La création, arme contre la violence et acte de libération des émotions

  • coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsCoralie a un talent fou pour révéler l’ombre et la lumière, les blessures et la joie. Ses photos m’ont tellement touchée que j’ai eu envie de savoir qui se cachait derrière l‘objectif. Comme Coralie écrit aussi, nous vous offrons le fruit de notre échange à deux voix. Vous allez voir que Coralie est une jeune femme qui sait déjà bien ce qu’elle veut et où elle va et qui s’en va joyeuse, partout où son art peut lutter contre les violences de la vie, et tout particulièrement contre celles faites aux enfants.

    Ces violences là, celles qu’on minimise, celles qu’on banalise, celles qui rétrécissent l’âme, rabougrissent l’estime de soi et nous préparent à accepter l’inacceptable si nous n’en prenons garde, elle les connaît si bien, pour les avoir vécues elle-même, qu’elle les reconnaît intuitivement chez les autres. Mais « ça prend un temps fou de soigner ses blessures », observe-t-elle. Alors aider les enfants avant qu’ils ne soient adultes, faire prendre conscience aux adultes de leur influence sur le devenir des enfants, pour Coralie, c’est plus qu’un travail, c’est une mission.

    Avec reconnaissance

    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsC’est avec confiance et une grande sensibilité que Gaëlle m’a invitée à m’exprimer sur un site bienveillant, qu’elle orchestre merveilleusement. Je fête mes 29 ans en ce milieu du mois de novembre et, parce que je suis avant tout une auteur, c’est un vrai cadeau de mêler mon écriture à la sienne. Les projets artistiques évoqués ici, sources de belles rencontres, me remplissent d’amour et j’imagine toujours qu’à un moment, ça débordera tellement d’amour que je serai capable de mener le projet le plus passionnant : être maman ! Écrire sur le site « parentsaparents » sans être « parent » est quelque peu ironique. Et pourtant ! C’est peut être l’occasion de tordre définitivement le cou à la phrase « on en reparlera quand tu sera maman! » Parce qu’être parent de l’enfant qu’on a été, l’écouter et prendre soin de lui au quotidien, c’est déjà assurément être parent!

    La violence éducative : un constat

    Coralie : La fois où j’ai demandé aux enfants  » Qui a déjà reçu des coups? », 31 mains d’une salle de classe se sont levées ! L’un d’entre eux a ajouté « maman m’a tapé mais je l’avais mérité » je lui ai dis  » tu avais fais quoi? Il m’a répondu « j’avais cassé un vase. Mais je ne l’avais pas fais exprès! « 
    Quelle leçon les enfants peuvent tirer de cela? Les enfants ne sont pas la goutte qui fait déborder nos vases. Ce sont nos frustrations, nos tensions, qui engendrent la violence et les enfants le payent cher, trop cher ! Thomas Ansembourg disait que c’est « un génocide quotidien qui n’est pas dans les journaux! »
    Il convient alors de balayer un peu devant nos portes, de ne pas photocopier bêtement l’éducation reçue, d’apprendre à faire autrement. Une éducation malmenée ou inconsciente peut entrainer de nombreux dégâts, une fois adulte, sur la vie quotidienne, les relations, les capacités et les rêves. Pour beaucoup c’est inscrit et « c’est comme ça » ! C’est une idée contre laquelle je me suis battue, dans des séries photographiques telles que « Troubleuses » ou « Tête d’affiche » et contre laquelle je me bats encore à travers la série « Les enfants fichus », exposée en mai 2016 au Carré d’Art de Chartres de Bretagne. Mais aussi dans l’écriture du livre que je viens de terminer  » Arrête de faire ton intéressante! »  et dans l’écriture d’une comédie musicale « On a tous besoin d’être touchés » que je mettrai en scène l’année prochaine. Choisir les bons mots, au plus juste de sa pensée, comme si on l’habillait, faire rimer les phrases comme une mélodie, entendre d’autres voix murmurer ses tirades, trouver la bonne replique, choisir le bon cadrage, la bonne expression, ajuster la lumière, ajouter du son, quelques etincelles ou confettis, denicher des decors, des costumes, trouver la bonne matière…plume, crépon, coton, carton…mettre en scène, c’est plus qu’un combat, c’est une vrai source de joie.

    Libérée de son enfance

    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsGaëlle : La plupart des enfances ne sont pas seulement faites de plaisirs, de câlins, d’insouciance et de joie. Elles sont aussi pleines de frustrations, d’injustice, d’incompréhension, de manques, de souffrances et de traumatismes plus ou moins grands. L’indifférence de nos parents, trop occupés, dépressifs ou incapables de voir nos besoins parce qu’eux-mêmes n’avaient pas été écoutés dans les leurs ; la violence de nos parents, qui, physiquement et/ou psychologiquement, ont déversé sur nous tout ce qui débordait chez eux, parce qu’ils avaient appris à décharger leurs émotions sur plus petit et plus fragile qu’eux-mêmes au lieu de faire l’inverse : se décharger sur un plus solide qui aurait pu accueillir sans s’en trouver détruit … Ces violences peuvent aller très loin, on le voit sur ces « enfants fichus » notamment. Heureusement que la plupart des enfants ont une aptitude naturelle à la joie et à l’optimisme, sinon ils ne survivraient pas à leur propre enfance !

    Coralie : J’ai de moi des images d’enfant : je me revois dans un coin de ma chambre, au fond d’une salle de classe ou au fond de la campagne. J’ai du me battre contre le formatage, contre les idées reçues, contre le principe de silence, contre l’idée d‘associer la vie à la souffrance et contre la violence aussi. Se défaire d’une vision familiale et aussi sociétale demande de la force et de l’endurance. Je connais la difficulté de la réparation. J’imagine que c’est cette conscience qui confère à mon travail et mon témoignage son importance.
    G. : Travailler avec des enfants, être parents nous pousse à une exigence : revenir sur notre enfance, sur l’enfant que nous avons été, pour ne pas reproduire la violence de génération en génération. Les enfants sont d’incroyables miroirs, ils peuvent nous faire grandir de manière impressionnante si nous attrapons les perches qu’ils nous lancent sans cesse. Mon ainée est particulièrement douée pour me montrer tout ce qui achoppe chez moi, et elle le fait avec un certain tact finalement. Je ne prétends pas empêcher toute forme de souffrance, de frustration, d’incompréhension, mais je peux éviter le pire ; je crois fermement que nous, en tant que parents, avons dans les mains un pouvoir incroyable car il suffit qu’une seule génération cesse de reproduire la violence reçue dans l’enfance pour qu’elle s’arrête enfin, car toutes les études le montrent : l’enfant est naturellement empathique et altruiste . Un enfant qui n’est pas tapé ne frappera pas ses propres enfants, un enfant qui n’est pas humilié n’humiliera pas les siens quand il sera adulte. Je crois comme Coralie qu’il est grand temps de revoir toutes les croyances et théories contraires, qui n’ont jamais été prouvées et forment des écrans dans nos relations.

