La création, arme contre la violence et acte de libération des émotions

  • coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsCoralie a un talent fou pour révéler l’ombre et la lumière, les blessures et la joie. Ses photos m’ont tellement touchée que j’ai eu envie de savoir qui se cachait derrière l‘objectif. Comme Coralie écrit aussi, nous vous offrons le fruit de notre échange à deux voix. Vous allez voir que Coralie est une jeune femme qui sait déjà bien ce qu’elle veut et où elle va et qui s’en va joyeuse, partout où son art peut lutter contre les violences de la vie, et tout particulièrement contre celles faites aux enfants.

    Ces violences là, celles qu’on minimise, celles qu’on banalise, celles qui rétrécissent l’âme, rabougrissent l’estime de soi et nous préparent à accepter l’inacceptable si nous n’en prenons garde, elle les connaît si bien, pour les avoir vécues elle-même, qu’elle les reconnaît intuitivement chez les autres. Mais « ça prend un temps fou de soigner ses blessures », observe-t-elle. Alors aider les enfants avant qu’ils ne soient adultes, faire prendre conscience aux adultes de leur influence sur le devenir des enfants, pour Coralie, c’est plus qu’un travail, c’est une mission.

    Avec reconnaissance

    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsC’est avec confiance et une grande sensibilité que Gaëlle m’a invitée à m’exprimer sur un site bienveillant, qu’elle orchestre merveilleusement. Je fête mes 29 ans en ce milieu du mois de novembre et, parce que je suis avant tout une auteur, c’est un vrai cadeau de mêler mon écriture à la sienne. Les projets artistiques évoqués ici, sources de belles rencontres, me remplissent d’amour et j’imagine toujours qu’à un moment, ça débordera tellement d’amour que je serai capable de mener le projet le plus passionnant : être maman ! Écrire sur le site « parentsaparents » sans être « parent » est quelque peu ironique. Et pourtant ! C’est peut être l’occasion de tordre définitivement le cou à la phrase « on en reparlera quand tu sera maman! » Parce qu’être parent de l’enfant qu’on a été, l’écouter et prendre soin de lui au quotidien, c’est déjà assurément être parent!

    La violence éducative : un constat

    Coralie : La fois où j’ai demandé aux enfants  » Qui a déjà reçu des coups? », 31 mains d’une salle de classe se sont levées ! L’un d’entre eux a ajouté « maman m’a tapé mais je l’avais mérité » je lui ai dis  » tu avais fais quoi? Il m’a répondu « j’avais cassé un vase. Mais je ne l’avais pas fais exprès! « 
    Quelle leçon les enfants peuvent tirer de cela? Les enfants ne sont pas la goutte qui fait déborder nos vases. Ce sont nos frustrations, nos tensions, qui engendrent la violence et les enfants le payent cher, trop cher ! Thomas Ansembourg disait que c’est « un génocide quotidien qui n’est pas dans les journaux! »
    Il convient alors de balayer un peu devant nos portes, de ne pas photocopier bêtement l’éducation reçue, d’apprendre à faire autrement. Une éducation malmenée ou inconsciente peut entrainer de nombreux dégâts, une fois adulte, sur la vie quotidienne, les relations, les capacités et les rêves. Pour beaucoup c’est inscrit et « c’est comme ça » ! C’est une idée contre laquelle je me suis battue, dans des séries photographiques telles que « Troubleuses » ou « Tête d’affiche » et contre laquelle je me bats encore à travers la série « Les enfants fichus », exposée en mai 2016 au Carré d’Art de Chartres de Bretagne. Mais aussi dans l’écriture du livre que je viens de terminer  » Arrête de faire ton intéressante! »  et dans l’écriture d’une comédie musicale « On a tous besoin d’être touchés » que je mettrai en scène l’année prochaine. Choisir les bons mots, au plus juste de sa pensée, comme si on l’habillait, faire rimer les phrases comme une mélodie, entendre d’autres voix murmurer ses tirades, trouver la bonne replique, choisir le bon cadrage, la bonne expression, ajuster la lumière, ajouter du son, quelques etincelles ou confettis, denicher des decors, des costumes, trouver la bonne matière…plume, crépon, coton, carton…mettre en scène, c’est plus qu’un combat, c’est une vrai source de joie.

