Jouer avec ses enfants, un mode de communication, un outil pour résoudre les problèmes

  • Je crois que j’ai baigné dans la communication par le jeu depuis mon enfance… mon père était professeur des écoles et utilisait énormément le jeu que ce soit avec mon frère et moi ou avec ses élèves pour leur faire passer ses enseignements. Tout naturellement quand ma fille est née j’ai adopté ce mode de communication sans réellement en avoir conscience. Ce n’est que quelques années plus tard, après le décès de mon père, que j’ai mis des mots sur cette façon d’être parent… J’ai alors relu les lettres qu’il avait reçu de la part de ses anciens élèves qui le remerciaient pour leur avoir donné le goût d’apprendre.
    Cet épisode a été une sorte de déclic… A mon tour, j’ai eu envie de contribuer et de prolonger un peu ce que mon père avait fait à travers son métier, sa passion. J’ai alors dévoré de nombreux livres sur la parentalité, sur le développement des enfants et sur les neurosciences… J’ai découvert que ce que je pratiquais depuis toujours était un vrai concept qu’on appelait « parentalité ludique » ou « parentage ludique ». J’ai alors pris conscience de la puissance du jeu. Aujourd’hui, je continue à communiquer de cette façon avec ma fille même si elle a déjà 9 ans et je partage les outils et astuces sur le blog Leo-Melrose.com

    leandro lamas je ne sais pas à quoi jouer parents à parents cecile leo melrose

     

     

     

     

     

    De petits amours coopératifs et pleins de joie

     

    « le jeu est le langage des enfants »

    Avez-vous remarqué à quel point nos enfants sont impliqués et concentrés quand ils jouent, que ce soit en faisant semblant ou en attribuant un rôle à leurs peluches ou à leurs figurines ? C’est tout simplement parce que le jeu est le langage des enfants, celui par lequel ils s’expriment, celui par lequel ils entrent en relation avec un autre enfant, celui grâce auquel ils assimilent de nouvelles connaissances ou de nouvelles aptitudes.

    Même si on sait tous cela, on a souvent tendance à sous-estimer le pouvoir du jeu et à le faire passer au second plan : « tu joueras après… avoir fait tes devoirs, après avoir rangé, après avoir pris ton bain, etc. ».

    Pourtant, si on intègre le jeu dans ces tâches prioritaires, la magie opère : enfants sont à l’écoute, enthousiastes et plus coopératifs.

    leandro lamas pédagogie ludique parents à parents cecile melrose à quoi jouer ensemble avec ses enfants

    De mon expérience et de celles de certains psychothérapeutes comme Lawrence Cohen, auteur du fabuleux livre « Qui veut jouer avec moi » ou encore de spécialistes en neurosciences comme Daniel Siegel, la puissance du jeu va au-delà du fait de rendre nos activités quotidiennes en famille plus fluides, ce qui, soit dit en passant nous aide déjà dans notre rôle de parent.

    Le jeu permet d’éliminer la plupart des problèmes de comportement de nos enfants depuis le refus de coopérer jusqu’au fait de taper en passant par les colères répétitives.
    Nous sommes de plus en plus de parents à l’utiliser consciemment comme alternative efficace aux rapports de force que nous pouvons observer tous les jours autour de nous : Depuis les cris des parents jusqu’aux fessées en passant par l’humiliation des enfants. Personnellement, je l’utilise tous les jours depuis la naissance de ma fille parce que cet outil rend ma vie de maman plus sereine et notre vie de famille plus amusante.

    Oui mais je n’ai pas envie de jouer…

    De la même façon que manger des légumes n’est pas toujours plaisant et que c’est pourtant l’un des meilleurs moyens que je connaisse pour être en bonne santé et prévenir de nombreuses maladies, jouer avec nos enfants est la façon la plus directe de renforcer notre lien affectif sur le long terme.

    Quand on sait que ce lien est aussi vital pour nos enfants que le fait de se nourrir, commencer à pratiquer l’activité qui prévient son érosion devrait selon moi faire partie de notre routine quotidienne, tout comme le fait de manger sainement.
    Quel plaisir d’entendre le rire de nos enfants et de les voir s’épanouir et vivre pleinement leurs émotions parce qu’on a pris le temps de se mettre à leur portée et de les suivre dans leur jeu.

     

     

    Oui mais je n’ai pas l’énergie pour jouer…

    Leandro Lamas pedagogie ludique parents à parents cecile leo melrose

     

     

     

    J’entends souvent cette phrase de la part de parents et je comprends que l’on ne soit pas toujours disposé à s’asseoir par terre pour jouer lorsqu’on rentre à la maison après une longue journée de travail. Pourtant, c’est souvent lorsque nous rentrons à la maison le soir que nous passons du temps à répéter nos consignes encore et encore jusqu’à hausser le ton pour que nos enfants se mettent finalement à faire leurs devoirs, ou acceptent de se diriger vers la salle de bain pour prendre un bain… Ne serait-il pas plus judicieux de commencer par un petit moment de connexion par le jeu avec nos enfants pour éviter ces longues minutes épuisantes ?

     

     

    Oui mais je ne sais pas à quel jeu jouer…

    C’est une excellente nouvelle ! Parce que quand on se sait pas à quel jeu jouer, le mieux que nous puissions faire c’est de demander à nos enfants à quel jeu ils souhaitent jouer avec nous. Ce faisant, on fait d’une pierre trois coups (c’est une nouvelle expression…) : Non seulement, on n’a pas à se creuser la tête pour chercher une idée de jeu originale, mais on donne l’occasion à nos enfants de prendre le pouvoir dans le jeu. Et quand on offre à nos enfants le pouvoir dans le jeu, on les aide à se libérer, à se libérer le certaines émotions comme la peur grâce au rire ou au rôle qu’ils adoptent dans le jeu. Et quand nos enfants sont libérés du poids de leurs émotions qu’ils ont pu exprimer sainement à nos côté, quand on a partagé ce moment complice et d’affection, ils redeviennent les petits amours coopératifs et pleins de joie que l’on aime tant…

    illustrations : Leandro Lamas

    12 Jan
    12 Jan
  • Anne Barth m’a semblée proche et familière dès que j’ai entendu le son de sa voix. Il faut dire qu’Anne est une femme très sensible aux enfants, tout entière occupée à montrer, par l’image, par le son, la beauté du monde, une beauté qui touche et met en chemin – vers les autres comme vers soi.