    Un métier sur mesure

    G. Au sein de Parents à Parents, nous avons déjà interviewé des personnes qui vivent leur vie en s’épanouissant pleinement. Leur exemple est stimulant, inspirant, il nous donne envie de chercher en nous ce qui nous conviendrait vraiment, ce qui nous permettrait de nous réaliser pleinement. A 29 ans, Coralie en est déjà là.
    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsC. Mon métier, je le taille sur mesure, avec mes propres envies et mes propre limites. Il commence à me ressembler, il est optimiste et engagé, sensible et spontané. J’ai une grande liberté dans mes projets et je gère mon temps. Je tente de ne pas m’en imposer plus que nécessaire. Je m’amuse beaucoup aussi ; à vrai dire,  je ne conçois pas le travail autrement que dans une certaine forme d’engagement et d’amusement.
    S’engager dans son art c’est jouissif. C’est lier l’utile à l’agréable, avoir la sensation de faire partie de ce monde et d’avoir quelque chose à y faire. S’engager c’est aussi s’exposer à la critique, à des personnes qui ont peur d’y regarder de plus près – Et il y en a beaucoup! C’est parfois décourageant. Mais alors je repense à cette héroïne suédoise, « fifi brindacier », avec ses cheveux roux tressé et ses taches de rousseur; de son insolence et son audace ! Et je me dis que c’est un devoir de changer ce qui peut l’être, de lutter contre l’ignorance qui engendre et perpétue la violence.
    Fifi brindacier est le personnage principal d’une série de romans pour enfants écrits à partir de 1945 par l’auteur suédoise Astrid Lindgren. Le personnage de Fifi a contribué à lutter contre les représentations stéréotypées et sexistes des enfants dans les livres pour la jeunesse. Les quatre premiers romans de cette série ont été adaptés pour la télévision  et Fifi Brindacier existe également en dessin animé.

    « Les enfants fichus »

    C. Le projet « Les enfants fichus » réunit tout ce que je suis et qui me tient à cœur actuellement . C’est un abécédaire photographique qui met en scène des enfants en danger. Un abécédaire qui interroge les limites entre rêve et réalité, entre documentaire et mise en scène, entre fatalité et optimisme. Mon intention est de mettre en lumière des enfants dont on ne parle pas ou très peu, qui ont perdu leur dignité, leur intégrité, leur élan vital, quelque part dans l’enfance. Et de souligner la force qu’il leur faut pour survivre aux coups tant physiques que psychologiques. Je m’appuie pour cela sur mon ressenti, sur celui d’enfants que j’implique dans le processus de création. Et sur des techniques  d’éclairages, de scénographie, des éléments de décors et de costumes.

    Un contexte

    les enfants fichus coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsC. Mon  travail se situe dans un contexte ou la France a été condamnée par le conseil européen des droits de l’homme pour ne pas avoir interdit gifles et fessés à l’égard de ses enfants. Je crois fermement qu’une loi contre les châtiments corporels, comme elle existe dans de nombreux pays voisins, pourrait sauver des centaines d’enfants chaque année en France.
    Je tente d’interpeller, avec mes moyens, les politiques de Rennes, ville dans laquelle je vis. Avec le désir qu’une « charte de la bientraitance » puisse être signée, afin de prendre davantage au sérieux le statut de l’enfant.

    Mais je pense aussi que le changement vient davantage de personnes et d’artistes engagées que d’hommes politiques. C’est la raison pour laquelle j’ai invité des écrivains, des réalisateurs, des artistes, des psychologues à écrire une lettre à l’attention de ces « enfants fichus ».
    J’en ai reçu des États unis, de la Finlande, du Maroc, du Canada, de la Suisse, de France, de Belgique, de Suède… Des lettres bouleversantes d’optimisme et de poésie et riches d’expériences, présentées lors de l’exposition. Cela a donné lieu à des voyages : en Suisse, chez une écrivain qui écrit actuellement un livre sur le développement de l’enfant et, en Suède, à la rencontre d’une talentueuse réalisatrice dont l’engagement m’a conforté.

    Développer la conscience de ses émotions dans l’art

    C. Je porte en moi la conviction que les émotions sont la base de tout : à la base de la création, à la base de relations solide, à la base d’une connaissance de soi profonde. La conscience de ses émotions, leur expression, leur acception c’est essentiel dans l’éducation des enfants ! Dans chaque projet que je mène auprès d’eux, notamment en milieu scolaire, je véhicule ce message, en espérant que les enfants prennent conscience de l’étendue de leurs possibilités, de leurs capacités, et de leur beauté.

    coralie salaun art photo arme contre violence et pour liberation des emotions parents à parentsCertains se trouvent moches sur les photographies, ils ont une estime d’eux très faible. En tant qu’intervenante, je me sens parfois impuissante vis à vis des messages dévalorisants qui les inondent dans leurs propres foyers – des foyers qui sont pourtant censés les protéger et les aider à affronter le monde extérieur! C’est un gâchis sans nom ! Il y a tellement à faire pour changer de regard sur les enfants. C’est ce qui m’a motivé à créer une page facebook positive et rempli de belles idées  « lumière sur la non violence éducative ».

    G. Merci de tout cœur à toi Coralie, pour tout ce que tu entreprends, réalises et partages. Nous continuerons à suivre tes projets, tu nous as offert la possibilité d’utiliser tes œuvres pour illustrer nos articles, comme ici, et nous t’en sommes très reconnaissants. Sans doute aussi, nous mènerons d’autres projets ensemble …. A suivre donc ! Et belle route d’ici là.

