La Communication NonViolente au risque de la manipulation ?

  • RoberteGrandeBouche
    Une de mes amies ayant souffert de l’attitude d’une collègue qui disait utiliser la Communication NonViolente (CNV) avec elle, je me suis interrogée sur ce que ce mode de communication pouvait susciter.

    La CNV, conçue par Marshall B. Rosenberg pour établir une communication bienveillante avec soi-même et avec les autres, pouvait-elle être violente ? Pouvait-elle être manipulatoire ?

    Pour ébaucher une réponse à ces questions, je vous présente le début d’une discussion entamée avec trois amies. Si vous en sentez l’élan, rejoignez-nous et poursuivez-là avec nous !

    Est-ce de la Communication Non Violente ?

    Peut être avez vous entendu ce type de formules, prononcées par des personnes qui pensaient s’exprimer de façon non violente ?

    • Quand tu me dis que tu ne peux répondre à mes messages qu’à partir de ton téléphone portable et que du coup, tu ne peux pas utiliser de formules de politesse, c’est insupportable pour moi. J’ai besoin de respect. Donc, je te demande de répondre par courriel avec le respect dont j’ai besoin, sinon je te demande de quitter ce projet !
    • Quand tu me dis que tu es trop fatigué pour me répondre, je me sens dévalorisé, méprisé, par pris en considération. C’est très violent pour moi.
    • Oui, je vois bien que tu es en colère, mais moi j’ai besoin de calme (une mère à son enfant en pleine colère, qui quitte la pièce sans le regarder).

    Comment auriez-vous envie de réagir dans ces situations ? Pour moi, ces propos ressemblent autant à de la Communication NonViolente que le champony ressemble au champagne (et au plan viticole, je m’y connais un peu mieux qu’en CNV), ou l’aspartame au miel ; et ça ne me paraît pas commode de construire ou de maintenir une relation entamée sur ces bases là.

    Alors la CNV, au fond, c’est quoi ?

    Pour Marshall B. Rosenberg, « Les jugements que nous portons sur les autres sont l’expression tragique de nos besoins non satisfaits. » C’est de cette intime conviction qu’est né le processus qu’il a développé.

    Le processus de communication non violente : un langage du cœur

    Dans ma compréhension, avant toute chose, c’est notre intention qui compte : avons-nous envie d’établir des relations bienveillantes avec les autres, de maintenir le lien, de trouver des solutions pacifiques, ou pas ?

    Si nous voulons établir des relations satisfaisantes avec nos interlocuteurs, Marshall B. Rosenberg nous propose de nous écouter, nous-mêmes, avec empathie, en commençant par démêler l’observation de la situation réelle de nos sentiments et jugements.

    Par exemple, j’arrive dans le métro avec mon bébé de 12 kilos dans les bras, un sac lourd sur le dos, et personne ne me cède une place assise. Je commence par observer la situation, les gens assis, ceux qui sont debout comme moi, puis vide mon agacement en me faisant part, intérieurement, de ce qui m’énerve, m’agace, me rend triste.

    Ensuite, il s’agit de nous mettre en contact avec notre ressenti intérieur, corporel (ce qui peut ne prendre que quelques secondes).

    Dans mon exemple, je me sens en colère, une boule me noue sous ma poitrine, je bouillonne, ça m’oppresse, ensuite je sens une tristesse monter, cette situation me renvoie à ma difficulté à prendre ma place, à oser demander, à trouver mes besoins légitimes.

    Quand nous avons suffisamment écouté nos émotions, nous pouvons tenter de voir de quoi nous aurions besoin pour nous sentir mieux.

    Dans mon exemple, c’est assez simple, j’ai surtout besoin de me reposer parce que je commence à avoir mal partout.

    Mais parfois, nous devons creuser un peu pour trouver notre véritable besoin.

    Là, rien n’aide mieux que notre ressenti corporel :
    écouter les tensions de notre corps nous guide très concrètement vers la solution.

    L’avoir trouvée nous procure une nette sensation d’apaisement.

    Une fois cette étape accomplie, il est alors possible de faire une demande – à nous-mêmes ou à quelqu’un d’autre.
    Dans mon exemple, c’est ainsi que j’ai pu demander une place assise tout à fait calmement, une fois que j’aie été intérieurement rassurée sur ma légitimité à le faire. Le message n’étant plus parasité par mes émotions, il a été bien plus facile à mon interlocuteur d’y répondre sans se sentir jugé ou culpabilisé parce qu’il ne m’avait pas remarquée avant.

    Est-il possible d’être authentique et de manipuler ?

    Vécue comme Marshall B. Rosenberg le suggère, « la Communication NonViolente ne peut pas manipuler, car elle repose sur une sincérité et une honnêteté totales« , me rétorque mon amie Morgane, avec qui j’ai eu envie de réfléchir à ce sujet.

    Reste que le processus n’est pas toujours simple à mettre en œuvre, c’est comme une nouvelle langue à acquérir ! Alors, tant qu’il n’est pas intégré, nous pouvons conserver notre tendance à rejeter la faute sur les autres ou sur nous-mêmes, comme nous l’avons toujours fait auparavant.

