Qu’est-ce qu’on chante (ce soir… mais pas seulement) ?

  • Chanter partoutDans toutes les régions du monde, on chante pour endormir ou apaiser les tout petits : des berceuses qui se transmettent de génération en génération, des chansons écoutées quelque part, que nous avons mémorisées sans y prêter garde, ou des mélodies qui nous viennent à la bouche naturellement, inventées de toutes pièces ou brodées sur des airs connus. Avez-vous fait l’expérience de ces chants improvisés ?

     Avant de me lancer spontanément, je n’aurais pas imaginé m’amuser autant avec les mots et les sons. Enfant, ado, j’avais peur de chanter faux, de ne pas être en rythme ou d’être mal reçue par les autres. La maternité, heureusement, m’a désinhibée. Quand j’étais enceinte, je me suis mise à chanter pour mon bébé spontanément, je ne saurais dire pourquoi. Il n’y avait personne pour donner un avis ou émettre un jugement, le chant remplissait l’espace et disait la joie que j’avais à porter ce petit être.

    Quelques notes qui tissent le lien

    Ce n’étaient que quelques notes, un refrain et deux couplets tout simples sortis de je ne sais où, il n’y avait pas de quoi en faire une chanson dont j’aurais pu être fière, mais c’est devenu, peu à peu, au fil des mois, un lien de plus entre ce bébé et moi. Quand ma fille est née, j’ai continué à fredonner cet air qui n’appartenait qu’à nous, et qui, le plus naturellement du monde, avait le don de l’apaiser. Six ans plus tard, il nous arrive encore de l’entonner, quand elle a mal, qu’elle s’est blessée, qu’elle est chagrin ou fatiguée. Quand j’étais enceinte de sa sœur et son frère, d’autres sons et d’autres mots sont nés pour eux, rien que pour eux. Ces chansons là aussi, je les reprends fréquemment, à toute occasion.

     

    Un chant pour la vie

     Il y a quelques mois, j’ai lu que dans une tribu africaine,

    un chant nait pour chaque enfant,

    avant même qu’il ne soit conçu,

    et ce chant là l’accompagne toute sa vie.

     

    La berceuse du jour, celle qui vient spontanément et qui endort à coup sûr

     Chemin faisant, nous ne nous sommes pas limités à un chant par enfant. Quand j’aide mes petits à s’endormir le soir (surtout le plus jeune), je cherche souvent un refrain pour les accompagner dans leur sommeil. Parfois, c’est un air connu, une berceuse, un chant spirituel, et, plus souvent encore, ce sont quelques notes répétées, des variations qui se tissent sur un air, puis des mots qui les rejoignent.

    Je ne saurais pas dire d’où ils viennent, ils disent l’ambiance du moment, ce que nous avons sur le cœur, ils parlent de la lune, des étoiles et de la nuit, ils évoquent notre place dans l’univers.

    Parfois, un chant naît à plusieurs voix. Un enfant entonne quelques notes ou dit quelques mots que nous reprenons spontanément.

    C’est un jeu tout simple, et c’est fou ce qu’il nous rassemble !

     Nous y jouons parfois en plein jour, quand un mot nous amuse ou nous trouble, pour alléger l’ambiance ou la peine, ou juste parce ça nous enchante.

     

     Le chant « naturel », celui qui nous rassemble

     C’est vraiment simple comme bonjour, et c’est dans cette simplicité là que naît la joie.

    C’est en lisant Paul Lebohec* que j’ai compris comment s’opérait cette jolie magie, comment naissait ce qu’il appelle la « musique naturelle ». Paul le Bohec n’était pas musicien (il était instituteur). Et c’est tant mieux, explique-t-il : « Si j’avais été chanteur, j’aurais été amoureux de ma voix, et on serait resté dans la même voie de consommation des chansons des autres… En fait, il s’agit seulement d’être pédagogue, même si on n’y connaît pratiquement rien** ». A l’école, dans sa classe, il arrivait ainsi ce qui se produit fréquemment chez nous, et sans doute chez vous : spontanément, un enfant en train de jouer se met à chantonner sur quelques notes pour raconter ses vacances, sa peine, sa joie. Le chant libre, souvent, dit davantage que le texte oral sans notes, car « la dominante, c’est le plaisir, c’est le rire thérapeutique et même le fou-rire à propos des essais de voix, des messages syncopés, des chants à deux, des textes bizarres : « la goélette et le cacatois », « Un jour, deux souris Tobus », … Cela ne semble pas du tout sérieux ; cependant on travaille au moins à la santé des enfants puisque les rires et les émotions délivrent des endorphines **», analysait Paul Le Bohec.

    Faire émerger la musique qui est en soi

    Dans son école, l’instituteur avait remarqué que l’expression la plus « engagée » de ses élèves s’appuyait seulement sur trois ou quatre notes. « La pensée à exprimer n’était alors pas perturbée par des accidents mélodiques qui auraient remis l’intellect en marche. Il fallait qu’il y eut une sorte d’abandon pour que les choses puissent remonter des profondeurs. Comme tous les peuples l’ont fait dans des complaintes, des mélopées, des « goualantes »** ».

     C’est un exercice qu’on peut provoquer en répétant des sons rigolos, en écoutant les bruits autour de nous, en fabriquant des instruments de musique tout simples (comme une petite bouteille qu’on remplit à demi de légumineuses ou de cailloux, un tube dans lequel on perce quelques trous pour en faire un pipeau,…). « N’hésitons pas, nous, les adultes, à chanter, fredonner… c’est généralement joyeux et c’est une graine planté dans la tête et le cœur d’un enfant. Un jour, il essaiera à son tour, à un moment qui sera le sien » me dit Francine Tétu, qui a longtemps animé des ateliers de musique naturelle et qui m’a fait connaître Paul Lebohec.

     

    illustration : Leandro Lamas

     *Paul Le Bohec (1921-2009), instituteur à Trégastel (côtes d’Armor) pendant 23 ans, fut l’un des plus proches collaborateurs de Célestin Freinet. Il est resté fidèle aux principes de la Méthode Naturelle de la pédagogie Freinet plus qu’aux outils développés par la suite. Pour faire sa connaissance : http://www.amisdefreinet.org/lebohec/ ; et le livre : « L’école réparatrice de destins, sur les pas de la méthode », L’harmattan 2007 .

     **pour lire le texte en entier : le texte de Paul Lebohec sur le chant libre 

     

     

     

    18 Fév
    18 Fév

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