Le chat et l’enfant : comment les animaux nous aident à nous construire

  • le chat, l'oiseau et le poissonLes enfants ont une affection spontanée pour les animaux. Ils sont les héros de très nombreuses histoires et d’autant de jeux, et de nombreuses études ont prouvé les bienfaits de leur présence auprès des enfants. Et s’ils jouaient un rôle particulier, dans le développement des enfants ?

    Ce matin, j’observais mon petit d’un an et demi dialoguer avec le chat : se faisant face, ils ont esquissé quelques gestes l’un vers l’autre puis, très rapidement, leurs mimiques se sont synchronisées. J’étais touchée par leur jeu, mon fils semblait très concentré et ils avaient vraiment l’air vraiment bien l’un avec l’autre ; ils se sont alors mis à jouer avec une balle, puis mon fils est allé chercher à boire au chat qui a aussitôt lapé le bol. Un peu plus tard, le chat est venu s’installer contre mon fils qui avait besoin de se reposer. Cette scène s’est déroulée quasi sans mots, et pourtant, ces deux êtres se sont apparemment « reçus 5/5 ».

    Avec l’animal, l’enfant nourrit tous les registres de la communication

    80% de la communication entre les hommes est non verbale, pourtant, les adultes se focalisent souvent sur les mots. Avec l’animal, l’enfant peut nourrir tous les registres. « Les rapports entre l’enfant et l’animal s’appuient sur des systèmes de communication qui ne passent pas par la parole. Ces deux êtres ont la capacité de se comprendre sans se parler et cette relation est d’autant plus intense qu’elle est véhiculée par des « outils » que l’adulte a effacés de son registre », explique Hubert Montagner, spécialiste de la relation enfant-animal1.

    Ainsi, c’est beaucoup plus facile pour l’enfant de libérer ses émotions avec un animal familier, d’autant plus facile que ce dernier ne le juge pas, n’exige rien, et ne renvoie pas aux difficultés personnelles et familiales.

    Comment l’animal favorise le développement de l’enfant

    Ce faisant, d’après Hubert Montagner, l’animal permet à l’enfant d’acquérir des compétences qui constituent le socle de son développement affectif, émotionnel, social et cognitif, comme les interactions les yeux dans les yeux, où chacun livre à l’autre ses émotions, s’offre et s’ouvre à tout ce qui le constitue et à tout ce qui constitue l’autre dans sa personnalité, sa profondeur … Éléments qui sont apparemment indispensables à l’installation d’un attachement « secure » (où l’enfant se sent sécurisé ) et au développement de l’empathie.

    L’animal, réel ou imaginaire, apporte une contribution très précieuse à l’élaboration du monde émotionnel, affectif, relationnel, social et cognitif de l’enfant. « Leur capacité à décoder les signaux des humains et à s’ajuster à leurs conduites ainsi que leur flexibilité génèrent le sentiment, ou la certitude, qu’ils s’accordent aux émotions et aux affects. Les enfants de tous âges peuvent ainsi former les représentations et les idées les plus surprenantes, effectuer les transferts les plus délirants, reconstruire leurs raisonnements, élaborer de nouveaux projets »2.

    L’animal ami

    Mais ce n’est pas tout. L’animal est aussi un ami, un thérapeute même3.

    Nous connaissons tous des histoires extraordinaires qui apparaissent dans l’ordinaire de nos vies, où des animaux font preuve d’un comportement maternant, protecteur, éducatif ou amical étonnant.

    Il était deux heures du matin quand ma seconde fille, qui n’avait que quelques mois, a eu un accès de laryngite aiguë. Ma fille aînée se réveillait souvent, parfois toutes les heures (elle se remettait d’une grave maladie) et se réveillait dès qu’elle était seule (elle avait subi deux grosses opérations et en avait gardé une peur bleue des séparations). J’ai emmené la plus petite dans la salle de bains pour qu’elle respire dans un bain de vapeur d’eau et que la crise cesse. Je craignais que l’aînée se réveille, sentant qu’elle était seule, quand j’ai vu notre chat s’approcher de la chambre et venir s’installer près d’elle. Je suis restée plusieurs heures dans la salle de bains auprès de la plus petite, jusqu’à ce qu’elle retrouve une respiration et une voix normales. Quand je suis retournée dans la chambre, j’ai observé ma fille aînée : elle dormait et respirait en rythme avec les ronronnements du chat. Dès que le chat m’a vue, il m’a regardée, a miaulé d’un air de dire « bon, ma mission est finie, je peux aller me dégourdir les jambes maintenant » et il est sorti dans le jardin. Depuis, il a témoigné de nombreuses fois ses compétences de chat protecteur, notamment avec le plus jeune de nos enfants.