    Libérée de son enfance

    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsGaëlle : La plupart des enfances ne sont pas seulement faites de plaisirs, de câlins, d’insouciance et de joie. Elles sont aussi pleines de frustrations, d’injustice, d’incompréhension, de manques, de souffrances et de traumatismes plus ou moins grands. L’indifférence de nos parents, trop occupés, dépressifs ou incapables de voir nos besoins parce qu’eux-mêmes n’avaient pas été écoutés dans les leurs ; la violence de nos parents, qui, physiquement et/ou psychologiquement, ont déversé sur nous tout ce qui débordait chez eux, parce qu’ils avaient appris à décharger leurs émotions sur plus petit et plus fragile qu’eux-mêmes au lieu de faire l’inverse : se décharger sur un plus solide qui aurait pu accueillir sans s’en trouver détruit … Ces violences peuvent aller très loin, on le voit sur ces « enfants fichus » notamment. Heureusement que la plupart des enfants ont une aptitude naturelle à la joie et à l’optimisme, sinon ils ne survivraient pas à leur propre enfance !

    Coralie : J’ai de moi des images d’enfant : je me revois dans un coin de ma chambre, au fond d’une salle de classe ou au fond de la campagne. J’ai du me battre contre le formatage, contre les idées reçues, contre le principe de silence, contre l’idée d‘associer la vie à la souffrance et contre la violence aussi. Se défaire d’une vision familiale et aussi sociétale demande de la force et de l’endurance. Je connais la difficulté de la réparation. J’imagine que c’est cette conscience qui confère à mon travail et mon témoignage son importance.
    G. : Travailler avec des enfants, être parents nous pousse à une exigence : revenir sur notre enfance, sur l’enfant que nous avons été, pour ne pas reproduire la violence de génération en génération. Les enfants sont d’incroyables miroirs, ils peuvent nous faire grandir de manière impressionnante si nous attrapons les perches qu’ils nous lancent sans cesse. Mon ainée est particulièrement douée pour me montrer tout ce qui achoppe chez moi, et elle le fait avec un certain tact finalement. Je ne prétends pas empêcher toute forme de souffrance, de frustration, d’incompréhension, mais je peux éviter le pire ; je crois fermement que nous, en tant que parents, avons dans les mains un pouvoir incroyable car il suffit qu’une seule génération cesse de reproduire la violence reçue dans l’enfance pour qu’elle s’arrête enfin, car toutes les études le montrent : l’enfant est naturellement empathique et altruiste . Un enfant qui n’est pas tapé ne frappera pas ses propres enfants, un enfant qui n’est pas humilié n’humiliera pas les siens quand il sera adulte. Je crois comme Coralie qu’il est grand temps de revoir toutes les croyances et théories contraires, qui n’ont jamais été prouvées et forment des écrans dans nos relations.

    Un métier sur mesure

    G. Au sein de Parents à Parents, nous avons déjà interviewé des personnes qui vivent leur vie en s’épanouissant pleinement. Leur exemple est stimulant, inspirant, il nous donne envie de chercher en nous ce qui nous conviendrait vraiment, ce qui nous permettrait de nous réaliser pleinement. A 29 ans, Coralie en est déjà là.
    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsC. Mon métier, je le taille sur mesure, avec mes propres envies et mes propre limites. Il commence à me ressembler, il est optimiste et engagé, sensible et spontané. J’ai une grande liberté dans mes projets et je gère mon temps. Je tente de ne pas m’en imposer plus que nécessaire. Je m’amuse beaucoup aussi ; à vrai dire,  je ne conçois pas le travail autrement que dans une certaine forme d’engagement et d’amusement.
    S’engager dans son art c’est jouissif. C’est lier l’utile à l’agréable, avoir la sensation de faire partie de ce monde et d’avoir quelque chose à y faire. S’engager c’est aussi s’exposer à la critique, à des personnes qui ont peur d’y regarder de plus près – Et il y en a beaucoup! C’est parfois décourageant. Mais alors je repense à cette héroïne suédoise, « fifi brindacier », avec ses cheveux roux tressé et ses taches de rousseur; de son insolence et son audace ! Et je me dis que c’est un devoir de changer ce qui peut l’être, de lutter contre l’ignorance qui engendre et perpétue la violence.
    Fifi brindacier est le personnage principal d’une série de romans pour enfants écrits à partir de 1945 par l’auteur suédoise Astrid Lindgren. Le personnage de Fifi a contribué à lutter contre les représentations stéréotypées et sexistes des enfants dans les livres pour la jeunesse. Les quatre premiers romans de cette série ont été adaptés pour la télévision  et Fifi Brindacier existe également en dessin animé.