    Ceci n’est pas de la Communication Non Violente !

    Pour l’éviter ou la déceler, voici une astuce toute simple :

    Un besoin est « un besoin de » (de repos, de lien, d’attention, …) mais jamais un « besoin que tu » (fasses, dises quelque chose).

    Si quelqu’un vous dit « j’ai besoin que tu quittes la pièce pour me sentir tranquille », cette personne ne vous parle absolument pas en mode Communication NonViolente (c’est d’ailleurs très violent, vous ne trouvez pas?). Face à une telle situation, Morgane dirait : « Stop, je ne suis pas là pour régler ton besoin. Quand tu me parles ainsi, je me sens en colère, mon cœur se ferme« .

    Dans le même ordre d’idées, imposer ses exigences en réponse à son besoin est aux antipodes de la Communication NonViolente (CNV). En CNV, une demande est ouverte, négociable, ça n’est jamais une exigence.

    Par exemple, Charles, exprimant un besoin de respect, exige que ses collègues le vouvoient sans leur laisser d’alternative : il aura beau dire le contraire, ce n’est pas de la Communication NonViolente !

    Si nous formulons une évaluation sur l’autre, portons des jugements ou apportons notre problématique à l’autre pour qu’il la résolve, c’est que nous ne sommes pas encore allés assez loin dans l’écoute de notre ressenti : la Communication NonViolente ne peut pas s’opérer si nous n’entreprenons pas une grosse partie du nettoyage chez nous !

    Pascale Mohlo, qui nous a présenté la Communication NonViolente et la Logique Émotionnelle, nous avait mis en garde : si la CNV reste un processus intellectuel, si nous ne sommes pas vraiment et pleinement authentiques, ça ne fonctionne pas !

    Mais tout ne se joue pas seulement dans le champ de celui qui s’exprime.

    Arrêtons d’être gentil, soyons vrai* ! Être heureux n’est pas forcément confortable* !

    Reste que même si notre interlocuteur a fait ce nettoyage intérieur et s’exprime clairement en Communication NonViolente, son propos peut tout de même nous paraître rude. C’est peut-être que nous n’avons pas l’habitude qu’on nous parle de manière vraie, authentique. Beaucoup de gens, pour ne pas nous blesser, nous racontent des carabistouilles, nous prennent dans le bon sens du poil, ou nous manipulent.

    Alors, si je réagis fort aux propos de quelqu’un qui me parle de manière authentique, sans intention de me blesser, c’est sans doute que ce qu’il me dit réveille des besoins non satisfaits chez moi. Ce sera plus facile à accepter si mon interlocuteur me rassure, que son intention me paraît vraiment bonne, que son expression non verbale me conforte. Je peux alors prendre la responsabilité de ce qui se passe en moi, me mettre à l’écoute de mon ressenti, quitte à le faire partager à mon interlocuteur (mais souvent, ça n’est même pas nécessaire).

    Les propos partagés dans ce mode de communication authentique peuvent être fort, difficiles à encaisser. Pour les entendre, nous devons dépasser l’illusion que nous sommes responsables du malaise de l’autre et surmonter nos fantasmes de culpabilité. Et ça n’est pas simple ! Pourtant, la personne qui utilise le processus de Communication Non Violente prend un risque en s’exprimant de manière authentique : elle se dévoile, ose parler de son ressenti plutôt que d’évoquer des généralités, des grands principes ou des lieux communs.

    Alors qu’en dites vous ? La Communication NonViolente, est-ce que vous la découvrez, vous l’aimez, vous l’utilisez, vous vous en méfiez ?

    Pour poursuivre votre réflexion, je vous propose une piste alternative, un regard sur les aspects non verbaux, et sur nos interlocuteurs. Vous nous rejoignez là ?

     

     Illustration : Roberte Degosse

    Poursuivez la lecture sur le webzine Parents à Parents

    Parents à Parents Webzine#1

    Pour aller plus loin :

    * Cessez d’être gentils, soyez vrai, être en lien avec les autres tout en restant soi-même, Thomas D’Asembourg, chez Decitre, en livre papier ou audio

    *Être heureux, ça n’est pas nécessairement confortable, Thomas D’Asembourg, disponible en livre de poche

    Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs, introduction à la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg

     Élever nos enfants avec bienveillance, l’approche de la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg en poche à  moins de 5 €

     Les ressources insoupçonnées de la colère, approche de la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg, en poche à moins de 5€

     

    08 Mar
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  • La manière dont notre mère, notre père se sont occupés…

    25 Jan
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  • Lire apprendre

    La première fois que j’ai rencontré Cécile, elle était en train de dessiner au milieu d’un groupe d’enfants. Chacun faisait quelque chose de différent, tout le monde était concentré. J’ai été surprise que la personne chargée d’animer le groupe soit elle-même en train de dessiner plutôt que de surveiller, aider, organiser… Puis j’ai trouvé sa posture excellente ; elle m’a inspirée de très doux moments avec mes propres enfants.

