Cesser de vouloir décider et contrôler

  • Cesser de vouloir décider et contrôler pour être heureux, innover, grandir ensemble et obtenir de bien meilleurs résultats, une drôle d’idée ? Pas tant que ça, je vous assure. En vous proposant de mettre face à face parent et dirigeant, je vous propose que nous réfléchissions ensemble au pouvoir, à ce qu’il nous apporte, et à ce que nous permettons de joyeux, d’innovant, d’épanouissant (pour tous) d’advenir si nous le partageons. Une attitude qui passe par un travail sur soi dont nous sortons tous gagnants.

    Le pouvoir est pourtant grisant

    L’exercice du pouvoir est grisant, ce n’est un secret pour personne. J’en ai fait l’expérience toute jeune : j’étais l’ainée des petits enfants, j’avais pris l’habitude de proposer des idées de jeu qui suscitaient l’engouement de mes cousins et voisins, et tous suivaient mes directives. En jouant les chefs d’orchestre (un métier que je rêvais de faire mien), je ressentais une joie et une puissance immenses à voir les idées que j’avais en tête devenir réalité. Ce pouvoir était d’autant plus grisant pour moi qu’il réparait le sentiment d’impuissance que je ressentais à chaque fois que je voyais mes parents continuer à s’entretuer malgré tous les efforts que je déployais.

    Alors oui, j’ai aimé diriger, mener, conduire, planifier, observer le résultat de nos succès. Mais j’ai aimé ça comme on prend plaisir à dévorer un gâteau au chocolat ou à boire un peu trop de bon vin : sur le moment c’est délicieusement bon, mais après, les maux d’estomac, la nausée ou le tournis nous font réaliser que cette joie n’était qu’à courte vue.

    Un jour, je ne saurais dire pourquoi, les choses se sont passées un peu autrement, je n’ai pas décidé pour tous mais j’ai co-créé avec les autres. En faisant avec eux, en situation d’équivalence, j’ai senti une joie plus intense encore. Nous étions arrivés bien plus loin que là où je serais allée avec mes seules idées. Nous avions ouvert des mondes que je n’avais jamais entrevus, même en rêve. Et c’était bon ! Personne ne râlait, chacun suivait une vision de base qu’il avait enrichi et avait fait sienne.

    Depuis, je n’ai eu de cesse que de retrouver ce sentiment encore plus puissant que le pouvoir sur les autres, celui de la libre appartenance à un collectif dans lequel chacun a sa place, peut exprimer son plein potentiel et sa pleine puissance.

    Chef ou leader ? Une posture qui vaut en entreprise comme avec ses enfants

    Chef ou leader inspirer faire grandir Leandro Lamas Parents à PArents J’ai redécouvert ces sensations enthousiasmantes en entreprise dès que j’ai eu à mener des projets. A la fin de ma première année de vie professionnelle, on m’avait confié un projet de re-organisation dont la durée avait été planifiée à deux ans au moins. Mais en travaillant de concert avec les équipes européennes et les autres parties prenantes, nous avons trouvé une solution qui convenait à tous en moins de trois mois, et elle avait pu être mis en œuvre en deux mois. Cinq mois après mon arrivée, je n’avais plus rien à faire (à part assurer le suivi) et je suis donc partie vers de nouveaux horizons. Cette expérience (faire aboutir un projet bien plus vite pour bien moins cher que prévu) m’est arrivée plusieurs fois ensuite (et à vous aussi sans doute) : c’est fou ce que nous allons vite quand nous mettons nos énergies au service d’un projet commun !
    J’ai aussi tenté d’agir ainsi quand j’ai eu l’occasion de manager des équipes. J’avais des valeurs – transparence, authenticité, écoute de toutes les idées – mais je manquais d’outils, d’expérience et de confiance pour aller plus loin dans une hiérarchie plutôt opaque, sans vision partagée et politicienne au possible. Ce devait être un management plutôt « sympa », mais il était très loin d’être à la hauteur de mes espérances et ne changeait la vie de personne.
    La question du « management » s’est posée autrement quand je suis devenue maman.

    Je n’avais pas envie de contrôler. Je me souvenais que ma mère m’avait laissé relativement libre de mes sorties jusqu’à ce qu’elle me découvre un petit ami un peu sérieux. J’avais seize ans, et là, comme bien des parents, elle avait commencé à surveiller bien davantage mes allers et venues. J’en avais conclu que le contrôle était une réaction face à la peur et qu’elle s’associait à un manque de confiance. Des attitudes que je ne voulais pas cultiver avec mes enfants.
    Je n’avais pas non plus envie de diriger, de penser, de faire à leur place ou de panifier. C’est pourtant ce que font la plupart des parents, mais je savais comme ce comportement empêche la confiance de s’installer, entrave le développement et l’épanouissement et créé des blocages dont une vie entière ne permet pas toujours de venir à bout.

    Je ne voulais pas diriger une bande de lutins, je ne voulais pas créer de rapport de force (d’autant que je savais qu’il n’est pas naturel chez l’enfant, il est toujours construit par l’adulte). Bien des spécialistes, quand ils parlent d’autonomie (de l’enfant ou du salarié) ne pensent pas à une véritable autonomie (être auteur de sa vie, entreprendre des actions par soi-même en se donnant ses propres limites et règles de conduite) mais à la capacité à faire seul ce qu’un supérieur (chef ou parent) demande à un inférieur (salarié ou enfant).

    dormir grandir allaiter ensemble parents à parents leandro lamasL’expérience de la grossesse m’avait donné une certitude : je n’avais pas « fait des enfants », j’avais accueilli des êtres dont j’avais tout à apprendre. Je voulais accompagner ces enfants dont la vie m’était confiée, et je voulais qu’ils puissent aller, chacun, vers la plénitude et vers le meilleur d’eux-mêmes (sachant que je n’avais aucune idée de ce que serait ce « meilleur » et qu’il n’était évidemment pas question que je le définisse pour eux). C’est dans cette vision ambitieuse, alimentée par une puissance d’amour illimitée, que nous avons grandi avec nos enfants, pour les aider à devenir autonomes, chargés d’eux-mêmes comme m’avait dit un jour Anne Barth. Et ce fut d’autant plus facile que mon époux était d’accord pour tenter l’expérience en ce sens.
    Je ne pouvais donc pas me positionner comme parent au sens classique, et c’est, entre autres, dans mon enclin naturel à sortir du cadre (favorisé par nos expériences de vie différentes, mon conjoint et moi ayons grandi sur des continents différents), et mes lectures autour de l’empowerment et du leadership que j’ai trouvé des pistes d’exploration. Pour que nos enfants soient autonomes, il fallait que nous le soyons vraiment. Ça semble évident, pourtant les parents le sont rarement, aiguillés ou guidés qu’ils sont sans cesse par des experts de tout poil (de la voisine au pédiatre, de la nourrice au psy, de la grand-mère à la bonne copine) qui pensent à leur place et les alimentent sans cesse de réponses toutes faites à des questions qu’ils n’ont parfois même pas posées.

    Les bienfaits inespérés de cette nouvelle posture

    Quand j’ai découvert la non-violence, la Communication NonViolente, la logique émotionnelle, la co-écoute, la décharge émotionnelle, TIPI et la sociocratie, j’ai eu à ma disposition des idées et des outils pour aller plus loin.

    Je voulais que nous soyons des parents libres, je voulais que mes enfants soient libres, j’étais seulement plus expérimentée qu’eux dans un certain nombre de domaines de la vie et je savais que mon attitude, bien plus que mes paroles, les inspirerait forcément (vers la liberté, l’initiative et l’épanouissement, ou vers la peur, la soumission, la résignation, l’absence d’estime et de confiance en eux-mêmes et dans les autres, …).

    Je savais que mon rôle consistait à les aider à se connaître, à comprendre leurs besoins, à vivre avec leur hypersensibilité, à tirer profit de leurs émotions et à développer des moyens non-violents pour coopérer. Pour le reste, ils devaient expérimenter (sous surveillance, parfois, notamment pour mon ainée qui adore jouer avec le feu – au sens propre du terme), observer le résultat de leurs réactions, inventer des solutions, devenir progressivement responsables de leur vie.
    Nous avions confiance : comme tous les enfants du monde ou presque, ils avaient appris à marcher et à parler sans que nous n’ayons rien à faire qu’à les laisser faire. Ils sauraient bien apprendre et acquérir d’eux-mêmes tout ce qui leur serait utile et tout ce qui susciterait leur envie, si nous leur fournissions un cadre sécurisant et un environnement suffisamment riche et inspirant.
    cesser de décider Parents à PArents Leandro LamasTout cela n’a rien à voir avec la sévérité ou le laxisme. C’est une autre posture, qui dépend de chacun, ne répond à aucun diktat et que nous pouvons qualifier de libératrice. Pour illustrer ce que nous sommes ensemble, j’ai en tête l’image d’une constellation dans laquelle chacun d’entre nous serait une planète : c’est la mise en commun, dans une position qui permet à chacun d’exprimer son plein potentiel, qui permet à notre système de tourner à plein régime et de s’épanouir. Chacun y a sa place, son rôle, son devenir singulier, son autonomie dans un système où nous sommes tous interdépendants. Mais contrairement aux planètes, chacun peut relativement facilement changer de place, de rôle, de mission. « L’humain ne s’offre que dans une relation qui n’est ni de pouvoir, ni de violence » a dit Emmanuel Lévinas.
    Quand je vois aujourd’hui comme nos enfants prennent soin les uns des autres, quand je vois les initiatives qu’ils prennent, quand j’observe la joie qui est la leur, l’amour qui nous lie les uns les autres, je me dis que nous sommes sur un chemin qui nous permet d’avancer chaque jour un peu plus loin.
    Comme nous leur parlons correctement, ils font de même. Comme nous prenons soin d’eux, ils prennent spontanément soin des autres et même de nous quand nous sommes fatigués, irrités. Un jour où je me souviens leur avoir dit « je suis vraiment énervée, j’ai perdu un document important pour moi », je n’ai pas eu besoin de menacer ni même de leur demander d’être calmes, ils se sont immédiatement mis à ma place et ont proposé leur aide. Nos relations sont vraiment joyeuses, c’est un bonheur pour nous de passer du temps ensemble. La parentalité n’est pas source de tensions ni de pression, elle est vecteur de joies infinies.