    « Les enfants fichus »

    C. Le projet « Les enfants fichus » réunit tout ce que je suis et qui me tient à cœur actuellement . C’est un abécédaire photographique qui met en scène des enfants en danger. Un abécédaire qui interroge les limites entre rêve et réalité, entre documentaire et mise en scène, entre fatalité et optimisme. Mon intention est de mettre en lumière des enfants dont on ne parle pas ou très peu, qui ont perdu leur dignité, leur intégrité, leur élan vital, quelque part dans l’enfance. Et de souligner la force qu’il leur faut pour survivre aux coups tant physiques que psychologiques. Je m’appuie pour cela sur mon ressenti, sur celui d’enfants que j’implique dans le processus de création. Et sur des techniques  d’éclairages, de scénographie, des éléments de décors et de costumes.

    Un contexte

    les enfants fichus coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsC. Mon  travail se situe dans un contexte ou la France a été condamnée par le conseil européen des droits de l’homme pour ne pas avoir interdit gifles et fessés à l’égard de ses enfants. Je crois fermement qu’une loi contre les châtiments corporels, comme elle existe dans de nombreux pays voisins, pourrait sauver des centaines d’enfants chaque année en France.
    Je tente d’interpeller, avec mes moyens, les politiques de Rennes, ville dans laquelle je vis. Avec le désir qu’une « charte de la bientraitance » puisse être signée, afin de prendre davantage au sérieux le statut de l’enfant.

    Mais je pense aussi que le changement vient davantage de personnes et d’artistes engagées que d’hommes politiques. C’est la raison pour laquelle j’ai invité des écrivains, des réalisateurs, des artistes, des psychologues à écrire une lettre à l’attention de ces « enfants fichus ».
    J’en ai reçu des États unis, de la Finlande, du Maroc, du Canada, de la Suisse, de France, de Belgique, de Suède… Des lettres bouleversantes d’optimisme et de poésie et riches d’expériences, présentées lors de l’exposition. Cela a donné lieu à des voyages : en Suisse, chez une écrivain qui écrit actuellement un livre sur le développement de l’enfant et, en Suède, à la rencontre d’une talentueuse réalisatrice dont l’engagement m’a conforté.

    Développer la conscience de ses émotions dans l’art

    C. Je porte en moi la conviction que les émotions sont la base de tout : à la base de la création, à la base de relations solide, à la base d’une connaissance de soi profonde. La conscience de ses émotions, leur expression, leur acception c’est essentiel dans l’éducation des enfants ! Dans chaque projet que je mène auprès d’eux, notamment en milieu scolaire, je véhicule ce message, en espérant que les enfants prennent conscience de l’étendue de leurs possibilités, de leurs capacités, et de leur beauté.

    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsCertains se trouvent moches sur les photographies, ils ont une estime d’eux très faible. En tant qu’intervenante, je me sens parfois impuissante vis à vis des messages dévalorisants qui les inondent dans leurs propres foyers – des foyers qui sont pourtant censés les protéger et les aider à affronter le monde extérieur! C’est un gâchis sans nom ! Il y a tellement à faire pour changer de regard sur les enfants. C’est ce qui m’a motivé à créer une page facebook positive et rempli de belles idées  « lumière sur la non violence éducative ».

    G. Merci de tout cœur à toi Coralie, pour tout ce que tu entreprends, réalises et partages. Nous continuerons à suivre tes projets, tu nous as offert la possibilité d’utiliser tes œuvres pour illustrer nos articles, comme ici, et nous t’en sommes très reconnaissants. Sans doute aussi, nous mènerons d’autres projets ensemble …. A suivre donc ! Et belle route d’ici là.

