Sommeil et maternité : un mix tisane « Molotov »

  • Début d’allaitement difficile, nuits hachées, douleurs post-natales, fatigue intense, doutes, … il n’en faut pas beaucoup pour que tout bascule. Sergine retrace pour nous son parcours de jeune mère épuisée, de la traversée de la dépression à l’équilibre et la confiance.

    Enfant, je me voyais mère à 27 ans. J’aurai 3 enfants. Une tribu unie, célébrant la vie et respectant la nature de chacun, dans l’amour simple et la complicité bienveillante, dans la joie et le jeu. J’avais 36 ans quand Noé Ange Komomé, mon fils, est venu au monde, fruit d’une union jeune et magique.
    Ma grossesse a été merveilleuse physiquement. Sur le plan émotionnel, le passage initiatique à la maternité faisait son oeuvre : « ça brassait», comme on dit au Québec (anxiété et peurs) ! Nous nous sommes offerts le précieux présent d’un accouchement naturel, en maison de naissance. Un enfantement pleinement accueilli physiquement et si défiant mentalement ! Que de doutes durant les sept heures entre une dilatation à 9cm et l’arrivée de bébé ! À 5h55 le 27 mars 2012, Noé est né.
    Le soir-même, l’aventure sommeil commençait.

    Avec ou sans lait ? L’allaitement au fil du sommeil

    yoann lambert sommeil maternitéBébé ne buvait pas. Alors la nuit suivante, à la maison de naissance, une accompagnante venait nous réveiller toutes les heures pour que nous lui donnions le colostrum au doigt. De retour à la maison, nous, si confiants dans la vie, nous retrouvions désemparés, seuls et déjà épuisés. Je souffrais d’une plaie au périnée qui rendait la position assise insoutenable. J’étais stressée et anxieuse avec mon petit qui avait perdu trop de poids. Comme le papa, je n’aurais jamais envisagé que l’allaitement serait un parcours du combattant de plusieurs mois, drainant beaucoup d’énergie.

    « De retour à la maison, nous, si confiants dans la vie, nous retrouvions désemparés, seuls et déjà épuisés »

    Une infusion chronométrée : un sommeil en pointillés

    L’enjeu de l’allaitement ponctuait le quotidien d’une discipline et d’un suivi qui nous empêchaient de nous laisser-aller dans le mouvement simple de la vie. Les nuits se découpaient en une succession de réveils programmés pour répondre au besoin vital de nourrir notre fils. Je me
    réveillais toutes les deux heures pour l’allaiter, puis j’allais tirer mon lait. Je dormais ainsi par tranches d’une heure, ne rejoignant jamais le sommeil profond.
    Trois ou quatre mois plus tard, l’allaitement était fluide. Joie ! Et aujourd’hui, deux ans plus tard, nous partageons encore ce bonheur savoureux et complice. Mais pour le sommeil, c’était une autre « tasse de thé ». À 8 mois, Noé se réveillait encore toutes les heures ou les deux heures. Je vivais les couchers avec une grande appréhension : l’endormissement prenait une heure, voire davantage, avant que je quitte la chambre, la boule au ventre. Noé se réveillait une demi-heure plus tard. Pas de répit. Et le jour, Noé résistait au sommeil. La sieste, pour lui, rimait avec balade en poussette.

    « J’ai compris, quand Noé avait huit mois, qu’il se réveillait pour prendre soin de moi »

    La plante anxiogène : maternité et dépression

    yoann lambert sommeil maternitéLa dépression, latente en moi depuis quelques années, s’est pleinement révélée avec la maternité. Magie de ce passage initiatique qui met en lumière tout ce qui nous habite afin que nous puissions faire le ménage et créer pour soi, et pour nos enfants, une vie pleine du sens, tissée avec notre cœur et nos valeurs ! Cette dépression, j’ai mis du temps à l’identifier clairement, mais elle a très nettement teinté mon expérience. J’ai compris, quand Noé avait huit mois, qu’il se réveillait pour prendre soin de moi. Il suffisait d’observer son comportement : il n’y avait aucun doute. Il était parfaitement capable de dormir. Il avait besoin que sa mère s’endorme avec lui et de se s’assurer régulièrement qu’elle allait bien.
    La dépression nous coupe de notre intuition. Elle interfère sur la façon dont nous voyons la vie, et dont nous en appréhendons les événements. Je vivais dans ma tête, en proie aux doutes, constamment. J’accueillais les événements avec anxiété, déconnectée de mon « centre » et de mon conjoint. C’est à dix-huit mois que Noé a commencé à expérimenter des nuits continues. La dépression et l’épuisement étaient à leur apogée.
    Aujourd’hui, je me sens encore vulnérable, mais je suis centrée et connectée à ma sagesse intérieure. Noé a aujourd’hui deux ans et demi. Chaque soir, nous prenons le train du sommeil ensemble, quel qu’en soit le voyage. Depuis deux mois, il a besoin de dormir dans mon lit.
    J’accueille ce qui est : je suis le flot de la vie, pleinement dans le « maintenant ». Je suis à l’écoute de ses besoins, des miens du mieux que je peux, et je remets en question mes résistances. Je crée mes réponses avec mon intuition et celle de mon fils, dans la confiance.