    Illustrations : photos Coralie Salaün

    Pour en savoir plus

    Le site de Coralie Salaün

    Deux documentaires:

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à Parents

    Celui de Marion Cuerq «  Si j’aurais su je serais né en Suède »
    Et celui de Zana Briski « Camera Kids »

    Le film de Peter Docter, Vice et Versa

     

     

     

     

     

    Un livre pour enfla puissance des emotions Michelle Larivey parents à parentsants : Cécile Gabriel « Quelle émotion ?! »

    Et pour les grands: Michelle Larivey « La puissance des émotions »

     

     

    Coralie salaun est auteur et photographe. Elle écrit autant qu’elle photographie et mêle avec enthousiasme les deux médiums pour atteindre un équilibre au plus juste de ses émotions. Chacune de ses séries viennent rendre compte d’un travail de fond. Sur l’inconscient, l’intimité, la violence. Sur l’humanité, avec son lot de souffrance, de culpabilité et de nons dits… et d’amusement aussi. La mise en scène devient son terrain d’expression et l’appareil le témoin de performances ( décors, costumes, fumigènes, lumière…). L’art est son meilleur allié; pour se trouver, se libérer, se dépasser, exister et s’engager. Très engagée dans la défense des droits de l’enfant, elle mène également des projets pédagogiques et, actuellement, le projet « les enfants fichus ».

    13 Nov
    13 Nov
  • Avant de devenir parents, on se projette, on a des idées, on fait des choix. On ne veut surtout pas reproduire ce qu’on a vécu, ou, inversement, on tient à préserver les valeurs familiales. Bref, on a des principes. Ensuite, on a des enfants…

    Argh, je suis en train de faire mon père », réalise Bruno alors qu’il est confronté à sa fille de six ans. Ce père là n’était pas particulièrement violent, mais il avait des principes auxquels il tenait dur comme fer. Bruno aimerait bien ne pas reproduire ses façons de parler, mais il arrive encore que ce soit irrépressible !

    Réactions impulsives

    La violence intérieure qu’il ressent parfois n’est pas un principe éducatif, c’est « du débordement », une réaction automatique, presque logique si on considère, comme l’explique Per Isdal*, psychologue norvégien, qu’elle est une réponse à notre sentiment d’impuissance. Cette réaction est d’autant plus forte que nous avons, nous-mêmes, reçu une éducation violente (cf. l’article d’Olivier Maurel).

    Ça n’est évidemment pas qu’une affaire de père : hommes autant que femmes y sont confrontés. Xavier, père d’un bébé de huit mois, témoigne : « j’ai eu, et j’ai encore des réactions épidermiques plutôt violentes lorsque je suis très fatigué, et que je ne comprends pas. Mais elles diminuent progressivement et j’arrive presque à les endiguer maintenant. C’est ma femme qui m’a donné la clé, en m’expliquant qu’un enfant en souffrance a besoin d’attention. Cependant, donner de l’attention ne veut pas dire tout laisser passer, ça veut dire prendre le temps d’essayer de comprendre et tenter de trouver la solution adaptée ».

    « Pleure mon fils, ça fait du bien », disait le père de Nicolas à son fils, qui accueille maintenant avec la même facilité les larmes de ses propres enfants. Pour Pierre, qui s’est entendu répéter toute son enfance qu’il fallait retenir ses larmes « pour être un homme », c’est plus compliqué. « Accepter les pleurs de mon bébé est loin d’avoir été facile, explique Xavier. Il m’a fallu réaliser qu’un bébé pleure avant tout lorsqu’il est en souffrance, et que cette souffrance,
    indépendamment de sa cause, n’est pas, a priori, soulagée par l’indifférence. Il m’a fallu me mettre à sa place, essayer de le comprendre, faire mienne sa fragilité, et trouver comment apaiser sa souffrance. Ce travail m’a pris plusieurs mois… »

    Construire une relation apaisée avec ses enfants

    Faire face à ses peurs, ses besoins et ses limites, ne pas s’enfermer dans des stéréotypes, ou bien connaître les étapes de développement des enfants, qu’est ce qui aide les pères à construire une relation harmonieuse avec leurs fils et leurs filles ?
    pere l'influence de mon père dans mes relations avec mes enfants Parents à ParentsNous n’arrivons pas tous égaux au stade de la parentalité. Pour Thomas, s’occuper de ses enfants va de soi. La paternité n’a pas réveillé de douleurs d’enfant : il a été élevé sans violence et avait déjà réglé pas mal de motifs de difficultés en thérapie avant d’avoir ses filles. En outre, il sait que sa compagne, très sensible à la violence, lui servirait de garde-fou s’il se laissait déborder.

    Pierre, de son côté, avait reçu une éducation stricte qu’il pensait reproduire avec son fils. Il avait donc décidé de laisser pleurer son bébé pour qu’il fasse ses nuits. Mais une fois son petit né, son regard a changé : instinctivement, il s’est laissé guider par l’empathie spontanée et l’amour qu’il ressentait pour son bébé.
    Dans un second temps, il a pris conscience que ce qu’il avait reçu n’était pas «un bon modèle éducatif pour
    devenir un homme». Alors, depuis, il se laisse guider par son instinct de père.

    La bienveillance, fruit de la liberté

    Bruno, quant à lui, est devenu père à 47 ans ; il relie sa sérénité et son attitude bienveillante à son expérience
    professionnelle et personnelle, qui lui a donné un certain recul. Il n’avait plus à faire ses preuves dans
    son travail quand sa fille est née, et cette pression professionnelle limitée lui a permis de prendre le temps
    de s’occuper de sa famille. Il n’a pas non plus senti de pression de la part de sa famille : ses parents avaient
    déjà huit petits enfants et avaient appris à ne pas s’immiscer dans leur éducation.
    Et comme il n’y avait encore jamais eu de fille dans sa famille proche (Bruno n’a eu qu’un grand frère qui a eu des fils, et dont les fils ont à leur tour eu des fils), il n’avait aucun modèle de fille auquel se conformer. Bruno se sent donc vraiment libre de construire ses relations avec ses enfants comme il l’entend, et quel plaisir il y prend !

    La fin de cet article vous attend ici, dans ce très beau livre numérique à télécharger gratuitement. Illustré par des artistes, il peut aussi être feuilleté en ligne après avoir cliqué sur le lien ci-dessous.