    Car « ce qui fait grandir, ce sont les rencontres », ce sont les autres, comme le dit l’une des jeunes du très beau documentaire que prépare Anne: « L’arbre de l’enfance, aux racines de l’être ». Un film qui pose cette question nécessaire et cruciale : qu’est ce qui nous élève ?

    Les films d’Anne, comme tout ce qui fait grandir en humanité, sont le fruit de belles rencontres. « Quels enfants laisserons-nous à la planète ? » est ainsi né d’une suggestion d’Isabelle Peloux, dont Anne avait fait la connaissance aux Amanins en 2006.

    « L’arbre de l’enfance » est sa suite naturelle, ce film documentaire répond à la demande de très nombreux spectateurs qui veulent savoir ce que ces enfants sont devenus. « Comme tous les autres enfants du monde, ils continuent de grandir dans un monde construit par les adultes, mais à la différence de beaucoup d’autres, ils ont pu développer leur sensibilité et savent coopérer », explique Anne.

    Coopérer, voilà une compétence cruciale à acquérir, analyse-t-elle : « pour coopérer, il faut un vrai travail de conscience de soi afin de pouvoir être attentif à l’autre ». Et c’est à cette condition que nous pouvons vraiment prendre notre place dans le monde, en étant, comme aime à le dire Anne « Chargé de nous-mêmes », expression de Pestalozzi et chantée par Gilles Vigenault dans le Grand Cerf-Volant.

    Pourquoi une telle attention portée aux enfants ?

    Parce que sa souffrance d’adulte lui a montré que sans ses multiples douleurs d’enfant, elle aurait été plus paisible, plus sereine et plus confiante. Anne a, comme beaucoup d’entre nous, vécu une enfance éprouvante. C’est dans un arbre qu’elle a trouvé refuge, c’est grâce à la nature et aux animaux qu’elle s’est protégée des humains. Il est donc tout naturel que comme beaucoup d’entre nous, elle ait tellement à cœur que les enfants soient accueillis vraiment comme des enfants, par des adultes conscients de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont.

    Un sentiment qui vous est sans doute tout aussi cher, comme l’idée selon laquelle le processus créatif a tout à voir avec le processus de création de soi. C’est pour ça qu’inviter l’art dans nos vies (un choix éditorial de Parents à Parents) favorise notre propre créativité.

    C’est ce qu’Anne met si bien en lumière et en action dans ses films, et c’est la raison pour laquelle ils nous touchent tant.

    illustration et vidéo : Anne Barth

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    28 Oct
    28 Oct
  • A l’école Decroly* de Saint Mandé, les apprentissages se construisent à partir des centres d’intérêt des enfants, qui naissent de leur curiosité et de leurs motivations spontanées. Cette école publique et gratuite, unique en France**, accueille 350 élèves de la maternelle à la fin du collège. Rencontre avec Simon Augé, enseignant en grande section de maternelle et ancien élève de l’école.

    A la fin de l’automne, trois enfants de cinq ans sont revenus de récréation enthousiastes : « On a vu un arbre énorme, on n’arrive pas à en faire le tour avec nos bras tous les trois ! » Ils ont guidé la classe vers l’arbre en question et une discussion s’est engagée : combien ces arbres étaient énormes en hauteur, qu’est ce qu’il était possible de mesurer – pas la hauteur inatteignable, mais la largeur- et avec quels outils. Un enfant a parlé d’un mètre mais au fond, personne ne savait bien ce dont il s’agissait. Alors un autre a eu une idée : mesurer en Kapla.

    Les enfants ont fait le tour des arbres à pied. En définissant la circonférence, ils ont fait du vocabulaire. En mesurant les arbres et en comparant les mesures, ils ont fait des maths. Et en donnant des noms aux arbres, ils ont fait du français. Puis le contenu pédagogique élaboré à partir de l’intérêt suscité par « l’arbre énorme » a été écrit et modélisé sur une grande bande de papier qui a été affichée dans la classe, reprenant tous les arbres de l’école avec leur nom et leur mesure en kapla. Car la pédagogie Decroly*, pour l’enseignant, c’est cela : rebondir sur les intérêts des enfants pour les transformer en pistes de travail dans toutes les disciplines scolaires.

    Pour Simon Augé, cela demande d’être curieux, très à l’écoute des enfants, avec une grande capacité à s’adapter à ce qu’ils vivent. C’est stimulant, riche et merveilleusement vivant !

    Aller au bout de son intérêt

    expérience à l'école Ecole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à ParentsAinsi, dès les premières années, les enseignants aident les enfants à aller au bout d’un intérêt, à faire des choix, à penser et agir par eux-mêmes. C’est ainsi que les projets de groupe naissent : un enfant arrive avec une idée, un désir. Parfois, il concrétise son projet seul, mais quand des intérêts émergent de plusieurs enfants, tout le groupe classe peut être entraîné dans ce qui devient un projet collectif.

    Ainsi, tour à tour et sans qu’ils y soient jamais forcés, les enfants sont moteurs dans une activité ou bien se rallient aux initiatives des autres. Cela les amène naturellement à échanger ensemble et à coopérer.

    Personne ne ressent le stress de la réussite scolaire. On peut passer des journées entières sur des pistes qui n’aboutiront pas à un apprentissage formel quand on a douze ans pour parcourir le programme scolaire ! Et malgré ces détours, les élèves qui quittent l’école à la fin de la troisième pour entrer au lycée ne sont jamais en retard.

    Être reconnu et soutenu

    L’école n’a qu’une classe ou deux par tranche d’âge. Petite taille de l’établissement, stabilité des classes, ambiance familiale : tout concourt à ce qu’enfants et enseignants s’y sentent bien. Ils se connaissent d’autant mieux qu’ils ont de multiples occasions de se côtoyer. Les enseignants assurent eux-mêmes la vie quotidienne (repas, récréation). Il n’y a pas de surveillants. Ce temps passé ensemble permet de se connaître au-delà de l’espace de la classe et de développer une relation de confiance avant de se retrouver en classe, parfois des années plus tard.

    classes verts Ecole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à ParentsSimon Augé a de très bons souvenirs des classes vertes, qui démarrent dès la première année de maternelle dans cette école qui stimule la coopération, la solidarité et le collectif. Il garde une impression plus mémorable encore de ses années de collège. « A l’adolescence, où tout est si intense, c’est fort d’être pris en compte, valorisé, reconnu dans sa singularité et poussé, ainsi, dans la bonne direction ! », explique-t-il. Les relations avec les enseignants sont très privilégiées. La liberté des enfants et des jeunes est immense tout en étant sécurisée par la présence des adultes et le sens dans lequel elle s’exprime.

