Le parti de l’enfant : avec Marion Cuerq, militer contre la violence éducative ordinaire et s’inspirer de la Suède

  • A l’âge de douze ans, Marion Cuerq a compris les ressorts de la violence éducative ordinaire et son lien inextricable avec toutes les formes de maltraitance aggravée. Depuis, la jeune femme ne cesse de la combattre. Loin des paroles lénifiantes qui poussent à tout accepter sans rien dire et sans rien faire, elle a quitté la France à dix-neuf ans pour voir comment grandissent les enfants dans un pays où les droits de l’homme s’appliquent pleinement à eux. Deux mois après son arrivée en Suède, elle a eu l’idée d’en faire le film « Si j’aurais su, … je serais né en Suède ! », qu’elle a tourné, réalisé et produit avec ses propres moyens, avant de le mettre gracieusement à la disposition de tous sur le site de l’OVEO (Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire). Un très beau documentaire, à voir !

    Le respect de l’enfant : un droit inaliénable

    Pour Marion, c’est évident : un enfant est un être humain qui a droit au respect de son intégrité, exactement comme n’importe quel adulte. De la même manière que la plupart des gens jugeraient inadmissible qu’un patron batte ses salariés ou qu’un homme frappe sa femme, personne ne doit s’autoriser à humilier ou à frapper un enfant (1). C’est l’une des raisons pour lesquelles en Suède, Marion s’est tout de suite sentie chez elle : les suédois ne comprennent pas les débats français sur la « fessée » car chez eux, ça fait plus de trente-cinq ans que l’éducation des enfants s’entend sans aucune violence.

    Violence psychique versus violence physique

    En France, de nombreuses personnes craignent qu’une loi sur l’interdiction des châtiments corporels fasse basculer les parents et les adultes de la violence physique à la violence psychologique.

    En Suède, la violence psychologique n’a pas remplacé la violence physique.
    Les suédois sont sortis du rapport de force, un point c’est tout.

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsCe n’est pourtant pas du tout automatique, explique Marion : en Suède par exemple, la violence psychologique n’a pas remplacé la violence physique. Les suédois sont sortis du rapport de force, un point c’est tout. Les adultes ne disent pas que les enfants les « cherchent », les « testent » juste par défi. En fait ils n’ont pas besoin de le faire car ils n’ont pas subi de violences. Réalisons que ces attitudes de rébellion sont une réaction à la violence subie !

    « Si on met cette idée de rapport de force en place, l’enfant rentre dans la logique, atteste Marion. Le rapport de force n’est pas inné, il est construit par les parents, dès les premiers mois de l’enfant ». La jeune femme perçoit d’ailleurs une nette différence entre l’attitude des enfants dont elle s’occupait en centre de loisirs en France et ceux avec qui elle interagit en Suède (Marion a été fille au pair trois ans auprès de sept enfants dans trois familles différentes et continue, depuis, à animer des activités pour des enfants en Suède). En France, il faut souvent reconstruire la confiance. En Suède, elle pre-existe aux relations et les facilite.

    « Les enfants sont compétents et ont besoin d’être traités avec dignité pour pouvoir s’épanouir pleinement. » Jesper Juul

    L’impact de la culture

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsLa culture joue forcément un rôle dans la capacité des individus à adopter de nouvelles attitudes.

    La langue suédoise est naturellement axée vers la non-violence, analyse Marion. Les suédois parlent beaucoup d’empathie ; à tout âge, ils expriment facilement leurs émotions et utilisent des expressions comme « tu as de la peine? » , « tu es triste ? » qui pourraient sembler enfantines à un français privilégiant un mode de communication plus cérébral et analytique. Quand les français disent « je pense que… » « que penses-tu de ? », les suédois « ressentent ».

    En outre, ils ne prennent pas les sentiments des autres pour ou contre eux. Ils sont conscients que leurs propres sentiments leur appartiennent et qu’il en est ainsi des autres. Ils ne se sentent donc pas attaqués quand quelqu’un se sent triste ou en colère autour d’eux, « alors qu’en France, on est dans l’attaque constante », soupire Marion.

    Enfin, la culture scandinave est bien plus égalitaire que la culture latine. Dans les pays nordiques, le pater familias n’a pas du tout le poids qu’il a encore en France.

    Reste que même si la Suède est le premier pays à avoir légiféré sur l’interdiction des châtiments corporels en 1979, un texte de loi de 1800 exigeait qu’ils corrigent leurs enfants. La non-violence envers les enfants n’était pas inscrite dans les gênes, elle a été le fruit d’un cheminement ! La réforme législative en Suède a commencé en 1958 avec l’interdiction des châtiments corporels dans l’enseignement avant que le droit de « correction parental raisonnable » soit retiré du code parental suédois en 1966. La loi est intervenue treize ans plus tard. Un chemin que peut faire la France, comme d’autres pays.

    L’éducation sans violence ne doit pas être réservée à ceux qui ont les moyens de s’offrir des ateliers coûteux, elle doit être accessible à tous

    « Le changement demande un vrai courage politique, il doit passer par une loi, défend Marion. La non violence envers les enfants n’est ni un courant d’éducation ni une mode, c’est une base, c’est le strict minimum vital de respecter ce droit a l’intégrité physique fondamental de tout être humain !

    Ce changement ne doit pas être réservé à ceux qui ont les moyens de s’offrir des ateliers coûteux de communication ou de nouvelles pratiques éducatives. Il doit être accessible à tous. La loi contre les châtiments corporels, c’est un petit pas pour les droits des enfants, et un grand pas pour l’humanité, sourit Marion. Et c’est un fait : un environnement axé vers la non-violence incite tout le monde à agir dans ce sens. C’est l’expérience que nous avons faite une fois de plus en Norvège.

    Prévenir la violence dès la naissance

    « Puisque c’est au cours de notre première année de vie que nous construisons notre rapport au monde – c’est ce que montrent, entre autres, les travaux de Catherine Gueguen (5) -, les 480 jours de congé parental en Suède ne sont pas pour rien dans la qualité du rapport qu’entretiennent parents et enfants», analyse Marion.

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsLe tout-petit, qui passe sa première année auprès de ses parents, grandit dans l’idée d’un monde amical, qui nourrit sa confiance. Et les adultes peuvent d’autant plus rester sereinement auprès de lui qu’ils n’ont pas à faire de sacrifices financiers (le congé parental est calculé en fonction des revenus des parents qui perdent relativement peu en pouvoir d’achat).

    La prévention de la violence commence là, dans ces premiers temps de vie, et même avant, dès la grossesse, quand est proposé un accompagnement respectueux de la mère, de l’enfant et du père. Des naissances moins médicalisées (6), des parents mieux soutenus dans leurs compétences dès la naissance, une meilleur récupération physique après l’accouchement, tout ceci peut favoriser l’attachement, limiter l’épuisement parental, le sentiment d’impuissance et par là les violences sur les enfants. Et comme un enfant qui n’a pas été frappé ne frappe pas à son tour une fois devenu adulte, comme un enfant qui n’a pas été humilié n’humilie pas à son tour, mettre fin aux châtiments sur les enfants, c’est mettre fin à la violence intergénérationnelle et c’est s’entreprendre à déconstruire la logique de la violence et du rapport de force dans les relations humaines.

    Marion Cuerq contre la violence éducative ordinaire pour Parents à Parents

     

    Marion Cuerq démarre cette année ses études à l’Institut des Media de Stockholm et prépare un deuxième film sur la Suède. Nous lui souhaitons de beaux succès!