    Illustrations : Gilles Levrier puis Yoann Lambert

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Hors Cadre Parents à Parents Hommes et Bienveillance

     

     

     

     

     

    *Per Isdal, psychologue norvégien et thérapeute à Alternativ till vold -Alternatives à la violence-, un centre d’accueil pour hommes ayant maltraité des femmes.

    19 Oct
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  • Nous n’avons pas tous la même sensibilité. Tout le monde…

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    08 Nov
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  • La co-écoute, c’est une pratique si simple et fructueuse ! C’est…

    10 Juin
    10 Juin
  • Mireille JosselinLa répression émotionnelle, c’est vraiment notre plus grand ennemi pour entrer vraiment en relation et progresser dans la communication avec ceux que l’on aime. Elle est le poison insidieux qui pourrit nos relations. Vous vous demandez pourquoi ? Parce qu’il est tout à fait impossible de réprimer l’émotion. Ce que nous réprimons, alors, c’est son expression, sans savoir qu’elle est en fait une libération de l’émotion.

    La répression émotionnelle : un processus « naturel » mais toxique

    Chacun d’entre nous, qu’il soit adulte, adolescent, enfant, bambin ou encore bébé, éprouve des émotions qui se traduisent par des modifications biochimiques dans notre corps. C’est ce qui explique que nous éprouvions des sensations physiques liées aux émotions. Qui n’a jamais rougi ? Sué de peur ? Tremblé sur ses cannes ?

    Les émotions ont besoin d’être évacuées pour être libérées, sans quoi elles deviennent des poisons toxiques pour notre organisme qui doit les digérer, créant alors des maux de ventre, des insomnies, de l’agitation, des angoisses, des maux de tête,…

    Il est tout à fait impossible de réprimer l’émotion.

    Ce que nous réprimons, alors, c’est son expression, sans savoir qu’elle est en fait une libération de l’émotion.

    Nous réprimons l’expression de nos émotions chaque fois que nous nions la tristesse, la souffrance, la colère, la peur – en la réfutant, en s’en moquant, en l’ignorant, ou pire encore, en la punissant.

    Qui n’a jamais entendu dire, face à un bambin ou un jeune enfant qui chute, crie, pleure ou geint : « Ce n’est rien, tu n’as rien, relèves-toi, allez, arrête de pleurer ! »  Qui est rassuré par le « ce n’est rien » ? L’adulte, sans doute soulagé que l’incident soit bénin. Mais l’enfant, lui, est nié dans son ressenti ; le plus souvent il pleure donc de plus belle ! Du moins, tant qu’il n’a pas intérorisé l’interdiction de s’exprimer (et je crois qu’il abdique, par là, toute velléité d’exister vraiment auprès de ceux qui prétendent l’aimer)… Pourtant, il suffit que l’adulte dise « Tu t’es fait mal ? Montres-moi ça » pour que l’enfant s’arrête très vite si effectivement, selon notre barème d’adulte, ce n’est rien.

    Ouvrir nos coffres plein de monstres… et nous libérer !

    Sur le plan émotionnel, nos enfants sont au moins nos égaux ; je pense même qu’ils sont plutôt nos maîtres. Car là où, bien souvent, nous avons du grandir en cachant, maîtrisant, réprimant nos émotions, ils nous apprennent à renouer avec nous-mêmes et avec nos propres ressentis. Les enfants ont en effet cette faculté merveilleuse de mettre le doigt sur nos blessures émotionnelles profondes et de les réveiller par leurs comportements.

    Dans ses livres, Alice Miller explique qu’il y a en chacun de nous un coffre plein de monstres, et que les seuls à en détenir la clé sont les enfants.

    Nous devrions considérer cela comme une grande chance lorsque nous sommes parents, car en réveillant nos propres émotions et en les exprimant enfin ils nous offrent une chance de grandir en libérant nos vieilles blessures enfouies, refoulées dans le corps depuis parfois très longtemps – blessures qui, à défaut d’être entendues, génèrent tensions, douleurs et maladies…

    Écoutons donc. Écoutons nos enfants. Écoutons-nous. Écoutons vraiment.

    Avec le cœur grand ouvert, en oubliant tout jugement, tout conseil, toute critique… en nous taisant et en observant ce que cette écoute silencieuse réveille en nous. Apprenons à parler de nous sans passer par l’autre. Employons le « JE » en lieu et place du « TU/VOUS » qui agresse et accuse. Oublions le « ON » aussi car il n’implique jamais personne. Acceptons toutes les émotions qui surviennent, sans jamais les juger négativement, sans jamais se reprocher de les ressentir, et faisons de même avec les autres.

    De mon point de vue, si les émotions s’expriment ainsi maintenant c’est que nous sommes prêts à les vivre et à les libérer enfin ! Lorsque nous éprouvons des émotions intenses, nous n’avons que faire des conseils, des suggestions, des critiques, des leçons de morale ou encore de la pitié ; ce dont nous avons besoin c’est d’une oreille capable d’entendre ce que nous avons à déverser, sans aucun jugement, mais pleine d’empathie et de compassion. C’est dans ces circonstances que nous sommes capables d’affronter la situation pour trouver nos propres solutions, celles qui nous conviennent vraiment.

    C’est aussi le principe de la co-écoute.

    Écouter nos enfants et, naturellement, nous écouter enfin !

    Nos enfants ne sont pas différents. Ils ont, eux aussi, juste besoin d’une écoute empathique qui les respecte pour ce qu’ils sont : un être unique, merveilleux, capable – comme chacun d’entre nous.

    Sortir de l’habitude de la répression émotionnelle demande une grande détermination, surtout quand nous y avons été habitué depuis notre plus tendre enfance. Car pour la plupart d’entre nous, c’est un automatisme !

    Ce qui m’a vraiment aidée, c’est d’affirmer ma détermination à ne plus nuire à mes enfants, tout en restant le guide que tout parent doit être.

    Au début, mes enfants ont manifesté fort et fréquemment leurs émotions pour liquider leur collection d’émotions refoulées. Puis, avec le temps, l’expression de leurs émotions s’est réajustée, elle ne dépendait plus que de l’émotion présente et non du stock des émotions refoulées du passé.

    Ce que je trouve merveilleux, c’est qu’en écoutant et en respectant les émotions de nos enfants nous apprenons peu à peu à écouter et à respecter les nôtres, ce qui ne peut que nous rendre meilleurs et plus justes. Nous pouvons alors progressivement développer une relation basée sur toujours plus de respect et de confiance plutôt que sur la soumission par la peur, la violence ou l’humiliation. Et cela retentit positivement sur toutes nos relations.