    Les comportements atypiques sont acceptés tant qu’ils ne gênent pas le groupe. Les enfants peuvent évoluer selon leur individualité, en étant respectés pour ce qu’ils sont. La place de chacun est garantie quel que soit son caractère. Ne pas avoir à se conformer à un modèle, évoluer sans craindre une exclusion du groupe apporte une grande sérénité à tous. Elle permet aussi l’intégration d’enfants différents, porteurs de handicap.

    Une mission pédagogique globale

    Ecole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à ParentsA Decroly, les classes sont ouvertes, les enseignants comme les enfants vont et viennent et commentent ce qu’ils voient. C’est très stimulant, cela pousse les enseignants à échanger et à réfléchir ensemble. En plus de ces rencontres informelles, le temps de concertation entre enseignants (au moins deux heures de réunion hebdomadaire) est considérable. Il permet de réfléchir sereinement à ses pratiques. Ici, chacun a conscience que la mission pédagogique est globale.

    *Ovide Decroly est un médecin, psychologue et pédagogue belge contemporain de Maria Montessori et de Rudolf Steiner. Il a co-fondé la ligue Internationale pour l’Education Nouvelle et s’est intéressé à toutes les pédagogies innovantes de son époque. Il n’a pas légué de système éducatif abouti car il craignait qu’une synthèse soit rigide et figée alors que l’éducation, par nature, est en perpétuelle évolution. Selon lui, l’enfant perçoit le monde comme un tout, de façon globale. Il reconnaît d’abord les objets et les êtres et analyse ensuite, en fonction de ses besoins et de ses intérêts, les détails et les parties. La méthode globale d’apprentissage de la lecture est une de ses créations.

    **La première école Decroly est à Bruxelles. L’école Decroly de Saint Mandé est née de l’impulsion d’une famille belge qui voulait proposer à ses enfants la pédagogie d’Ovide Decroly en France. L’école Decroly respecte les programmes de l’éducation nationale, mais elle a douze ans pour le faire et elle bénéficie d’une grande liberté sur la démarche d’apprentissage. Faire partie de l’école publique a des inconvénients : l’école est souvent en porte à faux avec l’éducation nationale et parfois en difficultés.

     

    A propos de la pédagogie Decroly

    Ecole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à ParentsEcole Decroly Pedagogie nouvelle apprendre en suivant ses intérêts Parents à Parents

     

     

    Selon Ovide Decroly, la démarche éducative passe par trois temps :

    • l’observation ( les enfants entrent en contact avec les objets, les faits, les événements, et récoltent des informations qui feront, dans un second temps, l’objet de recherches. Ils manipulent, expérimentent, comparent),
    • l’association (les enfants confrontent entre eux à des acquis antérieurs, et dégagent des liens de plus en plus complexes conduisant à l’élaboration d’une pensée conceptuelle) et
    • l’expression, phase d’appropriation personnelle et de mise en forme du travail réalisé. Elle intervient tout au long des activités d’observation et d’association. Elle concrétise l’aboutissement d’une démarche d’apprentissage et en permet la communication. Cette démarche va ainsi du concret vers l’abstrait. Il s’agit donc d’un enseignement ancré dans la vie d’après une perception globale. La méthode globale d’apprentissage de la lecture est une création d’Ovide Decroly. Dans ses écoles, cette méthode donne d’excellents résultats car elle est cohérente avec toute la démarche pédagogique.

    Les principes fondamentaux de la pédagogie d’Ovide Decroly

    • L’enfant perçoit le monde comme un tout, de façon globale. Il reconnaît d’abord les objets et les êtres et analyse ensuite, en fonction de ses besoins et de ses intérêts, les détails et les parties. «Chez l’enfant, d’innombrables notions ont pénétré sans analyse consciente préalable, sans dissociation voulue», explique Ovide Decroly.
    • L’enfant est accepté tel qu’il est, avec ses besoins, ses intérêts, ses capacités, ses désirs, ses faiblesses. L’autonomie de l’enfant se développe selon ses rythmes et de ses besoins. L’enfant est accepté dans son affectivité, avec ses questionnements et ses démarches.
    • L’enfant construit ses connaissances en valorisant son activité réelle, sans souci de hiérarchisation des disciplines. Le temps est découpé le moins possible, afin de favoriser de larges processus d’intégration des outils de savoir.
    • L’enseignant aide l’enfant à se situer dans une vie de groupe, à travailler avec d’autres, à prendre des responsabilités, à trouver sa place, à discuter les conflits.
    • L’école tient compte de l’évolution de la société, stimule l’esprit critique et approfondit la réflexion pour que l’enfant devienne un adulte autonome et responsable.

    A propos de l’école Decroly de Saint Mandé

    Ecole Decroly être heureux à l'école pédagogie nouvelle alternative Paris Parents à ParentsBien que l’école soit publique, ce sont les parents qui choisissent d’inscrire leurs enfants à l’école Decroly de Saint-Mandé. L’école est ouverte aux familles du département de 11 villes du Val-de-Marne ; les demandes étant supérieures aux places offertes, les enfants sont choisis par tirage au sort. Les motivations des parents peuvent être différentes, mais tous adhèrent à la pédagogie proposée. Parents et enseignants forment ainsi une communauté éducative. Ils défendent ensemble un projet d’école.