    Ne pas diriger, c’est reposant, il s’agit d’être présent tout en laissant faire

    Je me souviens avoir passé une après-midi chez des amies de mes filles, dont la maman voulait absolument qu’elle joue au jeu qu’elle avait préparé : c’était épuisant pour elle, agaçant pour moi car elle ne cessait d’interrompre nos échanges, et inutilement contraignant pour les enfants qui n’ont jamais obtempéré : ce jeu-là ne les tentait pas, et puis voilà.

    anniversaire en famille PArents à Parents Leandro LamasJe me souviens de goûters d’anniversaire chez une amie qui avait passé dix soirées à sélectionner et préparer toutes les activités de l’après-midi, qu’elle avait ensuite orchestrées à la façon d’une gentille animatrice. En fin de journée, elle était épuisée. Nous avons souvent eu plus de quinze enfants à la maison pour les anniversaires de nos enfants. A part une piňata et un gâteau (fabriqués avec les enfants et à leur demande), nous n’avons jamais rien préparé. A chaque fois, les enfants se sont très bien débrouillés tout seuls, inventant des jeux dont nous n’aurions jamais eu l’idée et trouvant des solutions lumineuses pour régler leurs conflits, pendant que nous, adultes, faisions connaissance et pouvions nous lancer dans des discussions à bâtons rompus.
    Il ne s’agit pas de laxisme ou d’inconséquence. L’indifférence est une autre forme de maltraitance. Dans ses conférences, Jean-François Zobrist, ancien directeur de l’entreprise FAVI, rappelle souvent cette parole de François Jullien « le bon prince est celui qui en supprimant les contraintes et les exclusions permet à chaque existence de s’épanouir à son gré. Son agir sans agir, qui n’est pas ne rien faire du tout, est une forme de laisser faire pour faire en sorte que les choses se fassent toutes seules ». Je le vis comme une qualité de présence à soi et aux autres qui autorise au sens qu’elle « rend auteur ».

    La question se pose de la même manière si nous sommes éducateurs, professeurs, enseignants, dirigeants. Les enseignants qui ont adopté la philosophie et la posture des pédagogies nouvelles, les parents qui se lancent dans les apprentissages autonomes le disent tous : c’est infiniment plus joyeux et moins stressant que de tenter par tous les moyens de faire rentrer un savoir dans la tête de quelqu’un. Il est impossible « d’apprendre quelque chose à quelqu’un », la seule chose qu’on puisse faire consiste à fournir un environnement (des activités, des stimulations) et des informations qui permettent l’acquisition des connaissances et des compétences. Et celui qui sait n’est pas forcé d’imposer un rapport de force, ni de prendre le pouvoir. Tout est même bien plus facile s’il ne le fait pas.

    L’entreprise libérée, l’autonomie parentale

    J’ai donc été émue quand j’ai entendu Alexandre Gérard, patron d’Inov-on, raconter son parcours au sein de son entreprise. Cette démarche d’intense travail sur soi, d’humilité et de dépouillement qui mène à la joie, nous avions fait un peu la même dans un domaine différent, celui de la parentalité. Je suis donc ravie et peine d’espoir quand je vois des pionniers tenter cette belle expérience, en récolter les fruits et en parler autour d’eux, pour inspirer d’autres dirigeants et susciter un engouement.
    Je trouve inspirant pour les parents d’observer ce qu’ont entrepris ces dirigeants audacieux : ils sont partis de l’hypothèse que la nature humaine et bonne (ce qu’Olivier Maurel et l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire ont montré par un travail de recherche conséquent), ils ont fait confiance, ont cessé de décider seuls pour les autres, de contrôler, et ont ainsi libéré l’initiative, l’autonomie, la responsabilité, l’innovation, l’épanouissement, le bonheur au travail. Plutôt que de réfléchir entre élus, ils utilisent le plein potentiel de leur entreprise (ils font émerger l’intelligence collective) et atteignent des niveaux d’adaptabilité et de performance qui forcent l’admiration.

    Leur attitude est d’autant plus inspirante pour les parents qu’elle ne porte des fruits que si elle est profondément sincère (sinon il s’agit d’un moyen de manipulation totalement contreproductif), qu’elle découle d’un intense travail sur soi, qu’elle met fin aux signes de pouvoir pour traiter les autres non en égaux, mais en équivalents. Pour le parent, cela signifie sortir du rapport de force et de la croyance selon laquelle l’adulte doit dresser l’enfant et quelqu’un doit gagner et un autre perdre. Cela signifie aussi s’agenouiller souvent, se mettre à la hauteur des enfants, les écouter vraiment, les prendre au sérieux et ne jamais minimiser leur capacité à penser, imaginer, rêver, créer, réaliser, faire aboutir quel que soit leur âge, à chaque étape de leur développement.

    cocréer être libres ensemble PArents à Parents Leandro LamasElle ne fonctionne également que si on met fin aux punitions et aux récompenses externes (en entreprise, le contrôle, les objectifs fixés en haut, …) et si on valorise la puissance de l’erreur (celui qui ne se trompe pas n’a pas assez osé). J’ai été amusée aussi d’entendre Christophe Collignon, dirigeant de IMA Technologies, dire « quand on ne sait pas on ne dit pas non, on dit oui et on observe ce qui se passe » : c’est aussi ce que nous pouvons faire en tant que parent, d’autant que les enfants évoluent à une vitesse folle et que ce qui était impossible hier peut être faisable aujourd’hui.

    Cette perspective parentale me semble d’autant plus pertinente aujourd’hui que nous n’avons aucune idée de ce à quoi ressemblera le monde de demain. Si nous répétons l’éducation que nous avons reçu, nous les préparons au monde d’avant-hier, qui n’existe plus.

    Les « entrepreneurs libérés » ne seront pas forcément séduits au premier abord par ce parallèle entre la posture de parent et celle du leader, car c’est justement du management paternaliste dont ils veulent s’extraire. Mais ici, il est question d’une autre façon d’être parent, qui ne répond à aucun dogme, qui se cherche et se trouve « chemin faisant ». La distanciation, le décalage suggérés par ce parallèle a priori inapproprié susciteront peut-être une idée au manager-leader-animateur qui nous lira. Cet article pourra aussi les conforter qu’ici et ailleurs, des parents sont en train de préparer de futurs adultes à ce nouveau monde qu’ils sont en train de créer, et c’est toujours exaltant de savoir que dans d’autres milieux, d’autres agissent de concert, que tous les efforts se rejoignent.

    Ce mouvement de libération, si on le retrouve en entreprise, dans certaines écoles, dans l’instruction en famille, dans la posture parentale, peut être le signe qu’un vrai mouvement sociétal est en train de prendre forme et qu’une nouvelle ère est en train d’émerger. Quel espoir et quelle énergie cela donne à tous ceux qui ont envie de s’engager dans cette dynamique que nous pouvons tous, chacun à notre mesure et selon nos talents, co-construire ensemble. Il n’y a rien de plus galvanisant pour moi que de réaliser que je peux, avec d’autres, aiguillonner l’avenir du monde et agir pour que celui dans lequel grandiront nos enfants soit un peu sain, agréable, respectueux, joyeux, épanouissant.

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Nous avons co-créé l’association Parents à Parents pour partager et susciter chez d’autres ce projet d’autonomie, de cocréation quotidienne, qui se passe des diktats et des injonctions de tout poil, qui cherche en soi ses pistes de solution et ses réponses – et se nourrissant des idées des autres mais sans jamais qu’elles soient imposées comme des vérités suprêmes-.
    Je suis intimement convaincue que si nous appliquons la solution d’un autre, aussi pertinente soit-elle, nous ne sommes plus présents à ce qui se vit sous nos yeux, nous perdons un peu de notre capacité à imaginer, impulser, agir. C’est pour ça qu’au sein de Parents à Parents, nous n’avons pas et nous n’aurons jamais de gourous, de penseur fétiche. Ce qui nous nourrit peut venir de partout.

    Illustrations : Leandro Lamas

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    28 Déc
    28 Déc
  • J’écris ce message au soir de Noël, alors que vous êtes peut-être en train de finir d’emballer vos paquets, de frisonner de joie à l’idée des bons moments qui viennent, de préparer un merveilleux dîner … ou de sentir les heures passer la boule au ventre, parce que votre famille ne ressemble pas à celle dont vous auriez envie là maintenant, parce que le repas familial qui s’annonce vous fait craindre réflexions, jugements, humiliations, comparaisons, injustices ou que sais-je encore qui donne plutôt envie de fuir ou de rester chez soi, avec ceux qui sont capables de vous aimer vraiment pour ce que vous êtes. Ils sont rares ces êtres là, ils sont infiniment précieux. C’est l’occasion de leur dire !

