Jouer avec ses enfants, un mode de communication, un outil pour résoudre les problèmes

  • Je crois que j’ai baigné dans la communication par le jeu depuis mon enfance… mon père était professeur des écoles et utilisait énormément le jeu que ce soit avec mon frère et moi ou avec ses élèves pour leur faire passer ses enseignements. Tout naturellement quand ma fille est née j’ai adopté ce mode de communication sans réellement en avoir conscience. Ce n’est que quelques années plus tard, après le décès de mon père, que j’ai mis des mots sur cette façon d’être parent… J’ai alors relu les lettres qu’il avait reçu de la part de ses anciens élèves qui le remerciaient pour leur avoir donné le goût d’apprendre.
    Cet épisode a été une sorte de déclic… A mon tour, j’ai eu envie de contribuer et de prolonger un peu ce que mon père avait fait à travers son métier, sa passion. J’ai alors dévoré de nombreux livres sur la parentalité, sur le développement des enfants et sur les neurosciences… J’ai découvert que ce que je pratiquais depuis toujours était un vrai concept qu’on appelait « parentalité ludique » ou « parentage ludique ». J’ai alors pris conscience de la puissance du jeu. Aujourd’hui, je continue à communiquer de cette façon avec ma fille même si elle a déjà 9 ans et je partage les outils et astuces sur le blog Leo-Melrose.com

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    De petits amours coopératifs et pleins de joie

     

    « le jeu est le langage des enfants »

    Avez-vous remarqué à quel point nos enfants sont impliqués et concentrés quand ils jouent, que ce soit en faisant semblant ou en attribuant un rôle à leurs peluches ou à leurs figurines ? C’est tout simplement parce que le jeu est le langage des enfants, celui par lequel ils s’expriment, celui par lequel ils entrent en relation avec un autre enfant, celui grâce auquel ils assimilent de nouvelles connaissances ou de nouvelles aptitudes.

    Même si on sait tous cela, on a souvent tendance à sous-estimer le pouvoir du jeu et à le faire passer au second plan : « tu joueras après… avoir fait tes devoirs, après avoir rangé, après avoir pris ton bain, etc. ».

    Pourtant, si on intègre le jeu dans ces tâches prioritaires, la magie opère : enfants sont à l’écoute, enthousiastes et plus coopératifs.

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    De mon expérience et de celles de certains psychothérapeutes comme Lawrence Cohen, auteur du fabuleux livre « Qui veut jouer avec moi » ou encore de spécialistes en neurosciences comme Daniel Siegel, la puissance du jeu va au-delà du fait de rendre nos activités quotidiennes en famille plus fluides, ce qui, soit dit en passant nous aide déjà dans notre rôle de parent.

    Le jeu permet d’éliminer la plupart des problèmes de comportement de nos enfants depuis le refus de coopérer jusqu’au fait de taper en passant par les colères répétitives.
    Nous sommes de plus en plus de parents à l’utiliser consciemment comme alternative efficace aux rapports de force que nous pouvons observer tous les jours autour de nous : Depuis les cris des parents jusqu’aux fessées en passant par l’humiliation des enfants. Personnellement, je l’utilise tous les jours depuis la naissance de ma fille parce que cet outil rend ma vie de maman plus sereine et notre vie de famille plus amusante.

    Oui mais je n’ai pas envie de jouer…

    De la même façon que manger des légumes n’est pas toujours plaisant et que c’est pourtant l’un des meilleurs moyens que je connaisse pour être en bonne santé et prévenir de nombreuses maladies, jouer avec nos enfants est la façon la plus directe de renforcer notre lien affectif sur le long terme.

    Quand on sait que ce lien est aussi vital pour nos enfants que le fait de se nourrir, commencer à pratiquer l’activité qui prévient son érosion devrait selon moi faire partie de notre routine quotidienne, tout comme le fait de manger sainement.
    Quel plaisir d’entendre le rire de nos enfants et de les voir s’épanouir et vivre pleinement leurs émotions parce qu’on a pris le temps de se mettre à leur portée et de les suivre dans leur jeu.

     

     

    Oui mais je n’ai pas l’énergie pour jouer…

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    J’entends souvent cette phrase de la part de parents et je comprends que l’on ne soit pas toujours disposé à s’asseoir par terre pour jouer lorsqu’on rentre à la maison après une longue journée de travail. Pourtant, c’est souvent lorsque nous rentrons à la maison le soir que nous passons du temps à répéter nos consignes encore et encore jusqu’à hausser le ton pour que nos enfants se mettent finalement à faire leurs devoirs, ou acceptent de se diriger vers la salle de bain pour prendre un bain… Ne serait-il pas plus judicieux de commencer par un petit moment de connexion par le jeu avec nos enfants pour éviter ces longues minutes épuisantes ?

     

     

    Oui mais je ne sais pas à quel jeu jouer…

    C’est une excellente nouvelle ! Parce que quand on se sait pas à quel jeu jouer, le mieux que nous puissions faire c’est de demander à nos enfants à quel jeu ils souhaitent jouer avec nous. Ce faisant, on fait d’une pierre trois coups (c’est une nouvelle expression…) : Non seulement, on n’a pas à se creuser la tête pour chercher une idée de jeu originale, mais on donne l’occasion à nos enfants de prendre le pouvoir dans le jeu. Et quand on offre à nos enfants le pouvoir dans le jeu, on les aide à se libérer, à se libérer le certaines émotions comme la peur grâce au rire ou au rôle qu’ils adoptent dans le jeu. Et quand nos enfants sont libérés du poids de leurs émotions qu’ils ont pu exprimer sainement à nos côté, quand on a partagé ce moment complice et d’affection, ils redeviennent les petits amours coopératifs et pleins de joie que l’on aime tant…

    illustrations : Leandro Lamas

    12 Jan
    12 Jan
  • Cesser de vouloir décider et contrôler pour être heureux, innover, grandir ensemble et obtenir de bien meilleurs résultats, une drôle d’idée ? Pas tant que ça, je vous assure. En vous proposant de mettre face à face parent et dirigeant, je vous propose que nous réfléchissions ensemble au pouvoir, à ce qu’il nous apporte, et à ce que nous permettons de joyeux, d’innovant, d’épanouissant (pour tous) d’advenir si nous le partageons. Une attitude qui passe par un travail sur soi dont nous sortons tous gagnants.

    Le pouvoir est pourtant grisant

    L’exercice du pouvoir est grisant, ce n’est un secret pour personne. J’en ai fait l’expérience toute jeune : j’étais l’ainée des petits enfants, j’avais pris l’habitude de proposer des idées de jeu qui suscitaient l’engouement de mes cousins et voisins, et tous suivaient mes directives. En jouant les chefs d’orchestre (un métier que je rêvais de faire mien), je ressentais une joie et une puissance immenses à voir les idées que j’avais en tête devenir réalité. Ce pouvoir était d’autant plus grisant pour moi qu’il réparait le sentiment d’impuissance que je ressentais à chaque fois que je voyais mes parents continuer à s’entretuer malgré tous les efforts que je déployais.

    Alors oui, j’ai aimé diriger, mener, conduire, planifier, observer le résultat de nos succès. Mais j’ai aimé ça comme on prend plaisir à dévorer un gâteau au chocolat ou à boire un peu trop de bon vin : sur le moment c’est délicieusement bon, mais après, les maux d’estomac, la nausée ou le tournis nous font réaliser que cette joie n’était qu’à courte vue.

    Un jour, je ne saurais dire pourquoi, les choses se sont passées un peu autrement, je n’ai pas décidé pour tous mais j’ai co-créé avec les autres. En faisant avec eux, en situation d’équivalence, j’ai senti une joie plus intense encore. Nous étions arrivés bien plus loin que là où je serais allée avec mes seules idées. Nous avions ouvert des mondes que je n’avais jamais entrevus, même en rêve. Et c’était bon ! Personne ne râlait, chacun suivait une vision de base qu’il avait enrichi et avait fait sienne.

    Depuis, je n’ai eu de cesse que de retrouver ce sentiment encore plus puissant que le pouvoir sur les autres, celui de la libre appartenance à un collectif dans lequel chacun a sa place, peut exprimer son plein potentiel et sa pleine puissance.

    Chef ou leader ? Une posture qui vaut en entreprise comme avec ses enfants

    Chef ou leader inspirer faire grandir Leandro Lamas Parents à PArents J’ai redécouvert ces sensations enthousiasmantes en entreprise dès que j’ai eu à mener des projets. A la fin de ma première année de vie professionnelle, on m’avait confié un projet de re-organisation dont la durée avait été planifiée à deux ans au moins. Mais en travaillant de concert avec les équipes européennes et les autres parties prenantes, nous avons trouvé une solution qui convenait à tous en moins de trois mois, et elle avait pu être mis en œuvre en deux mois. Cinq mois après mon arrivée, je n’avais plus rien à faire (à part assurer le suivi) et je suis donc partie vers de nouveaux horizons. Cette expérience (faire aboutir un projet bien plus vite pour bien moins cher que prévu) m’est arrivée plusieurs fois ensuite (et à vous aussi sans doute) : c’est fou ce que nous allons vite quand nous mettons nos énergies au service d’un projet commun !
    J’ai aussi tenté d’agir ainsi quand j’ai eu l’occasion de manager des équipes. J’avais des valeurs – transparence, authenticité, écoute de toutes les idées – mais je manquais d’outils, d’expérience et de confiance pour aller plus loin dans une hiérarchie plutôt opaque, sans vision partagée et politicienne au possible. Ce devait être un management plutôt « sympa », mais il était très loin d’être à la hauteur de mes espérances et ne changeait la vie de personne.
    La question du « management » s’est posée autrement quand je suis devenue maman.

    Je n’avais pas envie de contrôler. Je me souvenais que ma mère m’avait laissé relativement libre de mes sorties jusqu’à ce qu’elle me découvre un petit ami un peu sérieux. J’avais seize ans, et là, comme bien des parents, elle avait commencé à surveiller bien davantage mes allers et venues. J’en avais conclu que le contrôle était une réaction face à la peur et qu’elle s’associait à un manque de confiance. Des attitudes que je ne voulais pas cultiver avec mes enfants.
    Je n’avais pas non plus envie de diriger, de penser, de faire à leur place ou de panifier. C’est pourtant ce que font la plupart des parents, mais je savais comme ce comportement empêche la confiance de s’installer, entrave le développement et l’épanouissement et créé des blocages dont une vie entière ne permet pas toujours de venir à bout.