    Article écrit par Emmanuelle Sallustro

    illustration : Mireille Josselin

    Pour aller plus loin :

      C est pour ton bien Alice Miller


    C’est pour ton bien d’Alice Miller
     ; « Qu’est-ce-que j’ai pleuré en lisant « C’est pour ton bien » pendant ma dépression, faisant ainsi remonter mes blessures de bambin puis enfant aimé toujours sous condition, subissant la répression émotionnelle et la soumission à l’arbitraire » , se souvient Emmanuelle.

     

     

     

    10 Juin
    10 Juin
  • Le Réseau d’hommes : se soutenir entre pairs pour s’épanouir avec les autres

    Le monde changeEtats Multiples de l'être, les rôles figés s’émoussent1 ; les modèles de virilité à la James Bond, qui instrumentalisent les femmes, exacerbent aussi, chez les hommes, la rivalité, le renfermement sur soi et l’endurcissement. Et à leur tour, ces attitudes peuvent faire le lit de la dépression, du suicide, de la violence ou de la dépendance. Aujourd’hui, de plus en plus, sans gommer leur altérité, les hommes sont invités à développer leur intériorité tout en restant ce qu’ils sont vraiment. Mais faire ce chemin seul est très difficile. C’est pour cela que Guy Corneau a créé les Réseaux d’Hommes.

    Rencontre avec Jérôme Sebben, président du Réseau d’Hommes de Rhone-Alpes

    « La révolution la plus profonde est celle qui prend place dans le coeur d’un individu. Elle est le fruit d’une décision personnelle d’explorer sa sensibilité et de se connaître pour trouver la liberté et le bonheur.

    Elle consiste à devenir complètement responsable de soi-même.

    Le Réseau d’Hommes est un lieu d’entraide et d’amitié pour des hommes qui ont décidé d’entreprendre une telle révolution. Il leur offre un environnement qui soutient leur résolution intérieure. Le but du Réseau Homme est de créer des contextes favorables à l’éclosion d’une façon plus épanouie d’être homme ». Guy Corneau

    En 1992, Guy Corneau est réveillé en pleine nuit par une idée puissante : créer des réseaux d’hommes (sur le modèle de Vancouver M.E.N), des espaces protégés où les hommes pourront partager leur vécu en toute confiance. Il contacte alors une vingtaine d’hommes enthousiasmés par le projet et lance une première réunion à Montréal le 9 juin 1992. Le Réseau d’Hommes du Québec se développe progressivement, il soutient les hommes qui souhaitent explorer leur identité et favorise l’émergence d’une véritable conscience masculine.

    Le réseau d’hommes : un espace protégé pour (re)trouver son identité

    Des groupes naissent un peu partout au Québec puis en Europe, en Suisse, en Belgique, en France ; le réseau d’hommes propose à ceux qui le rejoignent de travailler en petits groupes de réflexion autogérés, sans animateur ni thérapeute. Une charte de comportement et des cahiers d’exercices proposent des directives de travail qui stimulent et soutiennent le questionnement intérieur.

    Sécuriser la parole

    C’est ainsi qu’à l’issue d’une réunion d’accueil, Jérôme Sebben s’engage avec onze autres hommes dans un groupe de parole qui va durer quatre ans. Les premières réunions sont cruciales, elles sont toute entières dédiées à sécuriser le cadre et les règles de communication : parler à la 1ère personne, s’abstenir de tout conseil et jugement. Le groupe se soude progressivement sur le thème de la confidentialité.

    Les hommes s’exprimant souvent moins facilement que les femmes, ils ont besoin d’un espace sécurisé et protégé pour sortir de la solitude qui les caractérise souvent, tant ils ont été éduqués à être forts, indépendants, performants et pas trop sensibles. Sortant des rôles qui leur sont traditionnellement octroyés, ils peuvent alors, peu à peu, s ‘ouvrir, partager leur vécu, se mettre à l’écoute de leur intériorité.

    Libérer la parole

    Au fil des réunions suivantes, chacun présente sa ligne de vie. Les motivations à rejoindre un groupe de parole sont aussi différentes que les parcours. Solitudes, deuils, expériences inachevées ou difficiles, les récits se font écho, les joies et les peurs se dévoilent.

    Les soirées commencent toujours par un tour de « météo individuelle ». Un temps de pause et de partage autour d’un en-cas permet d’échanger de manière différente, puis la réunion s’achève toujours par un retour sur le vécu de chacun et une accolade collective.

    Des thèmes sont abordés au fil des soirées : la violence, le rapport au père, à la mère, les peurs, la nudité, la colère, l’agressivité,.. Autant de sujets qui sont l’occasion de chercher des mots pour exprimer son ressenti, sa sensibilité, ses peurs et ses blessures enfouies. C’est tout un vocabulaire que certains s’approprient ainsi ! Dans cet espace protégé et confidentiel, les hommes sont moins gênés pour exprimer leurs questionnements et partager des expériences qu’ils n’avoueraient pas facilement à leurs proches.

    Avec la bienveillance du groupe, chacun peut se montrer tour à tour maladroit, excessif, intolérant, passionné, triste, joyeux, en larmes, sans jamais perdre le lien avec les autres.

    Faire sienne la bienveillance

    Groupe d'Hommes Rhône AlpesC’est là que Jérôme Sebben a touché l’amour inconditionnel qu’ils s’offraient les uns autres autres. Peu habitué, comme tant d’entre nous, à bénéficier d’un tel cadeau, il a eu besoin de temps avant de pouvoir l’accepter, l’accueillir et le vivre dans la joie en cessant le combat qu’il menait contre lui-même.

    De nombreux hommes, qui n’étaient pas très à l’aise avec leurs pairs, ont aussi appris, progressivement, à apprécier la compagnie d’autres hommes – et à se sentir bien en leur propre compagnie, avec eux-mêmes. C’est un nouveau souffle pour tous ceux qui portaient, à leurs dépens, une culpabilité profonde liée aux violences commises par les hommes depuis des millénaires.