    Parce que j’étais justement en train d’écrire, pour chacun de mes enfants et pour mon époux, tout le bonheur que j’avais à vivre et grandir auprès d’eux, j’ai eu envie, à vous aussi, de faire un cadeau. Un présent qui respire la solidarité, une sorte de plaidoyer pour la fraternité.

    Le voici donc, ce texte est issu d’un livre que j’ai écrit en 2004, il y a onze ans. Mais ce chapitre là reste toujours, pour moi, d’une fervente actualité.

    Allez joyeux, je vous envoie un immense sourire qui vous regarde tel(le) que vous êtes dans toute votre beauté !

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    J’ai attendu le train tellement longtemps que j’ai cru qu’il n’allait jamais venir. En montant enfin dans la rame que je croyais vide, j’ai été surprise par un homme plié en deux sur une vieille banquette en skaï orange. Il serrait ses jambes contre sa poitrine pour cacher ses larmes et son visage bouffi. Il était parcouru de sanglots. Je ne pouvais lui offrir qu’un regard doux ; j’aurais voulu le soigner rien qu’en le touchant des yeux. Je me suis installée à distance raisonnable, la seule qui permette l’apprivoisement. Pas trop près pour ne pas l’effrayer, pas trop loin pour qu’il perçoive ma proximité discrète. Et pendant tout le trajet, je n’ai pas cessé de prendre soin de lui en l’enveloppant du regard. De temps en temps, l’homme aux yeux rouges sortait les yeux de sa caverne et m’offrait sa tristesse. Alors je redoublais de compassion. Je me suis courbée vers lui, les deux mains jointes dans une sorte de prière silencieuse. Je ne bougeais pas. J’étais captivée par cet homme en sanglots. Puis ma station est arrivée et je me suis levée. Je lui ai tendu les mains, pas pour qu’il les saisisse, mais seulement pour les lui offrir, et puis je lui ai dit quelques mots. Il m’a souri, et je lui ai offert mon plus beau regard de paix. Bizarrement, à cet instant, ce n’est pas lui, mais moi qui étais en train de guérir de quelque chose. J’ai pris sa peine, il a pris la mienne, et nous avons laissé le sac de douleur fondre dans le crissement des roues du train sur les rails.

    (ceux qui voudraient lire la début et la fin pourront trouver « Marie-Kerguelen » ici ou ailleurs)

    Illustration: Claudia Tremblay

    24 Déc
    24 Déc
  • Dessiner sa vie, voilà une initiative qui peut apporter une contribution merveilleuse dans de nombreux domaines : s’exprimer bien sûr, mais aussi dire explicitement, partager, faciliter la séparation, faire la transition, s’organiser, anticiper, structurer, sécuriser, créer des règles et s’y tenir,…. Adèle partage ici la belle expérience qu’elle mène depuis plus d’un an avec ses enfants.

    Inviter un enfant à partager sa vie est l’occasion de grandes réorganisations matérielles, relationnelles et professionnelles. On parle souvent de tout ce que notre progéniture nous empêche de faire comme avant. Mais il arrive aussi que nos enfants réamorcent des choses que l’on avait mises de côté. Pour moi, ce fut le dessin.

    Le dessin est un fardeau

    Le dessin, je l’ai appris en école d’art, après le bac. Des heures à réinterpréter à la main graphie, nature morte, perspective,… Je faisais par devoir mon lot de croquis hebdomadaire obligatoire. Techniquement, ma production était bonne. Mais mon cœur était sans appétit, sans entrain. Je n’arrivais pas à trouver le chemin de la joie, celui qui fait entrer une pratique dans le quotidien.

    Le dessin est un cadeau

    C’est l‘arrivée de mes enfants qui a réintroduit le dessin à la maison. Et avec beaucoup, beaucoup de joie. C’est en les voyant, en voulant nourrir leurs jeux que j’ai enfin ressenti, au plus profond de moi, que le dessin était un mode d’expression, loin de l’auto-censure et du jugement qui condamne. Le dessin est un pont lancé entre eux et moi, une co-création magnifique qui se construit à partir de rien, la fameuse page blanche. Celle d’où l’on peut tout inventer.

    Le dessin est un objet transitionnel

    Coloriage Mind Mapping dessiner sa vie Adèle Parents à ParentsC’est mon deuxième fils qui m’a montré que le dessin pouvait être bien plus qu’un simple jeu. A sa rentrée de maternelle, les séparations étaient douloureuses chaque matin.

    Nous arrivions le tôt possible pour passer le maximum de temps dans sa classe avant l’heure de départ des parents*. Nous nous installions à une petite table et il nous demandait, à son père ou moi, de lui redessiner les pages de ses livres préférés (voir dessin ci-contre).

    Nous nous exécutions. Après notre départ, il passait encore une heure à les colorier, seul, concentré. Le dessin était un instant de pur intensité de présence l’un à l’autre, un véritable don du cœur entre nous. Au fil des semaines, il n’eut plus besoin de colorier le dessin réalisé ensemble avant notre départ. Il nous demandait de rapporter le dessin à la maison. Puis, un jour, il ne nous a plus demandé de dessiner du tout. Il avait, à trois ans, créé son rituel de séparation et de sécurisation.

    Le dessin est structurant

    Calendrier Mind Mapping dessiner sa vie Adèle Parents à ParentsC’est pendant l’année d’instruction en famille avec mon aîné que le dessin prit une place dans notre vie quotidienne. Pas d’école, pas de programme, pas de contraintes. J’ai eu un peu peur que mon garçon, en pleine construction de ses repères spatio-temporels, soit bousculé par ce manque de cadre.

    Je lui ai alors proposé un calendrier (voir dessin ci-contre).

    Une feuille A3, des cases et une petite fenêtre aimantée avec son visage qu’il bouge chaque matin. Mon travail était de faire le bilan en dessin et en écriture de la journée passée et de projeter des activités qu’il voulait programmer. Il visualisait ainsi le temps écoulé et celui qui le séparait d’un prochain rendez-vous important pour lui.

    Ce rituel dura dix mois, soit 302 jours. Une routine qui l’aida énormément à apaiser ses insécurités, à travailler sa mémoire, et à trouver sa place, tout simplement.

     

    Le dessin est image et son

    Arbre à son Mind Mapping dessiner sa vie Adèle Parents à ParentsVint le moment de l’apprentissage de l’écriture et de la lecture pour mon aîné qui avait six ans. Comme il n’était pas scolarisé cette année là, c’était moi la « maîtresse ». Mon petit garçon n’était pas du tout, mais pas du tout intéressé par la question.

    Quand je lui demandais : « qu’entends-tu comme son dans le mot maison ? », il n’entendait rien. Gloups ! Comment faire ?

    Je me suis dit que si ses oreilles étaient bouchées, il fallait passer par un autre sens.

    Les yeux peut-être ? Je me suis alors lancée dans une technique découverte peu auparavant, le Mind Mapping® . Une sorte de cartographie ludique et organisationnelle. Nous nous sommes ainsi adonnés aux « arbres à sons » (voir dessin ci-contre).

    Nous partions d’une page blanche. Nous choisissions un son et nous recherchions quel mot le contenait. Il y a le son « on » dans « maison ». Oui mais qui y a-t-il dans une maison en « on » ? Et nous ramifions les branches charpentières. Une chasse aux sons qui cachait une analyse structurelle de la pensée. Un jeu qu’il adorait. Et plus il rigolait, plus il voulait travailler. Alors le soir, c’est moi qui faisait des devoirs en m’entraînant à recopier des dessins humoristiques de livres pour enfant.

    Le dessin est garde-fou

    Page du jour Mind Mapping enfant s'organiser Parents à Parents AdèleLes vacances avec les enfants c’est super, mais parfois très intense.

    Alors après trop de jours de cris et de disputes entre frères, j’ai instauré « la page du jour » (voir dessin ci-contre) : un petit carnet dans lequel je trace des cœurs pour tous les bons moments et des messieurs pas contents pour les périodes plus difficiles.

    L’enfant à la mémoire de l’instant et le parent à la mémoire d’éléphant trouvent ainsi un terrain pour harmoniser leurs perceptions de la journée.

    Ce petit jeu m’aide à garder du recul et à prendre les problèmes les uns après les autres. Attention bien sûr à ne pas tomber dans la menace, la sanction ou le chantage : « je vais te mettre un monsieur pas content si… ! » Ce n’est pas du tout mon but : cet outil aide à visualiser et donc à relativiser.

     

     

    Une autre aide, inveNe pas crier pas de bagare Mind mappin enfant Parents à Parents Adèlentée aux dernières vacances : élaborer des règles de vie ensemble, les dessiner et les afficher. C’est mon mari cette fois qui était à bout et qui en a eu l’idée.

    Cela a tellement plu aux enfants qu’ils les ont redessinés (voir dessin ci-contre).

    Il n’y avait plus besoin, après, de hurler « arrête de crier !! », réflexe parental rarement intelligent mais tellement fréquent. Il suffisait de dire : « Qu’est ce qui est affiché dans la cuisine ? » pour que tout le monde s’apaise !