    « La dépression nous coupe de notre intuition »

    Un mélange homogénéisé : le sommeil intriqué avec la vie

    yoann lambert sommeil maternitéIl m’est impossible de dissocier le sommeil, l’allaitement, mes états physique et émotionnel, ceux du père de mon fils et ceux de mon fils. La vie embrasse tout ce qui est et tout ce que nous sommes, dans un même mouvement. Or, j’observe une tendance très marquée dans nos sociétés «modernes» à compartimenter la vie : la famille, le travail, soi, la santé, les loisirs, … En réponse à notre besoin de rationaliser … pour pouvoir contrôler.
    Il en est de même pour la maternité et les bébés : il y a le sommeil, l’allaitement, le langage, etc, que l’on envisage comme des sachets de thé à infuser dans des tasses hermétiquement séparées les unes des autres. Les herbes comme la vie, comme toute vie, conservent leur essence lorsque nous les laissons infuser en vrac, là où leur intégrité est intacte. L’harmonie des saveurs est propre à chacun et à chacune.

    Sergine Martinez

    illustrations : Gioia Albano et Yoann Lambert

    Vous trouverez de nombreuses pistes sur l’endormissement, le sommeil, les réveils nocturnes dans le très beau livre numérique Hors Cadre – Regards Croisés sur le Sommeil

    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    05 Avr
    05 Avr
  • Enceinte de mon premier enfant, je disais que j’allais « essayer d’allaiter« , que j’allaiterai mon bébé  » si j’y arrive, si tout va bien« … Et voilà que six ans plus tard, j’écris sur l’allaitement, et l’allaitement qui dure…
    J’ai tout appris avec mes enfants, grâce à eux, pour eux, à travers eux ; l’allaitement ne m’était pas du tout familier, autour de moi nul exemple.
    Au contraire, j’entendais beaucoup le discours des femmes qui refusent d’allaiter pour que leur conjoint trouve sa place, puisse nourrir le bébé…

    Alors j’ai découvert l’allaitement comme une intense, belle et remuante aventure.
    – intense : dans le temps, et parce que cela m’a fait grandir, prendre conscience des besoins de mes enfants, de mes propres limites, de notre capacité d’adaptation…
    – belle : le sentiment de donner à mes enfants ce dont ils ont besoin, quand ils en ont besoin
    – remuante : car les débuts furent mouvementés, difficiles parfois : engorgements, mastites, tirage du lait, co-allaitement à mettre en place
    C’est au cours de ce chemin que j’ai réalisé combien de nombreux professionnels ne connaissent rien à l’allaitement, et de fait, concourent à saboter l’allaitement au lieu de l’encourager, de soutenir les familles, de les informer, et ceci du point de vue médical mais aussi psychologique.

    allaitement long sans sevrage Agnes Vigouroux Parents à Parents parentsaparents.frÉtant moi-même psychologue, je suis toujours aussi révoltée lorsque j’ai connaissance d’un discours caricatural sur l’allaitement tenu par un psy ( psychologue, psychanalyste). M. Rufo par exemple n’hésite pas à qualifier l’allaitement de sexuel, alors qu’allaiter ce n’est que répondre aux besoins primaires de l’enfant en lait maternel, en proximité affective et physique, en chaleur, en contact…
    Il conseille aux parents dans ses livres de ne surtout pas dormir avec leurs enfants, de les laisser pleurer… C’est toute une vision de l’enfance imprégnée de violence et d’ignorance quant à l’allaitement.
    Certains parents hésitent à consulter un professionnel de peur que celui-ci ne sursaute en apprenant que leur enfant est encore allaité, de peur qu’il ne cherche pas davantage à comprendre la situation familiale, de peur qu’il ne prône le sevrage …
    On entend encore trop souvent des psy parler « d’enfant collé au sein de sa mère  » comme s’ils imaginaient que l’allaitement d’un bambin ressemble à celui d’un nouveau-né. J’en suis arrivée à constater qu’il est difficile pour beaucoup de personnes de se rendre compte qu’elles ignorent tout de l’allaitement, même lorsque la réalité vient s’opposer à leurs clichés.
    Un jour, alors que mon enfant venait de se servir copieusement lors d’un apéritif devant des invités qui commentaient sa gourmandise, on m’a dit « il tète encore ? Mais alors il ne mange pas ? » Le cliché du bébé allaité s’était immédiatement superposé à la réalité du bambin allaité et diversifié dans son alimentation.

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    J’ai donc commencé, dans mon ouvrage, à reprendre les principales théories psy du développement de l’enfant pour les expliquer puis les confronter à la réalité de l’allaitement. S. Freud, par exemple, n’a jamais, à ma connaissance, dénigré l’allaitement ; au contraire il en parle comme d’une activité essentielle pour l’enfant. L’allaitement serait selon ses écrits le premier mode d’attachement à un objet d’amour, c’est-à-dire à une personne avec laquelle l’enfant tisse une relation et se construit.
    Je pense que la plupart des psy ne connaissent pas l’allaitement, mais encore moins l’allaitement qui dure ; le sevrage étant placé le plus souvent comme une étape absolument nécessaire au développement de l’enfant !
    Beaucoup de professionnels considèrent en effet la frustration comme un élément vital à l’enfant pour se construire, et postulent que sans sevrage, il n’y a pas de frustration. C. Halmos, par exemple, développe ces notions, mais il suffit de regarder un petit enfant évoluer pour constater à quel point la vie en soi est pleine de frustrations ! Dès lors, pourquoi vouloir à tout prix priver l’enfant de ce qui le nourrit, l’apaise, le réconforte ?
    Penser donc qu’allaiter plusieurs années sans sevrage précoce concourt à l’épanouissement et à l’équilibre de l’enfant constitue en soi un tout nouveau paradigme pour de nombreux professionnels…
    Alors qu’on entend beaucoup parler de coach pour adultes, de quête d’épanouissement, de course au bonheur, il me parait vital de regarder nos bébés et de penser d’abord à eux, de repenser le credo de l’autonomisation à tout prix, de la séparation précoce… Faisons leur d’abord confiance, apprenons à les écouter, et accompagnons les familles sur ce chemin au lieu de s’ériger en professionnels « qui savent »

