de petites prises. Avec bienveillance, l’enseignante invite chacun à aller au moins une fois vers ce qui lui semble a priori inconfortable.

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    Cathy Patinet invite à adopter d’autres points de vue sur la réussite et permet à tout le monde de sortir la tête haute.

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     Apprendre à se connaître en entier

    Ainsi, elle pousse ses élèves à explorer des territoires vers lesquels ils ne seraient pas allés spontanément, mais grâce auxquels ils peuvent apprendre beaucoup sur eux-mêmes.
    En activité Danse, elle propose régulièrement le jeu de l’aveugle, par exemple. Des duos sont constitués entre un guide et un élève dont les yeux sont bandés.
    La musique est douce et les consignes sont transmises avec la même douceur, pour inviter au calme et à l’intériorité. Cathy Patinet laisse la confiance se développer au sein du duo en invitant les élèves à se promener dans la salle, jusqu’au moment où le guide place son partenaire « aveugle » à l’endroit de son choix pour créer une sculpture en posant trois gestes aussi bienveillants que réalistes sur son alter ego « aveugle ». Alors, le guide se recule, admire son œuvre, puis l’aveugle se remet de lui-même dans une position neutre. Ensuite, il tente de retrouver la pose créée par le guide.
    Cet exercice fait travailler non seulement la mémoire corporelle et la maîtrise, mais aussi l’intériorité, terrain que la plupart des élèves, aussi bien filles que garçons, n’explorent jamais.
    L’exercice leur permet de se mettre à l’écoute de leur ressenti ; ils touchent ce qu’ils sont vraiment au fond d’eux-mêmes. Quand il prend fin, de nombreux élèves sont émus. « Cette connaissance d’eux-mêmes leur servira dans de nombreux domaines, notamment quand ils seront parents à leur tour », pense Cathy Patinet. Et quand ses élèves présentent la chorégraphie qu’ils ont construite dans le sillage de cet exercice, à partir de leur intériorité, les spectateurs sont toujours émus.

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    Cette connaissance d’eux-mêmes leur servira dans de nombreux domaines, notamment quand ils seront parents à leur tour

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     Garçons et filles sont ils égaux face à la performance sportive ?

    Face au ballon, les garçons ont un immense avantage culturel. « Le sens du ballon n’est pas inné, il est acquis, affirme Cathy Patinet ! En matière de sport à l’école, la performance moyenne des filles et des garçons est identique. Certaines filles ont le même niveau sportif que les meilleurs garçons ».

    Même chez les sportifs de haut niveau, il est difficile de dire si l’écart de performance entre les athlètes hommes et femmes est purement physiologique ou pas. En effet, si certaines études affirment que « l’évolution des performances des hommes et des femmes suit une trajectoire parallèle : même si la performance féminine a augmenté sensiblement au point de dépasser la performance masculine d’il y a 50 ans dans certaines disciplines, l’écart physiologique, lui, reste constant »1, d’autres montrent que les écarts hommes / femmes se réduisent progressivement : l’écart de performance homme – femmes serait passé de presque 60% en 1930 à 15% aujourd’hui en athlétisme, et de 50% à 9% en natation2 par exemple, et de 10% en moyenne3.

    1http://www.datajournalismelab.fr/performances-athletiques-vers-la-fin-des-records/
    2-http://franceolympique.com/files/File/actions/sante/documentation/2008/5econference/15.pdf
    3-
    http://www.theatlantic.com/technology/archive/2012/08/we-thought-female-athletes-were-catching-up-to-men-but-theyre-not/260927/#

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    CathyPatinet : Malgré sa forte sensibilité et sa formation à l’égalité, Cathy Patinet, enseignante en EPS, se rend compte qu’elle provoque encore, à son insu, des événements qui ne vont pas dans le sens de l’égalité. Elle consacre donc son doctorat à l’attention portée aux élèves par les enseignants et la façon dont ils peuvent gérer la question des stéréotypes. Elle forme des enseignants et continue d’enseigner à des élèves de collège.

    Poursuivez la lecture sur le hors série n°1 du magazine Parents à Parents (à feuilleter ou télécharger gratuitement)

    Parents à Parents Webzine#1

     

     illustrations : Yoann Lambert

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    16 Avr
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