     

     

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

     

    A lire pour approfondir

    Pour une enfance heureuse Catherine Gueguen pour Parents à ParentsRegarde ton enfant est compétent Jesper Juul pour Parents à Parents

    Sere moi fort Elever nos enfants avec amour Carlos Gonzalez pour Parents à Parents Acheter chez Decitre

     

     

     

     

     

     

    Jesper Juul voulez vous des enfants forts en bonne santé pour Parents à ParentsJesper Juul Me voilà qui es tu Proximité respect et limites entre parents et enfants pour Parents à Parents

     

     

     

     

     

    Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen, Pocket mars 2015

    Serre-moi fort – Comment élever vos enfants avec amour, Carlos Gonzalez, Editions du Hêtre, 2013

    Voulons-nous vraiment des enfants forts et en bonne santé ? Jesper Juul, Fabert mars 2015

    Regarde… ton enfant est compétent – Renouveler la parentalité et l’éducation, Jesper Juul, Chroniques sociales, 2012

    Me voilà ! Qui es-tu ? – Sur la proximité, le respect et les limites entre adultes et enfants, Jesper Juul, Fabert mars 2015

    contre VEO Marion Cuerq Parents à Parents (1) Pour y parvenir, chacun peut puiser dans les ressources de l’éducation positive, consciente, non-violente…. tout en restant vigilant sur ses intentions. Nous avons déjà eu l’occasion d’en parler à plusieurs reprises, toute technique de communication peut être bonne ou mauvaise selon l’intention avec laquelle on l’applique. Si la Communication NonViolente peut constituer un formidable outil pour connaître ses besoins et ceux des autres, pour entrer en empathie avec soi et les autres, il n’empêche pas certaines personnes de s’en emparer pour affirmer leurs besoins de manière péremptoire aux dépens des autres. Et c’est ainsi que contrairement à la philosophie qui a présidé à sa création, la Communication NonViolente peut apparaître comme un outil de manipulation. Et si nous manipulons nos enfants pour parvenir à nos fins, nous ne les respectons pas.

    contre VEO Marion Cuerq Parents à Parents
    (2) Depuis quelques années, plusieurs médias ont publié des enquêtes selon lesquelles la maltraitance aurait augmenté en Suède depuis le vote de la loi de 1979 interdisant les châtiments corporels. Cette argumentation, encore reprise récemment dans la discussion sur la constitutionalité de l’article 43 du Code criminel canadien [le droit de « correction raisonnable »], est totalement fausse. Toutes les données disponibles indiquent que la Suède a remarquablement réussi à faire baisser les chiffres de la maltraitance des enfants dans les dernières décennies, et que cette réduction a continué après le vote de l’interdiction des châtiments corporels. (…) La fréquence des homicides d’enfants de moins de 5 ans fournit une bonne estimation du taux de mortalité de ces enfants par maltraitance, ces enfants étant plus exposés à la mortalité par blessure, et les autres formes de violence extérieure beaucoup plus rares dans ce groupe d’âge. Les statistiques montrent qu’elle n’a fait que diminuer. Alors que 700 enfants meurent chaque année sous le coup des violences, majoritairement de leurs parents, en France, ils sont moins de 4 par an en Suède.

    STOP VEO Parents à Parents

    (3) Voir le rapport de l’OMS, voir aussi celui de l’UNICEF
    (4) A propos des racines de la violence, n’hésitez pas à lire ou relire Alice Miller

    (5) Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen, Pocket mars 2015

    (6) voir le rapport de l’assemblée nationale

     Photos : Marion Cuerq : Pamela Ferrazzini. Les autres clichés sont tirés de son film « Si j’aurais su,… je serais né en Suède »

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    07 Août
    07 Août
  • Amelie et le poisson talents hauts helga bansch parents à parentsIl y a des amours qui construisent et des amours qui détruisent.

    Il y a des liens qui étouffent, d’autres qui rendent libres.

    On n’enferme pas l’amour et l’amitié dans un bocal, sinon ils dépérissent et les êtres avec.

    C’est tout cela et bien d’autres choses, comme le chemin de l’inconnu au familier, que dit « Amélie et le Poisson », ce livre à la fois simple et profond, qui touche les enfants comme les parents.

     

    J’ai eu un vrai coup de cœur pour « Amélie et le Poisson », ce livre que j’ai eu envie de lire, d’offrir et de mettre dans les mains de tout le monde.
    Quel enfant (en particulier celui que nous avons été) n’a pas eu l’impression d’être aimé seulement sous condition – de bien se tenir, de ne pas parler fort, de finir son assiette, d’avoir de bonnes notes à l’école, d’avoir des amis respectables, de réussir là où ses parents avaient échoué ou, au contraire, de ne pas les dépasser ?
    Quel enfant, quel adulte n’a pas eu envie de garder son amour, ses enfants et ses amis pour lui, abusant de son pouvoir sur eux, pour tenter de les empêcher d’aller vers d’autres amitiés ou de suivre un élan qu’il ne comprenait pas ?

    Lorsque le poisson arrive, elle l’attrape et le met dans le bocal.
    « Tu vas être très bien », lui chuchote-t-elle, enthousiaste.

    Il y a deux ans, c’était difficile pour chacune de mes filles d’inviter une amie à la maison et de la voir jouer avec sa sœur. C’était son amie à elle, elle n’avait pas envie de la partager. Je me suis demandée comment les aider à grandir avec cette sensation désagréable, qu’une amitié ne leur appartenait pas toute entière, qu’elle suivait un chemin propre qui dépendait de chacun et leur échapperait toujours. Finalement elles ont compris toutes seules, à l’aune de leur expérience, et son contentes, désormais, de jouer toutes ensemble. Elles ont fait leur l’adage « plus on est de fous, plus on rit‘.

    Elle s’assoit devant le bocal un long moment et regarde le poisson qui nage en rond tristement. La boule dans son estomac grandit.

    Mais ce n’est pas tout.

    Amelie et le poisson, helga bansch, talents hauts, parents à parentsQuel adulte est capable, avec un cœur d’enfant, d’accepter les us et coutumes des autres, sans les mépriser parce qu’elles ne sont pas les siennes, en les respectant simplement, nourri de l’intime conviction qu’il y a toujours une part qui nous échappe en l’autre, quel qu’il soit, une part que nous ne pouvons pas comprendre avec la tête mais que nous ne pouvons qu’accueillir avec le cœur ?

    Quel enfant n’a pas réalisé, après avoir enfermé des papillons ou des escargots dans une boite, un oiseau ou un chat dans une cage, que ces êtres étaient vivants comme lui et qu’ils avaient droit, comme lui, à la liberté – ce chemin ayant permis de nourrir d’autres relations, autrement plus nourrissantes et constructives ? Quel adulte n’a pas encore besoin de réaliser que les animaux ne sont pas à notre unique service, mais qu’ils ont une vie propre, qui est à respecter ?

    C’est une école de bienveillance, que de comprendre que nous sommes tous à la fois semblables et différents et que quelque chose de la réalité et de la profondeur des êtres glissera toujours entre nos doigts comme un poisson.

    Même nos enfants ont une vie propre qui nous dépasse complètement et dont nous savons à la fois tout et rien.

    J’ai eu les larmes aux yeux quand j’ai eu fini de lire « Amélie et le poisson ». C’est le cas toujours quand je lis quelque chose qui me touche au cœur, qui ne reste pas en surface mais va, avec quelques mots simples et justes, au plus profond. Mes enfants aussi l’ont beaucoup aimé. Nous l’avons lu plusieurs fois et il fait partie, désormais, de nos livres de chevet, comme les Fanettes et Filipin toujours si beaux, comme les Balthazar (librement inspirés de la collection Montessori) aussi. Il faut dire que dans « Amélie et le poisson« , les images toutes douces, à l’acrylique et au crayon, font merveille sur ce texte pur et profond.

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Amelie et le poisson, helga bansch, talents hauts, parents à parentsAmélie et le poisson, Helga Bansch, 25*21cm, 32 pages, 12.5 €, éditions Talents Hauts. Un livre recommandé aux enfants à partir de cinq ans.

    L’histoire : Amélie au un peu peur de s’aventurer seule dans la mer. Elle se lie d’amitié avec un poisson et, petit à petit, oublie son appréhension. Afin de garder son ami rien que pour elle, elle l’enferme dans un bocal. Mais le poisson dépérit. Finalement elle rejette le poisson à la mer. Puis, pendant des heures, Amélie attend que le poisson revienne.

    Ce livre a reçu le soutien d’Amnesty International. La presse germanophone a été emballée « Ce livre fait grandir », « une parabole apaisante et intelligente sur la propriété et la liberté », « un plaidoyer sur la liberté »..