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    Article écrit par Agnès Vigouroux

    Retrouver son livre aux éditions du Hêtre

    Illustrations : Gioia Albano

     

    03 Fév
    03 Fév
  • Les journées des doulas auront lieu cette année encore à Paris, vendredi 8 et samedi 9 mai, au MAS*. Deux jours de rencontre ouverts à tous, auxquelles je me réjouis de participer, pour l’authenticité des partages, l’atmosphère sereine et joyeuse, l’intérêt des conférences, la bienveillance des échanges,…
    Les journées des doulas, ce sont, chaque année, deux journées d’ateliers, de conférences, de spectacles organisées par l’équipe Doulas de France dans un climat de respect rare. J’y ai rencontré de très belles personnes, découvert des recherches et des idées passionnantes (je pense entre autres à Michel Odent, Rina Nissim, Isabelle et Max Poquin et tant d’autres), j’ai participé à des ateliers réjouissants et revivifiants et, par-dessus tout, j’y ai vécu des vrais bons moments de sincère bienveillance.

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    J’ai été émue de voir ces femmes et ces hommes qui militent et agissent pour le respect des naissances, des femmes, des mères, des pères et des familles, quels que soient leur vie, leur histoire et leurs choix.

    • J’ai été touchée par l’authenticité immédiate qu’a su crée Zara dans son groupe de femmes, par le simple fait de sa posture personnelle et du climat de ces journées.
    • Je me suis sentie pleine de joie pendant les ateliers parent-enfant de Caroline et de Delphine, que mes enfants ont tout de suite adoré alors que d’habitude, ils ont besoin d’un long moment d’apprivoisement.
    • J’ai été émerveillée par les travaux et les trouvailles des unes et des autres
    • J’ai aussi beaucoup aimé le caractère ouvert de ces journées. Ici, vous n’êtes pas dans un groupe fermé où tout le monde fait la même chose, vous rejoignez un espace de liberté qui apporte des éclairages différents, ouvre des fenêtres et n’enferme personne.

    journées des doulas 2014 pour Parents à ParentsRien que pour l’ambiance, le voyage vaut le coup. Pour moi, c’est chaque fois un coup de cœur, de vraies retrouvailles avec ma féminité, par le simple fait que ces femmes me rendent fière d’être une femme.

    Mais il y aura plus, encore, cette année : un atelier sur l’impact des perturbateurs endocriniens sur la santé des femmes, un autre sur le désir d’enfant, un troisième sur l‘allaitement et le portage, un quatrième sur le Rebozo, une conférence gesticulée « Accouche et t’es toi ! » , des échanges de pratiques et d’expériences, des tentes roses pour les jeunes filles, des tentes rouges** pour les femmes, des ateliers de chant prénatal, de belly art, ou sur l’harmonie hormonale, la difficulté maternelle, le Qi cong, le tai chi et la grossesse, la communication gestuelle associée à la parole, l’accouchement à domicile,… Il y aura également des partages autour de la réappropriation de son corps pendant la grossesse et l’accouchement, des paroles de père, et des conférences parmi lesquelles : « Déclencher l’accouchement : les enjeux d’une naissance forcée » avec Anne Loirette ; « Pour une naissance heureuse » avec Isabelle Brabant « La femme, cette créature merveilleuse, l’accompagnement de la naissance » avec Diane Boutin, et autour du deuil périnatal avec Elisabeth Martineau et Julie Zimmerman (Association ça va de pair).

    De beaux moments en perspective ! Nous y aurons un stand, vous viendrez nous retrouver ?

    spectacle journées des doulas pour Parents à Parentstente rouge journées des doulas pour Parents à Parents

     

     

     

     

     

     

    *10 rue des terres au curé dans le 13è arrondissement de Paris

    **Les tentes rouges sont des groupes de paroles de femmes qui racontent leurs histoires de naissance dans une ambiance intimiste. La tente rouge est une référence à une tradition ancienne de regroupements des femmes en un lieu qui leur est dédié, pour célébrer les grands événements de la vie sexuelle d’une femme : puberté, grossesse, naissances, …

    photos : journées des doulas 2012 et 2013

    Gaëlle Brunetaud-Zaïd

    30 Avr
    30 Avr
  • A l’occasion de la journée de la non violence éducative, nous avons préparé un magazine numérique, téléchargeable et consultable gratuitement sur ce site.

    Sortir de la violence éducative : les pères témoignent – Édito

    Y a-t-il un rapport entre les violences faites aux femmes (sept femmes sur dix dans le monde en sont victimes) et celles faites aux enfants (un enfant sur dix en France) ? Et y a-t-il un lien entre les violences graves (crimes, homicide, viol, guerre, …) et les plus « légères »  (fessées, humiliations, … qui concernent 80 à 90% des enfants)*1 ? C’est ce que nous vous proposons de voir dans ce numéro. Notre objectif n’est pas d’accumuler les constats alarmistes, mais de montrer que rien de tout cela n’est inéluctable.