     

     

     

    Le dessin est sécurisant

    Mon aîné est touCalendrier Mind Mapping dessiner sa vie Adèle Parents à Parents Peursjours très inquiet de tout. Une séparation pour dormir une nuit chez sa mamie est déjà une épreuve, alors partir seul en classe de mer, c’était presque inenvisageable. Presque… C’était sans compter sur le dessin.

    Nous avons donc ressorti nos crayons et travaillé ensemble sur ses peurs. En faisant notre alchimie des outils de la communication relationnelle que je connaissais : écoute active, reformulation, Communication NonViolente, et humour des dessins, nous avons tracé un nouveau Mind Mapping® (voir dessin ci-contre).

    Ici, il s’agissait d‘identifier les peurs, de mettre des images dessus, de voir quelles envies masquaient ces peurs et quels leviers pourrions-nous mettre en place pour les transformer.

    A six ans, mon fils a fait tout ce travail seul. Moi je n’avais qu’à dessiner et aussi à colorier, bien dans les traits. Cette page, plastifiée, a pris place dans sa valise et a accompagné son voyage. Il a ainsi réussi, à chaque moment de tristesse, en regardant son dessin, à se réapproprier son séjour en classe de mer et à en profiter.
    Voilà quelques pistes à explorer pour les parents « chercheurs » que nous sommes. Je pense qu’elle sont innombrables et tellement amusantes. Alors, pour notre bien et celui de nos enfants, amusons-nous !

    *Mes enfants sont à l’école Decroly de Saint Mandé, où les parents peuvent rester dans l’école de l’heure de l’ouverture, 8h20, jusqu’à 9h15-9h30 environ.

    Illustrations :  Adèle Damoiseau.

    02 Déc
    02 Déc
  • coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsCoralie a un talent fou pour révéler l’ombre et la lumière, les blessures et la joie. Ses photos m’ont tellement touchée que j’ai eu envie de savoir qui se cachait derrière l‘objectif. Comme Coralie écrit aussi, nous vous offrons le fruit de notre échange à deux voix. Vous allez voir que Coralie est une jeune femme qui sait déjà bien ce qu’elle veut et où elle va et qui s’en va joyeuse, partout où son art peut lutter contre les violences de la vie, et tout particulièrement contre celles faites aux enfants.

    Ces violences là, celles qu’on minimise, celles qu’on banalise, celles qui rétrécissent l’âme, rabougrissent l’estime de soi et nous préparent à accepter l’inacceptable si nous n’en prenons garde, elle les connaît si bien, pour les avoir vécues elle-même, qu’elle les reconnaît intuitivement chez les autres. Mais « ça prend un temps fou de soigner ses blessures », observe-t-elle. Alors aider les enfants avant qu’ils ne soient adultes, faire prendre conscience aux adultes de leur influence sur le devenir des enfants, pour Coralie, c’est plus qu’un travail, c’est une mission.

    Avec reconnaissance

    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsC’est avec confiance et une grande sensibilité que Gaëlle m’a invitée à m’exprimer sur un site bienveillant, qu’elle orchestre merveilleusement. Je fête mes 29 ans en ce milieu du mois de novembre et, parce que je suis avant tout une auteur, c’est un vrai cadeau de mêler mon écriture à la sienne. Les projets artistiques évoqués ici, sources de belles rencontres, me remplissent d’amour et j’imagine toujours qu’à un moment, ça débordera tellement d’amour que je serai capable de mener le projet le plus passionnant : être maman ! Écrire sur le site « parentsaparents » sans être « parent » est quelque peu ironique. Et pourtant ! C’est peut être l’occasion de tordre définitivement le cou à la phrase « on en reparlera quand tu sera maman! » Parce qu’être parent de l’enfant qu’on a été, l’écouter et prendre soin de lui au quotidien, c’est déjà assurément être parent!

    La violence éducative : un constat

    Coralie : La fois où j’ai demandé aux enfants  » Qui a déjà reçu des coups? », 31 mains d’une salle de classe se sont levées ! L’un d’entre eux a ajouté « maman m’a tapé mais je l’avais mérité » je lui ai dis  » tu avais fais quoi? Il m’a répondu « j’avais cassé un vase. Mais je ne l’avais pas fais exprès! « 
    Quelle leçon les enfants peuvent tirer de cela? Les enfants ne sont pas la goutte qui fait déborder nos vases. Ce sont nos frustrations, nos tensions, qui engendrent la violence et les enfants le payent cher, trop cher ! Thomas Ansembourg disait que c’est « un génocide quotidien qui n’est pas dans les journaux! »
    Il convient alors de balayer un peu devant nos portes, de ne pas photocopier bêtement l’éducation reçue, d’apprendre à faire autrement. Une éducation malmenée ou inconsciente peut entrainer de nombreux dégâts, une fois adulte, sur la vie quotidienne, les relations, les capacités et les rêves. Pour beaucoup c’est inscrit et « c’est comme ça » ! C’est une idée contre laquelle je me suis battue, dans des séries photographiques telles que « Troubleuses » ou « Tête d’affiche » et contre laquelle je me bats encore à travers la série « Les enfants fichus », exposée en mai 2016 au Carré d’Art de Chartres de Bretagne. Mais aussi dans l’écriture du livre que je viens de terminer  » Arrête de faire ton intéressante! »  et dans l’écriture d’une comédie musicale « On a tous besoin d’être touchés » que je mettrai en scène l’année prochaine. Choisir les bons mots, au plus juste de sa pensée, comme si on l’habillait, faire rimer les phrases comme une mélodie, entendre d’autres voix murmurer ses tirades, trouver la bonne replique, choisir le bon cadrage, la bonne expression, ajuster la lumière, ajouter du son, quelques etincelles ou confettis, denicher des decors, des costumes, trouver la bonne matière…plume, crépon, coton, carton…mettre en scène, c’est plus qu’un combat, c’est une vrai source de joie.

    Libérée de son enfance

    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsGaëlle : La plupart des enfances ne sont pas seulement faites de plaisirs, de câlins, d’insouciance et de joie. Elles sont aussi pleines de frustrations, d’injustice, d’incompréhension, de manques, de souffrances et de traumatismes plus ou moins grands. L’indifférence de nos parents, trop occupés, dépressifs ou incapables de voir nos besoins parce qu’eux-mêmes n’avaient pas été écoutés dans les leurs ; la violence de nos parents, qui, physiquement et/ou psychologiquement, ont déversé sur nous tout ce qui débordait chez eux, parce qu’ils avaient appris à décharger leurs émotions sur plus petit et plus fragile qu’eux-mêmes au lieu de faire l’inverse : se décharger sur un plus solide qui aurait pu accueillir sans s’en trouver détruit … Ces violences peuvent aller très loin, on le voit sur ces « enfants fichus » notamment. Heureusement que la plupart des enfants ont une aptitude naturelle à la joie et à l’optimisme, sinon ils ne survivraient pas à leur propre enfance !

    Coralie : J’ai de moi des images d’enfant : je me revois dans un coin de ma chambre, au fond d’une salle de classe ou au fond de la campagne. J’ai du me battre contre le formatage, contre les idées reçues, contre le principe de silence, contre l’idée d‘associer la vie à la souffrance et contre la violence aussi. Se défaire d’une vision familiale et aussi sociétale demande de la force et de l’endurance. Je connais la difficulté de la réparation. J’imagine que c’est cette conscience qui confère à mon travail et mon témoignage son importance.
    G. : Travailler avec des enfants, être parents nous pousse à une exigence : revenir sur notre enfance, sur l’enfant que nous avons été, pour ne pas reproduire la violence de génération en génération. Les enfants sont d’incroyables miroirs, ils peuvent nous faire grandir de manière impressionnante si nous attrapons les perches qu’ils nous lancent sans cesse. Mon ainée est particulièrement douée pour me montrer tout ce qui achoppe chez moi, et elle le fait avec un certain tact finalement. Je ne prétends pas empêcher toute forme de souffrance, de frustration, d’incompréhension, mais je peux éviter le pire ; je crois fermement que nous, en tant que parents, avons dans les mains un pouvoir incroyable car il suffit qu’une seule génération cesse de reproduire la violence reçue dans l’enfance pour qu’elle s’arrête enfin, car toutes les études le montrent : l’enfant est naturellement empathique et altruiste . Un enfant qui n’est pas tapé ne frappera pas ses propres enfants, un enfant qui n’est pas humilié n’humiliera pas les siens quand il sera adulte. Je crois comme Coralie qu’il est grand temps de revoir toutes les croyances et théories contraires, qui n’ont jamais été prouvées et forment des écrans dans nos relations.