    La création de l’école Decroly de Saint-Mandé est issue d’une convergence de volontés de parents et de politiques. Tout a commencé par des réflexions d’enseignants et de parents pendant la Seconde Guerre mondiale. L’impulsion a été donnée par une famille belge qui voulait proposer à ses enfants la pédagogie d’Ovide Decroly en France. L’école coopérative Decroly est née en 1945. Le projet a été soutenu par le physicien Paul Langevin et le psychologue Henry Wallon. Dès l’origine, l’école a été cogérée par les enseignants et les parents. L’établissement a ouvert en 1945 avec cinq institutrices et vingt-cinq élèves inscrits ; ils étaient soixante-quinze en juin 1946 et cent quarante-cinq à la rentrée 1946.
    À la Libération, en 1945, les autorités sont favorables aux expériences d’Éducation nouvelle. En 1948, le ministre de l’Éducation nationale accepte que l’école devienne publique en conservant ses spécificités « decrolyennes ». L’école Decroly est alors devenue une école d’application. Elle accueille les enseignants-stagiaires de l’IUFM.
    Dès l’origine, l’école rassemble maternelle, primaire et collège dans un même lieu ouvert aux garçons et aux filles.
    L’histoire de l’école est ponctuée de moments de joie et de difficultés. Maintes fois, l’Éducation nationale a évoqué sa fermeture, mais, jusqu’à présent, la mobilisation des enseignants, des parents et des élèves a permis de conserver à l’école son statut particulier.

    Ecole Decroly être heureux à l'école pédagogie nouvelle alternative Paris Parents à ParentsUne école alternative au sein de l’Éducation nationale, est-ce possible aujourd’hui ?

    En France, il y a très peu d’écoles maternelles et primaires alternatives dans le public. Les projets innovants sont souvent réservés au collège et au lycée, quand les difficultés les plus fortes apparaissent : ils sont développés pour éviter le décrochage scolaire. Les écoles comme Vitruve, à Paris, ou Decroly ont été créées il y a plus de vingt ans, à un moment où l’Éducation nationale a rendu possibles ces créations. Aujourd’hui, ces établissements résistent face à la pression de faire comme les autres. La plupart des écoles alternatives sont créées dans le privé. D’après Sylvain Wagnon, Professeur Agrégé au département Sciences de l’éducation à l’université de Paris-8 et Docteur en histoire, depuis les années 70, « on assiste à un déclin paradoxal des méthodes actives car l’Éducation nationale a intégré une petite partie du vocabulaire de l’Éducation nouvelle, mais, dans la pratique de classe, les méthodes de l’enseignement traditionnel sont de plus en plus fortes ».

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

     

    Photos : Quatre premières : Alix Burle, enseignant en CE1 en 2014-2015. Suivantes : Archives Ecole Decroly.

    Pour aller plus loin

    L’école de l’Ermitage à Bruxelles publie des livrets sur Decroly, traitant de questions qu’il a développées au cours de sa vie.

    L’école de Saint-Mandé propose quant à elle deux ouvrages : Vivre à Decroly (épuisé mais consultable à l’école) et Plaisir d’école (en vente à l’association).

     

    05 Sep
    05 Sep
  • Voyager en famille, avec ses enfants, pendant six mois, un…

    23 Avr
    23 Avr
  • Voyage en Norvège, Leandro Lamas pour Parents à ParentsJolie norvégienne arrivée en France à 17 ans pour y faire ses études, Sigrid est restée dans l’hexagone pour y fonder sa famille. J’aime toujours énormément rencontrer des femmes et des hommes de cultures différentes de la mienne : c’est toujours, pour moi, une occasion rêvée de remettre en cause quelques idées reçues, voir le monde autrement, ouvrir mon regard à d’autres perspectives et faire évoluer encore ma conception du monde. J’étais donc ravie que Sigrid accepte de partager avec nous les particularités de l’éducation norvégienne !

    L’éducation à la norvégienne

    Quand elle a été enceinte, Sigrid a passé beaucoup de temps à dialoguer avec son conjoint, un homme d’origine espagnole ayant grandi à Marseille. Il faut dire qu’entre l’éducation à la française et la façon font les enfants grandissent en Norvège, il y avait matière à discussion !

    Le style de vie norvégien

    L’éducation va avec le style de vie et la culture norvégienne. Les adultes travaillent généralement de 8h à 16h et guère plus tard, même quand ils occupent des postes de direction. Comme, en plus, ils habitent souvent tout près de leur lieu de travail, les familles passent beaucoup de temps ensemble. Le congé maternité dure douze mois, et il est pris, au choix, par la mère ou par le père, qui, de son côté, a droit à cinq semaines en plus. L’école ne commence qu’à six ans (avant, c’est la crèche) et les enfants sont très souvent dehors, même quand il fait grand froid. Ils font la sieste dehors, même en hiver !

    Trois grandes différences éducatives entre la France et la Norvège

    En Norvège, on ne voit jamais qui que ce soit lever la main sur les enfants. Ça ne viendrait à l’idée de personne !

    Peu d’interdits

    Si ce ne sont pas les menaces qui arrêtent les enfants, ce ne sont pas non plus les interdits. Dans ce pays à la nature relativement préservée, les petits apprennent beaucoup par l’expérience. D’ailleurs, Sigrid est toujours frappée par ce mot « attention », qui revient si souvent dans la bouche des parents français. Un mot qu’elle n’emploie presque jamais avec ses deux jumelles. Ses filles savent nager (elles ont sept ans), elles vont et viennent, en été, dans la piscine familiale qui n’est pas sécurisée et Sigrid ne s’inquiète pas. Elle peut les voir évoluer de loin, quand elle est sur sa terrasse. Et il en va de même pour à peu près tout chez elle.

    Si elle était davantage derrière ses enfants, elle craindrait qu’ils n’apprennent pas à faire la différence entre ce qui est dangereux, et ce qui ne l’est pas vraiment. Chez elle, il y a donc très peu d’interdits. Et comme ils sont rares, ses filles ne les transgressent pas.

    Maud et Carla, liberté des enfants en Norvège pour Parents à Parents

    Un vrai respect, qui n’est pas qu’une façade

    Enfin, en Norvège, les enfants sont pris au sérieux. On les écoute vraiment. Sigrid regrette souvent le manque de considération porté aux enfants en France : ces dessins qu’on ne regarde pas vraiment, ces paroles qu’on n’écoute guère davantage, ces propos auxquels on n’apporte si peu de crédit.

    Je la comprends, il y a peu de temps, une animatrice de centre de loisirs me bloquait le passage. J’ai du lui demander trois fois de me laisser passer avant qu’elle finisse par me répondre « Oh pardon, je croyais que c’était un enfant ». J’étais choquée : ça ne la gênait donc pas, que les enfants ne puissent pas évoluer entre les pièces qui leur étaient dédiées parce qu’elle avait décidé de se poster là pour discuter, mais pour un adulte, elle pouvait donc se déplacer ?