    La violence n’est pas qu’une affaire de « mâle » (ils en sont victimes, eux aussi*²) ; les hommes et les pères qui sortent des modèles archaïques de domination sont de plus en plus nombreux. Nous avons eu envie de leur donner la parole, de les voir se détacher de leur héritage culturel, laissant le manteau/fardeau de l’autorité paternelle pour entrer dans des liens joyeux et vivants, dont, disent-ils, ils sont les premiers bénéficiaires. Voyez plutôt…

    Gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Sommaire

    Au sommaire de ce beau numéro, illustré par des artistes, à télécharger ou feuilleter en ligne après avoir cliqué sur le lien ci-dessous

     

    Hors Cadre Parents à Parents Hommes et Bienveillance

     

     

     

     

     

    sommaire magazine webzine Parents à Parents avril 2014sommaire magazine webzine Parents à Parents avril 2014

     

     

     

    *1 Dans le monde, sept femmes sur dix subissent des violences physiques ou sexuelles – dans bien des cas, depuis leur plus tendre enfance. Rien qu’en France, au moins 10 % des enfants sont victimes de violences physiques, d’agressions sexuelles, de négligences graves, d’abandon affectif, d’humiliations et d’insultes. Mais si on étend le champ de la violence reçue à toutes les « violences ordinaires » (menaces, fessées, humiliations verbales), ce sont 80 à 90% des enfants, en France et dans les pays où cette méthode éducative n’a pas été remise en cause, qui subissent encore ce mode de dressage.
    Sources : http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/25/sept-femmes-sur-dix-dans-le-monde-sont-confrontees-a-des-violences-physique-ou-sexuelles_3519684_3244.html
    http://maltraitancedesenfantsgrandecausenationale2014.wordpress.com/pourquoi-un-colloque-sur-les-violences-faites-aux-enfants/
    http://www.oveo.org/fichiers/DiaporamaMaurel.pdf

    *2 Si les femmes font deux fois plus de tentatives de suicide que les hommes, les hommes se suicident trois fois plus que les femmes, ont trois fois plus de risque de sombrer dans l’alcoolisme et la drogue (moyenne mondiale : 10 hommes pour une femme) et sont bien plus en échec scolaire (cf. notre article sur le site parentsaparents.fr)
    sources : http://www.drees.sante.gouv.fr/IMG/pdf/er488.pdf, http://www.inpes.sante.fr/70000/dp/03/dp030122.pdf , http://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/WDR2012/WDR_2012_French_web.pdf

     

    Parents à Parents #1

    A découvrir aussi
    Regards croisés sur le sommeil : en finir avec ses soucis de sommeil, sommeil bébés, ados, adultes, insomnies, peur du soir, réveils nocturnes, cauchemars pour Parents à Parents

    30 Avr
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  • Être père est peut-être affaire de désir, souvent de cheminement,…

    22 Avr
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  • Pendant que j’attendais mon bébé, je me suis souvent imaginée le regardant dormir à points fermés dans son petit lit (que je n’avais pas encore acheté !) puis retournant vaquer à mes occupations, quelles qu’elles puissent être. «On» me l’avait dit et redit, « un bébé «ça dort» tout le temps », «plus vite il/elle ferait ses nuits, mieux ce serait » , « il y avait des méthodes pour qu’ils apprennent à s’endormir tout seuls toute la nuit »…. c’était donc sûr que, moi, j’allais gérer. Mais il y a les résolutions que l’on prend avant la naissance et puis les solutions que l’on adopte après !

    Pourquoi les bébés se réveillent-ils souvent quand on les pose?

    Je découvrais Gioia Albano le sommeil des bébés pour Parents à Parentsun petit être qui semblait perdu hors de mes bras, et qui, le jour comme la nuit, ne dormait pas plus de vingt minutes d’affilé dans son couffin. C’était bien loin du nombre d’heures qu’est sensé dormir un nouveau-né. Quand ma fille s’était endormie à la fin de la tétée, je m’appliquais à la coucher, avec toutes les contorsions nécessaires pour ne pas la réveiller. Mais malgré toute la délicatesse de mes gestes accomplis au ralenti, elle se réveillait en pleurant, au mieux dans le quart d’heure, au pire dans les minutes qui suivaient. Alors le scénario se répétait : tétée, endormissent, contorsions pour la poser … ; nous y passions nos matinées, nos après-midis, nos soirées, nos nuits…. Mon bébé ne dormait pas, c’était épuisant et frustrant pour nous deux, je commençais à me décourager et à perdre confiance en mes capacités de mère.

    «On» m’avait pourtant dit qu’un bébé ça dormait! «On» ne m’avait pas dit qu’un bébé ça dormait bien mieux et plus longtemps sur sa maman (ou sur son papa, son frère, sa soeur, sa mamie, son papi …) et qu’en plus c’était très bon pour sa santé de dormir près d’une personne sécurisante (1).

    mon bébé avait bien des rythmes de sommeil, certes irréguliers, mais faits de «phases» différentes qu’il me fallait deviner.

     

    (1) D’après une étude publiée dans le Biological Psychiatry Journal : http://www.biologicalpsychiatryjournal.com/article/S0006-3223(11)00639-1/abstract

    Illustrations :  Gioia Albano

    Au sommaire dans cet article à lire dans le Hors Cadre « Regards Croisés sur le sommeil » :

    le train de sommeil des nourrissons – Le train de sommeil des bébés – Les variations des trains de sommeil au fil des âge –

    Adapter nos rythmes de sommeil pour se reposer – Quels risques à laisser pleurer son bébé?

    Regards croisés sur le sommeil : en finir avec ses soucis de sommeil, sommeil bébés, ados, adultes, insomnies, peur du soir, réveils nocturnes, cauchemars pour Parents à Parents

    14 Fév
    14 Fév
  • Comment éduquer, élever nos enfants, comment les accompagner dans la vie, sur quelle base développer nos relations ? Y a-t-il une règle qui vaudrait pour tout, tout le temps, qui pourrait nous éviter des centaines d’heures de lecture et d’intenses élucubrations intellectuelles ? Je crois que oui.