    Helga Bansch, l’auteur, est autrichienne. Enseignante, elle est devenue auteur et illustratrice pour la jeunesse. Elle travaille l’acrylique sur carton et sur toile et le collage. Une vingtaine de ses albums ont été traduits en France.

    Illustrations : Helga Bansch dans le livre « Amélie et le poisson »

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    20 Mai
    20 Mai
  • L'arbre à nuages Mireille Josselin pour Parents à Parents

    L’arbre à nuages, Mireille Josselin

    Quand il avait cinq ans, mon petit frère nous a raconté qu’il était allé sur le mont Blanc. Il nous a décrit le monde là haut, les cordées, le vertige, la neige blanche comme s’il y était allé. Quand nous lui avons expliqué que non, il n’était allé nulle part, il avait juste joué dans la neige du jardin, il a longuement pleuré à chaudes larmes : « mais puisque je vous dis que j’y suis allé ! ».

    La fille de mon amie Lucie a un ami imaginaire – enfin, un ami que les autres ne voient pas. Son image est si précise qu’elle est capable de le dessiner très distinctement. Elle lui parle, elle lui raconte ce qu’elle vit, il la guide et la conseille. Alexia, quant à elle, voit des fées et discute avec des lutins dans les bois et les jardins. Elle passe des heures dans l’herbe, à la fois calme et joyeuse. Ce qui ne l’empêche pas d’être sociable, d’avoir plein d’amis et d’aimer beaucoup sa famille, ses chats et son école.

    Adrien, qui vient d’avoir trois ans, voit désormais des fantômes le soir à l’heure de se coucher, et lui qui n’avait pas peur de grand chose, ne supporte plus le noir. Mon fils, qui a le même âge, a eu des visions de ce genre pendant quelques jours. C’était toujours au même endroit qu’il prenait peur : en haut de l’escalier, une fois la nuit tombée.

     

    Face aux fantômes

    Je pensais à tous ces enfants hier soir en imaginant différentes réponses qu’il serait possible de leur apporter :

    • Version claire et nette : Les fantômes et les lutins n’existent pas, allez, on pense à autre chose !
    • Version cartésienne : Regarde (en ouvrant les rideaux, les placards, les armoires), tu vois quelque chose, il n’y a rien là !
    • Version médicale : Peut être tu ne vois pas clair, est-ce que tu as mal aux yeux ? Je prends un rendez-vous chez un ophtalmologue pour vérifier ta vue. Oh mon Dieu, et s’il devenait schizophrène ou épileptique?
    • Version paramédicale : Tiens, prends ces granules homéopathiques, ce mélange de fleurs de Bach, ou d’huiles essentielles, ça va aller mieux.
    • Version hypnotique : Il est comment, ton fantôme ? Il a de grands yeux qui te font peur, et si on rétrécissait ses yeux, et si on le rendait tout riquiqui, il te fait encore peur ainsi ?
    • Version Halloween : Chouette, on va jouer avec lui ! Allez, tout le monde se met un drap sur la tête !
    • Version chevaleresque : Prends garde, fantôme, j’ai tiré mon épée de son fourreau !
    • Version spirituelle : Tu sais, certaines personnes voient des choses que d’autres ne voient pas. On va allumer une bougie et faire une prière pour que des anges viennent chercher le fantôme, comme ça il deviendra une âme et il ne te dérangera plus.
    • Version paranormale : un parent appelle un medium pour faire partir le fantôme.
    • Version enveloppante : Viens tout contre moi, je te protège du fantôme.
    • Version Communication NonViolente, sociocratique : Qu’est ce qui te ferait du bien pour te sentir mieux ? (et on trouve, à plusieurs, une solution pour que l’enfant n’ait plus peur, qui peut consister à fermer la porte, à l’ouvrir, à laisser une veilleuse, à placer au bon endroit un doudou protecteur, un camion de police ou un loup en peluche,…).

    Des réponses possibles, vous en avez sans doute beaucoup d’autres en tête (vous nous les faites partager en commentaire?) et vous les avez peut-être combinées !

    Prendre tout au sérieux ?

    Chez nous, le « fantôme » est resté trois jours et doit avoir disparu puisqu’on n’en entend plus parler. Je dois avouer que nous n’avons rien fait de spécial. Nous avons juste écouté notre fils nous raconter le fantôme, sans prendre peur avec lui, sans nier sa peur, sans la rétrécir ni la minimiser (encore que j’ai déjà utilisé avec profit, à d’autres occasions, les techniques d’hypnose eriksoniennes et d’autres méthodes de traitement des cauchemars qui sont décrites ici). Si j’analyse notre réaction, elle a été, en fait, celle que j’adopte le plus souvent : prendre tout ce que mes enfants me disent avec sérieux, mais sans gravité.

    Prendre les choses avec sérieux, mais sans gravité, c’est au fond l’attitude que j’essaie d’adopter dans tous les événements de la vie en ce moment.

    Sigrid, notre amie norvégienne, m’avait expliqué qu’elle était très touchée par le peu de sérieux que la plupart de parents français accordaient aux propos de leurs enfants, même quand ils étaient totalement concrets (regarde mon dessin / mon frère m’a tapé / j’ai faim / je veux rentrer,….).

    Prendre les choses avec sérieux, mais sans gravité

    Denise, maman de trois enfants et grand-mère de huit petits enfants, m’expliquait l’autre jour : « Mon fils Paul a eu un ami imaginaire pendant des années. Tout le monde prenait ça avec légèreté, chez nous comme ailleurs. On ne posait pas de questions mais on écoutait. Ma fille Brigitte, elle aussi, dialoguait avec un être qui devait ressembler à un animal mythique, vu les dessins qu’elle faisait de lui. Il semblait lui apporter beaucoup de sécurité et de confiance. Avec lui, elle n’avait plus peur de s’endormir seule dans son lit le soir. Un jour, ces amis imaginaires ont disparu comme ils étaient venus.

    Quand notre premier petit-fils s’est mis à parler tout seul à quelqu’un qu’elle ne voyait pas, sa mère a été très inquiète. Une de ses amies avait emmené son propre fils voir un psychiatre parce qu’il parlait à des êtres invisibles. J’ai trouvé ça triste que des parents envisagent de donner un médicament à un enfant qui avait simplement trouvé, par ce biais, un moyen de se donner la stabilité affective dont il avait besoin. Ce dialogue avec l’invisible ne terrifiait pas l’enfant, il faisait juste peur aux parents qui ne maîtrisaient pas cette relation. Ma belle fille a accepté de ne pas faire comme son amie. Son fils a continué à discuter de temps en temps avec cet ami qu’il décrivait comme un lutin, jusqu’au jour où il a dit que le petit être était parti. Aujourd’hui, il fait une grande école d’ingénieur à Paris, cette relation là ne l’a pas du tout empêché de développer son esprit scientifique et il semble aussi équilibré que peut l’être un jeune adulte de son âge ! »

    Souvent, les choses se posent toutes seules, avec le temps

    La frontière entre le réel et l’imaginaire est toute fine, les histoires sont pleines de phénomènes irréels auxquels on croit avant de ne plus y croire et d’y repenser à nouveau, la vie est pleine de principes et d’idées toutes faites auxquelles on croit dur comme fer avant de se rendre compte qu’ailleurs, les choses sont perçues totalement autrement et que ça ne les rend pas moins réelles, les découvertes faites en physique depuis cent ans déjouent nos perceptions visuelles, et les rêves sont parfois si frappants qu’il semble qu’on les a vécus vraiment. Certains enfants croient au Père Noël comme d’autres croient en Dieu avant d’affirmer haut et fort que ni l’un ni l’autre n’existent, puis finissent par se poser des questions. Certains lieux sacrés, certains sites naturels nous inspirent une sensation d’amour infini alors même qu’il n’y a personne autour de nous. J’aime laisser les portes ouvertes, ne pas monter trop haut les barricades, ne pas fermer trop vite la fenêtre des rêves et ne pas tarir la confiance dans nos expériences intérieures. Souvent, les choses se posent toutes seules, avec le temps. Et si ça n’était pas le cas, nous chercherions d’autres solutions, non ?