    La limite de l’éducation norvégienne, pour Sigrid, cela dit, c’est que tout est longuement discuté avec les enfants. En retournant dans son pays, la jeune maman francophone a l’impression que les parents se lancent dans des explications sans fin pour justifier toutes leurs décisions. L’avantage de vivre entre deux pays, entre deux cultures, c’est de pouvoir choisir librement ce qui nous convient vraiment !

     

    Sigrid, Maud et Carla pour Parents à ParentsTunique Maud et Carla pour Parents à ParentsSigrid a créé la boutique en ligne « Maud et Carla », où elle vend des vêtements aussi beaux que confortables, qu’elle confectionne elle-même du début à la fin. De l’alliance du grand Nord et de la Méditerranée, de la rencontre des cultures, notre amie norvégienne a tiré un style bien à elle.

    Ses beaux tissus sont également à vendre sur la boutique « Liberty me fabrics » .

    J’aime énormément sa dernière trouvaille : Sigrid nous propose des patrons sur mesure, qu’elle prépare pour nous, qui nous permettent de réaliser nous-mêmes les vêtements de nos rêves. En bonus, elle répond à toutes nos questions pour que nos réalisations soient aussi belles que les siennes (ou presque) !

     

    Illustration à la une : Leandro Lamas

    Photos : Sigrid Westvik

    16 Oct
    16 Oct
  • les notes à l'école

    Les notes à l’école, c’était ma hantise, la source de maux de ventre récurrents. J’étais pourtant bon élève, mais je me suis toujours sentie coincée dans ce système.
    Bonnes, elles m’excluaient des autres. Moyennes ou mauvaises, elles me rendaient malheureuse comme la petite sylvie (1) qui, après raté sa dernière interrogation, se sent si honteuse qu’elle ne voit pas d’autre issue que de se faire dévorer par un dragon. Dans l’histoire, l’animal, qui est végétarien et baryton, devra déployer mille trésors de bienveillance et d’humour pour libérer l’enfant du carcan de la notation et l’aider à s’épanouir dans la joie et la liberté de cultiver ses propres dons. Mais un dragon baryton végétarien, ça ne se trouve pas à chaque coin de rue !

    Les autres élèves de ma classe n’avaient pas l’air de les digérer beaucoup mieux. Chacun avait sa tactique ; certains, par dépit, n’en attendaient plus rien et ne travaillaient plus pour ne pas saper ce qu’il leur restait de capital confiance : ainsi, ils pouvaient se désolidariser du jugement de la note, arguant que puisqu’ils n’avaient pas travaillé, elle ne pouvait rien dire de leur valeur et de leurs compétences.

    (1) Le dragon Baryton et la petite Sylvie trop sérieuse, livre jeunesse de Jacqueline et Claude Held, chez Magnard

    Tout système de notation est injuste

    Dans les « vendredis intellos« , nous venons d’écrire un article qui synthétise différents travaux de recherche effectués sur les notes : ils montrent tous qu’elles sont injustes. L’analyse des nombreux biais des systèmes de notation vous intéressera sans doute : les notes dépendent de l’ordre de correction des copies, du niveau de la précédente, du niveau moyen des copies corrigées, du statut scolaire, de l’origine sociale, du genre et de l’apparence physique des élèves.

    Les notes, même pas bonnes à motiver les élèves ?

    D’après différentes études (2), plus les individus sont récompensés pour faire quelque chose, moins ils ont tendance à y porter intérêt.

    En remplaçant une motivation  » intrinsèque » (qui est celle de l’enfant qui apprend à marcher et à parler pour prendre part au monde, parce que d’autres autour de lui marchent et parlent) par un stimulant extérieur, on réduit la motivation à peau de chagrin. Le sujet qui pourrait susciter de l’intérêt devient un devoir, une corvée.

    Il arrive bien sûr que des élèves apprécient une matière malgré l’usage des notes, mais la recherche montre qu’ils auraient davantage appris, cherché à relever des défis et retenu s’ils n’avaient pas eu de notes.
    « Nos travaux récents, en comparant de façon expérimentale les buts des élèves qui attendent une note à leur travail aux buts de ceux qui n’en attendent pas, montrent que les notes motivent à faire « profil bas », à éviter l’échec, à apprendre juste ce qu’il faut pour passer, analyse Fabrizio Butera, directeur du laboratoire de psychologie sociale de Lausanne. Leur motivation ( n’est) pas celle qu’on espérerait. Contrairement à une idée reçue qui voudrait que les notes rendent les élèves plus aguerris, il apparaît quelles les rendent plus opportunistes. (…)  »

    Alors vraiment, il n’aurait rien à attendre de bon des notes ? Non, affirme Fabrizio Butera, aucune étude n’a jamais trouvé un impact positif aux notes :  » Positif pour l’apprentissage ? Non. Positif pour la motivation à apprendre ? Non plus. Ce n’est pas un parti pris : il n’y en a pas ».

    D’ailleurs, les études PISA ( » Program for International Student Assessment » – Programme international pour le suivi des acquis des élève, ensemble d’études menées par l’OCDE visant à mesurer des performances des systèmes éducatifs des pays membres et non membres) attestent que les pays qui ont éliminé les notes de l’école primaire ont de bons résultats scolaires (qui sont mesurés autrement).

    (1) entre autres Kohn A. Punished by Rewards : The Trouble with Gold Stars, Incentive Plans, A’s, Praise, and Other Bribes, Boston, Houghton Mifflin, 1993

    Alors à quoi servent les notes ?

    D’après Fabrizio Butera, «  les notes contribuent à la discrimination et à la reproduction sociale (…) Elles résument bien la valeur sociale que les enseignants attribuent à un élève, mais ne reflètent que de façon partielle et partiale ses apprentissages. C’est une distinction très importante. Si on considère que l’école a comme mission principale d’enseigner, et que les notes sont une mesure de ce que les élèves ont appris, alors on fait fausse route. Les notes ne mesurent que très rarement l’apprentissage, c’est à dire l’incrément de connaissances, savoirs et compétences entre avant et après une leçon, un cours ou un exercice ».
    « En revanche, elles sont très efficaces pour réifier, rendre visibles, les différences entre élèves – quelle que soit l’origine de ces différences (classe sociale, statut d’immigré, genre, compétences sociales, etc.) – et les utiliser par la suite dans un but de sélection », avertit Fabrizio Butera.