    Il n’y a peut être rien qui nous mette autant « au travail » que la naissance de nos enfants, ces petits êtres qui nous sont à la fois « si loin et si proche », chair de notre chair dont l’identité semble nous échapper.

    Noémie, jeune maman de 24 ans, me le disait tout à l’heure : « la naissance de ma fille a tout changé. Depuis qu’elle est là, je ne vois plus la vie pareil. Je ne peux plus voir un film d’horreur, je ne veux plus prendre autant de risques pour moi et je ne supporte plus mon métier (elle est policière). Je n’aurais jamais imaginé tout ça avant son arrivée ». Un tel volte face de nos préférences peut nous désarçonner au point qu’il est possible que nous ayons encore plus de mal à nous faire confiance, dans la mesure où d’un certain point de vue, nous ne nous reconnaissons plus vraiment.

    Où trouver les réponses ?

    l'arbre de vie Gioia Albano pour Parents à ParentsComme vous sans doute, j’ai lu des livres pour savoir comment me comporter avec mes enfants, comment réagir à telle ou telle situation et puiser des idées nouvelles.

    Comme vous sans doute, j’ai douté, je me suis demandée comment faire avec ces bébés qui me réveillaient la nuit, avec cet enfant qui avait si peu d’appétit quelquefois, j’ai cherché à savoir comment aider mes filles, souvent si complices, à ne pas se crêper le chignon, comment aider mon fils à traverser ses colères, comment aider ma fille à accepter de lâcher les petites roues du vélo ou d‘apprendre à lire,…

    Alors que mon aînée va avoir sept ans, je me rends compte que la seule règle qui ait vraiment fonctionné chez nous, c’est l’amour. L’impératif d’amour, le faire passer en premier. C’est là où la maternité m’a le plus transformée : elle m’a rendue plus proche de moi, plus sûre de mes intuitions, et plus à l’écoute de mon cœur. J’ai vu des médecins se tromper, j’ai vu des amis me raconter des balivernes sur mes enfants. Mais je n’ai jamais entendu ma petite voix intérieure me duper.

    Les réponses n’ont jamais été dehors, elles sont toutes dedans.
    Mais comme vous j’ai parfois besoin de passer par l’extérieur pour retrouver le chemin vers moi-même, que j’avais un peu perdu en n’apprenant pas à faire confiance à mes émotions et à mes intuitions.

     

    Les livres, au fond, n’ont servi qu’à me conforter quand ils abondaient dans mon sens pour rassurer mon cerveau qui avait du mal à accepter mes intuitions, ce qui n’est pas rien, mais qui n’est pas tout non plus.

    Les réponses n’ont jamais été au dehors, elles sont toutes au dedans. Mais comme vous j’ai parfois besoin de passer par l’extérieur pour retrouver le chemin vers moi-même, que j’avais un peu perdu en n’apprenant pas à faire confiance à mes émotions et à mes intuitions.

    Suivre son cœur

    Comme vous pHarmonie mere bébé Gioia Albano pour Parents à Parentseut être, je doute quinze fois par jour et je me trompe souvent quand je réagis aux sirènes de ces idées toutes faites qui me traversent l’esprit (« il faut absolument qu’un enfant mange ceci et cela chaque jour trois fois par jour » ; « ces colères ne sont pas normales, il faut les faire taire »), mais à chaque fois que je me mets dans mes meilleures dispositions d’amour et qu’alors, je suis l’élan de mon cœur, je ne fais jamais de mauvais choix.

    Faire passer l’amour en premier, ce n’est pas, pour moi, tout accepter, tendre la joue droite quand on s’est fait gifler la gauche. C’est prendre le point de vue de l’amour, c’est voir plus loin que le bout de mon nez et de mon émotion de l’instant pour aller vers ce que je veux vraiment. C’est me reconnecter à tout l’amour que j’ai pour mes enfants et mon mari avant de leur adresser la parole. Et c’est fou comme ça marche, comme le message passe, comme les solutions s’imposent d’elles-mêmes.

    Vous vous direz peut être qu’il n’est pas si simple de distinguer, en nous, la petite voix de la pensée toute faite du mental. Ça m’a longtemps posé question, mais finalement je crois que c’est relativement simple : ma petite voix est douce et légère, elle ne rabâche pas, elle met en joie et elle laisse sur son passage une belle sensation de liberté. La voix de mon mental se répète, elle se nourrit des peurs et des expériences passées. Mais elle a des choses à dire, alors souvent, je laisse les deux se parler. Le processus prend très peu de temps : en quelques secondes c’est plié et j’accepte de suivre mon cœur… ou je prends la liberté de faire autrement.

     

     Ne soyez pas ferme, soyez vrai

    Ce que j’aime aussi, avec cette manière de voir le monde, c’est qu’elle nous libère. Je suis toujours mal à l’aise quand je lis dans les livres « là, soyez fermes ».

    l’amour est mon seul maître, parce qu’il suscite toujours le meilleur et me comble de joie

    Rester ferme (fermé?) sur une position quelle que soit la situation, par principe, alors qu’on n’y croit pas vraiment, quel sens ça a ? Si une attitude nous semble juste et bonne, nous la tiendrons forcément, sans avoir besoin de nous l’imposer, de nous y arc-bouter, de nous la répéter. Si nous avons besoin d’user de fermeté, c’est peut être qu’au fond, nous n’y croyons pas vraiment. Nous avons envie que la situation actuelle change, mais une part de nous doute un peu, voire beaucoup que cette pratique là soit la bonne. Car c’est la technique d’un autre que nous essayons. Nos enfants ne sont pas idiots, ils sont même bigrement lucides. Pas moyen de les duper. Le parent, c’est nous, ce n’est pas le pédiatre, la tante, la voisine ou la grand-mère, ce n’est pas l’auteur de ce livre qui ne vous a jamais vu et ne vous verra sans doute jamais. Le parent c’est nous, et la relation c’est tout de suite, ici et maintenant. C’est pour ça que l’amour est mon seul maître, parce qu’il suscite toujours le meilleur et me comble de joie. Car oui, le seul indicateur qui vaille, sur la qualité de nos relations, c’est la joie !