    Ces deux minutes de vidéo nous rappellent la fertilité de notre imagination d’enfant, et si vous la montrez à vos petits, ils vont sûrement adorer !

    5 MORE MINUTES – animated short from Tom Yaniv on Vimeo.

    le grand fariboleur pour Parents à ParentsL’autre jour, nous avons lu cette belle histoire du Grand fariboleur aux éditions Sarbacane, cette sorte de mage-coule grand fariboleur livre enfants pour Parents à Parentsturier qui récolte les pelures de songes, qui fait provision de chimères et d’illusions pour bricoler des fariboles à réchauffer les cœurs les plus froids. C’est ainsi que, affublés d’un de ses coussins fabuleux, les enfants « tristouilleux » se mettent à faire « des rêves tout sucre et miel, plus tendres et ronds que des bonbons, plus lumineux que des soleils ».

    Illustrations : Mireille Josselin et livre « le grand fariboleur »

    Vous trouverez des pistes sur les cauchemars et des peurs du soir dans le très beau livre numérique Hors Cadre Regards Croisés sur le Sommeil

    Regards croisés sur le sommeil : en finir avec ses soucis de sommeil, sommeil bébés, ados, adultes, insomnies, peur du soir, réveils nocturnes, cauchemars pour Parents à Parents

    19 Fév
    19 Fév
  • Nous n’avons pas tous la même sensibilité. Tout le monde…

    18 Déc
    18 Déc
  • Comment éduquer, élever nos enfants, comment les accompagner dans la vie, sur quelle base développer nos relations ? Y a-t-il une règle qui vaudrait pour tout, tout le temps, qui pourrait nous éviter des centaines d’heures de lecture et d’intenses élucubrations intellectuelles ? Je crois que oui.

    Il n’y a peut être rien qui nous mette autant « au travail » que la naissance de nos enfants, ces petits êtres qui nous sont à la fois « si loin et si proche », chair de notre chair dont l’identité semble nous échapper.

    Noémie, jeune maman de 24 ans, me le disait tout à l’heure : « la naissance de ma fille a tout changé. Depuis qu’elle est là, je ne vois plus la vie pareil. Je ne peux plus voir un film d’horreur, je ne veux plus prendre autant de risques pour moi et je ne supporte plus mon métier (elle est policière). Je n’aurais jamais imaginé tout ça avant son arrivée ». Un tel volte face de nos préférences peut nous désarçonner au point qu’il est possible que nous ayons encore plus de mal à nous faire confiance, dans la mesure où d’un certain point de vue, nous ne nous reconnaissons plus vraiment.

    Où trouver les réponses ?

    l'arbre de vie Gioia Albano pour Parents à ParentsComme vous sans doute, j’ai lu des livres pour savoir comment me comporter avec mes enfants, comment réagir à telle ou telle situation et puiser des idées nouvelles.

    Comme vous sans doute, j’ai douté, je me suis demandée comment faire avec ces bébés qui me réveillaient la nuit, avec cet enfant qui avait si peu d’appétit quelquefois, j’ai cherché à savoir comment aider mes filles, souvent si complices, à ne pas se crêper le chignon, comment aider mon fils à traverser ses colères, comment aider ma fille à accepter de lâcher les petites roues du vélo ou d‘apprendre à lire,…

    Alors que mon aînée va avoir sept ans, je me rends compte que la seule règle qui ait vraiment fonctionné chez nous, c’est l’amour. L’impératif d’amour, le faire passer en premier. C’est là où la maternité m’a le plus transformée : elle m’a rendue plus proche de moi, plus sûre de mes intuitions, et plus à l’écoute de mon cœur. J’ai vu des médecins se tromper, j’ai vu des amis me raconter des balivernes sur mes enfants. Mais je n’ai jamais entendu ma petite voix intérieure me duper.

    Les réponses n’ont jamais été dehors, elles sont toutes dedans.
    Mais comme vous j’ai parfois besoin de passer par l’extérieur pour retrouver le chemin vers moi-même, que j’avais un peu perdu en n’apprenant pas à faire confiance à mes émotions et à mes intuitions.

     

    Les livres, au fond, n’ont servi qu’à me conforter quand ils abondaient dans mon sens pour rassurer mon cerveau qui avait du mal à accepter mes intuitions, ce qui n’est pas rien, mais qui n’est pas tout non plus.

    Les réponses n’ont jamais été au dehors, elles sont toutes au dedans. Mais comme vous j’ai parfois besoin de passer par l’extérieur pour retrouver le chemin vers moi-même, que j’avais un peu perdu en n’apprenant pas à faire confiance à mes émotions et à mes intuitions.

    Suivre son cœur

    Comme vous pHarmonie mere bébé Gioia Albano pour Parents à Parentseut être, je doute quinze fois par jour et je me trompe souvent quand je réagis aux sirènes de ces idées toutes faites qui me traversent l’esprit (« il faut absolument qu’un enfant mange ceci et cela chaque jour trois fois par jour » ; « ces colères ne sont pas normales, il faut les faire taire »), mais à chaque fois que je me mets dans mes meilleures dispositions d’amour et qu’alors, je suis l’élan de mon cœur, je ne fais jamais de mauvais choix.

    Faire passer l’amour en premier, ce n’est pas, pour moi, tout accepter, tendre la joue droite quand on s’est fait gifler la gauche. C’est prendre le point de vue de l’amour, c’est voir plus loin que le bout de mon nez et de mon émotion de l’instant pour aller vers ce que je veux vraiment. C’est me reconnecter à tout l’amour que j’ai pour mes enfants et mon mari avant de leur adresser la parole. Et c’est fou comme ça marche, comme le message passe, comme les solutions s’imposent d’elles-mêmes.

    Vous vous direz peut être qu’il n’est pas si simple de distinguer, en nous, la petite voix de la pensée toute faite du mental. Ça m’a longtemps posé question, mais finalement je crois que c’est relativement simple : ma petite voix est douce et légère, elle ne rabâche pas, elle met en joie et elle laisse sur son passage une belle sensation de liberté. La voix de mon mental se répète, elle se nourrit des peurs et des expériences passées. Mais elle a des choses à dire, alors souvent, je laisse les deux se parler. Le processus prend très peu de temps : en quelques secondes c’est plié et j’accepte de suivre mon cœur… ou je prends la liberté de faire autrement.

     

     Ne soyez pas ferme, soyez vrai

    Ce que j’aime aussi, avec cette manière de voir le monde, c’est qu’elle nous libère. Je suis toujours mal à l’aise quand je lis dans les livres « là, soyez fermes ».

    l’amour est mon seul maître, parce qu’il suscite toujours le meilleur et me comble de joie

    Rester ferme (fermé?) sur une position quelle que soit la situation, par principe, alors qu’on n’y croit pas vraiment, quel sens ça a ? Si une attitude nous semble juste et bonne, nous la tiendrons forcément, sans avoir besoin de nous l’imposer, de nous y arc-bouter, de nous la répéter. Si nous avons besoin d’user de fermeté, c’est peut être qu’au fond, nous n’y croyons pas vraiment. Nous avons envie que la situation actuelle change, mais une part de nous doute un peu, voire beaucoup que cette pratique là soit la bonne. Car c’est la technique d’un autre que nous essayons. Nos enfants ne sont pas idiots, ils sont même bigrement lucides. Pas moyen de les duper. Le parent, c’est nous, ce n’est pas le pédiatre, la tante, la voisine ou la grand-mère, ce n’est pas l’auteur de ce livre qui ne vous a jamais vu et ne vous verra sans doute jamais. Le parent c’est nous, et la relation c’est tout de suite, ici et maintenant. C’est pour ça que l’amour est mon seul maître, parce qu’il suscite toujours le meilleur et me comble de joie. Car oui, le seul indicateur qui vaille, sur la qualité de nos relations, c’est la joie !