    Les notes, pointe émergée de l’iceberg ?

    Supprimer les notes ne suffirait évidemment pas à rendre l’école égalitaire, passionnante et performante. Leur existence sous tend toute une organisation qui les légitime et s’en nourrit. D’ailleurs, quand on a voulu remplacer les notes sur 20 par un système de lettres plus simple, des A+ et des D- n’ont pas mis longtemps à surgir !

    Car les notes influencent non seulement les élèves, mais aussi leurs professeurs, de sorte que leurs effets s’enchaînent en cercle vicieux.
    Cherchant à comprendre de quoi il retournait, la recherche a livré différentes analyses des biais de l’évaluation :
    effet de halo : la réputation d’un élève dans une matière améliore ses chances d’être bien vu dans une autre,
    effet Pygmalion : les résultats des élèves dépendent des attentes et des préjugés de leurs enseignants, ce qui renvoie à la notion de « prophétie auto réalisatrice ».

    Dans les années 1950, les chercheurs Rosenthal et Jacobson soumettent 650 élèves à un test de QI classique puis font croire à leurs enseignants que certains d’entre eux (qu’ils désignent) apprendront plus vite que d’autres. Ce après quoi les chercheurs font à nouveau passer les tests de QI : les élèves ayant bénéficié de préjugés positifs ont gagné 15 points supplémentaires au test. (Cette expérience a été renouvelée de nombreuses fois depuis, et ses résultats ont été confirmés).

    Les a priori influencent l’attitude des enseignants, le temps et l’attention qu’ils accordent aux élèves, les opportunités qu’ils leur offrent de s’exprimer, les punitions et les récompenses qu’ils leur donnent. Et c’est ainsi qu’un système qui vise à l’égalité des chances renforce les inégalités, à l’insu des professeurs eux mêmes.

    Faire autrement avec les notes ?

    Reste que certains enseignants font un usage intéressant des notes : « Pour ma part, je note toujours deux fois : une première fois quand on me rend la copie et en assortissant ma note de trois conseils pour améliorer le travail, une deuxième fois après que l’élève ou l’étudiant a retravaillé son devoir. Et c’est, bien évidemment, la deuxième note que je retiens », analyse Philippe Merieu.

    Xavier, professeur d’université, met en place des évaluations d’un autre type : à la fin de l’interrogation, il propose une discussion collective et une correction, puis les élèves échangent leurs copies et se corrigent les uns les autres. Il ne conserve pas ces notes, mais elles permettent aux élèves de mesurer leurs compétences. Xavier s’est vite rendu compte que ses étudiants étaient perdus sans notes. Sa démarche elle même fonctionne bien avec les élèves les plus mûrs, mais moins bien avec les plus  » scolaires » qui ont beaucoup de mal à intégrer cette logique différente.

    Sans les notes

    D’autres enseignants, d’autres écoles se passent de notes. Ce qui ne signifie pas qu’ils ne suivent pas leurs élèves, qu’ils n’évaluent pas leurs compétences et leurs apprentissages. Dans les écoles qui mettent en œuvre des pédagogies dites  » actives » ( centrées sur l’intérêt des enfants), les notes sont remplacées par un dialogue entre les enseignants, les élèves et les parents. Il s’agit de suivre l’évolution des apprentissages et de chercher des moyens d’aider l’enfant (ou l’étudiant) à s’améliorer.
    Ce dialogue prend du temps, mais la correction des copies, l’attribution de notes en prend aussi et ne rend pas moins utiles les échanges avec les parents et les élèves (et que ceux qui craignent sur leur performance soient rassurés : les élèves de l’école Decroly de Saint Mandé, par exemple, qui n’ont pas de note de la maternelle à la fin du collège, ne s’en tirent pas moins bien que les autres au lycée, quand ils rejoignent le système classique).

    Nous sommes tous impliqués : les enseignants ne sont pas seuls responsables de ce climat de compétition. Ceux qui tentent de mettre en place d’autres modes de fonctionnement plus joyeux, coopératifs et vertueux se heurtent souvent à des parents qui ne sont pas toujours prêts à voir leurs enfants prendre plaisir à apprendre – tant l’école est restée pour eux, sans doute, un lieu de labeur pénible les préparant à un autre, guère plus excitant : le monde du travail.

    La compétition est aussi délétère que les notes

    D’après Fabrizio Butera, la compétition qu’introduisent les notes réduit les capacités potentielles des élèves – même des bons ! « la compétition réduit la probabilité d’apprendre et augmente la probabilité de tricher, comme le montrent un grand nombre de travaux depuis plus de dix ans. (…) Et des travaux montrent aussi que le niveau d’utilisation de la triche à l’école prédit le niveau d’utilisation de la triche ou d’autres comportements frauduleux plus tard en milieu professionnel ».

    Albert Jacquard, polytechnicien et philosophie décédé en 2013, nous prévenait, dans un entretien à la RTBF en 1994 : »pour devenir moi j’ai besoin du regard de l’autre, j’ai besoin de tisser des liens avec lui. Dès que je suis en compétition, je ne tisse plus de liens, je suis en train de me suicider : toute compétition est une forme de suicide ».

    À propos des grandes écoles, qui forment les élites françaises, il formule l’analyse suivante : « être parmi les meilleurs pour entrer à Polytechnique, c’est être capable de consacrer toute son intelligence à étudier des choses qui ne vous intéressent pas mais qui sont au programme. C’est faire acte de soumission, faire preuve de conformisme.

    Le système de la compétition ne fait que sélectionner les plus conformes. On entre dans un monde qui a besoin de se renouveler. Les individus les plus conformes sont les plus dangereux, ce sont ceux qui ne sont pas capables d’imaginer« .

    Francine, travailleur social à la retraite, propose un autre étalon d’évaluation : « Noter c’est réduire l’autre, c’est paralyser son élan de vie dans un système sensé le mettre en valeur… Il y a une tache beaucoup plus importante et beaucoup plus urgente à accomplir: le travail de la liberté« . Bergson, dans L’Énergie spirituelle, « La conscience et la vie », explicite cette perspective : « La nature… nous avertit par un signe précis que notre destination est atteinte. Ce signe est la joie. Je dis la joie, je ne dis pas le plaisir. Le plaisir n’est qu’un artifice imaginé par la nature pour obtenir de l’être vivant la conservation de la vie ; il n’indique pas la direction où la vie est lancée. Mais la joie annonce toujours que la vie a réussi, qu’elle a gagné du terrain, qu’elle a remporté une victoire: toute grande joie a un accent triomphal… »

    « Apprenons à cultiver la joie des apprentissages, c’est le meilleur indicateur de l’agrandissement de l’être, de sa progression vers toujours plus de liberté, celle qui conduit à la sagesse…

    Pourquoi aller chercher ailleurs ce que l’on porte naturellement en soi » conclut Francine !