    Je ne voulais pas diriger une bande de lutins, je ne voulais pas créer de rapport de force (d’autant que je savais qu’il n’est pas naturel chez l’enfant, il est toujours construit par l’adulte). Bien des spécialistes, quand ils parlent d’autonomie (de l’enfant ou du salarié) ne pensent pas à une véritable autonomie (être auteur de sa vie, entreprendre des actions par soi-même en se donnant ses propres limites et règles de conduite) mais à la capacité à faire seul ce qu’un supérieur (chef ou parent) demande à un inférieur (salarié ou enfant).

    dormir grandir allaiter ensemble parents à parents leandro lamasL’expérience de la grossesse m’avait donné une certitude : je n’avais pas « fait des enfants », j’avais accueilli des êtres dont j’avais tout à apprendre. Je voulais accompagner ces enfants dont la vie m’était confiée, et je voulais qu’ils puissent aller, chacun, vers la plénitude et vers le meilleur d’eux-mêmes (sachant que je n’avais aucune idée de ce que serait ce « meilleur » et qu’il n’était évidemment pas question que je le définisse pour eux). C’est dans cette vision ambitieuse, alimentée par une puissance d’amour illimitée, que nous avons grandi avec nos enfants, pour les aider à devenir autonomes, chargés d’eux-mêmes comme m’avait dit un jour Anne Barth. Et ce fut d’autant plus facile que mon époux était d’accord pour tenter l’expérience en ce sens.
    Je ne pouvais donc pas me positionner comme parent au sens classique, et c’est, entre autres, dans mon enclin naturel à sortir du cadre (favorisé par nos expériences de vie différentes, mon conjoint et moi ayons grandi sur des continents différents), et mes lectures autour de l’empowerment et du leadership que j’ai trouvé des pistes d’exploration. Pour que nos enfants soient autonomes, il fallait que nous le soyons vraiment. Ça semble évident, pourtant les parents le sont rarement, aiguillés ou guidés qu’ils sont sans cesse par des experts de tout poil (de la voisine au pédiatre, de la nourrice au psy, de la grand-mère à la bonne copine) qui pensent à leur place et les alimentent sans cesse de réponses toutes faites à des questions qu’ils n’ont parfois même pas posées.

    Les bienfaits inespérés de cette nouvelle posture

    Quand j’ai découvert la non-violence, la Communication NonViolente, la logique émotionnelle, la co-écoute, la décharge émotionnelle, TIPI et la sociocratie, j’ai eu à ma disposition des idées et des outils pour aller plus loin.

    Je voulais que nous soyons des parents libres, je voulais que mes enfants soient libres, j’étais seulement plus expérimentée qu’eux dans un certain nombre de domaines de la vie et je savais que mon attitude, bien plus que mes paroles, les inspirerait forcément (vers la liberté, l’initiative et l’épanouissement, ou vers la peur, la soumission, la résignation, l’absence d’estime et de confiance en eux-mêmes et dans les autres, …).

    Je savais que mon rôle consistait à les aider à se connaître, à comprendre leurs besoins, à vivre avec leur hypersensibilité, à tirer profit de leurs émotions et à développer des moyens non-violents pour coopérer. Pour le reste, ils devaient expérimenter (sous surveillance, parfois, notamment pour mon ainée qui adore jouer avec le feu – au sens propre du terme), observer le résultat de leurs réactions, inventer des solutions, devenir progressivement responsables de leur vie.
    Nous avions confiance : comme tous les enfants du monde ou presque, ils avaient appris à marcher et à parler sans que nous n’ayons rien à faire qu’à les laisser faire. Ils sauraient bien apprendre et acquérir d’eux-mêmes tout ce qui leur serait utile et tout ce qui susciterait leur envie, si nous leur fournissions un cadre sécurisant et un environnement suffisamment riche et inspirant.
    cesser de décider Parents à PArents Leandro LamasTout cela n’a rien à voir avec la sévérité ou le laxisme. C’est une autre posture, qui dépend de chacun, ne répond à aucun diktat et que nous pouvons qualifier de libératrice. Pour illustrer ce que nous sommes ensemble, j’ai en tête l’image d’une constellation dans laquelle chacun d’entre nous serait une planète : c’est la mise en commun, dans une position qui permet à chacun d’exprimer son plein potentiel, qui permet à notre système de tourner à plein régime et de s’épanouir. Chacun y a sa place, son rôle, son devenir singulier, son autonomie dans un système où nous sommes tous interdépendants. Mais contrairement aux planètes, chacun peut relativement facilement changer de place, de rôle, de mission. « L’humain ne s’offre que dans une relation qui n’est ni de pouvoir, ni de violence » a dit Emmanuel Lévinas.
    Quand je vois aujourd’hui comme nos enfants prennent soin les uns des autres, quand je vois les initiatives qu’ils prennent, quand j’observe la joie qui est la leur, l’amour qui nous lie les uns les autres, je me dis que nous sommes sur un chemin qui nous permet d’avancer chaque jour un peu plus loin.
    Comme nous leur parlons correctement, ils font de même. Comme nous prenons soin d’eux, ils prennent spontanément soin des autres et même de nous quand nous sommes fatigués, irrités. Un jour où je me souviens leur avoir dit « je suis vraiment énervée, j’ai perdu un document important pour moi », je n’ai pas eu besoin de menacer ni même de leur demander d’être calmes, ils se sont immédiatement mis à ma place et ont proposé leur aide. Nos relations sont vraiment joyeuses, c’est un bonheur pour nous de passer du temps ensemble. La parentalité n’est pas source de tensions ni de pression, elle est vecteur de joies infinies.

    Ne pas diriger, c’est reposant, il s’agit d’être présent tout en laissant faire

    Je me souviens avoir passé une après-midi chez des amies de mes filles, dont la maman voulait absolument qu’elle joue au jeu qu’elle avait préparé : c’était épuisant pour elle, agaçant pour moi car elle ne cessait d’interrompre nos échanges, et inutilement contraignant pour les enfants qui n’ont jamais obtempéré : ce jeu-là ne les tentait pas, et puis voilà.

    anniversaire en famille PArents à Parents Leandro LamasJe me souviens de goûters d’anniversaire chez une amie qui avait passé dix soirées à sélectionner et préparer toutes les activités de l’après-midi, qu’elle avait ensuite orchestrées à la façon d’une gentille animatrice. En fin de journée, elle était épuisée. Nous avons souvent eu plus de quinze enfants à la maison pour les anniversaires de nos enfants. A part une piňata et un gâteau (fabriqués avec les enfants et à leur demande), nous n’avons jamais rien préparé. A chaque fois, les enfants se sont très bien débrouillés tout seuls, inventant des jeux dont nous n’aurions jamais eu l’idée et trouvant des solutions lumineuses pour régler leurs conflits, pendant que nous, adultes, faisions connaissance et pouvions nous lancer dans des discussions à bâtons rompus.
    Il ne s’agit pas de laxisme ou d’inconséquence. L’indifférence est une autre forme de maltraitance. Dans ses conférences, Jean-François Zobrist, ancien directeur de l’entreprise FAVI, rappelle souvent cette parole de François Jullien « le bon prince est celui qui en supprimant les contraintes et les exclusions permet à chaque existence de s’épanouir à son gré. Son agir sans agir, qui n’est pas ne rien faire du tout, est une forme de laisser faire pour faire en sorte que les choses se fassent toutes seules ». Je le vis comme une qualité de présence à soi et aux autres qui autorise au sens qu’elle « rend auteur ».

    La question se pose de la même manière si nous sommes éducateurs, professeurs, enseignants, dirigeants. Les enseignants qui ont adopté la philosophie et la posture des pédagogies nouvelles, les parents qui se lancent dans les apprentissages autonomes le disent tous : c’est infiniment plus joyeux et moins stressant que de tenter par tous les moyens de faire rentrer un savoir dans la tête de quelqu’un. Il est impossible « d’apprendre quelque chose à quelqu’un », la seule chose qu’on puisse faire consiste à fournir un environnement (des activités, des stimulations) et des informations qui permettent l’acquisition des connaissances et des compétences. Et celui qui sait n’est pas forcé d’imposer un rapport de force, ni de prendre le pouvoir. Tout est même bien plus facile s’il ne le fait pas.

    L’entreprise libérée, l’autonomie parentale

    J’ai donc été émue quand j’ai entendu Alexandre Gérard, patron d’Inov-on, raconter son parcours au sein de son entreprise. Cette démarche d’intense travail sur soi, d’humilité et de dépouillement qui mène à la joie, nous avions fait un peu la même dans un domaine différent, celui de la parentalité. Je suis donc ravie et peine d’espoir quand je vois des pionniers tenter cette belle expérience, en récolter les fruits et en parler autour d’eux, pour inspirer d’autres dirigeants et susciter un engouement.
    Je trouve inspirant pour les parents d’observer ce qu’ont entrepris ces dirigeants audacieux : ils sont partis de l’hypothèse que la nature humaine et bonne (ce qu’Olivier Maurel et l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire ont montré par un travail de recherche conséquent), ils ont fait confiance, ont cessé de décider seuls pour les autres, de contrôler, et ont ainsi libéré l’initiative, l’autonomie, la responsabilité, l’innovation, l’épanouissement, le bonheur au travail. Plutôt que de réfléchir entre élus, ils utilisent le plein potentiel de leur entreprise (ils font émerger l’intelligence collective) et atteignent des niveaux d’adaptabilité et de performance qui forcent l’admiration.

    Leur attitude est d’autant plus inspirante pour les parents qu’elle ne porte des fruits que si elle est profondément sincère (sinon il s’agit d’un moyen de manipulation totalement contreproductif), qu’elle découle d’un intense travail sur soi, qu’elle met fin aux signes de pouvoir pour traiter les autres non en égaux, mais en équivalents. Pour le parent, cela signifie sortir du rapport de force et de la croyance selon laquelle l’adulte doit dresser l’enfant et quelqu’un doit gagner et un autre perdre. Cela signifie aussi s’agenouiller souvent, se mettre à la hauteur des enfants, les écouter vraiment, les prendre au sérieux et ne jamais minimiser leur capacité à penser, imaginer, rêver, créer, réaliser, faire aboutir quel que soit leur âge, à chaque étape de leur développement.

    cocréer être libres ensemble PArents à Parents Leandro LamasElle ne fonctionne également que si on met fin aux punitions et aux récompenses externes (en entreprise, le contrôle, les objectifs fixés en haut, …) et si on valorise la puissance de l’erreur (celui qui ne se trompe pas n’a pas assez osé). J’ai été amusée aussi d’entendre Christophe Collignon, dirigeant de IMA Technologies, dire « quand on ne sait pas on ne dit pas non, on dit oui et on observe ce qui se passe » : c’est aussi ce que nous pouvons faire en tant que parent, d’autant que les enfants évoluent à une vitesse folle et que ce qui était impossible hier peut être faisable aujourd’hui.

    Cette perspective parentale me semble d’autant plus pertinente aujourd’hui que nous n’avons aucune idée de ce à quoi ressemblera le monde de demain. Si nous répétons l’éducation que nous avons reçu, nous les préparons au monde d’avant-hier, qui n’existe plus.

    Les « entrepreneurs libérés » ne seront pas forcément séduits au premier abord par ce parallèle entre la posture de parent et celle du leader, car c’est justement du management paternaliste dont ils veulent s’extraire. Mais ici, il est question d’une autre façon d’être parent, qui ne répond à aucun dogme, qui se cherche et se trouve « chemin faisant ». La distanciation, le décalage suggérés par ce parallèle a priori inapproprié susciteront peut-être une idée au manager-leader-animateur qui nous lira. Cet article pourra aussi les conforter qu’ici et ailleurs, des parents sont en train de préparer de futurs adultes à ce nouveau monde qu’ils sont en train de créer, et c’est toujours exaltant de savoir que dans d’autres milieux, d’autres agissent de concert, que tous les efforts se rejoignent.