    Que cette journée vous soit, à tous, très très bonne et douce ….

    illustrations : Gioia Albano

    27 Nov
    27 Nov
  • enfant en colère adulte en colèreJe viens d’une famille un brin soupe au lait, dans laquelle il arrivait que les adultes explosent de rage et disent, à ce moment là, un peu n’importe quoi, avant de se montrer très paisibles, comme si rien ne s’était passé. En réaction, à l’adolescence, je ne supportais plus l’expression de la colère. C’était avant que ma fille aînée me fasse évoluer à nouveau.

    Face aux colères des enfants

    Il arrive à a fille de crier pendant dix ou vingt minutes sans s’arrêter. C’est intense mais je n’ai jamais eu le cœur de l’en empêcher. Mon expérience familiale m’avait rendue confiante : j’ai toujours pensé qu’ « il était préférable que ça sorte plutôt que ça pourrisse à l’intérieur ».

    C’est d’autant plus gérable qu’elle n’explose pas « contre les autres » (même si ça lui arrive aussi, comme à n’importe qui), qu’elle ne fait de mal à personne et qu’il suffit, en fait, de lui donner un espace pour vider son sac (et ne pas trop froisser nos oreilles car c’est le niveau sonore qui peut être fatigant pour nous). Après quoi elle revient généralement fraîche et dispose, prête à partager de bons moments familiaux. Avec le temps, son besoin d’exploser a nettement diminué. Je crois qu’elle a développé son vocabulaire et appris de plus en plus à exprimer ce qu’elle ressentait avant d’avoir besoin de crier à ce point.

    Face à ma colère d’adulte

    Mais sa colère en a réveillé une autre : la mienne. J’ai réalisé que si j’admettais la colère de mes enfants, j’avais du mal à tolérer la mienne. Pire, je ne savais pas quoi en faire car j’avais peur qu’elle puisse faire du mal à quelqu’un. Alors j’y suis allée doucement. Avec un amie, qui m’expliquait qu’elle se mettait en colère quand son fils la réveillait la nuit, nous avons compris que la colère nous donnait de l’énergie quand nous en manquions (c’est peut être aussi pour ça que nous nous mettons plus facilement en colère quand nous sommes fatigués?). Cette pensé m’a rendu la colère beaucoup plus sympathique : je lui trouvais une nouvelle fonction.
    Un jour où je cherchais un objet qui me tenait très à cœur, j’ai dit en criant « j’ai perdu ce truc, il faut que je le trouve au plus vite, surtout ne me demandez rien pendant ce temps là ». Les enfants sont restés calmes, ma seconde fille m’a aidé à le chercher et tout s’est vite terminé. Si je m’étais contentée de bouillonner intérieurement, je crois que mes enfants, sentant que je n’étais pas bien, auraient tourné autour de moi en me sollicitant, et ça aurait fait monter d’un cran mon désarroi intérieur.
    Il y a quelques jours, une vidéo d’Isabelle Padovani, formatrice en Communication NonViolente, a nourri ma réflexion : « à l’origine d’une colère, il y a une pensée, analyse-t-elle. Quand je suis en colère, il y a une phrase, une exigence sur moi ou quelqu’un d’autre. Plus je me la répète, plus la colère monte. (…) Elle vient d’une impuissance totale face à quelque chose d’extrêmement stimulant ». Ainsi, Isabelle Padovani propose d’écrire la phrase pour la faire « sortir de soi » puis de voir quel besoin exprime cette pensée. … et de ces besoins pourront naître différentes actions. Je l’ai expérimenté et ça m’a aidé : je me sens mieux quand je me dis que j’ai besoin d’arriver vite à l’école en vélo (ce qui est plus facile en utilisant les pistes cyclables que certains automobilistes annexent quelquefois comme des places de parking) que quand je me dis que « ces connards sont vraiment égocentriques et que ce n’est pas comme ça qu’on va réduire la pollution dans ce bas monde ».

    L’enseignement de la colère

    Autrement dit, dans la colère, il y a aussi des choses à prendre et à apprendre. C’est ce que me fait conclure l’événement suivant (d’abord publié ici il y a trois ans)
    Vendredi, nous avions rendez vous à l’hôpital pour le suivi orthopédique de Pistache (qui n’est pas le vrai prénom de ma fille aînée). Quand le médecin orthopédiste nous a reçues après deux heures d’attente dans une atmosphère très électrique (personnel surmené, parents épuisés, enfants affamés,…), Pistache ne voulait pas qu’il l’ausculte. Elle s’est mise à crier en se jetant sur moi et en se débattant. Il a pu voir son dos vu sa position mais il a très mal accepté la réaction de ma fille et m’a fait part de ses jugements sur les enfants colériques.

    De mon côté j’ai pensé qu’une angoisse avait été réveillée là, avec l’arrivée du médecin en blouse blanche. Quand on est sorti elle m’a dit « maman prends moi je ne peux plus marcher« . Et le médecin de ricaner « il ne manquerait plus que ça ! » J’ai pris ma fille dans mes bras et quand nous nous sommes retrouvées dans un endroit seules toutes les trois avec sa petite sœur, je lui ai demandé ce qui se passait (comme Pistache a été paraplégique quelques mois, ça ne venait pas de nulle part).

    Elle m’a demandé de lui raconter « quand elle était très malade« . Alors j’ai dit depuis le début, ses douleurs neurologiques pas reconnues par la pédiatre, l’arrivée aux urgences après une visite chez l’ostéopathe, le pédiatre des urgences qui avait tout de suite diagnostiqué le neuroblastome, les nuits d’inquiétude, les jours de trouille, l’opération en neurochirurgie en urgence qui nous avait fait si peur, les six heures passées devant la salle de réveil sans savoir si elle était vivante, l’anesthésiste plein de sollicitude qui l’avait veillée cette nuit là en posant sa chaise devant elle et en m’assurant qu’il s’en occuperait comme de sa propre fille, le cathéter, ses pansements et ses infections, la chimio, les effets secondaires, les granules que je lui donnais en cachette, le lait de vache quelle vomissait, les tétées qu’elle gardait, la petite fille avec qui elle avait joué, les médecins formidables que nous avions rencontrés, les autres qui faisaient comme ils pouvaient, la colère qui avait été la nôtre et la sienne, parfois, contre ce système complexe, la force immense dont elle avait fait preuve, les trois nuits que nous n’avions pas pu passer ensemble (je ne connaissais pas encore nos droits, qui disent qu’on ne peut jamais interdire à un parent de rester au chevet de son enfant même en soins intensifs), les soins qui lui faisaient mal, le corset qu’elle avait du porter, les familles avec lesquels nous partagions les chambres, les appareils qui sonnaient jour et nuit, sa fragilité immunitaire, la seconde opération qui s’était déroulée dans des conditions excellentes, l’aide soignante qui m’avait aidée à la mettre au sein dès le réveil malgré les drains et tubulures diverses, le chirurgien qui avait dit qu’il n’avait jamais vu de toute sa carrière un enfant se remettre aussi vite d’une telle opération, tout l’amour qui l’avait entouré, tous les gens qui avaient pensé à elle, prié pour elle, toute la puissance qui était la sienne. Elle a pris une grande respiration, m’a regardé et m’a dit « j’étais toute petite maman, c’était dur« . Calme et épuisée, elle s’est alors endormie dans l’auto. Qu’est ce que nous aurions raté en faisant diversion ou en supprimant l’émotion « inacceptable« !

    illustration : Roberte Degosse, « le retour à l’unité originelle »

    28 Oct
    28 Oct
  • la violence éducative ordinaire

    Photo Yoann Lambert

     

    La violence éducative ordinaire, ce sont ces fessées, ces gifles, ces menaces, ces punitions, ces railleries et moqueries que nous avons subies quand nous étions enfant et que nous faisons subir à nos enfants tant que nous n’avons pas conscience de leur impact et tant que nous n’avons pas déconstruit nos conditionnements. Ce sont tous ces traitements infligés « pour notre bien » et qui ne semblent normaux, ordinaires, que parce qu’ils sont subis et transmis de génération en génération.