    L’animal, compagnon d’âme

    Mais je crois que l’animal est encore plus que ça. C’est Anna Evans4 qui m’a donné les mots que je cherchais pour définir ce lien. Anna est vétérinaire de formation et elle a développé une connaissance et une conscience de l’animal qui me touchent par leur justesse et l’immense respect dont elle témoigne pour tout ce qui vit sur la terre. Comme d’autres, Anna a observé que, quand un enfant n’a pas été éduqué à se méfier des animaux, il entre en lien spontanément avec eux. Pour Anna, c’est tout naturel, l’enfant est un peu comme eux : les premières années, il ne parle pas. Il est spontané, affectif, en lien avec la nature, en prise avec son milieu. Et il ne s’est pas encore construit un mental et des croyances qui sont l’apanage de l’adulte.

    D’après Anna, il n’y a pas de différence de nature entre l’homme et l’animal : tous deux sont semblables jusqu’au développement du mental humain. Ainsi, avec l’animal, l’enfant peut se développer sans perdre le lien avec la nature, ce qui est extrêmement structurant pour lui (et c’est peut-être ce qui explique que l’animal apporte tant au développement de l’enfant, comme l’ont analysé Hubert Montagner et d’autres chercheurs).

    L’animal est présent, ancré, il ne se perd pas dans ses pensées… et il nous rejoint dans notre nature profonde. Je n’ai pas de raisonnement pour définir cela, qui me semble profondément juste cependant : nous avons une sensibilité à l’animal qui est présente au fond de nous. Et les animaux nous rejoignent dans notre nature profonde. Ils réveillent une part de nous qui est intacte, qui n’a pas été traumatisée, parasitée, ou construite par d’autres. Quand je regarde un animal les yeux dans les yeux, je touche à cette part là de moi. Les problèmes ne disparaissent pas, mais je sens que j’ai en moi les ressources pour les résoudre et je retrouve confiance dans les forces de la vie.

    De nombreuses personnes ont fait cette expérience : quand dans une classe, un groupe, des enfants sont agités, il suffit qu’un animal soit présent pour que tout le monde se calme. L’animal apaise notre mental, il nous aide à nous ancrer, à être présents à ce que nous sommes ; plus précisément, il nous permet de rentrer en contact avec tout ce que nous sommes au-delà de l’intellect – ce qui nous permet de nous sentir moins fragmentés. Bref, il nous aide à être des hommes entiers (serait-ce parce que lui est ainsi et que nos neurones miroirs réagissent en sa présence?).

    Ainsi, « la nature sauvage (et les êtres qui la peuplent) est un élément essentiel de la constitution de l’identité des êtres humains, parce qu’elle donne à voir ce qui n’a pas été instrumentalisé et suggère par là ce que pourrait être un individu moins fragmenté, moins éparpillé, moins plongé dans le « désespoir tranquille » qui est le lot d’Homo oeconomicus. La nature sauvage ne nous donne pas des exemples à suivre ; elle nous rappelle, simplement, que toutes les valeurs ne sont pas économiques, même si certaines le sont. Qui comprend cela parvient à un meilleur état de soi-même, et qui parvient à un meilleur état de soi-même, aura certainement du mal à admettre comme de soi bien des usages de l’animal »5.

    illustration : Emilie Vast

     

    1 Hubert Montagner est psychophysiologiste, professeur des Universités honoraire, ancien directeur de recherche à l’Inserm, ancien directeur de l’Unité 70 « Enfance Inadaptée » de l’Inserm.

    2 Rôles et fonctions des animaux familiers dans le développement et la santé des humains, Hubert Montagner  ou sur le site de CAIRN

    3 le web regorge de ressources sur l’apport de l’animal et la zoothérapie. Parmi mille autres : senat.fr

    4 Passionnée par le bien être animal, Anna Evans a créé la Communication Intuitive®

    5 Les relations entre l’homme et l’animal, Jean-Yves Goffi, Qu’est-ce que l’humain, Université de tous les savoirs, sous la direction d’Yves Michaud, Editions Odile Jacob, 2000, p25

    17 Fév
    17 Fév

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