    Que cette journée vous soit, à tous, très très bonne et douce ….

    illustrations : Gioia Albano

    27 Nov
    27 Nov
  • J’aime beaucoup la peinture de Gioia. Il y a tant d’harmonie, de douceur et de tendresse dans ses tableaux que les regarder suffit à faire émerger en moi ces qualités là, même si, quelques secondes avant, je me sentais triste ou maussade. Quelle joie pour moi de vous présenter la jolie femme qui sait si bien représenter la volupté !

    Gioia peint depuis qu’elle est toute petite. Pendant toute son enfance, elle a énormément dessiné ; puis plus tard, elle a fait les beaux arts où elle a été initiée à la peinture à l’huile. La photo l’intéressait aussi beaucoup, mais c’est finalement dans l’informatique qu’elle a usé ses journées : il lui fallait gagner sa vie très vite. Elle a laissé ses pinceaux, et plus le temps passait, moins Gioia osait reprendre ses crayons et sa palette. Comme beaucoup d’entre nous, elle manquait terriblement de confiance en elle.

    Donner la vie et redonner vie à ses talents

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    C’est à la naissance de son premier enfant, en 2006, que tout a changé. Au Danemark où ils vivaient, son mari lui a offert du matériel. Sa fille avait quelques mois, et Gioia s’est dit « c’est maintenant ou jamais ».

    « Je voulais que mes enfants puissent avoir la confiance de suivre leurs inspirations. Il fallait que je montre l’exemple ! » explique-t-elle. En 2007, la belle artiste avait retrouvé tout son potentiel.

    Naturellement, ce sont des images de maternage qu’elle a eu envie de représenter. Il faut dire que Gioia avait toujours aimé peindre les corps, et en particulier les personnages féminins, réels ou imaginaires, que de très brèves rencontres pouvaient suffire à inspirer.

    Son expérience du maternage proximal (allaitement maternel, portage, cododo) a ainsi rejoint son travail artistique : son art est en parfaite cohérence avec sa vie, il nourrit son intention profonde de faire émerger, de la douceur des relations maternelles, la confiance qui permet à chacun de développer son plein potentiel en étant plus attentif à ses émotions. Gioia espère ainsi contribuer à la naissance d’un monde plus humain.

    Tant de joie à porter

    Dans ses peintures,Gioia Albano pour Parents à Parents portage enceinte les femmes qui portent leurs bébés rayonnent de joie : libres d’aller et de faire ce qu’elles veulent, elles semblent elles-mêmes portées par la joie d’évoluer en harmonie avec leur bébé.

    Le portage, c’est l’une des expériences du maternage qui a le plus touché Gioia. Son troisième bébé a quasi vécu dans l’écharpe pendant les premiers mois de sa vie, et elle le porte encore aujourd’hui. Combien d’heures elle a ainsi peint, son bébé contre elle, devant ou derrière ! Il y a deux ans, se souvient Gioia, « j’ai peint le gros ventre d’une amie quelques jours avant son accouchement, pendant que ma fille de huit mois dormait sur mon dos et qu’une amie photographe immortalisait la scène ».
    Gioia est pourtant née à une époque où de nombreuses mères, comme la sienne, voyaient l’allaitement comme une forme d’esclavage et pensaient qu’il était bon de laisser pleurer les bébés. Mais en remettant en cause ses croyances, en traversant ses peurs et en écoutant son cœur, elle a pu materner ses enfants sereinement.

     

    Peindre et materner, tour à tour

    Au Danemark, tout le monde se couchait tôt et comme sa fille mettait beaucoup de temps à s’endormir, Gioia peignait la nuit, une fois la maison assoupie. Une fois arrivée en France, elle a gardé l’habitude de travailler le soir, une fois ses enfants endormis : peindre avec trois petits autour d’elle, c’est impossible !
    Reste que si elle lui permet de vivre en cohérence avec elle-même, la vie d’artiste n’est pas une sinécure. D’une part, explique Gioia : « c’est difficile, d’imposer la peinture comme source de revenu à la famille ; cette activité est aléatoire, imprévisible ». D’autre part, à travailler jour et nuit, Gioia s’est épuisée au point qu’elle a fait un burn-out maternel. A cinq ans, deux ans et trois mois, ses trois enfants étaient tous petits et elle n’avait aucune aide, à part son mari. Perfectionniste, Gioia avait du mal à tout concilier, mais elle ne pouvait pas renoncer à la peinture. Il lui a donc fallu revoir son organisation et changer ce qui pouvait l’être. Elle a gardé  l’habitude de travailler le soir mais elle est de plus en plus à l’écoute de son corps et de ses limites, « je sais que si je suis trop fatiguée je serai infecte, alors je me ménage » analyse-t-elle.
    Aujourd’hui, Gioia peint de sa propre initiative et sur commande. Tableaux inspirés d’une photo ou d’une scène racontée dont Gioia retracera toute l’émotion… Comme celle d’un accouchement à la maison qui n’a pas pu être photographié. La jeune maman voulait laisser quelque chose de cet instant magique à sa fille. C’est le tableau de Gioia qui servira de mémoire.