     

    illustration : Leandro Lamas

    28 Juin
    28 Juin
  • le chat, l'oiseau et le poissonLes enfants ont une affection spontanée pour les animaux. Ils sont les héros de très nombreuses histoires et d’autant de jeux, et de nombreuses études ont prouvé les bienfaits de leur présence auprès des enfants. Et s’ils jouaient un rôle particulier, dans le développement des enfants ?

    Ce matin, j’observais mon petit d’un an et demi dialoguer avec le chat : se faisant face, ils ont esquissé quelques gestes l’un vers l’autre puis, très rapidement, leurs mimiques se sont synchronisées. J’étais touchée par leur jeu, mon fils semblait très concentré et ils avaient vraiment l’air vraiment bien l’un avec l’autre ; ils se sont alors mis à jouer avec une balle, puis mon fils est allé chercher à boire au chat qui a aussitôt lapé le bol. Un peu plus tard, le chat est venu s’installer contre mon fils qui avait besoin de se reposer. Cette scène s’est déroulée quasi sans mots, et pourtant, ces deux êtres se sont apparemment « reçus 5/5 ».

    Avec l’animal, l’enfant nourrit tous les registres de la communication

    80% de la communication entre les hommes est non verbale, pourtant, les adultes se focalisent souvent sur les mots. Avec l’animal, l’enfant peut nourrir tous les registres. « Les rapports entre l’enfant et l’animal s’appuient sur des systèmes de communication qui ne passent pas par la parole. Ces deux êtres ont la capacité de se comprendre sans se parler et cette relation est d’autant plus intense qu’elle est véhiculée par des « outils » que l’adulte a effacés de son registre », explique Hubert Montagner, spécialiste de la relation enfant-animal1.

    Ainsi, c’est beaucoup plus facile pour l’enfant de libérer ses émotions avec un animal familier, d’autant plus facile que ce dernier ne le juge pas, n’exige rien, et ne renvoie pas aux difficultés personnelles et familiales.

    Comment l’animal favorise le développement de l’enfant

    Ce faisant, d’après Hubert Montagner, l’animal permet à l’enfant d’acquérir des compétences qui constituent le socle de son développement affectif, émotionnel, social et cognitif, comme les interactions les yeux dans les yeux, où chacun livre à l’autre ses émotions, s’offre et s’ouvre à tout ce qui le constitue et à tout ce qui constitue l’autre dans sa personnalité, sa profondeur … Éléments qui sont apparemment indispensables à l’installation d’un attachement « secure » (où l’enfant se sent sécurisé ) et au développement de l’empathie.

    L’animal, réel ou imaginaire, apporte une contribution très précieuse à l’élaboration du monde émotionnel, affectif, relationnel, social et cognitif de l’enfant. « Leur capacité à décoder les signaux des humains et à s’ajuster à leurs conduites ainsi que leur flexibilité génèrent le sentiment, ou la certitude, qu’ils s’accordent aux émotions et aux affects. Les enfants de tous âges peuvent ainsi former les représentations et les idées les plus surprenantes, effectuer les transferts les plus délirants, reconstruire leurs raisonnements, élaborer de nouveaux projets »2.

    L’animal ami

    Mais ce n’est pas tout. L’animal est aussi un ami, un thérapeute même3.

    Nous connaissons tous des histoires extraordinaires qui apparaissent dans l’ordinaire de nos vies, où des animaux font preuve d’un comportement maternant, protecteur, éducatif ou amical étonnant.

    Il était deux heures du matin quand ma seconde fille, qui n’avait que quelques mois, a eu un accès de laryngite aiguë. Ma fille aînée se réveillait souvent, parfois toutes les heures (elle se remettait d’une grave maladie) et se réveillait dès qu’elle était seule (elle avait subi deux grosses opérations et en avait gardé une peur bleue des séparations). J’ai emmené la plus petite dans la salle de bains pour qu’elle respire dans un bain de vapeur d’eau et que la crise cesse. Je craignais que l’aînée se réveille, sentant qu’elle était seule, quand j’ai vu notre chat s’approcher de la chambre et venir s’installer près d’elle. Je suis restée plusieurs heures dans la salle de bains auprès de la plus petite, jusqu’à ce qu’elle retrouve une respiration et une voix normales. Quand je suis retournée dans la chambre, j’ai observé ma fille aînée : elle dormait et respirait en rythme avec les ronronnements du chat. Dès que le chat m’a vue, il m’a regardée, a miaulé d’un air de dire « bon, ma mission est finie, je peux aller me dégourdir les jambes maintenant » et il est sorti dans le jardin. Depuis, il a témoigné de nombreuses fois ses compétences de chat protecteur, notamment avec le plus jeune de nos enfants.

    L’animal, compagnon d’âme

    Mais je crois que l’animal est encore plus que ça. C’est Anna Evans4 qui m’a donné les mots que je cherchais pour définir ce lien. Anna est vétérinaire de formation et elle a développé une connaissance et une conscience de l’animal qui me touchent par leur justesse et l’immense respect dont elle témoigne pour tout ce qui vit sur la terre. Comme d’autres, Anna a observé que, quand un enfant n’a pas été éduqué à se méfier des animaux, il entre en lien spontanément avec eux. Pour Anna, c’est tout naturel, l’enfant est un peu comme eux : les premières années, il ne parle pas. Il est spontané, affectif, en lien avec la nature, en prise avec son milieu. Et il ne s’est pas encore construit un mental et des croyances qui sont l’apanage de l’adulte.

    D’après Anna, il n’y a pas de différence de nature entre l’homme et l’animal : tous deux sont semblables jusqu’au développement du mental humain. Ainsi, avec l’animal, l’enfant peut se développer sans perdre le lien avec la nature, ce qui est extrêmement structurant pour lui (et c’est peut-être ce qui explique que l’animal apporte tant au développement de l’enfant, comme l’ont analysé Hubert Montagner et d’autres chercheurs).