    Ce mouvement de libération, si on le retrouve en entreprise, dans certaines écoles, dans l’instruction en famille, dans la posture parentale, peut être le signe qu’un vrai mouvement sociétal est en train de prendre forme et qu’une nouvelle ère est en train d’émerger. Quel espoir et quelle énergie cela donne à tous ceux qui ont envie de s’engager dans cette dynamique que nous pouvons tous, chacun à notre mesure et selon nos talents, co-construire ensemble. Il n’y a rien de plus galvanisant pour moi que de réaliser que je peux, avec d’autres, aiguillonner l’avenir du monde et agir pour que celui dans lequel grandiront nos enfants soit un peu sain, agréable, respectueux, joyeux, épanouissant.

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Nous avons co-créé l’association Parents à Parents pour partager et susciter chez d’autres ce projet d’autonomie, de cocréation quotidienne, qui se passe des diktats et des injonctions de tout poil, qui cherche en soi ses pistes de solution et ses réponses – et se nourrissant des idées des autres mais sans jamais qu’elles soient imposées comme des vérités suprêmes-.
    Je suis intimement convaincue que si nous appliquons la solution d’un autre, aussi pertinente soit-elle, nous ne sommes plus présents à ce qui se vit sous nos yeux, nous perdons un peu de notre capacité à imaginer, impulser, agir. C’est pour ça qu’au sein de Parents à Parents, nous n’avons pas et nous n’aurons jamais de gourous, de penseur fétiche. Ce qui nous nourrit peut venir de partout.

    Illustrations : Leandro Lamas

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    28 Déc
    28 Déc
  • Anne Barth m’a semblée proche et familière dès que j’ai entendu le son de sa voix. Il faut dire qu’Anne est une femme très sensible aux enfants, tout entière occupée à montrer, par l’image, par le son, la beauté du monde, une beauté qui touche et met en chemin – vers les autres comme vers soi.

    Car « ce qui fait grandir, ce sont les rencontres », ce sont les autres, comme le dit l’une des jeunes du très beau documentaire que prépare Anne: « L’arbre de l’enfance, aux racines de l’être ». Un film qui pose cette question nécessaire et cruciale : qu’est ce qui nous élève ?

    Les films d’Anne, comme tout ce qui fait grandir en humanité, sont le fruit de belles rencontres. « Quels enfants laisserons-nous à la planète ? » est ainsi né d’une suggestion d’Isabelle Peloux, dont Anne avait fait la connaissance aux Amanins en 2006.

    « L’arbre de l’enfance » est sa suite naturelle, ce film documentaire répond à la demande de très nombreux spectateurs qui veulent savoir ce que ces enfants sont devenus. « Comme tous les autres enfants du monde, ils continuent de grandir dans un monde construit par les adultes, mais à la différence de beaucoup d’autres, ils ont pu développer leur sensibilité et savent coopérer », explique Anne.

    Coopérer, voilà une compétence cruciale à acquérir, analyse-t-elle : « pour coopérer, il faut un vrai travail de conscience de soi afin de pouvoir être attentif à l’autre ». Et c’est à cette condition que nous pouvons vraiment prendre notre place dans le monde, en étant, comme aime à le dire Anne « Chargé de nous-mêmes », expression de Pestalozzi et chantée par Gilles Vigenault dans le Grand Cerf-Volant.

    Pourquoi une telle attention portée aux enfants ?

    Parce que sa souffrance d’adulte lui a montré que sans ses multiples douleurs d’enfant, elle aurait été plus paisible, plus sereine et plus confiante. Anne a, comme beaucoup d’entre nous, vécu une enfance éprouvante. C’est dans un arbre qu’elle a trouvé refuge, c’est grâce à la nature et aux animaux qu’elle s’est protégée des humains. Il est donc tout naturel que comme beaucoup d’entre nous, elle ait tellement à cœur que les enfants soient accueillis vraiment comme des enfants, par des adultes conscients de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont.

    Un sentiment qui vous est sans doute tout aussi cher, comme l’idée selon laquelle le processus créatif a tout à voir avec le processus de création de soi. C’est pour ça qu’inviter l’art dans nos vies (un choix éditorial de Parents à Parents) favorise notre propre créativité.

    C’est ce qu’Anne met si bien en lumière et en action dans ses films, et c’est la raison pour laquelle ils nous touchent tant.

    illustration et vidéo : Anne Barth

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    28 Oct
    28 Oct
  • Cet article fait suite à celui-ci : de l’école à l’instruction à la maison

    Apprendre ensemble

    Alors, il n’a plus été question d’échec ou de réussite, mais seulement d’humanité et de ressentis.

    C’est moi qui me suis installée à leur coté pour apprendre.

    Et j’avoue qu’ils ont été de meilleurs enseignants que moi. Si nous avons du mal à comprendre que nos enfants ne nous comprennent pas, force est de constater qu’eux aussi ont du mal à comprendre que nous ne les comprenions pas. Indéniablement, nous ne parlons pas le même langage, une fois adulte nous oublions comment pensent et s’expriment les enfants.

    Je leur ai donc demandé ce qu’ils ressentaient face aux apprentissages. Ils m’ont expliqué qu’ils ne comprenaient pas toujours le chemin que je prenais pour leur expliquer les choses… Alors j’ai appris à les écouter. Est-ce qu’ils avaient peur ? Oui, ils avaient peur de ne pas savoir faire et ne comprenaient pas pourquoi, en plus, j’ajoutais à cela mon énervement. Alors j’ai arrêté de m’angoisser pour éviter de m’énerver.

    J’ai alors réalisé que les enfants apprennent en permanence, et que leur environnement leur sert de base d’apprentissage. Par exemple, en leur proposant du jus d’orange nous avons parlé de vitamines et, tout naturellement, nous avons fait des recherches sur le sujet.

    Vaisseau évolué à méga propulsion de l'instruction en famile aux aprentissages autonomes Dessin Margot - Harphan des neiges de l'instruction en famile aux aprentissages autonomes

     

     

     

     

     

     

     

    Changer grâce à eux

    J’ai réalisé que nos enfants étaient capables d’analyser les évènements et faisaient d’excellents observateurs, qui pouvaient avoir de vraies opinions.

    Margot, par exemple, nous a interpellés sur notre consommation de viande. Elle ne comprenait pas pourquoi le rayon viande était toujours plein au supermarché. Elle en a tiré la conclusion que nous produisons plus de viande que nous ne pouvons en consommer. Elle n’a jamais été une grande mangeuse de viande, nous avons donc débattu de notre consommation de viande à la maison et ses véritables intérêts nutritionnels, nous avons alors décidé d’en limiter à une fois par semaine notre consommation, avec comme objectif de la faire disparaître de nos assiettes. Un chemin que nous n’aurions jamais fait sans elle !

    Nous avons aussi beaucoup parlé du mode de production de tout ce que nous mangeons, ce qui nous a conduit à acheter le plus possible directement aux producteurs. Nous n’achetons plus de pâte à tartiner, ils ne veulent pas, disent-ils, participer à l’exploitation des enfants pour la récolte des noisettes. Alors qu’avant, ils réclamaient des « goûters industriels », ils sont devenus de fervents défenseurs du fait maison. Grâce à tous ces petits changements, nous avons considérablement diminué nos déchets (à peine un sac de 50 litres par semaine pour une famille de quatre personnes).

    Pour moi, c’est tout simplement génial, rien ne s’est imposé, nous avons tous ensemble, petits et grands, pris des décisions. Tout c’est fait en douceur mais rapidement et dans le respect de chacun.

    Décider ensemble

    Margot est une force de proposition. Elle nous a par exemple proposé de mettre en place des réunions de famille. Ce sont des réunions au cours desquelles nous débattons principalement de notre comportement les uns envers les autres, et de notre impact sur l’environnement. La première réunion a permis de rédiger des règles de vie.

    Nos enfants nous ont déculpabilisés par rapport à la télé, ils ont compris notre inquiétude, mais ils nous ont montré qu’en l’utilisant sciemment, ils y apprenaient beaucoup de choses : il suffisait de sélectionner les programmes.

    J’ai observé que si nous le leur permettons, les enfants aiment partager ce qu’ils apprennent. Margot adore faire des exposés. Dès qu’un sujet la passionne, on y a droit. Elle avait d’ailleurs surpris sa maîtresse l’an dernier parce qu’elle avait pris l’initiative de préparer pendant les vacances un exposé sur le zoo de la flèche, afin de partager ce qu’elle avait appris à ses camarades de classe. Mon fils Frédéric parle moins mais il réfléchit beaucoup. Et comme il est très soucieux de montrer son affection aux membres de la famille. Nous avons donc droit à des pauses « câlins » : je vois bien maintenant qu’il se sent bien.

    de l'instruction en famile aux aprentissages autonomes Parents à Parentsde l'instruction en famile aux aprentissages autonomes Parents à Parents

     

     

     

     

     

     

     

     

    Première leçon de l’expérience

    Si j’ai eu des doutes, aujourd’hui je suis heureuse d’avoir pris la décision de déscolariser mes enfants. En quelques mois, j’ai appris énormément avec et sur mes enfants. Et sur les enfants aussi, car si j’ai déscolarisé mes enfants à cause de leur haut potentiel, j’ai compris qu’au-delà des méthodes pédagogiques, le problème, s’il existait, reposait essentiellement sur la façon dont nous établissons notre relation à l’enfant. Certes les surdoués sont hypersensibles, tous les spécialistes le disent, et nous devons faire attention à ce que nous leur disons parce qu’ils n’ont pas confiance en eux, mais pour autant, pouvons-nous parler n’importe comment aux autres enfants ? Le respect et l’écoute bienveillante n’ont-ils pas un impact très positif sur tous ? D’autant que bien souvent, nous ignorons que certains d’entre eux sont surdoués. Tous les enfants méritent des relations bienveillantes, ne serait-ce que pour pouvoir devenir des adultes bienveillants.

    La bienveillance en héritage

    Avant de m’occuper des mes enfants à temps plein, je manageais des équipes et j’avais, au-dessus de moi, un ou deux supérieurs. J’ai fait de merveilleuses rencontres mais je me suis toujours interrogée sur les raisons qui faisaient que certains collègues avaient devenaient d’horrible tyrans, pourquoi d’autres étaient d’une telle soumission et pourquoi les relations humaines entre adultes étaient parfois si amères.

    Ce sont mes enfants qui m’ont permis de mieux comprendre que tout ce qui se jouait pendant l’enfance. C’est vraiment là la clé, les enfants absorbent comme des éponges. Qu’ils apprennent à lire, à écrire ou pas, ils retiennent malheureusement trop bien les caractéristiques du type de relations humaines que nous leur imposons. C’est avec ce bagage qu’ils grandissent et quand on les retrouve dans ce qu’on appelle « la vie active », ils agissent à travers les bases de personnalité acquise pendant l’enfance.