    Un métier sur mesure

    G. Au sein de Parents à Parents, nous avons déjà interviewé des personnes qui vivent leur vie en s’épanouissant pleinement. Leur exemple est stimulant, inspirant, il nous donne envie de chercher en nous ce qui nous conviendrait vraiment, ce qui nous permettrait de nous réaliser pleinement. A 29 ans, Coralie en est déjà là.
    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsC. Mon métier, je le taille sur mesure, avec mes propres envies et mes propre limites. Il commence à me ressembler, il est optimiste et engagé, sensible et spontané. J’ai une grande liberté dans mes projets et je gère mon temps. Je tente de ne pas m’en imposer plus que nécessaire. Je m’amuse beaucoup aussi ; à vrai dire,  je ne conçois pas le travail autrement que dans une certaine forme d’engagement et d’amusement.
    S’engager dans son art c’est jouissif. C’est lier l’utile à l’agréable, avoir la sensation de faire partie de ce monde et d’avoir quelque chose à y faire. S’engager c’est aussi s’exposer à la critique, à des personnes qui ont peur d’y regarder de plus près – Et il y en a beaucoup! C’est parfois décourageant. Mais alors je repense à cette héroïne suédoise, « fifi brindacier », avec ses cheveux roux tressé et ses taches de rousseur; de son insolence et son audace ! Et je me dis que c’est un devoir de changer ce qui peut l’être, de lutter contre l’ignorance qui engendre et perpétue la violence.
    Fifi brindacier est le personnage principal d’une série de romans pour enfants écrits à partir de 1945 par l’auteur suédoise Astrid Lindgren. Le personnage de Fifi a contribué à lutter contre les représentations stéréotypées et sexistes des enfants dans les livres pour la jeunesse. Les quatre premiers romans de cette série ont été adaptés pour la télévision  et Fifi Brindacier existe également en dessin animé.

    « Les enfants fichus »

    C. Le projet « Les enfants fichus » réunit tout ce que je suis et qui me tient à cœur actuellement . C’est un abécédaire photographique qui met en scène des enfants en danger. Un abécédaire qui interroge les limites entre rêve et réalité, entre documentaire et mise en scène, entre fatalité et optimisme. Mon intention est de mettre en lumière des enfants dont on ne parle pas ou très peu, qui ont perdu leur dignité, leur intégrité, leur élan vital, quelque part dans l’enfance. Et de souligner la force qu’il leur faut pour survivre aux coups tant physiques que psychologiques. Je m’appuie pour cela sur mon ressenti, sur celui d’enfants que j’implique dans le processus de création. Et sur des techniques  d’éclairages, de scénographie, des éléments de décors et de costumes.

    Un contexte

    les enfants fichus coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsC. Mon  travail se situe dans un contexte ou la France a été condamnée par le conseil européen des droits de l’homme pour ne pas avoir interdit gifles et fessés à l’égard de ses enfants. Je crois fermement qu’une loi contre les châtiments corporels, comme elle existe dans de nombreux pays voisins, pourrait sauver des centaines d’enfants chaque année en France.
    Je tente d’interpeller, avec mes moyens, les politiques de Rennes, ville dans laquelle je vis. Avec le désir qu’une « charte de la bientraitance » puisse être signée, afin de prendre davantage au sérieux le statut de l’enfant.

    Mais je pense aussi que le changement vient davantage de personnes et d’artistes engagées que d’hommes politiques. C’est la raison pour laquelle j’ai invité des écrivains, des réalisateurs, des artistes, des psychologues à écrire une lettre à l’attention de ces « enfants fichus ».
    J’en ai reçu des États unis, de la Finlande, du Maroc, du Canada, de la Suisse, de France, de Belgique, de Suède… Des lettres bouleversantes d’optimisme et de poésie et riches d’expériences, présentées lors de l’exposition. Cela a donné lieu à des voyages : en Suisse, chez une écrivain qui écrit actuellement un livre sur le développement de l’enfant et, en Suède, à la rencontre d’une talentueuse réalisatrice dont l’engagement m’a conforté.

    Développer la conscience de ses émotions dans l’art

    C. Je porte en moi la conviction que les émotions sont la base de tout : à la base de la création, à la base de relations solide, à la base d’une connaissance de soi profonde. La conscience de ses émotions, leur expression, leur acception c’est essentiel dans l’éducation des enfants ! Dans chaque projet que je mène auprès d’eux, notamment en milieu scolaire, je véhicule ce message, en espérant que les enfants prennent conscience de l’étendue de leurs possibilités, de leurs capacités, et de leur beauté.

    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsCertains se trouvent moches sur les photographies, ils ont une estime d’eux très faible. En tant qu’intervenante, je me sens parfois impuissante vis à vis des messages dévalorisants qui les inondent dans leurs propres foyers – des foyers qui sont pourtant censés les protéger et les aider à affronter le monde extérieur! C’est un gâchis sans nom ! Il y a tellement à faire pour changer de regard sur les enfants. C’est ce qui m’a motivé à créer une page facebook positive et rempli de belles idées  « lumière sur la non violence éducative ».

    G. Merci de tout cœur à toi Coralie, pour tout ce que tu entreprends, réalises et partages. Nous continuerons à suivre tes projets, tu nous as offert la possibilité d’utiliser tes œuvres pour illustrer nos articles, comme ici, et nous t’en sommes très reconnaissants. Sans doute aussi, nous mènerons d’autres projets ensemble …. A suivre donc ! Et belle route d’ici là.

    Illustrations : photos Coralie Salaün

    Pour en savoir plus

    Le site de Coralie Salaün

    Deux documentaires:

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à Parents

    Celui de Marion Cuerq «  Si j’aurais su je serais né en Suède »
    Et celui de Zana Briski « Camera Kids »

    Le film de Peter Docter, Vice et Versa

     

     

     

     

     

    Un livre pour enfla puissance des emotions Michelle Larivey parents à parentsants : Cécile Gabriel « Quelle émotion ?! »

    Et pour les grands: Michelle Larivey « La puissance des émotions »

     

     

    Coralie salaun est auteur et photographe. Elle écrit autant qu’elle photographie et mêle avec enthousiasme les deux médiums pour atteindre un équilibre au plus juste de ses émotions. Chacune de ses séries viennent rendre compte d’un travail de fond. Sur l’inconscient, l’intimité, la violence. Sur l’humanité, avec son lot de souffrance, de culpabilité et de nons dits… et d’amusement aussi. La mise en scène devient son terrain d’expression et l’appareil le témoin de performances ( décors, costumes, fumigènes, lumière…). L’art est son meilleur allié; pour se trouver, se libérer, se dépasser, exister et s’engager. Très engagée dans la défense des droits de l’enfant, elle mène également des projets pédagogiques et, actuellement, le projet « les enfants fichus ».

    13 Nov
    13 Nov
  • Anne Barth m’a semblée proche et familière dès que j’ai entendu le son de sa voix. Il faut dire qu’Anne est une femme très sensible aux enfants, tout entière occupée à montrer, par l’image, par le son, la beauté du monde, une beauté qui touche et met en chemin – vers les autres comme vers soi.

    Car « ce qui fait grandir, ce sont les rencontres », ce sont les autres, comme le dit l’une des jeunes du très beau documentaire que prépare Anne: « L’arbre de l’enfance, aux racines de l’être ». Un film qui pose cette question nécessaire et cruciale : qu’est ce qui nous élève ?

    Les films d’Anne, comme tout ce qui fait grandir en humanité, sont le fruit de belles rencontres. « Quels enfants laisserons-nous à la planète ? » est ainsi né d’une suggestion d’Isabelle Peloux, dont Anne avait fait la connaissance aux Amanins en 2006.

    « L’arbre de l’enfance » est sa suite naturelle, ce film documentaire répond à la demande de très nombreux spectateurs qui veulent savoir ce que ces enfants sont devenus. « Comme tous les autres enfants du monde, ils continuent de grandir dans un monde construit par les adultes, mais à la différence de beaucoup d’autres, ils ont pu développer leur sensibilité et savent coopérer », explique Anne.

    Coopérer, voilà une compétence cruciale à acquérir, analyse-t-elle : « pour coopérer, il faut un vrai travail de conscience de soi afin de pouvoir être attentif à l’autre ». Et c’est à cette condition que nous pouvons vraiment prendre notre place dans le monde, en étant, comme aime à le dire Anne « Chargé de nous-mêmes », expression de Pestalozzi et chantée par Gilles Vigenault dans le Grand Cerf-Volant.

    Pourquoi une telle attention portée aux enfants ?

    Parce que sa souffrance d’adulte lui a montré que sans ses multiples douleurs d’enfant, elle aurait été plus paisible, plus sereine et plus confiante. Anne a, comme beaucoup d’entre nous, vécu une enfance éprouvante. C’est dans un arbre qu’elle a trouvé refuge, c’est grâce à la nature et aux animaux qu’elle s’est protégée des humains. Il est donc tout naturel que comme beaucoup d’entre nous, elle ait tellement à cœur que les enfants soient accueillis vraiment comme des enfants, par des adultes conscients de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont.

    Un sentiment qui vous est sans doute tout aussi cher, comme l’idée selon laquelle le processus créatif a tout à voir avec le processus de création de soi. C’est pour ça qu’inviter l’art dans nos vies (un choix éditorial de Parents à Parents) favorise notre propre créativité.

    C’est ce qu’Anne met si bien en lumière et en action dans ses films, et c’est la raison pour laquelle ils nous touchent tant.

    illustration et vidéo : Anne Barth

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    28 Oct
    28 Oct
  • Tout le monde le sait, nos enfants nous imitent, c’est ainsi qu’ils apprennent.
    Ainsi, un enfant qu’on tape apprend à taper, et un enfant qui voit son père frapper sa mère risque davantage, une fois adulte, de frapper sa femme. Mais un enfant qui endure des violences éducatives
    a-t-il plus de chance qu’un autre de vivre et d’accepter des violences conjugales ?
    Valérie témoigne.