    Illustrations : photos Coralie Salaün

    Pour en savoir plus

    Le site de Coralie Salaün

    Deux documentaires:

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à Parents

    Celui de Marion Cuerq «  Si j’aurais su je serais né en Suède »
    Et celui de Zana Briski « Camera Kids »

    Le film de Peter Docter, Vice et Versa

     

     

     

     

     

    Un livre pour enfla puissance des emotions Michelle Larivey parents à parentsants : Cécile Gabriel « Quelle émotion ?! »

    Et pour les grands: Michelle Larivey « La puissance des émotions »

     

     

    Coralie salaun est auteur et photographe. Elle écrit autant qu’elle photographie et mêle avec enthousiasme les deux médiums pour atteindre un équilibre au plus juste de ses émotions. Chacune de ses séries viennent rendre compte d’un travail de fond. Sur l’inconscient, l’intimité, la violence. Sur l’humanité, avec son lot de souffrance, de culpabilité et de nons dits… et d’amusement aussi. La mise en scène devient son terrain d’expression et l’appareil le témoin de performances ( décors, costumes, fumigènes, lumière…). L’art est son meilleur allié; pour se trouver, se libérer, se dépasser, exister et s’engager. Très engagée dans la défense des droits de l’enfant, elle mène également des projets pédagogiques et, actuellement, le projet « les enfants fichus ».

    13 Nov
    13 Nov
  • Tout le monde le sait, nos enfants nous imitent, c’est ainsi qu’ils apprennent.
    Ainsi, un enfant qu’on tape apprend à taper, et un enfant qui voit son père frapper sa mère risque davantage, une fois adulte, de frapper sa femme. Mais un enfant qui endure des violences éducatives
    a-t-il plus de chance qu’un autre de vivre et d’accepter des violences conjugales ?
    Valérie témoigne.

    « Je ne comprenais pas pourquoi cet homme que j’aimais tant, qui pouvait me témoigner tant d’amour et de générosité, pouvait aussi déverser autant de violence ».

    Mes parents m’aimaient beaucoup tous les deux et ma mère était tendre, mais mon père était très pointilleux sur les règles, et il pouvait devenir violent quand nous les transgressions.
    A quatre ans, je me souviens m’être interposée entre mon père hurlant pour prendre de force ma petite soeur en larmes que ma mère portait dans ses bras : il voulait lui donner une fessée pour la
    faire taire.

    Mon père avait la main leste, ceinture et fessées répliquaient à la moindre bêtise d’enfant.
    Et il nous semblait immense, incontrôlable. Il se déchaînait sur nous puis nous interdisait de pleurer.
    L’injustice que je ressentais me faisait parfois oublier ma peur : je me revois lui « tenir tête », du haut de mes 6 ans, refusant de baisser les yeux comme il me l’ordonnait… et le faire enrager davantage.

    violence éducative violence conjugale Parents à Parents Thierry SamuelJe ne comprenais pas pourquoi cet homme que j’aimais tant, qui pouvait me témoigner tant d’amour
    et de générosité, pouvait aussi déverser autant de violence.

    La dernière fois qu’il a tenté de me
    « corriger », j’avais 15 ans. Il considérait que ma chambre était une « véritable porcherie ». Je me suis
    interposée : désormais, je ne l’autorisais plus à me battre et je me défendrai s’il osait me toucher. Il ne m’a plus jamais frappée.

    « J’ai fini par comprendre que cette relation amoureuse s’inscrivait dans le sillage de celle qui m’avait liée à mon père, où amour et violence étaient intimement mêlés ».

    A 17 ans, j’ai rencontré le jeune homme qui est resté mon compagnon pendant huit ans. Cet
    idylle adolescente m’a amenée en Angleterre où je me suis installée avec lui. Mais s’en est suivi une
    véritable descente aux enfers : une fois encore, je me retrouvais avec un homme que j’aimais
    profondément, qui pouvait me témoigner amour et générosité, mais qui avait instauré un climat de peur, d’oppression, et me faisait subir humiliations et mauvais traitements.

    J’ai fini par comprendre que cette relation amoureuse s’inscrivait dans le sillage de celle qui m’avait liée à mon père, où amour et violence étaient intimement mêlés.
    La violence éducative que j’avais reçue pendant mon enfance avait pourri (comme un fruit qui
    se gâte de l’intérieur) mes relations amoureuses.

    J’ai eu énormément de mal à m’extirper de cette relation. Intellectuellement, je savais bien qu’elle était
    inacceptable, mais, émotionnellement j’étais incapable de rompre. Je suis aujourd’hui intimement convaincue qu’en pratiquant une éducation basée sur la violence, un père peut transmettre à sa fille un modèle de relation homme-femme qui cautionne la violence conjugale.

    Illustrations : Gilles Levrier puis Thierry Samuel

    Un article à suivre et retrouver ici

    Hors Cadre Parents à Parents Hommes et Bienveillance

    21 Oct
    21 Oct

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