    Cet article a été co-écrit avec Olivier Maurel*

     

     

     

    « Ces effets peuvent paraître invraisemblables et disproportionnés, mais pour les comprendre il suffit de se rappeler
    que notre organisme est doté de deux systèmes d’autoprotection : le système immunitaire et le stress »

    Non, ces gestes et ces mots ne sont pas anodins : la preuve (scientifique)

    De nombreuses études, sérieuses, documentées, longitudinales ont été réalisées, sur les impacts des « petites violences ordinaires » , celles qu’on pourrait croire anodines, qui montrent que les fessées, même peu fréquentes, suffisent à altérer les capacités intellectuelles et sociales : les enfants fessés de moins d’un an sont plus susceptibles d’être agressifs à l’âge de trois ans et plus déprimés ou anxieux à l’âge de cinq ans(1). Les fessées ont, entre autres, un impact sur le QI des enfants(2), qui est d’autant plus réduit que les enfants sont fessés à un âge précoce, ainsi que sur la compréhension du langage (3).
    Ces châtiments ne se contentent pas d’imprégner l’enfant, ils ont encore des répercussions sur sa santé physique et mentale à l’âge adulte. Cancer, troubles cardiaques et asthme à l’âge adulte (4) sont plus fréquents chez les personnes qui en ont reçu, tout comme les troubles du comportement, de la personnalité, les maladies mentales, la dépression, les problèmes d’alcool ou de drogue (5) et les suicides (6).

    Comprendre les effets de la violence éducative ordinaire

    Ces effets peuvent paraître invraisemblables et disproportionnés, mais pour les comprendre il suffit de se rappeler que notre organisme est doté de deux systèmes d’autoprotection : le système d’alarme qui nous protège des agressions extérieures et le système immunitaire qui nous protège des agressions intérieures (microbes, virus…). Notre système d’alarme, le stress, déclenche, en cas de danger ou d’agression, un flot d’hormones destiné à permettre à notre organisme de fuir ou de s e défendre efficacement.

    • La réaction d’alarme est en fait le premier stade du stress.
    • Ensuite vient le stade de résistance, d’adaptation à l’agent stressant, puis le stade d’épuisement, si l’action de l’agent stressant est excessive ou dure trop longtemps.

    Pour obtenir cette résistance et cette adaptation, le système d’alarme désactive toutes les fonctions qui ne sont pas indispensables à la fuite ou à la défense, comme, par exemple, la digestion, la croissance et le système immunitaire. Plus les agressions sont fréquentes, plus le système immunitaire est désactivé et réactivé, moins il devient efficace et moins il protège des maladies.
    Or, l’organisme des enfants ressent gifles, fessées et menaces comme des agressions, quelle que soit l’intention avec laquelle on donne ces punitions.

    Et les gifles et fessées, quand on a commencé à en donner, deviennent très vite des habitudes. Ainsi, en croyant donner des gifles et fessées « qui n’ont jamais fait de mal à personne », on affaiblit, sans en avoir la moindre conscience, la capacité de résistance des enfants aux maladies, ainsi que leur système digestif, voire leur croissance.
    Mais les effets de la violence éducative ne s’arrêtent pas là. Le traumatisme s’inscrit dans notre génome à travers les modifications épigénétiques des gènes récepteurs et peut se perpétuer sur au moins trois générations (7) ; les chercheurs ont aussi observé que les femmes ayant subi des violences dans leur enfance ont un risque trois fois supérieur aux autres d’avoir un enfant autiste (8).

     « Pour mettre fin au cycle de la violence, nous sommes invités à changer notre regard sur nos enfants, ce qui nous oblige presque automatiquement à regarder l’enfant que nous avons été »

     La suite est ici, dans ce magazine numérique, illustré par des artistes, à télécharger ou feuilleter gratuitement en ligne après avoir cliqué sur le lien ci-dessous

     

    Parents à Parents Webzine#1

    illustration de l’article : Yoann Lambert ; page de couverture du magazine : Gilles Levrier

     

    * Bibliographie d’Olivier Maurel : La violence éducative, un trou noir dans les sciences humaines, éditions l’Instant Présent, 2012. Oui la nature humaine est bonne !, Robert Laffont, 2009. La Fessée : questions sur la violence
    éducative, La Plage, 2004, préface par Alice Miller. OEdipe et Laïos : Dialogue sur l’origine de la violence, Éditions L’Harmattan, 2003.
    ** L’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire est à la fois une association et un site créés dans le but d’informer le plus largement possible l’opinion publique et les responsables politiques sur la pratique de la violence
    éducative ordinaire, c’est-à-dire les diverses formes de violence utilisées quotidiennement pour éduquer les enfants dans les familles et les institutions.
    Pour en savoir plus : voir le numéro 176 du magazine l’Enfant et la Vie et son dossier sur « l’autorité : un pas vers l’autre », dont cet article est partiellement issu. http://www.lenfantetlavie.fr
    Les études scientifiques présentées ici proviennent du site de l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire, où il est possible de lire les conclusions documentées et de trouver les sources dans leur intégralité.
    (1) Andrea N. Gromoske, Kathryn Maguire-Jack, University of Wisconsin–Madison, étude publiée dans le Journal of Marriage and Family, octobre 2012, p. 1054-1068. À ceux qui pensent qu’« une bonne fessée n’a jamais
    fait de mal à personne », une nouvelle étude réalisée en 2012 sur 3 870 familles a montré que les enfants fessés (spanked) de moins d’un an étaient plus susceptibles d’être agressifs à l’âge de trois ans et plus déprimés ou
    anxieux à l’âge de cinq ans.

    (2) Selon l’une étude présentée en 2009 par le Pr Murray Straus, sociologue et codirecteur du Family Research Laboratory de l’université du New Hampshire, les châtiments corporels réduisent le quotient intellectuel des enfants. Mesuré
    quatre ans plus tard, le QI des enfants qui avaient reçu des fessées de leur mère entre l’âge de 2 et 4 ans était inférieur de 5 points à celui des enfants qui n’en avaient pas reçu, tandis que le QI des enfants qui avaient reçu des fessées
    entre 5 et 9 ans était inférieur de 2,8 points à celui des enfants qui n’en avaient pas reçu au même âge.
    (3) Etude longitudinale menée par Michael J. MacKenzie, Eric Nicklas et Jane Waldfogel de la School of Social Work, et Jeanne Brooks-Gunn du College of Physicians and Surgeons and Teacher’s College, Columbia University, New York,
    publiée dans la revue Pediatrics sous le titre Spanking and Child Development Across the First Decade of Life mesure les effets jusqu’à l’âge de 9 ans. Elle montre que les fessées données par la mère à l’âge de 5 ans, même peu fréquentes, sont associées à un haut niveau de comportements d’externalisation de l’enfant à 9 ans. Les fessées fréquentes données par le père à l’âge de 5 ans sont corrélées avec un niveau plus bas de compréhension du langage à l’âge de 9 ans.
    (4) D’après l’étude de Michael E. Hyland, Ahmed M. Alkhalaf et Ben Whalley, université de Plymouth, Royaume-Uni, étude publiée dans le Journal of Behavorial Medicine, septembre 2012, les coups et les insultes reçus dans l’enfance accroissent les risques de cancer, de troubles cardiaques et d’asthme à l’âge adulte.
    (5) Le 2 juillet 2012 ont paru dans la revue Pediatrics les résultats d’une importante étude sur les effets des punitions corporelles. Cette étude, menée aux Etats-Unis auprès de 34 653 adultes âgés de 20 ans et plus par une équipe de chercheurs canadiens, a porté uniquement sur les fessées et châtiments corporels légers. Les sévices sévères, c’est-à-dire ceux qui causent des hématomes ou d’autres blessures, et les sévices sexuels en ont été exclus. Autrement dit, il s’agit bien des effets de la violence éducative ordinaire telle qu’on l’entend au Canada et en France. Or, il résulte de cette étude que les personnes ayant reçu des fessées et d’autres mauvais traitements physiques ne relevant pas de la
    « maltraitance grave » ont entre 2 et 7 % de risques supplémentaires de présenter à l’âge adulte des pathologies mentales allant des troubles du comportement aux troubles de la personnalité et aux maladies mentales graves, en passant par la dépression et les problèmes d’alcool ou de drogue.