    « Je ne comprenais pas pourquoi cet homme que j’aimais tant, qui pouvait me témoigner tant d’amour et de générosité, pouvait aussi déverser autant de violence ».

    Mes parents m’aimaient beaucoup tous les deux et ma mère était tendre, mais mon père était très pointilleux sur les règles, et il pouvait devenir violent quand nous les transgressions.
    A quatre ans, je me souviens m’être interposée entre mon père hurlant pour prendre de force ma petite soeur en larmes que ma mère portait dans ses bras : il voulait lui donner une fessée pour la
    faire taire.

    Mon père avait la main leste, ceinture et fessées répliquaient à la moindre bêtise d’enfant.
    Et il nous semblait immense, incontrôlable. Il se déchaînait sur nous puis nous interdisait de pleurer.
    L’injustice que je ressentais me faisait parfois oublier ma peur : je me revois lui « tenir tête », du haut de mes 6 ans, refusant de baisser les yeux comme il me l’ordonnait… et le faire enrager davantage.

    violence éducative violence conjugale Parents à Parents Thierry SamuelJe ne comprenais pas pourquoi cet homme que j’aimais tant, qui pouvait me témoigner tant d’amour
    et de générosité, pouvait aussi déverser autant de violence.

    La dernière fois qu’il a tenté de me
    « corriger », j’avais 15 ans. Il considérait que ma chambre était une « véritable porcherie ». Je me suis
    interposée : désormais, je ne l’autorisais plus à me battre et je me défendrai s’il osait me toucher. Il ne m’a plus jamais frappée.

    « J’ai fini par comprendre que cette relation amoureuse s’inscrivait dans le sillage de celle qui m’avait liée à mon père, où amour et violence étaient intimement mêlés ».

    A 17 ans, j’ai rencontré le jeune homme qui est resté mon compagnon pendant huit ans. Cet
    idylle adolescente m’a amenée en Angleterre où je me suis installée avec lui. Mais s’en est suivi une
    véritable descente aux enfers : une fois encore, je me retrouvais avec un homme que j’aimais
    profondément, qui pouvait me témoigner amour et générosité, mais qui avait instauré un climat de peur, d’oppression, et me faisait subir humiliations et mauvais traitements.

    J’ai fini par comprendre que cette relation amoureuse s’inscrivait dans le sillage de celle qui m’avait liée à mon père, où amour et violence étaient intimement mêlés.
    La violence éducative que j’avais reçue pendant mon enfance avait pourri (comme un fruit qui
    se gâte de l’intérieur) mes relations amoureuses.

    J’ai eu énormément de mal à m’extirper de cette relation. Intellectuellement, je savais bien qu’elle était
    inacceptable, mais, émotionnellement j’étais incapable de rompre. Je suis aujourd’hui intimement convaincue qu’en pratiquant une éducation basée sur la violence, un père peut transmettre à sa fille un modèle de relation homme-femme qui cautionne la violence conjugale.

    Illustrations : Gilles Levrier puis Thierry Samuel

    Un article à suivre et retrouver ici

    Hors Cadre Parents à Parents Hommes et Bienveillance

    21 Oct
    21 Oct
  • Avant de devenir parents, on se projette, on a des idées, on fait des choix. On ne veut surtout pas reproduire ce qu’on a vécu, ou, inversement, on tient à préserver les valeurs familiales. Bref, on a des principes. Ensuite, on a des enfants…

    Argh, je suis en train de faire mon père », réalise Bruno alors qu’il est confronté à sa fille de six ans. Ce père là n’était pas particulièrement violent, mais il avait des principes auxquels il tenait dur comme fer. Bruno aimerait bien ne pas reproduire ses façons de parler, mais il arrive encore que ce soit irrépressible !

    Réactions impulsives

    La violence intérieure qu’il ressent parfois n’est pas un principe éducatif, c’est « du débordement », une réaction automatique, presque logique si on considère, comme l’explique Per Isdal*, psychologue norvégien, qu’elle est une réponse à notre sentiment d’impuissance. Cette réaction est d’autant plus forte que nous avons, nous-mêmes, reçu une éducation violente (cf. l’article d’Olivier Maurel).

    Ça n’est évidemment pas qu’une affaire de père : hommes autant que femmes y sont confrontés. Xavier, père d’un bébé de huit mois, témoigne : « j’ai eu, et j’ai encore des réactions épidermiques plutôt violentes lorsque je suis très fatigué, et que je ne comprends pas. Mais elles diminuent progressivement et j’arrive presque à les endiguer maintenant. C’est ma femme qui m’a donné la clé, en m’expliquant qu’un enfant en souffrance a besoin d’attention. Cependant, donner de l’attention ne veut pas dire tout laisser passer, ça veut dire prendre le temps d’essayer de comprendre et tenter de trouver la solution adaptée ».

    « Pleure mon fils, ça fait du bien », disait le père de Nicolas à son fils, qui accueille maintenant avec la même facilité les larmes de ses propres enfants. Pour Pierre, qui s’est entendu répéter toute son enfance qu’il fallait retenir ses larmes « pour être un homme », c’est plus compliqué. « Accepter les pleurs de mon bébé est loin d’avoir été facile, explique Xavier. Il m’a fallu réaliser qu’un bébé pleure avant tout lorsqu’il est en souffrance, et que cette souffrance,
    indépendamment de sa cause, n’est pas, a priori, soulagée par l’indifférence. Il m’a fallu me mettre à sa place, essayer de le comprendre, faire mienne sa fragilité, et trouver comment apaiser sa souffrance. Ce travail m’a pris plusieurs mois… »

    Construire une relation apaisée avec ses enfants

    Faire face à ses peurs, ses besoins et ses limites, ne pas s’enfermer dans des stéréotypes, ou bien connaître les étapes de développement des enfants, qu’est ce qui aide les pères à construire une relation harmonieuse avec leurs fils et leurs filles ?
    pere l'influence de mon père dans mes relations avec mes enfants Parents à ParentsNous n’arrivons pas tous égaux au stade de la parentalité. Pour Thomas, s’occuper de ses enfants va de soi. La paternité n’a pas réveillé de douleurs d’enfant : il a été élevé sans violence et avait déjà réglé pas mal de motifs de difficultés en thérapie avant d’avoir ses filles. En outre, il sait que sa compagne, très sensible à la violence, lui servirait de garde-fou s’il se laissait déborder.

    Pierre, de son côté, avait reçu une éducation stricte qu’il pensait reproduire avec son fils. Il avait donc décidé de laisser pleurer son bébé pour qu’il fasse ses nuits. Mais une fois son petit né, son regard a changé : instinctivement, il s’est laissé guider par l’empathie spontanée et l’amour qu’il ressentait pour son bébé.
    Dans un second temps, il a pris conscience que ce qu’il avait reçu n’était pas «un bon modèle éducatif pour
    devenir un homme». Alors, depuis, il se laisse guider par son instinct de père.

    La bienveillance, fruit de la liberté

    Bruno, quant à lui, est devenu père à 47 ans ; il relie sa sérénité et son attitude bienveillante à son expérience
    professionnelle et personnelle, qui lui a donné un certain recul. Il n’avait plus à faire ses preuves dans
    son travail quand sa fille est née, et cette pression professionnelle limitée lui a permis de prendre le temps
    de s’occuper de sa famille. Il n’a pas non plus senti de pression de la part de sa famille : ses parents avaient
    déjà huit petits enfants et avaient appris à ne pas s’immiscer dans leur éducation.
    Et comme il n’y avait encore jamais eu de fille dans sa famille proche (Bruno n’a eu qu’un grand frère qui a eu des fils, et dont les fils ont à leur tour eu des fils), il n’avait aucun modèle de fille auquel se conformer. Bruno se sent donc vraiment libre de construire ses relations avec ses enfants comme il l’entend, et quel plaisir il y prend !

    La fin de cet article vous attend ici, dans ce très beau livre numérique à télécharger gratuitement. Illustré par des artistes, il peut aussi être feuilleté en ligne après avoir cliqué sur le lien ci-dessous.

    Illustrations : Gilles Levrier puis Yoann Lambert

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Hors Cadre Parents à Parents Hommes et Bienveillance

     

     

     

     

     

    *Per Isdal, psychologue norvégien et thérapeute à Alternativ till vold -Alternatives à la violence-, un centre d’accueil pour hommes ayant maltraité des femmes.

    19 Oct
    19 Oct
  • A l’âge de douze ans, Marion Cuerq a compris les ressorts de la violence éducative ordinaire et son lien inextricable avec toutes les formes de maltraitance aggravée. Depuis, la jeune femme ne cesse de la combattre. Loin des paroles lénifiantes qui poussent à tout accepter sans rien dire et sans rien faire, elle a quitté la France à dix-neuf ans pour voir comment grandissent les enfants dans un pays où les droits de l’homme s’appliquent pleinement à eux. Deux mois après son arrivée en Suède, elle a eu l’idée d’en faire le film « Si j’aurais su, … je serais né en Suède ! », qu’elle a tourné, réalisé et produit avec ses propres moyens, avant de le mettre gracieusement à la disposition de tous sur le site de l’OVEO (Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire). Un très beau documentaire, à voir !