    illustrations : Gioia Albano

    Pour contacter Gioia http://www.albanogioia.com/index_fr.html
    La page facebook de Gioia

    gioiaalb@hotmail.com ; mobile 06 20 62 56 39

    24 Nov
    24 Nov
  • Quand la maladie ouvre à une vie plus proche de soi

    Sigrid pour Parents à ParentsJ’ai découvert Sigrid au printemps : j’ai été séduite par ses belles créations. Les vêtements qu’elle coud sont vraiment beaux, originaux, gais et colorés, hyper agréables à porter. J’étais si bien dedans que j’ai eu envie de découvrir qui se cachait derrière ces belles réalisations.
    Sigrid naît en Norvège dans une famille de cinq enfants. Elle débarque en France à 17 ans, à Bayeux, dans le cadre d’un échange scolaire au lycée. Amoureuse, elle décide de poursuivre ses études d’ingénieur à Toulouse plutôt que de retourner en Norvège. Jeune diplômée, elle débute alors une carrière d’ingénieur micro-électronicien à la française : elle travaille beaucoup. Les années passant, elle déclare une sclérose en plaques. Elle se fatigue plus vite que ses collègues, forcément, mais elle ne tient pas compte de sa maladie : elle veut en faire autant que les autres.

    Finalement, elle est tellement épuisée qu’elle en vient à appréhender les mercredis où elle se retrouve seule avec ses deux filles. C’est alors qu’elle fait un burn-out.
    Au moment où elle va un peu mieux, et avant qu’elle envisage de reprendre son travail, sa passion se réveille, une passion la taraude et lui brille dans le cœur depuis qu’elle est toute petite : c’est la couture.

    robe lyrique Maud et Carla pour Parents à Parents image1

    Aussi loin qu’elle se souvienne, Sigrid a toujours créé et cousu. Après avoir usé la machine à coudre de sa mère, elle s’est acheté sa première machine avec son argent de poche. Et au fil des ans, elle en a encore usé trois autres. Car dès qu’elle a un peu de temps, elle coud : des tas de choses, et notamment des tenues de scène magnifiques pour sa sœur chanteuse lyrique, dotées d’un corset spécial, posé sur les hanches, qui lui permet de chanter sans entrave.
    Sigrid pour Parents à ParentsSa famille et sa maladie lui donnent l’élan de réaliser ses rêves. Avec son mari et ses filles, elle déménage dans une nouvelle maison, crée un bel atelier de 30m² où elle accumule des centaines de rouleaux de tissus, et, après 25 ans d’expérience, ouvre sa première boutique en ligne : c’est un beau succès ! Il y a quelques mois, Sigrid a décidé de partager, sur une autre boutique, les beaux tissus qu’elle a accumulés. Et elle propose aussi de beaux patrons sur mesure, qui permettent aux couturier(e)s amateurs de réaliser leurs propres rêves.

    Nous lui souhaitons belle continuation !

     

     

    SigSigrid pour Parents à Parentsrid a créé la boutique en ligne Maud et Carla , où elle vend des vêtements aussi beaux que confortables, qu’elle confectionne elle-même du début à la fin. De l’alliance du grand Nord et de la Méditerranée, de la rencontre des cultures, notre amie norvégienne a tiré un style bien à elle.

    Ses beaux tissus sont également à vendre sur cette boutique.

    J’aime beaucoup sa dernière trouvaille : Sigrid nous propose des patrons sur mesure, qu’elle prépare pour nous, qui nous permettent de réaliser nous-mêmes les vêtements de nos rêves. En bonus, elle répond à toutes nos questions pour que nos réalisations soient aussi belles que les siennes (ou presque) !

     

    Illustration en tête d’article : Gioia Albano. Photos : Sigrid Westvik

    Sigrid pour Parents à ParentsSigrid pour Parents à Parentssalopette Maud et Carla pour Parents à ParentsSigrid pour Parents à Parents Sigrid pour Parents à Parents

     

     

     

     

    18 Nov
    18 Nov
  • un bébé lumineux au secret du ventre, par Sophie Nachin pour Parents à Parents

    Comme toutes les histoires d’amour, les fausses couches sont de vraies histoires de vie. Et la fin d’une vie, si minuscule soit-elle, laisse un vide à tous ceux pour qui elle comptait. Comment se remettre d’un drame qui, pour notre entourage, n’en est pas vraiment un ?
    Quand mon amie Sonia a fait une grossesse extra-utérine, elle a beaucoup pleuré. Elle avait deux enfants, elle rêvait d’un troisième, il était enfin venu, le test de grossesse l’avait confirmé, et elle l’avait aimé.

     

    Une vie minuscule, un insondable chagrin

     

    Dès le début, elle l’avait aimé avec la même intensité qu’elle aimait les deux premiers. Quelques jours plus tard, le rêve était brisé, la vie partie. Quelques jours, qu’est ce que c’était ? Presque rien, non ? Qui pouvait comprendre son immense chagrin ?

    L’amour est, et perdre un amour fait mal

    François m’expliquait que quand il avait douze ans, sa voisine avait perdu un bébé en fin de grossesse. « Pourquoi pleure-t-elle, elle ne le connaissait même pas ? » avait-t-il pensé. Pourtant, quand sa compagne a perdu le bébé qu’elle attendait depuis quatre mois dans le sillage d’une hémorragie inattendue, il a pleuré. Pour lui aujourd’hui, l’amour n’a rien à voir avec le temps passé ou le nombre de couches changées. L’amour est, et perdre un amour fait mal.

    Père, mère ?