    Le réseau d’hommes apparaît ainsi comme un espace d’expérimentation où créer une véritable intimité entre hommes, l’objectif étant de faire émerger des échanges dégagés des jeux de pouvoir et de séduction et d’essayer de nouvelles façons d’être ensemble qui peuvent, ensuite, être adoptées dans les relations avec les proches, la famille et les collègues.

    Des groupes auto-gérés mais encadrés

    Et en cas de besoin, les membres du groupe peuvent contacter les animateurs et responsables de groupes, qui les épaulent. Car il ne suffit pas de se mettre en route pour tout résoudre. Des conflits émergent presque toujours un jour ou l’autre ; certains trouvent une issue, d’autres pas. Cela peut amener certaines personnes à quitter le groupe. Le réseau d’hommes n’est pas un lieu de thérapie, c’est un lieu de partage, d’entraide et de convivialité. Il convient très bien à ceux qui ont envie de sortir de l’isolement et de s’ouvrir en partageant avec d’autres dans un lieu protégé, mais il ne peut suffire à aider les personnes en grande souffrance.

    Mais c’est aussi parce qu’il serait très difficile de faire le chemin seul que le groupe offre une communauté de partage pour enraciner et soutenir l’évolution personnelle de ses membres.

    illustration à la une : Roberte Degosse

    seconde illustration : Réseau d’Hommes Rhône Alpes

    Notes :

    1 même si la publicité tend, au contraire, à l’hyper sexualisation

    Pour en savoir plus : http://www.reseauhommes.com

    15 Mai
    15 Mai
  • RoberteMondeenbas700510
    Nous venons d’entamer une discussion sur la Communication NonViolente. Ici, je vous propose de la poursuivre en envisageant, cette fois, nos différents interlocuteurs et la communication non verbale. Là encore, sentez-vous libre d’apporter votre contribution !

    Si vous voulez voir ou revoir comment nous avons défini la CNV, ce qu’elle peut être, ce qu’elle n’est pas, comme elle peut servir d’outil de manipulation à son corps défendant, je vous invite à vous rendre ici.

    Si vous connaissez la CNV, l’utilisez-vous avec vos enfants ? Et qu’en tirez-vous ?

    La Communication NonViolente, un bon outil avec les enfants ?

    Avec mes enfants, je vous avoue que je ne l’utilise guère de manière formelle. A tort ou à raison, peut-être parce que je ne me la suis pas encore assez appropriée, mais pas seulement. En fait, je me sers essentiellement de la Communication Non Violente (CNV) comme d’un outil d’exploration intérieure.
    Et je remarque que quand je vais bien, quand je me sens bien, dans la majorité des situations, la communication et les relations avec mes enfants sont fluides.

    La CNV m’aide à me retrouver (notamment quand je suis en colère), ce qui me permet d’être davantage à leur écoute. Mais quand mes enfants vivent des émotions fortes, intuitivement, j’ai tendance à faire primer le non verbal, le toucher, la présence, les yeux dans les yeux, la douceur dans le ton, …

    Quand ses enfants sont en colère, Sophie, elle aussi, cherche plutôt à rester accessible, à être proche, présente, à les toucher ou à les prendre dans ses bras (selon ce qui paraît pouvoir les aider), plutôt que d’utiliser une formulation en mode CNV.

    Et vous, comment procédez-vous ?

    La CNV avec les ados

    Avec les adolescents, Cécile a tenté d’utiliser la Communication Non Violente comme mode de communication, puis, voyant que ça ne lui rendait pas les services qu’elle avait imaginés, elle a cessé d’utiliser ce mode là pour se rendre plus proche d’eux. Elle a adapté sa façon de parler, elle utilise davantage l’humour tout en restant le plus authentique possible. Et elle est beaucoup plus satisfaite de ses relations avec eux. Mais elle continue à se servir de la CNV pour comprendre ses besoins à elle.

    Nathalie, au contraire, utilise des formules CNV au collège où elle travaille. Communiquer en mode CNV, dire, par exemple, « j’ai confiance que vous allez pouvoir trouver une solution qui vous convienne à tous » (en y croyant vraiment), lui offre un cadre sécurisant quand elle craint de perdre pied au milieu des adultes qui crient autour d’elle. Elle en tire bénéfice dans ses relations avec les élèves comme avec ses collègues.

    La CNV, un bon outil pour qui ?

    Sans doute, il est bien plus facile de communiquer en mode CNV si notre interlocuteur est capable d’aller écouter ce qu’il ressent et de travailler sur lui. Sans doute aussi, l’authenticité prime sur le mode de communication et les mots prononcés (ce qui n’empêche pas d’y faire attention). 80% de notre communication étant non verbale, il reste tout un continent à explorer au-delà des mots !

    Ce midi, sur France Inter, j’entendais Jean Claude Ameisen évoquer les travaux, qui, depuis plus de 15 ans, montrent que nous pouvons percevoir les émotions exprimées par un visage sans même en être conscients, que nous pouvons ressentir et partager ces émotions sans même savoir que nous les avons ressenties et partagées, et même que nous pouvons reconnaître des visages, exprimer des émotions en les reconnaissant, sans même avoir conscience que nous les avons vus. Cela donne une idée des milliards d’informations non verbales que nous captons et traitons, sans même en avoir conscience !

    « La rencontre avec le visage de l’autre, explique Jean Claude Ameisen, fait naître des impressions profondes qui changent en fonction du contexte, de nos souvenirs, de nos attentes, il y a l’invention en nous du monde intérieur de l’autre, le lien entre ce monde intérieur et le nôtre, et l’inscription de ce lien dans le temps, dans une histoire, dans une narration qui donne son sens à cette rencontre ».

    Cela n’enlève rien à l’impact immense de la communication par les mots, mais cela me conforte dans l’envie d’explorer, aussi, ce qui se passe autour des mots, à la périphérie de nos expressions, dans tout ce qui se dégage des personnes que je rencontre. Ainsi, avec ceux que j’ai peur de blesser, avec les personnes particulièrement intuitives, avec mes enfants comme dans mes relations amoureuses, j’aime explorer d’autres modalités de communication, comme le regard, le toucher, l’humour, le conte, le symbole, la métaphore,…

    Là encore, il ne s’agit pas d’adopter une technique qui ferait écran à ce que nous sommes en train de vivre,
    mais juste de se mettre à l’écoute, de se rendre disponible à ce qui pourrait se passer si nous tentions d’explorer ce champ là.