    Le respect de l’enfant : un droit inaliénable

    Pour Marion, c’est évident : un enfant est un être humain qui a droit au respect de son intégrité, exactement comme n’importe quel adulte. De la même manière que la plupart des gens jugeraient inadmissible qu’un patron batte ses salariés ou qu’un homme frappe sa femme, personne ne doit s’autoriser à humilier ou à frapper un enfant (1). C’est l’une des raisons pour lesquelles en Suède, Marion s’est tout de suite sentie chez elle : les suédois ne comprennent pas les débats français sur la « fessée » car chez eux, ça fait plus de trente-cinq ans que l’éducation des enfants s’entend sans aucune violence.

    Violence psychique versus violence physique

    En France, de nombreuses personnes craignent qu’une loi sur l’interdiction des châtiments corporels fasse basculer les parents et les adultes de la violence physique à la violence psychologique.

    En Suède, la violence psychologique n’a pas remplacé la violence physique.
    Les suédois sont sortis du rapport de force, un point c’est tout.

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsCe n’est pourtant pas du tout automatique, explique Marion : en Suède par exemple, la violence psychologique n’a pas remplacé la violence physique. Les suédois sont sortis du rapport de force, un point c’est tout. Les adultes ne disent pas que les enfants les « cherchent », les « testent » juste par défi. En fait ils n’ont pas besoin de le faire car ils n’ont pas subi de violences. Réalisons que ces attitudes de rébellion sont une réaction à la violence subie !

    « Si on met cette idée de rapport de force en place, l’enfant rentre dans la logique, atteste Marion. Le rapport de force n’est pas inné, il est construit par les parents, dès les premiers mois de l’enfant ». La jeune femme perçoit d’ailleurs une nette différence entre l’attitude des enfants dont elle s’occupait en centre de loisirs en France et ceux avec qui elle interagit en Suède (Marion a été fille au pair trois ans auprès de sept enfants dans trois familles différentes et continue, depuis, à animer des activités pour des enfants en Suède). En France, il faut souvent reconstruire la confiance. En Suède, elle pre-existe aux relations et les facilite.

    « Les enfants sont compétents et ont besoin d’être traités avec dignité pour pouvoir s’épanouir pleinement. » Jesper Juul

    L’impact de la culture

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsLa culture joue forcément un rôle dans la capacité des individus à adopter de nouvelles attitudes.

    La langue suédoise est naturellement axée vers la non-violence, analyse Marion. Les suédois parlent beaucoup d’empathie ; à tout âge, ils expriment facilement leurs émotions et utilisent des expressions comme « tu as de la peine? » , « tu es triste ? » qui pourraient sembler enfantines à un français privilégiant un mode de communication plus cérébral et analytique. Quand les français disent « je pense que… » « que penses-tu de ? », les suédois « ressentent ».

    En outre, ils ne prennent pas les sentiments des autres pour ou contre eux. Ils sont conscients que leurs propres sentiments leur appartiennent et qu’il en est ainsi des autres. Ils ne se sentent donc pas attaqués quand quelqu’un se sent triste ou en colère autour d’eux, « alors qu’en France, on est dans l’attaque constante », soupire Marion.

    Enfin, la culture scandinave est bien plus égalitaire que la culture latine. Dans les pays nordiques, le pater familias n’a pas du tout le poids qu’il a encore en France.

    Reste que même si la Suède est le premier pays à avoir légiféré sur l’interdiction des châtiments corporels en 1979, un texte de loi de 1800 exigeait qu’ils corrigent leurs enfants. La non-violence envers les enfants n’était pas inscrite dans les gênes, elle a été le fruit d’un cheminement ! La réforme législative en Suède a commencé en 1958 avec l’interdiction des châtiments corporels dans l’enseignement avant que le droit de « correction parental raisonnable » soit retiré du code parental suédois en 1966. La loi est intervenue treize ans plus tard. Un chemin que peut faire la France, comme d’autres pays.

    L’éducation sans violence ne doit pas être réservée à ceux qui ont les moyens de s’offrir des ateliers coûteux, elle doit être accessible à tous

    « Le changement demande un vrai courage politique, il doit passer par une loi, défend Marion. La non violence envers les enfants n’est ni un courant d’éducation ni une mode, c’est une base, c’est le strict minimum vital de respecter ce droit a l’intégrité physique fondamental de tout être humain !

    Ce changement ne doit pas être réservé à ceux qui ont les moyens de s’offrir des ateliers coûteux de communication ou de nouvelles pratiques éducatives. Il doit être accessible à tous. La loi contre les châtiments corporels, c’est un petit pas pour les droits des enfants, et un grand pas pour l’humanité, sourit Marion. Et c’est un fait : un environnement axé vers la non-violence incite tout le monde à agir dans ce sens. C’est l’expérience que nous avons faite une fois de plus en Norvège.

    Prévenir la violence dès la naissance

    « Puisque c’est au cours de notre première année de vie que nous construisons notre rapport au monde – c’est ce que montrent, entre autres, les travaux de Catherine Gueguen (5) -, les 480 jours de congé parental en Suède ne sont pas pour rien dans la qualité du rapport qu’entretiennent parents et enfants», analyse Marion.

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsLe tout-petit, qui passe sa première année auprès de ses parents, grandit dans l’idée d’un monde amical, qui nourrit sa confiance. Et les adultes peuvent d’autant plus rester sereinement auprès de lui qu’ils n’ont pas à faire de sacrifices financiers (le congé parental est calculé en fonction des revenus des parents qui perdent relativement peu en pouvoir d’achat).

    La prévention de la violence commence là, dans ces premiers temps de vie, et même avant, dès la grossesse, quand est proposé un accompagnement respectueux de la mère, de l’enfant et du père. Des naissances moins médicalisées (6), des parents mieux soutenus dans leurs compétences dès la naissance, une meilleur récupération physique après l’accouchement, tout ceci peut favoriser l’attachement, limiter l’épuisement parental, le sentiment d’impuissance et par là les violences sur les enfants. Et comme un enfant qui n’a pas été frappé ne frappe pas à son tour une fois devenu adulte, comme un enfant qui n’a pas été humilié n’humilie pas à son tour, mettre fin aux châtiments sur les enfants, c’est mettre fin à la violence intergénérationnelle et c’est s’entreprendre à déconstruire la logique de la violence et du rapport de force dans les relations humaines.

    Marion Cuerq contre la violence éducative ordinaire pour Parents à Parents

     

    Marion Cuerq démarre cette année ses études à l’Institut des Media de Stockholm et prépare un deuxième film sur la Suède. Nous lui souhaitons de beaux succès!

     

     

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

     

    A lire pour approfondir

    Pour une enfance heureuse Catherine Gueguen pour Parents à ParentsRegarde ton enfant est compétent Jesper Juul pour Parents à Parents

    Sere moi fort Elever nos enfants avec amour Carlos Gonzalez pour Parents à Parents Acheter chez Decitre

     

     

     

     

     

     

    Jesper Juul voulez vous des enfants forts en bonne santé pour Parents à ParentsJesper Juul Me voilà qui es tu Proximité respect et limites entre parents et enfants pour Parents à Parents

     

     

     

     

     

    Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen, Pocket mars 2015

    Serre-moi fort – Comment élever vos enfants avec amour, Carlos Gonzalez, Editions du Hêtre, 2013

    Voulons-nous vraiment des enfants forts et en bonne santé ? Jesper Juul, Fabert mars 2015

    Regarde… ton enfant est compétent – Renouveler la parentalité et l’éducation, Jesper Juul, Chroniques sociales, 2012

    Me voilà ! Qui es-tu ? – Sur la proximité, le respect et les limites entre adultes et enfants, Jesper Juul, Fabert mars 2015

    contre VEO Marion Cuerq Parents à Parents (1) Pour y parvenir, chacun peut puiser dans les ressources de l’éducation positive, consciente, non-violente…. tout en restant vigilant sur ses intentions. Nous avons déjà eu l’occasion d’en parler à plusieurs reprises, toute technique de communication peut être bonne ou mauvaise selon l’intention avec laquelle on l’applique. Si la Communication NonViolente peut constituer un formidable outil pour connaître ses besoins et ceux des autres, pour entrer en empathie avec soi et les autres, il n’empêche pas certaines personnes de s’en emparer pour affirmer leurs besoins de manière péremptoire aux dépens des autres. Et c’est ainsi que contrairement à la philosophie qui a présidé à sa création, la Communication NonViolente peut apparaître comme un outil de manipulation. Et si nous manipulons nos enfants pour parvenir à nos fins, nous ne les respectons pas.

    contre VEO Marion Cuerq Parents à Parents
    (2) Depuis quelques années, plusieurs médias ont publié des enquêtes selon lesquelles la maltraitance aurait augmenté en Suède depuis le vote de la loi de 1979 interdisant les châtiments corporels. Cette argumentation, encore reprise récemment dans la discussion sur la constitutionalité de l’article 43 du Code criminel canadien [le droit de « correction raisonnable »], est totalement fausse. Toutes les données disponibles indiquent que la Suède a remarquablement réussi à faire baisser les chiffres de la maltraitance des enfants dans les dernières décennies, et que cette réduction a continué après le vote de l’interdiction des châtiments corporels. (…) La fréquence des homicides d’enfants de moins de 5 ans fournit une bonne estimation du taux de mortalité de ces enfants par maltraitance, ces enfants étant plus exposés à la mortalité par blessure, et les autres formes de violence extérieure beaucoup plus rares dans ce groupe d’âge. Les statistiques montrent qu’elle n’a fait que diminuer. Alors que 700 enfants meurent chaque année sous le coup des violences, majoritairement de leurs parents, en France, ils sont moins de 4 par an en Suède.