    (6) Selon l’étude menée par Patrick O McGowan, Aya Sasaki, Ana C D’Alessio, Sergiy Dymov, Benoit Labonté, Moshe Szyf, Gustavo Turecki et Michael J Meaney, publiée dans la revue Nature Neuroscience le 22 février 2009, la maltraitance dans l’enfance, à travers le stress induit, modifie l’expression des gènes régulant les récepteurs aux glucocorticoïdes dans l’hippocampe et accroît le risque de suicide.
    (7) D’après l’étude menée par N. Perroud, A. Paoloni-Giacobino, P. Prada, E. Olié, A. Salzmann1, R. Nicastro, S. Guillaume, D. Mouthon, C. Stouder, K. Dieben, P. Huguelet, P. Courtet et A. Malafosse, universités hospitalières de Genève (Suisse) et de Montpellier (France), publiée dans Translational Psychiatry , le 13 décembre 2011, le traumatisme (maltraitance ou négligence physique ou psychologique, abus sexuel) s’inscrit dans notre génome à travers les modifications épigénétiques des gènes
    récepteurs et peut se perpétuer sur trois générations (ou plus, l’étude ayant porté sur trois générations seulement)

     

    04 Août
    04 Août
  • Mireille JosselinLa répression émotionnelle, c’est vraiment notre plus grand ennemi pour entrer vraiment en relation et progresser dans la communication avec ceux que l’on aime. Elle est le poison insidieux qui pourrit nos relations. Vous vous demandez pourquoi ? Parce qu’il est tout à fait impossible de réprimer l’émotion. Ce que nous réprimons, alors, c’est son expression, sans savoir qu’elle est en fait une libération de l’émotion.

    La répression émotionnelle : un processus « naturel » mais toxique

    Chacun d’entre nous, qu’il soit adulte, adolescent, enfant, bambin ou encore bébé, éprouve des émotions qui se traduisent par des modifications biochimiques dans notre corps. C’est ce qui explique que nous éprouvions des sensations physiques liées aux émotions. Qui n’a jamais rougi ? Sué de peur ? Tremblé sur ses cannes ?

    Les émotions ont besoin d’être évacuées pour être libérées, sans quoi elles deviennent des poisons toxiques pour notre organisme qui doit les digérer, créant alors des maux de ventre, des insomnies, de l’agitation, des angoisses, des maux de tête,…

    Il est tout à fait impossible de réprimer l’émotion.

    Ce que nous réprimons, alors, c’est son expression, sans savoir qu’elle est en fait une libération de l’émotion.

    Nous réprimons l’expression de nos émotions chaque fois que nous nions la tristesse, la souffrance, la colère, la peur – en la réfutant, en s’en moquant, en l’ignorant, ou pire encore, en la punissant.

    Qui n’a jamais entendu dire, face à un bambin ou un jeune enfant qui chute, crie, pleure ou geint : « Ce n’est rien, tu n’as rien, relèves-toi, allez, arrête de pleurer ! »  Qui est rassuré par le « ce n’est rien » ? L’adulte, sans doute soulagé que l’incident soit bénin. Mais l’enfant, lui, est nié dans son ressenti ; le plus souvent il pleure donc de plus belle ! Du moins, tant qu’il n’a pas intérorisé l’interdiction de s’exprimer (et je crois qu’il abdique, par là, toute velléité d’exister vraiment auprès de ceux qui prétendent l’aimer)… Pourtant, il suffit que l’adulte dise « Tu t’es fait mal ? Montres-moi ça » pour que l’enfant s’arrête très vite si effectivement, selon notre barème d’adulte, ce n’est rien.

    Ouvrir nos coffres plein de monstres… et nous libérer !

    Sur le plan émotionnel, nos enfants sont au moins nos égaux ; je pense même qu’ils sont plutôt nos maîtres. Car là où, bien souvent, nous avons du grandir en cachant, maîtrisant, réprimant nos émotions, ils nous apprennent à renouer avec nous-mêmes et avec nos propres ressentis. Les enfants ont en effet cette faculté merveilleuse de mettre le doigt sur nos blessures émotionnelles profondes et de les réveiller par leurs comportements.

    Dans ses livres, Alice Miller explique qu’il y a en chacun de nous un coffre plein de monstres, et que les seuls à en détenir la clé sont les enfants.

    Nous devrions considérer cela comme une grande chance lorsque nous sommes parents, car en réveillant nos propres émotions et en les exprimant enfin ils nous offrent une chance de grandir en libérant nos vieilles blessures enfouies, refoulées dans le corps depuis parfois très longtemps – blessures qui, à défaut d’être entendues, génèrent tensions, douleurs et maladies…

    Écoutons donc. Écoutons nos enfants. Écoutons-nous. Écoutons vraiment.

    Avec le cœur grand ouvert, en oubliant tout jugement, tout conseil, toute critique… en nous taisant et en observant ce que cette écoute silencieuse réveille en nous. Apprenons à parler de nous sans passer par l’autre. Employons le « JE » en lieu et place du « TU/VOUS » qui agresse et accuse. Oublions le « ON » aussi car il n’implique jamais personne. Acceptons toutes les émotions qui surviennent, sans jamais les juger négativement, sans jamais se reprocher de les ressentir, et faisons de même avec les autres.

    De mon point de vue, si les émotions s’expriment ainsi maintenant c’est que nous sommes prêts à les vivre et à les libérer enfin ! Lorsque nous éprouvons des émotions intenses, nous n’avons que faire des conseils, des suggestions, des critiques, des leçons de morale ou encore de la pitié ; ce dont nous avons besoin c’est d’une oreille capable d’entendre ce que nous avons à déverser, sans aucun jugement, mais pleine d’empathie et de compassion. C’est dans ces circonstances que nous sommes capables d’affronter la situation pour trouver nos propres solutions, celles qui nous conviennent vraiment.

    C’est aussi le principe de la co-écoute.

    Écouter nos enfants et, naturellement, nous écouter enfin !

    Nos enfants ne sont pas différents. Ils ont, eux aussi, juste besoin d’une écoute empathique qui les respecte pour ce qu’ils sont : un être unique, merveilleux, capable – comme chacun d’entre nous.

    Sortir de l’habitude de la répression émotionnelle demande une grande détermination, surtout quand nous y avons été habitué depuis notre plus tendre enfance. Car pour la plupart d’entre nous, c’est un automatisme !

    Ce qui m’a vraiment aidée, c’est d’affirmer ma détermination à ne plus nuire à mes enfants, tout en restant le guide que tout parent doit être.

    Au début, mes enfants ont manifesté fort et fréquemment leurs émotions pour liquider leur collection d’émotions refoulées. Puis, avec le temps, l’expression de leurs émotions s’est réajustée, elle ne dépendait plus que de l’émotion présente et non du stock des émotions refoulées du passé.

    Ce que je trouve merveilleux, c’est qu’en écoutant et en respectant les émotions de nos enfants nous apprenons peu à peu à écouter et à respecter les nôtres, ce qui ne peut que nous rendre meilleurs et plus justes. Nous pouvons alors progressivement développer une relation basée sur toujours plus de respect et de confiance plutôt que sur la soumission par la peur, la violence ou l’humiliation. Et cela retentit positivement sur toutes nos relations.

    Article écrit par Emmanuelle Sallustro

    illustration : Mireille Josselin

    Pour aller plus loin :

      C est pour ton bien Alice Miller


    C’est pour ton bien d’Alice Miller
     ; « Qu’est-ce-que j’ai pleuré en lisant « C’est pour ton bien » pendant ma dépression, faisant ainsi remonter mes blessures de bambin puis enfant aimé toujours sous condition, subissant la répression émotionnelle et la soumission à l’arbitraire » , se souvient Emmanuelle.

     

     

     

    10 Juin
    10 Juin
  • Sortir de la dépression


    Les événements qui s’abattent sur nous ont parfois des conséquences inespérées.