    Quitter l’école pour y revenir … autrement

    Si Cécile avait gardé de l’école l’idée d’un lieu qui permet de « s’en sortir dans la vie », elle avait été marquée par les jugements des adultes, vous savez, ceux qui s’égrainent au fil de certains bulletins scolaires, comme « intelligence scolaire, moyenne, ou mécanique, enfant immature ou paresseux » … Le genre de propos, qui, répétés, sapent l’estime de soi et l’envie d’apprendre.

    Elle est malgré tout entrée à l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) après avoir jugé plus sympathique d’être avec des enfants que dans un laboratoire (elle avait entamé des études de biochimie). Sans doute cherchait-elle à offrir ce qu’elle n’avait pas reçu, à trouver comment l’école pouvait être un endroit où il ferait bon vivre, apprendre et grandir ; Cécile avait donc pris une orientation : si elle enseignait, c’était pour faire différemment de ce qu’elle avait vécu.

    La pédagogie, une discipline encore si jeune !

    Sa formation en sciences de l’éducation est l’occasion d’une joyeuse révélation : cette discipline n’en est qu’à ses balbutiements ! Les premiers pédagogues ont moins de 150 ans, le terrain est encore presque vierge. C’est donc une démarche de recherche qu’elle va entreprendre, pas une doctrine qu’elle va suivre. Cécile prend alors son bâton de pèlerin et parcourt la France à la recherche d’initiatives vertueuses dans l’enseignement public. Elle rencontre des enseignants passionnés, réellement au service d’enfants heureux d’apprendre.

    Son diplôme en poche, elle se lance dans la pédagogie de Célestin Freinet, les apprentissages naturels de Paul Lebohec et la démarche du troisième type de Bernard Collot (nous en reparlerons bientôt ).
    Dans sa classe de ZEP, l’inspectrice qui vient la contrôler (suite à l’interpellation des conseillers pédagogiques) observe des enfants travailler seuls ou en petits groupes à des activités différentes. Elle ne parvient pas à comprendre le fonctionnement de cette classe et pense que Cécile a perdu la tête. Il faut dire qu’au même moment, le mari de Cécile, qui n’avait pas 30 ans, vient de décéder d’un cancer. Convoquée par l’inspection académique, la jeune enseignante explique sa démarche … et rentre chez elle avec le soutien de l’inspecteur académique.
    Très sensible à tout ce que vivent les enfants, elle entreprend un gros travail d’introspection et va encore plus loin dans sa démarche.

    Car contrairement à toute attente, le départ de son époux la porte

    On lui propose une nouvelle classe, à priori difficile, en milieu rural. Cette fois, ce n’est plus l’inspection, mais les parents qui ont du mal à adhérer à sa démarche. Cécile ne se sent pas assez libre : elle démissionne de l’éducation nationale. Cette jeune femme passionnée par les relations a besoin d’un espace plus vaste, moins contraignant pour construire sa propre démarche et se mettre vraiment au service des enfants.

    Elle poursuit sa recherche personnelle, travaille avec de très jeunes enfants, des adolescents et des personnes en fin de vie pour trouver sa voie dans le sillage de la pédagogie du 3ème type, initiée par Bernard Collot. Dans cette approche, l’école est au service des enfants qui s’approprient l’environnement à leur disposition pour construire leurs apprentissages à partir de leur élan plutôt que d’un programme scolaire ou d’une attente des adultes.

    Cécile tente de mettre en œuvre ce projet dans une structure existante. Elle développe son écoute, son attention aux relations ainsi qu’au vécu individuel de chaque enfant, de chaque adulte. L’initiative prend suffisamment pour lui donner confiance dans sa pertinence, mais le contexte n’est pas totalement propice. Avec des parents, elle imagine alors la Maison des Apprentissages Naturels (MANa*), qui s’établira dans un lieu neuf et sera le fruit d’une co-création avec les parents.

    La co-création : une démarche pour les enfants comme pour leurs parents

    En fait, au sein de ce projet, les parents travaillent ensemble exactement comme leurs enfants construisent leurs apprentissages : dans la co création. Cette manière de développer un projet n’est pas simple à mettre en œuvre a priori, tant elle semble éloignée des pratiques habituelles, mais elle porte de beaux fruits dès que les adultes prennent le risque d’être vraiment eux-mêmes et de se mettre au service du collectif.

    Cécile ne se positionne pas comme directrice mais comme garante de la vision, de l’esprit du projet. Une perspective qui a quelque chose à voir avec la démarche holocratique (nous en reparlerons) mais qui est plus encore le fruit d’une recherche personnelle de cohérence aussi globale que profonde, vécue sur tous les plans de sa vie. En attendant que l’école trouve des locaux pour l’accueillir, Cécile vit déjà son projet en animant des ateliers de création mathématique, d’ecri-lecture, des journées d’accompagnement des enfants et des groupes de parole de parents. Les parents et les enfants qui en profitent sont ravis !

    *Pour en savoir plus, vous pouvez contacter Cécile Priou : cecilepriou@gmail.com.

     

    22 Jan
    22 Jan
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Nous répondons au plus vite, en général sous 24h.

Merci de nous avoir contacté, à très bientôt !

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