    STOP VEO Parents à Parents

    (3) Voir le rapport de l’OMS, voir aussi celui de l’UNICEF
    (4) A propos des racines de la violence, n’hésitez pas à lire ou relire Alice Miller

    (5) Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen, Pocket mars 2015

    (6) voir le rapport de l’assemblée nationale

     Photos : Marion Cuerq : Pamela Ferrazzini. Les autres clichés sont tirés de son film « Si j’aurais su,… je serais né en Suède »

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    07 Août
    07 Août
  • Amelie et le poisson talents hauts helga bansch parents à parentsIl y a des amours qui construisent et des amours qui détruisent.

    Il y a des liens qui étouffent, d’autres qui rendent libres.

    On n’enferme pas l’amour et l’amitié dans un bocal, sinon ils dépérissent et les êtres avec.

    C’est tout cela et bien d’autres choses, comme le chemin de l’inconnu au familier, que dit « Amélie et le Poisson », ce livre à la fois simple et profond, qui touche les enfants comme les parents.

     

    J’ai eu un vrai coup de cœur pour « Amélie et le Poisson », ce livre que j’ai eu envie de lire, d’offrir et de mettre dans les mains de tout le monde.
    Quel enfant (en particulier celui que nous avons été) n’a pas eu l’impression d’être aimé seulement sous condition – de bien se tenir, de ne pas parler fort, de finir son assiette, d’avoir de bonnes notes à l’école, d’avoir des amis respectables, de réussir là où ses parents avaient échoué ou, au contraire, de ne pas les dépasser ?
    Quel enfant, quel adulte n’a pas eu envie de garder son amour, ses enfants et ses amis pour lui, abusant de son pouvoir sur eux, pour tenter de les empêcher d’aller vers d’autres amitiés ou de suivre un élan qu’il ne comprenait pas ?

    Lorsque le poisson arrive, elle l’attrape et le met dans le bocal.
    « Tu vas être très bien », lui chuchote-t-elle, enthousiaste.

    Il y a deux ans, c’était difficile pour chacune de mes filles d’inviter une amie à la maison et de la voir jouer avec sa sœur. C’était son amie à elle, elle n’avait pas envie de la partager. Je me suis demandée comment les aider à grandir avec cette sensation désagréable, qu’une amitié ne leur appartenait pas toute entière, qu’elle suivait un chemin propre qui dépendait de chacun et leur échapperait toujours. Finalement elles ont compris toutes seules, à l’aune de leur expérience, et son contentes, désormais, de jouer toutes ensemble. Elles ont fait leur l’adage « plus on est de fous, plus on rit‘.

    Elle s’assoit devant le bocal un long moment et regarde le poisson qui nage en rond tristement. La boule dans son estomac grandit.

    Mais ce n’est pas tout.

    Amelie et le poisson, helga bansch, talents hauts, parents à parentsQuel adulte est capable, avec un cœur d’enfant, d’accepter les us et coutumes des autres, sans les mépriser parce qu’elles ne sont pas les siennes, en les respectant simplement, nourri de l’intime conviction qu’il y a toujours une part qui nous échappe en l’autre, quel qu’il soit, une part que nous ne pouvons pas comprendre avec la tête mais que nous ne pouvons qu’accueillir avec le cœur ?

    Quel enfant n’a pas réalisé, après avoir enfermé des papillons ou des escargots dans une boite, un oiseau ou un chat dans une cage, que ces êtres étaient vivants comme lui et qu’ils avaient droit, comme lui, à la liberté – ce chemin ayant permis de nourrir d’autres relations, autrement plus nourrissantes et constructives ? Quel adulte n’a pas encore besoin de réaliser que les animaux ne sont pas à notre unique service, mais qu’ils ont une vie propre, qui est à respecter ?

    C’est une école de bienveillance, que de comprendre que nous sommes tous à la fois semblables et différents et que quelque chose de la réalité et de la profondeur des êtres glissera toujours entre nos doigts comme un poisson.

    Même nos enfants ont une vie propre qui nous dépasse complètement et dont nous savons à la fois tout et rien.

    J’ai eu les larmes aux yeux quand j’ai eu fini de lire « Amélie et le poisson ». C’est le cas toujours quand je lis quelque chose qui me touche au cœur, qui ne reste pas en surface mais va, avec quelques mots simples et justes, au plus profond. Mes enfants aussi l’ont beaucoup aimé. Nous l’avons lu plusieurs fois et il fait partie, désormais, de nos livres de chevet, comme les Fanettes et Filipin toujours si beaux, comme les Balthazar (librement inspirés de la collection Montessori) aussi. Il faut dire que dans « Amélie et le poisson« , les images toutes douces, à l’acrylique et au crayon, font merveille sur ce texte pur et profond.

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Amelie et le poisson, helga bansch, talents hauts, parents à parentsAmélie et le poisson, Helga Bansch, 25*21cm, 32 pages, 12.5 €, éditions Talents Hauts. Un livre recommandé aux enfants à partir de cinq ans.

    L’histoire : Amélie au un peu peur de s’aventurer seule dans la mer. Elle se lie d’amitié avec un poisson et, petit à petit, oublie son appréhension. Afin de garder son ami rien que pour elle, elle l’enferme dans un bocal. Mais le poisson dépérit. Finalement elle rejette le poisson à la mer. Puis, pendant des heures, Amélie attend que le poisson revienne.

    Ce livre a reçu le soutien d’Amnesty International. La presse germanophone a été emballée « Ce livre fait grandir », « une parabole apaisante et intelligente sur la propriété et la liberté », « un plaidoyer sur la liberté »..

    Helga Bansch, l’auteur, est autrichienne. Enseignante, elle est devenue auteur et illustratrice pour la jeunesse. Elle travaille l’acrylique sur carton et sur toile et le collage. Une vingtaine de ses albums ont été traduits en France.

    Illustrations : Helga Bansch dans le livre « Amélie et le poisson »

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    20 Mai
    20 Mai
  • A l’occasion de la journée de la non violence éducative, nous avons préparé un magazine numérique, téléchargeable et consultable gratuitement sur ce site.

    Sortir de la violence éducative : les pères témoignent – Édito

    Y a-t-il un rapport entre les violences faites aux femmes (sept femmes sur dix dans le monde en sont victimes) et celles faites aux enfants (un enfant sur dix en France) ? Et y a-t-il un lien entre les violences graves (crimes, homicide, viol, guerre, …) et les plus « légères »  (fessées, humiliations, … qui concernent 80 à 90% des enfants)*1 ? C’est ce que nous vous proposons de voir dans ce numéro. Notre objectif n’est pas d’accumuler les constats alarmistes, mais de montrer que rien de tout cela n’est inéluctable.

    La violence n’est pas qu’une affaire de « mâle » (ils en sont victimes, eux aussi*²) ; les hommes et les pères qui sortent des modèles archaïques de domination sont de plus en plus nombreux. Nous avons eu envie de leur donner la parole, de les voir se détacher de leur héritage culturel, laissant le manteau/fardeau de l’autorité paternelle pour entrer dans des liens joyeux et vivants, dont, disent-ils, ils sont les premiers bénéficiaires. Voyez plutôt…

    Gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Sommaire

    Au sommaire de ce beau numéro, illustré par des artistes, à télécharger ou feuilleter en ligne après avoir cliqué sur le lien ci-dessous

     

    Hors Cadre Parents à Parents Hommes et Bienveillance

     

     

     

     

     

    sommaire magazine webzine Parents à Parents avril 2014sommaire magazine webzine Parents à Parents avril 2014

     

     

     

    *1 Dans le monde, sept femmes sur dix subissent des violences physiques ou sexuelles – dans bien des cas, depuis leur plus tendre enfance. Rien qu’en France, au moins 10 % des enfants sont victimes de violences physiques, d’agressions sexuelles, de négligences graves, d’abandon affectif, d’humiliations et d’insultes. Mais si on étend le champ de la violence reçue à toutes les « violences ordinaires » (menaces, fessées, humiliations verbales), ce sont 80 à 90% des enfants, en France et dans les pays où cette méthode éducative n’a pas été remise en cause, qui subissent encore ce mode de dressage.
    Sources : http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/25/sept-femmes-sur-dix-dans-le-monde-sont-confrontees-a-des-violences-physique-ou-sexuelles_3519684_3244.html
    http://maltraitancedesenfantsgrandecausenationale2014.wordpress.com/pourquoi-un-colloque-sur-les-violences-faites-aux-enfants/
    http://www.oveo.org/fichiers/DiaporamaMaurel.pdf

    *2 Si les femmes font deux fois plus de tentatives de suicide que les hommes, les hommes se suicident trois fois plus que les femmes, ont trois fois plus de risque de sombrer dans l’alcoolisme et la drogue (moyenne mondiale : 10 hommes pour une femme) et sont bien plus en échec scolaire (cf. notre article sur le site parentsaparents.fr)
    sources : http://www.drees.sante.gouv.fr/IMG/pdf/er488.pdf, http://www.inpes.sante.fr/70000/dp/03/dp030122.pdf , http://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/WDR2012/WDR_2012_French_web.pdf

     

    Parents à Parents #1

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