    Dans une entreprise, nous rencontrons ainsi le chef tyran, les harceleurs, les intimidateurs, les soumis, les plus fragiles et les plus faibles comme dans une cour de récré ! Ça me fait froid dans le dos de penser que c’est dans cette cour où les personnalités se construisent et que tout le monde trouve ça normal. Pire, la plupart des gens pensent que ces traits de caractère sont innés et portent des jugements de valeur qui peuvent leur faire légitimer les agressions faites aux enfants.

    Certains enseignants estiment qu’il est parfois nécessaire de secouer verbalement (heureusement il est interdit de frapper !) les élèves, certains parents se congratulent de la sévérité des enseignants, jugeant même que certains ne le sont pas assez. J’ai rencontré une maman qui me disait combien elle était heureuse que sa fille ait eu une enseignante très sévère, parce que celle-ci était une vraie tête de mule. Cette même mère est allée voir la directrice de l’école, afin que son second enfant, qui intégrera la moyenne section de maternelle, ne soit pas dans la classe d’une maîtresse trop gentille . Je pense aussi à telle cette assistante maternelle rabrouant une petite fille qui se plaignait qu’un de ses camarade la tapait en lui disant « s’il n’y a pas de sang ce n’est pas grave ! ».

    Quand mon fils était en grande section, il m’a reporté que sa maîtresse lui avait donné un coup de brosse sur la tête. Je lui ai répondu qu’elle ne l’avait peut-être pas fait exprès. Il m’a alors expliqué qu’elle l’avait frappé volontairement parce qu’il n’avait pas réussi son dessin. J’ai dû insister pour qu’elle nous reçoive, je lui ai brièvement exposé les faits et j’ai proposé à Frédéric de lui dire ce qu’il ressentait. Nous en avons discuté, tous les trois, la maîtresse s’est excusée et ils échangé un bisou amical.

    de l'instruction en famile aux aprentissages autonomes Parents à Parents Un pivert dans notre jardin

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    L’éducation nationale a-t-elle un problème ?

    Je ne sais par quel processus inconscient nous finissons par accepter les injustices et les agressions verbales voire physiques, intégrant en nous-mêmes l’idée qu’elles sont normales, banales, et que ce n’est pas grave. C’est pourquoi nous trouvons normal que le système scolaire et éducatif inflige à nos enfants de tels traitements. Et comme pour nous encourager à accepter l’inacceptable, nous nous répétons entre nous, comme une ritournelle : « A mon époque c’était même plus sévère, aujourd’hui ce sont les enfants les maîtres », « On m’a fait la même chose et je n’en suis pas mort ». Un jour quelqu’un m’a dit « Et alors, moi aussi mon professeur m’a dit que j’étais stupide et que je n’arriverais à rien, et bien aujourd’hui, j’ai maison et voiture ». Comme si la méchanceté aidait à grandir. Combien d’entre nous ne sont en effet pas morts, mais se relèvent pas de toute cette méchanceté ?

    Bien sûr il est toujours possible de soigner et guérir ses blessures à l’âge adulte. Mais ne serait-il pas plus simple de nous épargner tous ces tracas en aimant simplement nos enfants ? Ce n’est pas seulement la responsabilité de l’éducation nationale, du ministre, des enseignants et de tous les fonctionnaires de cette administration, qui sont eux même issus de ce processus éducatif, et qui ne font que répéter ce qu’ils ont reçu.

    Aujourd’hui, après tout ce temps passé avec mes enfants, je ne minimise aucune souffrance. Absolument rien ne justifie que l’on maltraite un enfant, il n’y a pas de grande ou de petite souffrance, il y a simplement de la souffrance. Nous devons comprendre et accepter que les enfants sont comme nous des êtres pensant et ressentant, qui ne pensent pas tout à fait comme nous mais qui pensent et qui ressentent peut être encore plus que nous. En tant qu‘adultes, nous ne sommes pas plus malins, ni plus intelligents, nous avons juste plus d’expérience. Alors partageons la, accompagnons nos enfants. Ce n’est pas à eux de faire l’effort de nous comprendre, c’est à nous de faire l’effort de nous faire comprendre. Il n’est pas question de laxisme, mais de bienveillance, de respect et d’amour.

    Grâce à cette année passée avec eux, j’ai totalement cessé de me plaindre de mes enfants, et de ressasser ces banalités du genre, « ils m’épuisent », « ils sont terribles », paroles nuisibles qu’on se répète comme autant de réflexes de Pavlov… Aujourd’hui quand je parle d’eux, je perçois qu’ils sont plein de vie et qu’ils sont merveilleux. J’ai décidé que la chose la plus importante qui soit, c’était d’aimer mes enfants, de les accompagner dans leur quête de savoir. Je ne ferai pas d’eux des vedettes du QI, ils ne seront peut-être pas en haut de l’affiche, mais ils savent qu’ils possèdent des magnifiques possibilités, qu’ils apprennent à utiliser afin d’avoir une tête bien faite et pas une tête remplie à ras bords.

    A trop m’être intéressée aux statistiques de réussite, j’ai failli échouer lamentablement à aimer mes enfants.

    Heureusement, ils m’ont aidée et patiemment appris à réajuster le tir. J’en conclus que le gros problème de l’éducation, ce n’est donc ni un problème de l’éducation nationale, ni un problème PISA, mais qu’il s’agit d’abord et avant tout de notre positionnement et de nos intentions. Donner priorité à l’amour, c’est un choix que nous devons faire. C’est à nous qu’il revient la responsabilité de décider ce que nous voulons transmettre à nos enfants.
    « Si vous vous demandez si nos enfants font la loi à la maison, la réponse est non. Sommes-nous gaga de nos enfants ? La réponse est oui à 100%, nous les aimons et c’est avec plaisir que nous les accompagnons sur le chemin de la vie »

    Illustrations : Claudia Tremblay puis Nathalie Donzenac

    16 Sep
    16 Sep
  • De l’école, à l’instruction à la maison aux apprentissages autonomes : l’expérience de Nathalie

    Les débuts : l’école à la maison entre doutes et pression

    Si notre fils n’avait pas eu des problèmes à l’école, nous n’aurions jamais pensé à la déscolarisation. Mais souvent ce qui vous semble une catastrophe peut se révéler être une vraie chance. Quand j’ai commencé le blog « lezebreecolier », pour raconter notre aventure de l’école à la maison, je pensais donner des conseils, des méthodes, l’organisation etc.: bref, de la technique.

    Première étape : l’école à la maison (dans les règles de l’art)

    Margot l'école à la maison Parents à ParentsMais les choses ne sont pas déroulées comme prévu. Quand j’ai déscolarisé mes enfants, en octobre, la première chose que j’ai fait, en « bonne enseignante maison », ça a été un emploi du temps, avec heure de réveil, temps de travail, et en bref : un emploi du temps de bon élève. Le soir, une fois les enfants au lit, je lisais des livres sur les hauts potentiels : je surlignais, je faisais des fiches, je vérifiais la progression pédagogique de mes élèves sur le site de l’éducation nationale en fonction du niveau scolaire de chacun.

    La lecture de la progression pédagogique décidée par l’éducation nationale ne m’a pas beaucoup aidé. Au contraire, elle m’a plongé dans un grand désarroi. Les difficultés de lecture de mon fils Frédéric mis à part, ils avaient bien plus que le niveau.

    La visite de l’inspection de l’éducation nationale en décembre n’a rien arrangé : la conseillère pédagogique me suggérait d’appliquer la même méthode qu’en classe, avec des leçons à apprendre. Pendant qu’elle me parlait, je me demandais si elle s’était rendu compte qu’elle était dans une famille, pas dans un établissement scolaire. Comment allais-je leur imposer une méthode qui les avait fait dérailler ?

    Comment allais-je leur imposer une méthode qui les avait fait dérailler ?

    Quand elle m’a demandé quelle méthode j’employais pour apprendre à lire à Frédéric, j’ai bafouillé que j’avais essayé très rapidement Freinet, Montessori, différentes pédagogies, mais que je n’y arrivais pas. Mais en vérité, non, je n’avais rien essayé du tout, mon fils ne voulait pas, ne pouvait pas ; nous n’y arrivions pas, et c’était tout. A ce moment là, l’inspectrice m’a proposé l’apprentissage par l’ordinateur, et ça a marché.

    Mais malgré mon emploi du temps d’enfer, mes lectures nocturnes, je n’étais pas satisfaite. Quand je prévoyais deux heures de travail, en une heure tout était bouclé et personne n’était satisfait.

    Doutes et remises en question

    Je redoutais le moment du dîner, quand mon mari allait me demander comment s’était passé la journée. Car cette décision de déscolarisation, je la lui avais un peu imposée : il ne l’avait accepté qu’à regret, uniquement parce que nous n’avions aucune autre alternative à l’école classique dans notre région. De mon côté, il a longtemps que je suis convaincue que tout s’apprend facilement quand les choses nous intéressent, et qu’il suffit juste d’accompagner et d’encourager : c’est ce que mon expérience de formatrice pour « personnes en difficulté » m’a enseignée. Mais dans le cas présent, il s’agissait de mes enfants, de ma responsabilité et j’avais tellement peur de ne pas réussir, tellement peur de m’être trompée, c’était tellement engageant de défier l’institution que je redoutais le regard des autres (qui était le miroir de cette pression folle que je me mettais), et que je redoutais donc le regard de mon mari.

    Déscolariser ses enfants, ça pose une foultitude de questions, à soi comme aux autres. Beaucoup de gens me faisaient des remarques négatives, et j’oubliais les paroles de soutien qui auraient pu les compenser. Du coup, je n’arrivas pas à me faire confiance ni à faire confiance à mes enfants, et, petit à petit le doute s’installait : « et si je m’étais trompée, pourquoi ne les avais-je pas obligés à aller à l’école ? Et si les autres avaient raison ? Tout le monde le dit, c’est aux enfants de se plier à nos exigences, ils ne connaissent rien de la vie et c’est nous qui décidons ; l’institutrice de Frédéric avait peut être raison, je n’avais pas coupé le cordon, j’écoutais trop mes enfants, ils étaient simplement capricieux, une petite voix intérieure me répétait que les enfants doivent obéir« . Une de mes amies avait obligé son fils à rester à l’école malgré ses terreurs, elle le laissait en larmes le matin, le récupérait en larmes le soir, mais elle ne pliait pas. La méthode me semblait terrifiante mais je me demandais si toutes ces personnes n’avaient pas raison.

    Le cercle vicieux de la pression

    Margot cheval sous les étoiles l'école à la maison Parents à ParentsJe me mettais une pression énorme. Comme je suis de nature généreuse, je partageais ma pression avec mes enfants, de telle sorte que la journée passée ensemble n’était plus agréable du tout, ni pour les eux, ni pour moi. J’étais obsédée par l’idée que je ne devais pas échouer ! J’avais des enfants à haut potentiel, et les spécialistes m’avaient bien prévenue : ils peuvent réussir et aller très loin mais ils n’aiment pas l’effort, alors il faut les pousser, les obliger à travailler : leur réussite dépendait donc de moi.