    Alors que je l’interrogeais sur sa façon de vivre sa paternité, François m’a répondu que c’était ce bébé (et non les deux suivants, bien vivants) qui l’avait « fait père ». C’est souvent la question qui taraude ceux qui perdent un bébé en cours de grossesse. Ai-je changé ? Suis-je père ou mère, et plus seulement la fille ou le fils de quelqu’un ? Y a-t-il un mot pour dire ce lien qui s’est tissé ?

    J’ai perdu quatre bébés en cours de grossesse avant d’en porter trois autres, dont la présence autour de nous me réjouit. Sur mon livret de famille, il y a cinq enfants, car deux d’entre les quatre avaient dépassé le délai légal qui permet de les déclarer à l’état civil. Sur le coup, cette déclaration a été vitale pour moi : alors que tout le monde autour de moi voulait faire comme si rien n’était arrivé, un document me donnait raison : j’avais bien porté la vie, j’avais bien donné naissance, j’avais perdu un enfant. Pas un ange, pas un embryon, pas un fœtus, non : un bébé, un enfant.

    « Faire son deuil »

    Je ne pouvais laisser aller que la vie qui m’avait bel et bien été donnée

    De la même manière qu’un enfant ne peut pas apprendre à partager tant qu’il n’a pas eu le temps de faire suffisamment l’expérience de la possession, je ne pouvais laisser aller que la vie qui m’avait bel et bien été donnée. Grâce à ce papier et quelques témoignages bienveillants, j’ai pu, comme on dit, « faire mon deuil ».

    J’ai hurlé dans mon cœur ces petits que j’avais perdus, j’ai cherché des signes et des explications, et j’ai eu envie de disparaître avec eux.

    Puis la vie est revenue en moi par la chose la plus simple et la plus vitale qui soit : le souffle. Un jour, en respirant, j’ai trouvé que c’était bon : l’air que j’inspirais me procurait une sensation agréable, et l’expirer autour de moi l’était tout autant. Je n’avais rien prémédité ni cherché : c’est venu comme un cadeau.

    L’an dernier, j’ai été invitée à la journée de sensibilisation au deuil périnatal « Une fleur, une vie » organisée par un collectif de quatre associations et les services funéraires de la ville de Paris. J’ai été émue par ces centaines de roses déposées silencieusement par des femmes et des hommes de tous les âges. Certains trouvaient là, enfin, ce qu’ils avaient cherché des années durant : un rituel, un lieu pour dire, tout à la fois, leur peine et leur amour.

    Cela m’a rappelé cette rencontre aux journées des doulas en 2009. Des extraits de mon livre « Marie-Kerguelen » avaient été lus, des femmes étaient venues me voir. L’une d’entre elles est venue pleurer contre moi : « ça fait vingt ans que je retiens ces larmes au fond de moi », est-t-elle venue chuchoter à mon oreille.

    Pleine de gratitude

    Après mes deux fausses-couches très précoces et mes deux grossesses arrêtées trop prématurément, plusieurs personnes m’ont conseillée d’arrêter de tenter d’avoir des bébés. Peine perdue : j’avais l’opiniâtreté chevillée au corps et je n’ai jamais eu peur d’avoir mal à force d’aimer. Bien m’en a pris : j’ai autour de moi, aujourd’hui, trois enfants-merveille dont la présence sur terre me remplit de joie. Mais je suis aussi pleine de gratitude pour les quatre petits qui sont passés. De chaque expérience, j’ai appris.

    La gratitude m’est venue le plus naturellement du monde, je ne l’ai pas cherchée, je ne l’ai pas attendue, mais je suis bien contente qu’elle soit là, car c’est aussi l’attitude qui m’a semblé la plus libératrice, finalement. Je m’explique : les personnes qui ont perdu un bébé s’interrogent souvent sur la conduite à tenir vis à vis des autres enfants. Taire, au risque de rendre le sujet tabou ou de créer un secret de famille susceptible d’avoir des répercussions sur les survivants ; ou dire, trop dire, faire trop de place aux bébés morts, laisser planer une ombre sur les vivants, s’enliser dans un deuil sans fin ni fond. Ce n’est pas forcément simple de donner sa juste place à chacun…

    Et les enfants ont parfois des réactions qui nous surprennent. Camille vient souvent déposer ses peines et ses peurs sur la tombe de son grand frère, décédé à la naissance. Elle a trouvé auprès ce grand-frère silencieux un accueil, une écoute indéfectible et sans jugement.

    Le déchirement de la perte avait créé une faille dans laquelle je pouvais naître à nouveau

    Les dates-anniversaires des décès des bébés « perdus » ont longtemps été pour moi des journées spéciales. Avant même que j’en prenne conscience, une sensibilité particulière s’éveillait ces jours là. Je ressentais chaque fois un mélange de chagrin et de gratitude, le déchirement de la perte avait créé une faille dans laquelle je pouvais naître à nouveau. L’an passé, il n’y avait plus de chagrin, seulement une immense gratitude pour la vie, celle qui est venue, qu’elle qu’elle ait pu être, et celle qui est la mienne aujourd’hui. Un grand « merci » a jailli de mon cœur et j’ai ressenti une douce plénitude intérieure – qui me rejoint à nouveau dès que je pense à eux désormais.

    Vous pouvez aussi lire cet article dans la revue « Rêve de femmes« , n°35, publié au automne 2014

    Pour aller plus loin, vous pouvez lire, entre autres « Marie-Kerguelen » (par l’auteur de l’article), publié aux éditions L’Harmattan, collection « au delà du témoignage »

    Marie-Kerguelen pour Parents à ParentsVersion livre papier

    Version livre numérique

     

    14 Oct
    14 Oct
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