    La dépression de Guillaume a été l’occasion d’une triple renaissance : celle de Guillaume, celle de Jean, et celle de leur relation. Père et fils racontent.

    « J’avais réussi les études que j’avais voulu faire, je faisais le métier que j’avais choisi, j’avais apparemment tout pour aller bien. Mais ma vie amoureuse était compliquée, mon attitude froide et ambitieuse m’empêchait de vivre les relations que j’aurais aimé vivre ». Guillaume avait 30 ans, l’âge où de nombreux d’adultes construisent leur vie, se mettent en couple et s’occupent de leur carrière professionnelle. « j’ai pris un long congé sabbatique, j’ai arrêté de travailler et j’ai tout remis en question ».

    La traversée du désert va durer cinq ans.

    Jean, le père de Guillaume, se souvient : « j’ai pris conscience progressivement de la dépression de Guillaume.

    Mon fils était d’une maigreur quasi pathologique, c’était très douloureux pour moi de le voir dans cet état là. Ses postures rigides (crudivorisme, retour à la vie primitive, rejet complet de la société, repli sur soi) amplifiaient son inadaptation au monde et sa détresse.
    Au début, son comportement m’a agacé.

    Je me suis demandé ce qui lui prenait, je me suis dit que ce n’était pas mon problème.

    Mais je ne pouvais pas laisser sombrer le fils que j’aimais.

    Alors peu à peu, par simple empathie, ses souffrances sont devenues les miennes« .

     illustration : Yoann Lambert

    Poursuivez la lecture sur le hors série n°1 du magazine Parents à Parents (à feuilleter ou télécharger gratuitement)

    (à télécharger ou feuilleter en ligne après avoir cliqué sur le lien ci-dessous)

    Parents à Parents Webzine#1

    13 Mai
    13 Mai
  • RoberteMondeenbas700510
    Nous venons d’entamer une discussion sur la Communication NonViolente. Ici, je vous propose de la poursuivre en envisageant, cette fois, nos différents interlocuteurs et la communication non verbale. Là encore, sentez-vous libre d’apporter votre contribution !

    Si vous voulez voir ou revoir comment nous avons défini la CNV, ce qu’elle peut être, ce qu’elle n’est pas, comme elle peut servir d’outil de manipulation à son corps défendant, je vous invite à vous rendre ici.

    Si vous connaissez la CNV, l’utilisez-vous avec vos enfants ? Et qu’en tirez-vous ?

    La Communication NonViolente, un bon outil avec les enfants ?

    Avec mes enfants, je vous avoue que je ne l’utilise guère de manière formelle. A tort ou à raison, peut-être parce que je ne me la suis pas encore assez appropriée, mais pas seulement. En fait, je me sers essentiellement de la Communication Non Violente (CNV) comme d’un outil d’exploration intérieure.
    Et je remarque que quand je vais bien, quand je me sens bien, dans la majorité des situations, la communication et les relations avec mes enfants sont fluides.

    La CNV m’aide à me retrouver (notamment quand je suis en colère), ce qui me permet d’être davantage à leur écoute. Mais quand mes enfants vivent des émotions fortes, intuitivement, j’ai tendance à faire primer le non verbal, le toucher, la présence, les yeux dans les yeux, la douceur dans le ton, …

    Quand ses enfants sont en colère, Sophie, elle aussi, cherche plutôt à rester accessible, à être proche, présente, à les toucher ou à les prendre dans ses bras (selon ce qui paraît pouvoir les aider), plutôt que d’utiliser une formulation en mode CNV.

    Et vous, comment procédez-vous ?

    La CNV avec les ados

    Avec les adolescents, Cécile a tenté d’utiliser la Communication Non Violente comme mode de communication, puis, voyant que ça ne lui rendait pas les services qu’elle avait imaginés, elle a cessé d’utiliser ce mode là pour se rendre plus proche d’eux. Elle a adapté sa façon de parler, elle utilise davantage l’humour tout en restant le plus authentique possible. Et elle est beaucoup plus satisfaite de ses relations avec eux. Mais elle continue à se servir de la CNV pour comprendre ses besoins à elle.

    Nathalie, au contraire, utilise des formules CNV au collège où elle travaille. Communiquer en mode CNV, dire, par exemple, « j’ai confiance que vous allez pouvoir trouver une solution qui vous convienne à tous » (en y croyant vraiment), lui offre un cadre sécurisant quand elle craint de perdre pied au milieu des adultes qui crient autour d’elle. Elle en tire bénéfice dans ses relations avec les élèves comme avec ses collègues.

    La CNV, un bon outil pour qui ?

    Sans doute, il est bien plus facile de communiquer en mode CNV si notre interlocuteur est capable d’aller écouter ce qu’il ressent et de travailler sur lui. Sans doute aussi, l’authenticité prime sur le mode de communication et les mots prononcés (ce qui n’empêche pas d’y faire attention). 80% de notre communication étant non verbale, il reste tout un continent à explorer au-delà des mots !

    Ce midi, sur France Inter, j’entendais Jean Claude Ameisen évoquer les travaux, qui, depuis plus de 15 ans, montrent que nous pouvons percevoir les émotions exprimées par un visage sans même en être conscients, que nous pouvons ressentir et partager ces émotions sans même savoir que nous les avons ressenties et partagées, et même que nous pouvons reconnaître des visages, exprimer des émotions en les reconnaissant, sans même avoir conscience que nous les avons vus. Cela donne une idée des milliards d’informations non verbales que nous captons et traitons, sans même en avoir conscience !

    « La rencontre avec le visage de l’autre, explique Jean Claude Ameisen, fait naître des impressions profondes qui changent en fonction du contexte, de nos souvenirs, de nos attentes, il y a l’invention en nous du monde intérieur de l’autre, le lien entre ce monde intérieur et le nôtre, et l’inscription de ce lien dans le temps, dans une histoire, dans une narration qui donne son sens à cette rencontre ».

    Cela n’enlève rien à l’impact immense de la communication par les mots, mais cela me conforte dans l’envie d’explorer, aussi, ce qui se passe autour des mots, à la périphérie de nos expressions, dans tout ce qui se dégage des personnes que je rencontre. Ainsi, avec ceux que j’ai peur de blesser, avec les personnes particulièrement intuitives, avec mes enfants comme dans mes relations amoureuses, j’aime explorer d’autres modalités de communication, comme le regard, le toucher, l’humour, le conte, le symbole, la métaphore,…

    Là encore, il ne s’agit pas d’adopter une technique qui ferait écran à ce que nous sommes en train de vivre,
    mais juste de se mettre à l’écoute, de se rendre disponible à ce qui pourrait se passer si nous tentions d’explorer ce champ là.

    Le tout est de rester profondément en accord avec notre intention profonde : maintenir le lien.

    Et parfois, ça n’est pas du tout notre objectif ! Une amie de Morgane l’avait mise en garde : le risque de la CNV n’est-il pas de maintenir le lien à tout prix, même quand nous n’en avons aucune envie ? Alors, ce ne serait pas l’autre que nous manipulons, mais nous-mêmes, en nous obligeant à nous cantonner dans une relation qui ne nous convient pas et nous fait du mal ? Je ne sais pas.

    Finalement, les méthodes de communication sont peut être comme les méthodes pédagogiques : des outils qui se nourrissent d’abord de notre intention et de notre posture, vous ne croyez pas ?

     illustration : Roberte Degosse

    Poursuivez la lecture sur le webzine Parents à Parents

    Parents à Parents Webzine#1

     

    Pour aller plus loin :

    * Cessez d’être gentils, soyez vrai, être en lien avec les autres tout en restant soi-même, Thomas D’Asembourg, chez Decitre, en livre papier ou audio

    *Être heureux, ça n’est pas nécessairement confortable, Thomas D’Asembourg, disponible en livre de poche

    Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs, introduction à la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg

     Élever nos enfants avec bienveillance, l’approche de la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg en poche à  moins de 5 €

     Les ressources insoupçonnées de la colère, approche de la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg, en poche à moins de 5€

     

    08 Mar
    08 Mar
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