    J’ai pris l’option de leur apprendre encore plus de choses ; mes ambitions prenaient des proportions démesurées. La presse regorgeait d’histoire d’enfants prodigues, comme celle de ce petit allemand de dix ans qui avait intégré l’université pour étudier les mathématiques. Avec plus de 135 de QI , les miens devraient y arriver aussi, c’était à moi de les stimuler.

    Le problème, c’est que je ne suis pas professeur de mathématiques et que je ne peux pas leur payer un professeur sur mesure. Que devais-je faire ? Les remettre à l’école et me battre avec l’institution pour qu’elle les fasse sauter une ou deux classe, alors que je n’avais pas encore digéré ma colère contre l’enseignante de ma fille Margot qui lui avait refusé de passer du CM1 à la 6è ? Je n’arrêtais pas de réfléchir et de tourner en rond, comme une machine à laver.

    Finalement, ce sont les fameux « caprices » de mes enfants qui m’ont permis de sortir de cette spirale infernale des doutes et de la pression. Un jour, mon fils s’est effondré, désespéré de ne pas y arriver. Lorsqu’il essayait de comprendre à sa manière, dans ma tête je ne cessais de me répéter : « s’il n’y arrive pas qu’allons nous faire ? Que vont dire les gens ? ». Je n’avais plus la force de lire le soir, mais je ne savais pas encore quoi faire : j’avais déscolarisé mes enfants parce qu’ils étaient en souffrance à l’école, mais ce que je leur faisais endurer à la maison n’était pas tellement mieux.

    Petit à petit, la pression est tombée, je crois que le moteur de ma lessiveuse intérieure avait lâché. A suivre ici

    Illustrations : Mireille Josselin puis Margot, la fille de Nathalie

     

    16 Sep
    16 Sep
  • A l’école Decroly* de Saint Mandé, les apprentissages se construisent à partir des centres d’intérêt des enfants, qui naissent de leur curiosité et de leurs motivations spontanées. Cette école publique et gratuite, unique en France**, accueille 350 élèves de la maternelle à la fin du collège. Rencontre avec Simon Augé, enseignant en grande section de maternelle et ancien élève de l’école.

    A la fin de l’automne, trois enfants de cinq ans sont revenus de récréation enthousiastes : « On a vu un arbre énorme, on n’arrive pas à en faire le tour avec nos bras tous les trois ! » Ils ont guidé la classe vers l’arbre en question et une discussion s’est engagée : combien ces arbres étaient énormes en hauteur, qu’est ce qu’il était possible de mesurer – pas la hauteur inatteignable, mais la largeur- et avec quels outils. Un enfant a parlé d’un mètre mais au fond, personne ne savait bien ce dont il s’agissait. Alors un autre a eu une idée : mesurer en Kapla.

    Les enfants ont fait le tour des arbres à pied. En définissant la circonférence, ils ont fait du vocabulaire. En mesurant les arbres et en comparant les mesures, ils ont fait des maths. Et en donnant des noms aux arbres, ils ont fait du français. Puis le contenu pédagogique élaboré à partir de l’intérêt suscité par « l’arbre énorme » a été écrit et modélisé sur une grande bande de papier qui a été affichée dans la classe, reprenant tous les arbres de l’école avec leur nom et leur mesure en kapla. Car la pédagogie Decroly*, pour l’enseignant, c’est cela : rebondir sur les intérêts des enfants pour les transformer en pistes de travail dans toutes les disciplines scolaires.

    Pour Simon Augé, cela demande d’être curieux, très à l’écoute des enfants, avec une grande capacité à s’adapter à ce qu’ils vivent. C’est stimulant, riche et merveilleusement vivant !

    Aller au bout de son intérêt

    expérience à l'école Ecole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à ParentsAinsi, dès les premières années, les enseignants aident les enfants à aller au bout d’un intérêt, à faire des choix, à penser et agir par eux-mêmes. C’est ainsi que les projets de groupe naissent : un enfant arrive avec une idée, un désir. Parfois, il concrétise son projet seul, mais quand des intérêts émergent de plusieurs enfants, tout le groupe classe peut être entraîné dans ce qui devient un projet collectif.

    Ainsi, tour à tour et sans qu’ils y soient jamais forcés, les enfants sont moteurs dans une activité ou bien se rallient aux initiatives des autres. Cela les amène naturellement à échanger ensemble et à coopérer.

    Personne ne ressent le stress de la réussite scolaire. On peut passer des journées entières sur des pistes qui n’aboutiront pas à un apprentissage formel quand on a douze ans pour parcourir le programme scolaire ! Et malgré ces détours, les élèves qui quittent l’école à la fin de la troisième pour entrer au lycée ne sont jamais en retard.

    Être reconnu et soutenu

    L’école n’a qu’une classe ou deux par tranche d’âge. Petite taille de l’établissement, stabilité des classes, ambiance familiale : tout concourt à ce qu’enfants et enseignants s’y sentent bien. Ils se connaissent d’autant mieux qu’ils ont de multiples occasions de se côtoyer. Les enseignants assurent eux-mêmes la vie quotidienne (repas, récréation). Il n’y a pas de surveillants. Ce temps passé ensemble permet de se connaître au-delà de l’espace de la classe et de développer une relation de confiance avant de se retrouver en classe, parfois des années plus tard.

    classes verts Ecole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à ParentsSimon Augé a de très bons souvenirs des classes vertes, qui démarrent dès la première année de maternelle dans cette école qui stimule la coopération, la solidarité et le collectif. Il garde une impression plus mémorable encore de ses années de collège. « A l’adolescence, où tout est si intense, c’est fort d’être pris en compte, valorisé, reconnu dans sa singularité et poussé, ainsi, dans la bonne direction ! », explique-t-il. Les relations avec les enseignants sont très privilégiées. La liberté des enfants et des jeunes est immense tout en étant sécurisée par la présence des adultes et le sens dans lequel elle s’exprime.

    Les comportements atypiques sont acceptés tant qu’ils ne gênent pas le groupe. Les enfants peuvent évoluer selon leur individualité, en étant respectés pour ce qu’ils sont. La place de chacun est garantie quel que soit son caractère. Ne pas avoir à se conformer à un modèle, évoluer sans craindre une exclusion du groupe apporte une grande sérénité à tous. Elle permet aussi l’intégration d’enfants différents, porteurs de handicap.

    Une mission pédagogique globale

    Ecole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à ParentsA Decroly, les classes sont ouvertes, les enseignants comme les enfants vont et viennent et commentent ce qu’ils voient. C’est très stimulant, cela pousse les enseignants à échanger et à réfléchir ensemble. En plus de ces rencontres informelles, le temps de concertation entre enseignants (au moins deux heures de réunion hebdomadaire) est considérable. Il permet de réfléchir sereinement à ses pratiques. Ici, chacun a conscience que la mission pédagogique est globale.

    *Ovide Decroly est un médecin, psychologue et pédagogue belge contemporain de Maria Montessori et de Rudolf Steiner. Il a co-fondé la ligue Internationale pour l’Education Nouvelle et s’est intéressé à toutes les pédagogies innovantes de son époque. Il n’a pas légué de système éducatif abouti car il craignait qu’une synthèse soit rigide et figée alors que l’éducation, par nature, est en perpétuelle évolution. Selon lui, l’enfant perçoit le monde comme un tout, de façon globale. Il reconnaît d’abord les objets et les êtres et analyse ensuite, en fonction de ses besoins et de ses intérêts, les détails et les parties. La méthode globale d’apprentissage de la lecture est une de ses créations.

    **La première école Decroly est à Bruxelles. L’école Decroly de Saint Mandé est née de l’impulsion d’une famille belge qui voulait proposer à ses enfants la pédagogie d’Ovide Decroly en France. L’école Decroly respecte les programmes de l’éducation nationale, mais elle a douze ans pour le faire et elle bénéficie d’une grande liberté sur la démarche d’apprentissage. Faire partie de l’école publique a des inconvénients : l’école est souvent en porte à faux avec l’éducation nationale et parfois en difficultés.

     

    A propos de la pédagogie Decroly

    Ecole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à ParentsEcole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à Parents

     

     

    Selon Ovide Decroly, la démarche éducative passe par trois temps :

    • l’observation ( les enfants entrent en contact avec les objets, les faits, les événements, et récoltent des informations qui feront, dans un second temps, l’objet de recherches. Ils manipulent, expérimentent, comparent),
    • l’association (les enfants confrontent entre eux à des acquis antérieurs, et dégagent des liens de plus en plus complexes conduisant à l’élaboration d’une pensée conceptuelle) et
    • l’expression, phase d’appropriation personnelle et de mise en forme du travail réalisé. Elle intervient tout au long des activités d’observation et d’association. Elle concrétise l’aboutissement d’une démarche d’apprentissage et en permet la communication. Cette démarche va ainsi du concret vers l’abstrait. Il s’agit donc d’un enseignement ancré dans la vie d’après une perception globale. La méthode globale d’apprentissage de la lecture est une création d’Ovide Decroly. Dans ses écoles, cette méthode donne d’excellents résultats car elle est cohérente avec toute la démarche pédagogique.

    Les principes fondamentaux de la pédagogie d’Ovide Decroly

    • L’enfant perçoit le monde comme un tout, de façon globale. Il reconnaît d’abord les objets et les êtres et analyse ensuite, en fonction de ses besoins et de ses intérêts, les détails et les parties. «Chez l’enfant, d’innombrables notions ont pénétré sans analyse consciente préalable, sans dissociation voulue», explique Ovide Decroly.
    • L’enfant est accepté tel qu’il est, avec ses besoins, ses intérêts, ses capacités, ses désirs, ses faiblesses. L’autonomie de l’enfant se développe selon ses rythmes et de ses besoins. L’enfant est accepté dans son affectivité, avec ses questionnements et ses démarches.
    • L’enfant construit ses connaissances en valorisant son activité réelle, sans souci de hiérarchisation des disciplines. Le temps est découpé le moins possible, afin de favoriser de larges processus d’intégration des outils de savoir.
    • L’enseignant aide l’enfant à se situer dans une vie de groupe, à travailler avec d’autres, à prendre des responsabilités, à trouver sa place, à discuter les conflits.
    • L’école tient compte de l’évolution de la société, stimule l’esprit critique et approfondit la réflexion pour que l’enfant devienne un adulte autonome et responsable.

    A propos de l’école Decroly de Saint Mandé

    Ecole Decroly être heureux à l'école pédagogie nouvelle alternative Paris Parents à ParentsBien que l’école soit publique, ce sont les parents qui choisissent d’inscrire leurs enfants à l’école Decroly de Saint-Mandé. L’école est ouverte aux familles du département de 11 villes du Val-de-Marne ; les demandes étant supérieures aux places offertes, les enfants sont choisis par tirage au sort. Les motivations des parents peuvent être différentes, mais tous adhèrent à la pédagogie proposée. Parents et enseignants forment ainsi une communauté éducative. Ils défendent ensemble un projet d’école.