    Le tout est de rester profondément en accord avec notre intention profonde : maintenir le lien.

    Et parfois, ça n’est pas du tout notre objectif ! Une amie de Morgane l’avait mise en garde : le risque de la CNV n’est-il pas de maintenir le lien à tout prix, même quand nous n’en avons aucune envie ? Alors, ce ne serait pas l’autre que nous manipulons, mais nous-mêmes, en nous obligeant à nous cantonner dans une relation qui ne nous convient pas et nous fait du mal ? Je ne sais pas.

    Finalement, les méthodes de communication sont peut être comme les méthodes pédagogiques : des outils qui se nourrissent d’abord de notre intention et de notre posture, vous ne croyez pas ?

     illustration : Roberte Degosse

    Poursuivez la lecture sur le webzine Parents à Parents

    Parents à Parents Webzine#1

     

    Pour aller plus loin :

    * Cessez d’être gentils, soyez vrai, être en lien avec les autres tout en restant soi-même, Thomas D’Asembourg, chez Decitre, en livre papier ou audio

    *Être heureux, ça n’est pas nécessairement confortable, Thomas D’Asembourg, disponible en livre de poche

    Les mots sont des fenêtres, ou bien ce sont des murs, introduction à la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg

     Élever nos enfants avec bienveillance, l’approche de la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg en poche à  moins de 5 €

     Les ressources insoupçonnées de la colère, approche de la Communication Non Violente, Marshall Rosenberg, en poche à moins de 5€

     

    08 Mar
    08 Mar
  • RoberteGrandeBouche
    Une de mes amies ayant souffert de l’attitude d’une collègue qui disait utiliser la Communication NonViolente (CNV) avec elle, je me suis interrogée sur ce que ce mode de communication pouvait susciter.

    La CNV, conçue par Marshall B. Rosenberg pour établir une communication bienveillante avec soi-même et avec les autres, pouvait-elle être violente ? Pouvait-elle être manipulatoire ?

    Pour ébaucher une réponse à ces questions, je vous présente le début d’une discussion entamée avec trois amies. Si vous en sentez l’élan, rejoignez-nous et poursuivez-là avec nous !

    Est-ce de la Communication Non Violente ?

    Peut être avez vous entendu ce type de formules, prononcées par des personnes qui pensaient s’exprimer de façon non violente ?

    • Quand tu me dis que tu ne peux répondre à mes messages qu’à partir de ton téléphone portable et que du coup, tu ne peux pas utiliser de formules de politesse, c’est insupportable pour moi. J’ai besoin de respect. Donc, je te demande de répondre par courriel avec le respect dont j’ai besoin, sinon je te demande de quitter ce projet !
    • Quand tu me dis que tu es trop fatigué pour me répondre, je me sens dévalorisé, méprisé, par pris en considération. C’est très violent pour moi.
    • Oui, je vois bien que tu es en colère, mais moi j’ai besoin de calme (une mère à son enfant en pleine colère, qui quitte la pièce sans le regarder).

    Comment auriez-vous envie de réagir dans ces situations ? Pour moi, ces propos ressemblent autant à de la Communication NonViolente que le champony ressemble au champagne (et au plan viticole, je m’y connais un peu mieux qu’en CNV), ou l’aspartame au miel ; et ça ne me paraît pas commode de construire ou de maintenir une relation entamée sur ces bases là.

    Alors la CNV, au fond, c’est quoi ?

    Pour Marshall B. Rosenberg, « Les jugements que nous portons sur les autres sont l’expression tragique de nos besoins non satisfaits. » C’est de cette intime conviction qu’est né le processus qu’il a développé.

    Le processus de communication non violente : un langage du cœur

    Dans ma compréhension, avant toute chose, c’est notre intention qui compte : avons-nous envie d’établir des relations bienveillantes avec les autres, de maintenir le lien, de trouver des solutions pacifiques, ou pas ?

    Si nous voulons établir des relations satisfaisantes avec nos interlocuteurs, Marshall B. Rosenberg nous propose de nous écouter, nous-mêmes, avec empathie, en commençant par démêler l’observation de la situation réelle de nos sentiments et jugements.

    Par exemple, j’arrive dans le métro avec mon bébé de 12 kilos dans les bras, un sac lourd sur le dos, et personne ne me cède une place assise. Je commence par observer la situation, les gens assis, ceux qui sont debout comme moi, puis vide mon agacement en me faisant part, intérieurement, de ce qui m’énerve, m’agace, me rend triste.

    Ensuite, il s’agit de nous mettre en contact avec notre ressenti intérieur, corporel (ce qui peut ne prendre que quelques secondes).

    Dans mon exemple, je me sens en colère, une boule me noue sous ma poitrine, je bouillonne, ça m’oppresse, ensuite je sens une tristesse monter, cette situation me renvoie à ma difficulté à prendre ma place, à oser demander, à trouver mes besoins légitimes.

    Quand nous avons suffisamment écouté nos émotions, nous pouvons tenter de voir de quoi nous aurions besoin pour nous sentir mieux.

    Dans mon exemple, c’est assez simple, j’ai surtout besoin de me reposer parce que je commence à avoir mal partout.

    Mais parfois, nous devons creuser un peu pour trouver notre véritable besoin.

    Là, rien n’aide mieux que notre ressenti corporel :
    écouter les tensions de notre corps nous guide très concrètement vers la solution.

    L’avoir trouvée nous procure une nette sensation d’apaisement.

    Une fois cette étape accomplie, il est alors possible de faire une demande – à nous-mêmes ou à quelqu’un d’autre.
    Dans mon exemple, c’est ainsi que j’ai pu demander une place assise tout à fait calmement, une fois que j’aie été intérieurement rassurée sur ma légitimité à le faire. Le message n’étant plus parasité par mes émotions, il a été bien plus facile à mon interlocuteur d’y répondre sans se sentir jugé ou culpabilisé parce qu’il ne m’avait pas remarquée avant.

    Est-il possible d’être authentique et de manipuler ?

    Vécue comme Marshall B. Rosenberg le suggère, « la Communication NonViolente ne peut pas manipuler, car elle repose sur une sincérité et une honnêteté totales« , me rétorque mon amie Morgane, avec qui j’ai eu envie de réfléchir à ce sujet.

