Sauvés ensemble

  • J’écris ce message au soir de Noël, alors que vous êtes peut-être en train de finir d’emballer vos paquets, de frisonner de joie à l’idée des bons moments qui viennent, de préparer un merveilleux dîner … ou de sentir les heures passer la boule au ventre, parce que votre famille ne ressemble pas à celle dont vous auriez envie là maintenant, parce que le repas familial qui s’annonce vous fait craindre réflexions, jugements, humiliations, comparaisons, injustices ou que sais-je encore qui donne plutôt envie de fuir ou de rester chez soi, avec ceux qui sont capables de vous aimer vraiment pour ce que vous êtes. Ils sont rares ces êtres là, ils sont infiniment précieux. C’est l’occasion de leur dire !

    Parce que j’étais justement en train d’écrire, pour chacun de mes enfants et pour mon époux, tout le bonheur que j’avais à vivre et grandir auprès d’eux, j’ai eu envie, à vous aussi, de faire un cadeau. Un présent qui respire la solidarité, une sorte de plaidoyer pour la fraternité.

    Le voici donc, ce texte est issu d’un livre que j’ai écrit en 2004, il y a onze ans. Mais ce chapitre là reste toujours, pour moi, d’une fervente actualité.

    Allez joyeux, je vous envoie un immense sourire qui vous regarde tel(le) que vous êtes dans toute votre beauté !

    ——————————

    J’ai attendu le train tellement longtemps que j’ai cru qu’il n’allait jamais venir. En montant enfin dans la rame que je croyais vide, j’ai été surprise par un homme plié en deux sur une vieille banquette en skaï orange. Il serrait ses jambes contre sa poitrine pour cacher ses larmes et son visage bouffi. Il était parcouru de sanglots. Je ne pouvais lui offrir qu’un regard doux ; j’aurais voulu le soigner rien qu’en le touchant des yeux. Je me suis installée à distance raisonnable, la seule qui permette l’apprivoisement. Pas trop près pour ne pas l’effrayer, pas trop loin pour qu’il perçoive ma proximité discrète. Et pendant tout le trajet, je n’ai pas cessé de prendre soin de lui en l’enveloppant du regard. De temps en temps, l’homme aux yeux rouges sortait les yeux de sa caverne et m’offrait sa tristesse. Alors je redoublais de compassion. Je me suis courbée vers lui, les deux mains jointes dans une sorte de prière silencieuse. Je ne bougeais pas. J’étais captivée par cet homme en sanglots. Puis ma station est arrivée et je me suis levée. Je lui ai tendu les mains, pas pour qu’il les saisisse, mais seulement pour les lui offrir, et puis je lui ai dit quelques mots. Il m’a souri, et je lui ai offert mon plus beau regard de paix. Bizarrement, à cet instant, ce n’est pas lui, mais moi qui étais en train de guérir de quelque chose. J’ai pris sa peine, il a pris la mienne, et nous avons laissé le sac de douleur fondre dans le crissement des roues du train sur les rails.

    (ceux qui voudraient lire la début et la fin pourront trouver « Marie-Kerguelen » ici ou ailleurs)

    Illustration: Claudia Tremblay

    24 Déc
    24 Déc

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