    La création de l’école Decroly de Saint-Mandé est issue d’une convergence de volontés de parents et de politiques. Tout a commencé par des réflexions d’enseignants et de parents pendant la Seconde Guerre mondiale. L’impulsion a été donnée par une famille belge qui voulait proposer à ses enfants la pédagogie d’Ovide Decroly en France. L’école coopérative Decroly est née en 1945. Le projet a été soutenu par le physicien Paul Langevin et le psychologue Henry Wallon. Dès l’origine, l’école a été cogérée par les enseignants et les parents. L’établissement a ouvert en 1945 avec cinq institutrices et vingt-cinq élèves inscrits ; ils étaient soixante-quinze en juin 1946 et cent quarante-cinq à la rentrée 1946.
    À la Libération, en 1945, les autorités sont favorables aux expériences d’Éducation nouvelle. En 1948, le ministre de l’Éducation nationale accepte que l’école devienne publique en conservant ses spécificités « decrolyennes ». L’école Decroly est alors devenue une école d’application. Elle accueille les enseignants-stagiaires de l’IUFM.
    Dès l’origine, l’école rassemble maternelle, primaire et collège dans un même lieu ouvert aux garçons et aux filles.
    L’histoire de l’école est ponctuée de moments de joie et de difficultés. Maintes fois, l’Éducation nationale a évoqué sa fermeture, mais, jusqu’à présent, la mobilisation des enseignants, des parents et des élèves a permis de conserver à l’école son statut particulier.

    Ecole Decroly être heureux à l'école pédagogie nouvelle alternative Paris Parents à ParentsUne école alternative au sein de l’Éducation nationale, est-ce possible aujourd’hui ?

    En France, il y a très peu d’écoles maternelles et primaires alternatives dans le public. Les projets innovants sont souvent réservés au collège et au lycée, quand les difficultés les plus fortes apparaissent : ils sont développés pour éviter le décrochage scolaire. Les écoles comme Vitruve, à Paris, ou Decroly ont été créées il y a plus de vingt ans, à un moment où l’Éducation nationale a rendu possibles ces créations. Aujourd’hui, ces établissements résistent face à la pression de faire comme les autres. La plupart des écoles alternatives sont créées dans le privé. D’après Sylvain Wagnon, Professeur Agrégé au département Sciences de l’éducation à l’université de Paris-8 et Docteur en histoire, depuis les années 70, « on assiste à un déclin paradoxal des méthodes actives car l’Éducation nationale a intégré une petite partie du vocabulaire de l’Éducation nouvelle, mais, dans la pratique de classe, les méthodes de l’enseignement traditionnel sont de plus en plus fortes ».

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

     

    Photos : Quatre premières : Alix Burle, enseignant en CE1 en 2014-2015. Suivantes : Archives Ecole Decroly.

    Pour aller plus loin

    L’école de l’Ermitage à Bruxelles publie des livrets sur Decroly, traitant de questions qu’il a développées au cours de sa vie.

    L’école de Saint-Mandé propose quant à elle deux ouvrages : Vivre à Decroly (épuisé mais consultable à l’école) et Plaisir d’école (en vente à l’association).

     

    05 Sep
    05 Sep
  • A l’âge de douze ans, Marion Cuerq a compris les ressorts de la violence éducative ordinaire et son lien inextricable avec toutes les formes de maltraitance aggravée. Depuis, la jeune femme ne cesse de la combattre. Loin des paroles lénifiantes qui poussent à tout accepter sans rien dire et sans rien faire, elle a quitté la France à dix-neuf ans pour voir comment grandissent les enfants dans un pays où les droits de l’homme s’appliquent pleinement à eux. Deux mois après son arrivée en Suède, elle a eu l’idée d’en faire le film « Si j’aurais su, … je serais né en Suède ! », qu’elle a tourné, réalisé et produit avec ses propres moyens, avant de le mettre gracieusement à la disposition de tous sur le site de l’OVEO (Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire). Un très beau documentaire, à voir !

    Le respect de l’enfant : un droit inaliénable

    Pour Marion, c’est évident : un enfant est un être humain qui a droit au respect de son intégrité, exactement comme n’importe quel adulte. De la même manière que la plupart des gens jugeraient inadmissible qu’un patron batte ses salariés ou qu’un homme frappe sa femme, personne ne doit s’autoriser à humilier ou à frapper un enfant (1). C’est l’une des raisons pour lesquelles en Suède, Marion s’est tout de suite sentie chez elle : les suédois ne comprennent pas les débats français sur la « fessée » car chez eux, ça fait plus de trente-cinq ans que l’éducation des enfants s’entend sans aucune violence.

    Violence psychique versus violence physique

    En France, de nombreuses personnes craignent qu’une loi sur l’interdiction des châtiments corporels fasse basculer les parents et les adultes de la violence physique à la violence psychologique.

    En Suède, la violence psychologique n’a pas remplacé la violence physique.
    Les suédois sont sortis du rapport de force, un point c’est tout.

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsCe n’est pourtant pas du tout automatique, explique Marion : en Suède par exemple, la violence psychologique n’a pas remplacé la violence physique. Les suédois sont sortis du rapport de force, un point c’est tout. Les adultes ne disent pas que les enfants les « cherchent », les « testent » juste par défi. En fait ils n’ont pas besoin de le faire car ils n’ont pas subi de violences. Réalisons que ces attitudes de rébellion sont une réaction à la violence subie !

    « Si on met cette idée de rapport de force en place, l’enfant rentre dans la logique, atteste Marion. Le rapport de force n’est pas inné, il est construit par les parents, dès les premiers mois de l’enfant ». La jeune femme perçoit d’ailleurs une nette différence entre l’attitude des enfants dont elle s’occupait en centre de loisirs en France et ceux avec qui elle interagit en Suède (Marion a été fille au pair trois ans auprès de sept enfants dans trois familles différentes et continue, depuis, à animer des activités pour des enfants en Suède). En France, il faut souvent reconstruire la confiance. En Suède, elle pre-existe aux relations et les facilite.

    « Les enfants sont compétents et ont besoin d’être traités avec dignité pour pouvoir s’épanouir pleinement. » Jesper Juul

    L’impact de la culture

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsLa culture joue forcément un rôle dans la capacité des individus à adopter de nouvelles attitudes.

    La langue suédoise est naturellement axée vers la non-violence, analyse Marion. Les suédois parlent beaucoup d’empathie ; à tout âge, ils expriment facilement leurs émotions et utilisent des expressions comme « tu as de la peine? » , « tu es triste ? » qui pourraient sembler enfantines à un français privilégiant un mode de communication plus cérébral et analytique. Quand les français disent « je pense que… » « que penses-tu de ? », les suédois « ressentent ».

    En outre, ils ne prennent pas les sentiments des autres pour ou contre eux. Ils sont conscients que leurs propres sentiments leur appartiennent et qu’il en est ainsi des autres. Ils ne se sentent donc pas attaqués quand quelqu’un se sent triste ou en colère autour d’eux, « alors qu’en France, on est dans l’attaque constante », soupire Marion.

    Enfin, la culture scandinave est bien plus égalitaire que la culture latine. Dans les pays nordiques, le pater familias n’a pas du tout le poids qu’il a encore en France.

    Reste que même si la Suède est le premier pays à avoir légiféré sur l’interdiction des châtiments corporels en 1979, un texte de loi de 1800 exigeait qu’ils corrigent leurs enfants. La non-violence envers les enfants n’était pas inscrite dans les gênes, elle a été le fruit d’un cheminement ! La réforme législative en Suède a commencé en 1958 avec l’interdiction des châtiments corporels dans l’enseignement avant que le droit de « correction parental raisonnable » soit retiré du code parental suédois en 1966. La loi est intervenue treize ans plus tard. Un chemin que peut faire la France, comme d’autres pays.

    L’éducation sans violence ne doit pas être réservée à ceux qui ont les moyens de s’offrir des ateliers coûteux, elle doit être accessible à tous

    « Le changement demande un vrai courage politique, il doit passer par une loi, défend Marion. La non violence envers les enfants n’est ni un courant d’éducation ni une mode, c’est une base, c’est le strict minimum vital de respecter ce droit a l’intégrité physique fondamental de tout être humain !

    Ce changement ne doit pas être réservé à ceux qui ont les moyens de s’offrir des ateliers coûteux de communication ou de nouvelles pratiques éducatives. Il doit être accessible à tous. La loi contre les châtiments corporels, c’est un petit pas pour les droits des enfants, et un grand pas pour l’humanité, sourit Marion. Et c’est un fait : un environnement axé vers la non-violence incite tout le monde à agir dans ce sens. C’est l’expérience que nous avons faite une fois de plus en Norvège.

    Prévenir la violence dès la naissance

    « Puisque c’est au cours de notre première année de vie que nous construisons notre rapport au monde – c’est ce que montrent, entre autres, les travaux de Catherine Gueguen (5) -, les 480 jours de congé parental en Suède ne sont pas pour rien dans la qualité du rapport qu’entretiennent parents et enfants», analyse Marion.

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsLe tout-petit, qui passe sa première année auprès de ses parents, grandit dans l’idée d’un monde amical, qui nourrit sa confiance. Et les adultes peuvent d’autant plus rester sereinement auprès de lui qu’ils n’ont pas à faire de sacrifices financiers (le congé parental est calculé en fonction des revenus des parents qui perdent relativement peu en pouvoir d’achat).

    La prévention de la violence commence là, dans ces premiers temps de vie, et même avant, dès la grossesse, quand est proposé un accompagnement respectueux de la mère, de l’enfant et du père. Des naissances moins médicalisées (6), des parents mieux soutenus dans leurs compétences dès la naissance, une meilleur récupération physique après l’accouchement, tout ceci peut favoriser l’attachement, limiter l’épuisement parental, le sentiment d’impuissance et par là les violences sur les enfants. Et comme un enfant qui n’a pas été frappé ne frappe pas à son tour une fois devenu adulte, comme un enfant qui n’a pas été humilié n’humilie pas à son tour, mettre fin aux châtiments sur les enfants, c’est mettre fin à la violence intergénérationnelle et c’est s’entreprendre à déconstruire la logique de la violence et du rapport de force dans les relations humaines.

    Marion Cuerq contre la violence éducative ordinaire pour Parents à Parents

     

    Marion Cuerq démarre cette année ses études à l’Institut des Media de Stockholm et prépare un deuxième film sur la Suède. Nous lui souhaitons de beaux succès!