    Reste que le processus n’est pas toujours simple à mettre en œuvre, c’est comme une nouvelle langue à acquérir ! Alors, tant qu’il n’est pas intégré, nous pouvons conserver notre tendance à rejeter la faute sur les autres ou sur nous-mêmes, comme nous l’avons toujours fait auparavant.

    Ceci n’est pas de la Communication Non Violente !

    Pour l’éviter ou la déceler, voici une astuce toute simple :

    Un besoin est « un besoin de » (de repos, de lien, d’attention, …) mais jamais un « besoin que tu » (fasses, dises quelque chose).

    Si quelqu’un vous dit « j’ai besoin que tu quittes la pièce pour me sentir tranquille », cette personne ne vous parle absolument pas en mode Communication NonViolente (c’est d’ailleurs très violent, vous ne trouvez pas?). Face à une telle situation, Morgane dirait : « Stop, je ne suis pas là pour régler ton besoin. Quand tu me parles ainsi, je me sens en colère, mon cœur se ferme« .

    Dans le même ordre d’idées, imposer ses exigences en réponse à son besoin est aux antipodes de la Communication NonViolente (CNV). En CNV, une demande est ouverte, négociable, ça n’est jamais une exigence.

    Par exemple, Charles, exprimant un besoin de respect, exige que ses collègues le vouvoient sans leur laisser d’alternative : il aura beau dire le contraire, ce n’est pas de la Communication NonViolente !

    Si nous formulons une évaluation sur l’autre, portons des jugements ou apportons notre problématique à l’autre pour qu’il la résolve, c’est que nous ne sommes pas encore allés assez loin dans l’écoute de notre ressenti : la Communication NonViolente ne peut pas s’opérer si nous n’entreprenons pas une grosse partie du nettoyage chez nous !

    Pascale Mohlo, qui nous a présenté la Communication NonViolente et la Logique Émotionnelle, nous avait mis en garde : si la CNV reste un processus intellectuel, si nous ne sommes pas vraiment et pleinement authentiques, ça ne fonctionne pas !

    Mais tout ne se joue pas seulement dans le champ de celui qui s’exprime.

    Arrêtons d’être gentil, soyons vrai* ! Être heureux n’est pas forcément confortable* !

    Reste que même si notre interlocuteur a fait ce nettoyage intérieur et s’exprime clairement en Communication NonViolente, son propos peut tout de même nous paraître rude. C’est peut-être que nous n’avons pas l’habitude qu’on nous parle de manière vraie, authentique. Beaucoup de gens, pour ne pas nous blesser, nous racontent des carabistouilles, nous prennent dans le bon sens du poil, ou nous manipulent.

    Alors, si je réagis fort aux propos de quelqu’un qui me parle de manière authentique, sans intention de me blesser, c’est sans doute que ce qu’il me dit réveille des besoins non satisfaits chez moi. Ce sera plus facile à accepter si mon interlocuteur me rassure, que son intention me paraît vraiment bonne, que son expression non verbale me conforte. Je peux alors prendre la responsabilité de ce qui se passe en moi, me mettre à l’écoute de mon ressenti, quitte à le faire partager à mon interlocuteur (mais souvent, ça n’est même pas nécessaire).

    Les propos partagés dans ce mode de communication authentique peuvent être fort, difficiles à encaisser. Pour les entendre, nous devons dépasser l’illusion que nous sommes responsables du malaise de l’autre et surmonter nos fantasmes de culpabilité. Et ça n’est pas simple ! Pourtant, la personne qui utilise le processus de Communication Non Violente prend un risque en s’exprimant de manière authentique : elle se dévoile, ose parler de son ressenti plutôt que d’évoquer des généralités, des grands principes ou des lieux communs.

    Alors qu’en dites vous ? La Communication NonViolente, est-ce que vous la découvrez, vous l’aimez, vous l’utilisez, vous vous en méfiez ?

    Pour poursuivre votre réflexion, je vous propose une piste alternative, un regard sur les aspects non verbaux, et sur nos interlocuteurs. Vous nous rejoignez là ?

     

     Illustration : Roberte Degosse

    Poursuivez la lecture sur le webzine Parents à Parents

    Parents à Parents Webzine#1

    Pour aller plus loin :

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    *Être heureux, ça n’est pas nécessairement confortable, Thomas D’Asembourg, disponible en livre de poche

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    08 Mar
    08 Mar
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    BullesExtraitPas un 1er janvier sans son lot de bonnes résolutions. Mais à quoi rime tout cela, et qui tient les siennes ?

    Vous y croyez, vous, aux bonnes résolutions de janvier ?

    J’avoue que ces grandes décisions qui fleurissent avec les bons vœux m’ont toujours laissé dubitative – à tort, peut être !

    Simplement parce que pour moi, ça n’a jamais marché – et pour une raison toute simple : je ne m’y suis jamais vraiment essayée. Est ce que ça signifie que je me laisse porter par la flot de la vie ? Non, je suis plutôt volontaire, travailleuse, opiniâtre. Mais le 1er janvier ne m’a jamais spécialement portée nulle part. De quoi rejoindre le propos d’Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti!, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole » Traduit par Olivier Favier : « Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année.(…) Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. »

    Parce que ce passage d’une année à l’autre n’est qu’un chiffre qui me parle moins que celui de ma naissance ou des grands événements qui ont jalonné ma vie.

    Et surtout parce que, quand j’ai pris des décisions auxquelles j’ai pu me tenir, c’est qu’elles arrivaient à point nommé, quand tout était prêt, comme la première primevère qui éclot au printemps : on n’a rien vu venir, mais sous la terre, le travail n’a pas cessé…

    Mes grandes décisions ont parfois émergé dans le sillage de l’intense tension qui va avec le questionnement, mais elles se sont toujours accompagnées (surtout quand elles se sont révélées juste pour moi) d’une belle sensation de paix et de détente  (qui n’est pas sans rappeler l’étymologie du terme résolution*).

    Et pour vous, ça se passe comment ? Ce 1er janvier commencé à la lune nouvelle est-il été moteur de changement ?

     

    *Résolution : Empr. au lat.resolutio « action de dénouer, désagrégation, décomposition d’un tout », « action de résoudre » et en méd. « relâchement »; l’évolution de résolution s’est faite parallèlement à résoudre.

    illustration : Mireille Josselin, « illustrations de Tom »

     

    03 Jan
    03 Jan

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