     

     

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

     

    A lire pour approfondir

    Pour une enfance heureuse Catherine Gueguen pour Parents à ParentsRegarde ton enfant est compétent Jesper Juul pour Parents à Parents

    Sere moi fort Elever nos enfants avec amour Carlos Gonzalez pour Parents à Parents Acheter chez Decitre

     

     

     

     

     

     

    Jesper Juul voulez vous des enfants forts en bonne santé pour Parents à ParentsJesper Juul Me voilà qui es tu Proximité respect et limites entre parents et enfants pour Parents à Parents

     

     

     

     

     

    Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen, Pocket mars 2015

    Serre-moi fort – Comment élever vos enfants avec amour, Carlos Gonzalez, Editions du Hêtre, 2013

    Voulons-nous vraiment des enfants forts et en bonne santé ? Jesper Juul, Fabert mars 2015

    Regarde… ton enfant est compétent – Renouveler la parentalité et l’éducation, Jesper Juul, Chroniques sociales, 2012

    Me voilà ! Qui es-tu ? – Sur la proximité, le respect et les limites entre adultes et enfants, Jesper Juul, Fabert mars 2015

    contre VEO Marion Cuerq Parents à Parents (1) Pour y parvenir, chacun peut puiser dans les ressources de l’éducation positive, consciente, non-violente…. tout en restant vigilant sur ses intentions. Nous avons déjà eu l’occasion d’en parler à plusieurs reprises, toute technique de communication peut être bonne ou mauvaise selon l’intention avec laquelle on l’applique. Si la Communication NonViolente peut constituer un formidable outil pour connaître ses besoins et ceux des autres, pour entrer en empathie avec soi et les autres, il n’empêche pas certaines personnes de s’en emparer pour affirmer leurs besoins de manière péremptoire aux dépens des autres. Et c’est ainsi que contrairement à la philosophie qui a présidé à sa création, la Communication NonViolente peut apparaître comme un outil de manipulation. Et si nous manipulons nos enfants pour parvenir à nos fins, nous ne les respectons pas.

    contre VEO Marion Cuerq Parents à Parents
    (2) Depuis quelques années, plusieurs médias ont publié des enquêtes selon lesquelles la maltraitance aurait augmenté en Suède depuis le vote de la loi de 1979 interdisant les châtiments corporels. Cette argumentation, encore reprise récemment dans la discussion sur la constitutionalité de l’article 43 du Code criminel canadien [le droit de « correction raisonnable »], est totalement fausse. Toutes les données disponibles indiquent que la Suède a remarquablement réussi à faire baisser les chiffres de la maltraitance des enfants dans les dernières décennies, et que cette réduction a continué après le vote de l’interdiction des châtiments corporels. (…) La fréquence des homicides d’enfants de moins de 5 ans fournit une bonne estimation du taux de mortalité de ces enfants par maltraitance, ces enfants étant plus exposés à la mortalité par blessure, et les autres formes de violence extérieure beaucoup plus rares dans ce groupe d’âge. Les statistiques montrent qu’elle n’a fait que diminuer. Alors que 700 enfants meurent chaque année sous le coup des violences, majoritairement de leurs parents, en France, ils sont moins de 4 par an en Suède.

    STOP VEO Parents à Parents

    (3) Voir le rapport de l’OMS, voir aussi celui de l’UNICEF
    (4) A propos des racines de la violence, n’hésitez pas à lire ou relire Alice Miller

    (5) Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen, Pocket mars 2015

    (6) voir le rapport de l’assemblée nationale

     Photos : Marion Cuerq : Pamela Ferrazzini. Les autres clichés sont tirés de son film « Si j’aurais su,… je serais né en Suède »

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    07 Août
    07 Août
  • Les vacances et la période d’été sont souvent l’occasion de sortir de chez soi, de partir ailleurs, d’aller rencontrer d’autres paysages, de vivre autrement, de faire d’autres choses. Et l’idéal, c’est que cet ailleurs soit à la fois lieu de découverte et de ressourcement ; c’est que tout le monde y trouve son compte et s’y sente bien. Partout sur la terre, on peut rencontrer des gens merveilleux à l’accueil chaleureux et au cœur grand ouvert. Mais certains pays sont, a priori, vraiment plus faciles à vivre quand on a des enfants. C’est, entre autres, du fait de cette intime conviction que nous sommes partis en Norvège cet été. J’y avais vécu il y a vingt ans, Sigrid avait plusieurs fois évoqué le mode de vie là bas. Et nous n’avons pas été déçus.

    Partout, des aires de jeux et des accueils pour les familles

    Prendre l'avion avec des enfants où passer de bonnes vacances en famille en Norvège Parents à ParentsPrenez l’avion en France : pas d’accès ni de file d’attente pour les familles, les enfants n’ont qu’à bien se tenir, coincés qu’ils sont entre un paquet d’adultes dont ils ont les fesses à hauteur du visage.

    Dans d’autres pays, comme en Algérie par exemple*, il y a des accès rapides pour les familles lors du passage aux douanes et on nous a souvent proposé d’utiliser les files réservées aux classes affaires lors des enregistrements.

    En Norvège également, mais c’est encore mieux : un accès spécifique, avec vérification des bagages et passage aux douanes, est réservé aux familles. Et ce n’est pas tout : dans les salles d’embarquement, il y avait des aires de jeux en forme d’avion ! Vous comprenez que depuis notre retour, nos enfants demandent « quand on reprend l’avion pour la Norvège »
    Prendre l'avion le train avec des enfants où passer de bonnes vacances en famille en Norvège Parents à ParentsD’autant que des aires de jeux, il y en a partout : dans les jardins publics bien sûr, mais aussi dans les gares, dans les bateaux, et dans les trains : lors de chacun de nos déplacements, nous avons bénéficié d’un wagon spécial famille, avec des rangées très larges et des aires de jeux de la taille de notre salon, avec échelles d’escalade, tunnel, coussins, livres, jeux,… C’est ainsi que nous avons pu passer presque sept heures puis cinq heures d’affilée dans le train sans que nos enfants ne s’ennuient ni se chamaillent. Cerise sur le gâteau, par la fenêtre, les paysages étaient magnifiques et variés.

     

    Un bel accès à la nature et à ses habitants

    La Norvège, nous y allons bien plus pour les paysages que pour les villes. Ça tombe bien, c’est ce qui touche et convient le plus les enfants. Nous avons passé quelques jours merveilleux dans un chalet sans eau courante, au bord d’une rivière, tout près d’un lac magnifique, au bord de montagnes partiellement enneigées qui ont suscité de multiples envies de balades. L’une d’entre elles nous a conduits jusqu’à une jolie ferme pédagogique. Bien nous en a pris ! Comme partout dans le monde ou presque, les animaux étaient dans des enclos. Mais les clôtures étaient basses et surmontées d’échelles faites pour que les enfants puissent rejoindre les animaux. Les nôtres ont beaucoup aimé cette expérience. Pour un norvégien, c’était naturel : comment une ferme pouvait-elle être pédagogique si enfants et animaux n’avaient pas de réelles interactions ? Rentrer dans les enclos, c’est pourtant rarement possible dans les fermes pédagogiques en France, il me semble.

    Une bienveillance inscrite dans l’ADN du pays

    voyager avec ses enfants en Norvège Parents à ParentsAvec la Suède, la Norvège fait partie des premiers pays à avoir voté la loi contre les châtiments sur les enfants. En partant là bas, nous imaginions donc vivre moins de scènes de violence qu’en France. Ce fut le cas : notre expérience n’est pas statistiquement représentative mais nous n’avons pas assisté à une seule scène de cris, d’humiliation, de violence, ni de punition.

    Beaucoup de gens se gaussent en France, arguant que sans fessées, sans punition et sans humiliations, les enfants font n’importe quoi et prennent le pouvoir. Voyant toute relation humaine comme le jeu et le résultat d’un rapport de force, ils n’imaginent pas de communication sans gagnant et sans perdant. L’expérience scandinave et les études réalisées sur le sujet montrent pourtant le contraire : éduqués sans violence, les enfants n’ont pas besoin de mentir (ils n’ont pas à craindre coups et représailles), ils n’ont pas besoin de se rebeller ni d’exercer de violence (puisqu’ils n’en subissent pas) et ils peuvent développer leur altruisme et leur bienveillance innées (car contrairement aux préjugés qui ont la vie dure en France, de nombreuses études montrent que la nature humaine est bonne… tant qu’elle n’a pas été contrariée). Comme ils sont respectés pour ce qu’ils sont et pris en considération, ils ont moins besoin de crier, de vivre des crises de colère de compensation,… Et comme les parents sont accueillis avec sourire et bienveillance quand ils arrivent quelque part avec un enfant (c’est plutôt le contraire qui se produit), ils sont plus détendus et leurs enfants le sont aussi, automatiquement.

    Ce qui peut paraître secondaire ne l’est pas : nous nous sommes vraiment sentis en paix là bas. Car porter en nous l’évidence qu’être non-violent avec nos enfants est aussi naturel que l’être avec notre conjoint, notre famille et nos voisins, ce n’est pas toujours simple quand notre environnement va dans le sens contraire. Et il est bien plus facile d’adopter une attitude non-violente quand l’environnement est adapté aux enfants et à leurs besoins spécifiques et que les adultes autour de nous partagent notre intime conviction !

    Du coup, nous rêvons d’y repartir un jour. De votre côté, où vous êtes-vous sentis bien avec vos enfants ?

     

    *N’hésitez pas à citer ceux que vous connaissez en commentaire

    n.b. : Cet article n’évoque pas les aspects financiers d’un tel voyage. Pour ne pas évincer totalement le sujet, je tiens à souligner que la vie en Norvège, de prime abord, est chère, très chère pour un français aux revenus modestes.

    • L‘alimentation coûte cher, on ne trouve pas aussi facilement qu’en France des légumes et des fruits sains, locaux et bon marché. Le poisson est délicieux et pas dispendieux.
    • Bien que le pays soit un gros producteur de pétrole, l‘essence et le gasoil sont très taxés, ils ne sont pas meilleur marché qu’en France.
    • En revanche, dans les villes que nous avons traversées les transports en commun étaient gratuits pour les enfants accompagnés par un adulte, de même que les trains que nous avons pris. Le prix des billets de train nous a semblé bien moins élevé qu’au Royaume Uni par exemple, ou en France avec le TGV. Avec trois enfants, de tels trajets en train auraient coûté bien plus cher en France, et nous n’aurions pas eu le confort d’un super wagon familial à la fois calme et joyeux.
    • Les musées proposent des tarifs familiaux, le billet famille est moins cher qu’une entrée pour deux adultes. C’est donc intéressant !
    • En outre, si les hôtels sont chers, on trouve des chalets, des « rorbus » et des auberges de jeunesse très propres, agréables et bon marché.

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

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    06 Août
    06 Août
  • Apprendre l’heure, se familiariser avec les différentes notions du temps, c’est toute une histoire. Nos enfants réalisent bien l’impact de l’heure sur nos vies : c’est une vraie contrainte, il faut se dépêcher, encore et encore … et rien de tout ce temps qui passe sur nos horloges n’a de rapport avec la durée ressentie, perçue par nos corps et nos cœurs, nos joies et nos envies. Alors comment les aider à appréhender l’heure ? Avec une belle histoire, et une vraie montre adaptée !

    L’apprentissage naturel du temps et de la mesure

    Un certain nombre d’apprentissages se font relativement spontanément, en s’inspirant des autres ou en observant la nature. Je me rappelle comment ma fille aînée a découvert la mesure, en réalisant, avec ses amis de classe, qu’il y avait des arbres dont on pouvait faire le tour avec les bras, et d’autres qui étaient trop larges pour que ce soit possible – ou bien il fallait s’y mettre à plusieurs. Ensemble, les enfants avaient émis l’idée de tracer ces différences, et de les mesurer, ce qu’ils avaient fini par faire avec des cordes et des kapla.

    Leur enseignant n’avait fait qu’animer les débats, m’avait-il expliqué. C’est ensemble qu’ils avaient trouvé des solutions, et c’est de la même façon qu’ils sont entrés dans la magie de la lecture et l’écriture l’année suivante : en écrivant des phrases qui décrivaient les événements signifiant de leurs vies et dont ils ont cherché à percer le mystère. La lecture et l’écriture ne sont pas forcément « intuitives », mais le fait qu’on trouve des mots partout autour de nous favorise la rencontre avec l’écrit.
    La notion du temps « large », ils l’ont appréhendée de la même façon, en observant la nature. La nuit qui suit irrémédiablement le jour, les mouvements de la lune qu’on voit grandir et rétrécir, les saisons qui passent sous nos yeux : nous sentons les changements sur nos corps et dans nos vies. Mais le découpage du temps dans une journée, c’est une autre affaire.

    Le temps objectif et la durée ressentie

    Quand nous disons à nos enfants « dans dix minutes on part », pour les prévenir, leur permettons-nous vraiment d’anticiper ? Pas si sûr, quand ils sont petits. Est ce qu’en dix minutes on a juste le temps de mettre ses chaussures, d’aller faire dix tours de toboggan ou de faire un grand puzzle ? Le temps ressenti n’a pas de rapport avec le temps objectif, ce qui fait de l’heure un apprentissage un peu compliqué, contre-intuitif. Attendre le bus dix minutes, si on ne parle pas, c’est très long, mais jouer une après-midi entière avec les copains au bois, ça ne semble durer qu’un instant ! Et ça ne s’arrange pas avec l’âge : chercher son enfant dans une foule en craignant l’avoir perdu, même si ça ne dure que deux minutes, ça semble durer une éternité : nous avons le temps d’imaginer mille scenari et de nous faire un sang d’encre.

    Appréhender l’heure de la montre

    Regarder défiler les heures, les minutes et les secondes sur un cadran numérique n’aide en rien : ça ne veut pas dire grand chose tant qu’on n’a pas compris le mécanisme sur lequel reposent ces numéros. Pour apprendre l’heure, il faut une montre à aiguilles. Mais ça ne suffit pas. Je ne me souviens plus comment j’ai appris à lire l’heure, mais j’ai bien vu que ces heures qui correspondent à des minutes, ce « 2h » qui veut dire aussi « 10 minutes » quand il est désigné avec la grande aiguille laissait mes enfants bien perplexes.

    mademoiselle anne apprendre l'heure parents à parentsC’est quoi cette histoire de fous ? Pourquoi on découpe en heure, en minutes, en secondes ? Quand le temps commence-t-il ? Est-ce que l’heure qu’on compte vient de la toute première minute de l’univers ? Nous avons partagé nos interrogations sans trop aboutir. L’une de mes filles s’est d’abord braquée : c’est quoi, cette heure qui veut nous obliger à croire quelque chose qui ne vient pas du début du monde et qui ne correspond à aucun de nos ressentis ? Pourquoi est ce qu’un élément extérieur qui n’a pas de sens devrait imposer des contraintes à nos vies ? Elle aurait bien inventé son heure à elle. Mais ça n’aurait pas été pratique pour arriver à l’heure aux rendez-vous fixés à l’école, au sport ou avec les copains.

    Une vraie montre faite pour apprendre l’heure

    1ereMontreMleAnneC’est dans cette ébullition philosophique et quasi politique que nous avons découvert la montre de Mademoiselle Anne. Dans un petit coffret comme une boite à trésor, la clé de l’heure était donnée : un petit livre à spirales joli et résistant à la taille idéale pour des mains d’enfants, et, dedans, une histoire de course bienveillante entre une tortue, un mouton et un lapin dont les prénoms commencent par la même lettre que Heure, Minute et Seconde.

    L’histoire est aussi simple qu’efficace, vous pouvez vous l’approprier : les animaux organisent une course, choisissent de courir autour d’un pommier puis décident de modifier la taille des parcours pour que tout le monde se retrouve, en tenant compte de la vitesse de chacun. Il faut beaucoup de temps à la tortue pour faire son tour, mais elle a la chance d’être avec un mouton et un lapin pleins de sollicitude qui acceptent de continuer à l’accompagner vaille que vaille, même une fois la nuit tombée. Une fois l’histoire finie, c’était clair pour tout le monde : le plus éloigné du pommier, le lapin court les secondes et à chaque fois qu’il fait un tour le mouton avance d’une minute. Et à chaque fois que le mouton fait un tour complet, la tortue a avancé d’une heure. La tortue n’est pas la plus rapide, mais c’est la plus importante.

    L’histoire va à l’essentiel. Les quarts d’heure sont abordés un peu plus loin dans le livre, avec les jeux, et c’est logique aussi : ils se sont qu’une façon de parler, pas la peine de s’embrouiller avec ça dès le début ! Maman de deux enfants de cinq et huit ans, Anne a trouvé les mots qu’il fallait.

    Nous avons eu un vrai coup de cœur pour cette montre. Autour de nous, ceux qui l’ont vue en ont tous voulu une aussi ! Il faut dire qu’en plus d’être jolie, elle est très cohérente : les heures sur fond vert comme la tortue verte, les minutes en rouge comme l’aiguille et la tête du mouton, et avec les secondes, le lapin tourne et tourne… La première fois qu’il l’a mise à son poignet, mon fils de 3 ans est resté concentré sur la cadran un très long moment, jusqu’à ce qu’il dise « ça y est, je sais ». Il n’est pas encore capable de lire les minutes mais il voit bien comment elles s’articulent avec l’heure. Et pour lui comme pour sa soeur qui a découvert l’heure avec cette montre, j’ai l’impression qu’ils garderont l’impression qu’ils ont réalisé là un apprentissage facile, évident, quasi naturel.

    Une fabrication éthique, durable et locale

    Mademoiselle Anne montre enfant pour apprendre l'heure Parents à ParentsIl y a autre chose que j’aime beaucoup dans cette montre : elle est fabriquée localement, dans le Doubs, dans le fief historique de l’horlogerie et tous ces fournisseurs sont en France. L’imprimeur est à 5km, l’horloger et le fabricant d’aiguilles à 60 km de chez Anne ! En fabricant au niveau local, elle connaît ses différents interlocuteurs et elle s’assure une qualité irréprochable. Ce souci d’intégrité est si fort chez elle qu’en augmentant ses ventes, Anne ne va pas chercher à augmenter ses marges, mais à améliorer encore la qualité : l’un de ses objectifs, c’est de faire faire les bracelets complètement en France, par exemple. Car si cette montre coûte plus chère que les autres faites au bout du monde, il faut savoir que si les produits made in China semblent coûter peu cher en euros ou en dollars, ils ont en fait un coût écologique et social énorme ! Voilà donc un cadeau durable, qui a une belle histoire et que nos enfants pourront garder longtemps : leur première montre, celle qu’ils pourront, qui sait, transmettre à leurs propres enfants ?

    comprendre le temps qui passe balthazar et le temps qui passe parents à parentsEt pour apprendre la notion du temps, un très bon livre ici dans lequel, à chaque événement, l’enfant prend conscience concrètement du temps qui passe. Une frise du temps est pliée à la fin du livre, pour pouvoir marquer les actions et le temps qui passe selon la même démarche que Balthazar.

    « Aide-moi à faire seul » est une collection de livres d’apprentissage interactif qui intègrent la pédagogie de Maria Montessori en appliquant l’un de ses principes fondamentaux : permettre à l’enfant, accompagné par l’adulte, de « faire pour comprendre » et ainsi « l’aider à faire seul ». Balthazar et le temps qui passe, Marie-Hélène Place, Féodora Stancioff et Caroline Fontaine-Riquier, Hatier Jeunesse.

    Pour la commander c’est ici.

    Illustration à la une : Claudia Tremblay

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    16 Juin
    16 Juin
  • A l’occasion de la journée de la non violence éducative, nous avons préparé un magazine numérique, téléchargeable et consultable gratuitement sur ce site.

    Sortir de la violence éducative : les pères témoignent – Édito

    Y a-t-il un rapport entre les violences faites aux femmes (sept femmes sur dix dans le monde en sont victimes) et celles faites aux enfants (un enfant sur dix en France) ? Et y a-t-il un lien entre les violences graves (crimes, homicide, viol, guerre, …) et les plus « légères »  (fessées, humiliations, … qui concernent 80 à 90% des enfants)*1 ? C’est ce que nous vous proposons de voir dans ce numéro. Notre objectif n’est pas d’accumuler les constats alarmistes, mais de montrer que rien de tout cela n’est inéluctable.

    La violence n’est pas qu’une affaire de « mâle » (ils en sont victimes, eux aussi*²) ; les hommes et les pères qui sortent des modèles archaïques de domination sont de plus en plus nombreux. Nous avons eu envie de leur donner la parole, de les voir se détacher de leur héritage culturel, laissant le manteau/fardeau de l’autorité paternelle pour entrer dans des liens joyeux et vivants, dont, disent-ils, ils sont les premiers bénéficiaires. Voyez plutôt…

    Gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Sommaire

    Au sommaire de ce beau numéro, illustré par des artistes, à télécharger ou feuilleter en ligne après avoir cliqué sur le lien ci-dessous

     

    Hors Cadre Parents à Parents Hommes et Bienveillance

     

     

     

     

     

    sommaire magazine webzine Parents à Parents avril 2014sommaire magazine webzine Parents à Parents avril 2014

     

     

     

    *1 Dans le monde, sept femmes sur dix subissent des violences physiques ou sexuelles – dans bien des cas, depuis leur plus tendre enfance. Rien qu’en France, au moins 10 % des enfants sont victimes de violences physiques, d’agressions sexuelles, de négligences graves, d’abandon affectif, d’humiliations et d’insultes. Mais si on étend le champ de la violence reçue à toutes les « violences ordinaires » (menaces, fessées, humiliations verbales), ce sont 80 à 90% des enfants, en France et dans les pays où cette méthode éducative n’a pas été remise en cause, qui subissent encore ce mode de dressage.
    Sources : http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/11/25/sept-femmes-sur-dix-dans-le-monde-sont-confrontees-a-des-violences-physique-ou-sexuelles_3519684_3244.html
    http://maltraitancedesenfantsgrandecausenationale2014.wordpress.com/pourquoi-un-colloque-sur-les-violences-faites-aux-enfants/
    http://www.oveo.org/fichiers/DiaporamaMaurel.pdf

    *2 Si les femmes font deux fois plus de tentatives de suicide que les hommes, les hommes se suicident trois fois plus que les femmes, ont trois fois plus de risque de sombrer dans l’alcoolisme et la drogue (moyenne mondiale : 10 hommes pour une femme) et sont bien plus en échec scolaire (cf. notre article sur le site parentsaparents.fr)
    sources : http://www.drees.sante.gouv.fr/IMG/pdf/er488.pdf, http://www.inpes.sante.fr/70000/dp/03/dp030122.pdf , http://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/WDR2012/WDR_2012_French_web.pdf

     

    Parents à Parents #1

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