    L’animal est présent, ancré, il ne se perd pas dans ses pensées… et il nous rejoint dans notre nature profonde. Je n’ai pas de raisonnement pour définir cela, qui me semble profondément juste cependant : nous avons une sensibilité à l’animal qui est présente au fond de nous. Et les animaux nous rejoignent dans notre nature profonde. Ils réveillent une part de nous qui est intacte, qui n’a pas été traumatisée, parasitée, ou construite par d’autres. Quand je regarde un animal les yeux dans les yeux, je touche à cette part là de moi. Les problèmes ne disparaissent pas, mais je sens que j’ai en moi les ressources pour les résoudre et je retrouve confiance dans les forces de la vie.

    De nombreuses personnes ont fait cette expérience : quand dans une classe, un groupe, des enfants sont agités, il suffit qu’un animal soit présent pour que tout le monde se calme. L’animal apaise notre mental, il nous aide à nous ancrer, à être présents à ce que nous sommes ; plus précisément, il nous permet de rentrer en contact avec tout ce que nous sommes au-delà de l’intellect – ce qui nous permet de nous sentir moins fragmentés. Bref, il nous aide à être des hommes entiers (serait-ce parce que lui est ainsi et que nos neurones miroirs réagissent en sa présence?).

    Ainsi, « la nature sauvage (et les êtres qui la peuplent) est un élément essentiel de la constitution de l’identité des êtres humains, parce qu’elle donne à voir ce qui n’a pas été instrumentalisé et suggère par là ce que pourrait être un individu moins fragmenté, moins éparpillé, moins plongé dans le « désespoir tranquille » qui est le lot d’Homo oeconomicus. La nature sauvage ne nous donne pas des exemples à suivre ; elle nous rappelle, simplement, que toutes les valeurs ne sont pas économiques, même si certaines le sont. Qui comprend cela parvient à un meilleur état de soi-même, et qui parvient à un meilleur état de soi-même, aura certainement du mal à admettre comme de soi bien des usages de l’animal »5.

    illustration : Emilie Vast

     

    1 Hubert Montagner est psychophysiologiste, professeur des Universités honoraire, ancien directeur de recherche à l’Inserm, ancien directeur de l’Unité 70 « Enfance Inadaptée » de l’Inserm.

    2 Rôles et fonctions des animaux familiers dans le développement et la santé des humains, Hubert Montagner  ou sur le site de CAIRN

    3 le web regorge de ressources sur l’apport de l’animal et la zoothérapie. Parmi mille autres : senat.fr

    4 Passionnée par le bien être animal, Anna Evans a créé la Communication Intuitive®

    5 Les relations entre l’homme et l’animal, Jean-Yves Goffi, Qu’est-ce que l’humain, Université de tous les savoirs, sous la direction d’Yves Michaud, Editions Odile Jacob, 2000, p25

    17 Fév
    17 Fév
  • Lire apprendre

    La première fois que j’ai rencontré Cécile, elle était en train de dessiner au milieu d’un groupe d’enfants. Chacun faisait quelque chose de différent, tout le monde était concentré. J’ai été surprise que la personne chargée d’animer le groupe soit elle-même en train de dessiner plutôt que de surveiller, aider, organiser… Puis j’ai trouvé sa posture excellente ; elle m’a inspirée de très doux moments avec mes propres enfants.

    Quitter l’école pour y revenir … autrement

    Si Cécile avait gardé de l’école l’idée d’un lieu qui permet de « s’en sortir dans la vie », elle avait été marquée par les jugements des adultes, vous savez, ceux qui s’égrainent au fil de certains bulletins scolaires, comme « intelligence scolaire, moyenne, ou mécanique, enfant immature ou paresseux » … Le genre de propos, qui, répétés, sapent l’estime de soi et l’envie d’apprendre.

    Elle est malgré tout entrée à l’IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres) après avoir jugé plus sympathique d’être avec des enfants que dans un laboratoire (elle avait entamé des études de biochimie). Sans doute cherchait-elle à offrir ce qu’elle n’avait pas reçu, à trouver comment l’école pouvait être un endroit où il ferait bon vivre, apprendre et grandir ; Cécile avait donc pris une orientation : si elle enseignait, c’était pour faire différemment de ce qu’elle avait vécu.

    La pédagogie, une discipline encore si jeune !

    Sa formation en sciences de l’éducation est l’occasion d’une joyeuse révélation : cette discipline n’en est qu’à ses balbutiements ! Les premiers pédagogues ont moins de 150 ans, le terrain est encore presque vierge. C’est donc une démarche de recherche qu’elle va entreprendre, pas une doctrine qu’elle va suivre. Cécile prend alors son bâton de pèlerin et parcourt la France à la recherche d’initiatives vertueuses dans l’enseignement public. Elle rencontre des enseignants passionnés, réellement au service d’enfants heureux d’apprendre.

    Son diplôme en poche, elle se lance dans la pédagogie de Célestin Freinet, les apprentissages naturels de Paul Lebohec et la démarche du troisième type de Bernard Collot (nous en reparlerons bientôt ).
    Dans sa classe de ZEP, l’inspectrice qui vient la contrôler (suite à l’interpellation des conseillers pédagogiques) observe des enfants travailler seuls ou en petits groupes à des activités différentes. Elle ne parvient pas à comprendre le fonctionnement de cette classe et pense que Cécile a perdu la tête. Il faut dire qu’au même moment, le mari de Cécile, qui n’avait pas 30 ans, vient de décéder d’un cancer. Convoquée par l’inspection académique, la jeune enseignante explique sa démarche … et rentre chez elle avec le soutien de l’inspecteur académique.
    Très sensible à tout ce que vivent les enfants, elle entreprend un gros travail d’introspection et va encore plus loin dans sa démarche.

    Car contrairement à toute attente, le départ de son époux la porte

    On lui propose une nouvelle classe, à priori difficile, en milieu rural. Cette fois, ce n’est plus l’inspection, mais les parents qui ont du mal à adhérer à sa démarche. Cécile ne se sent pas assez libre : elle démissionne de l’éducation nationale. Cette jeune femme passionnée par les relations a besoin d’un espace plus vaste, moins contraignant pour construire sa propre démarche et se mettre vraiment au service des enfants.

    Elle poursuit sa recherche personnelle, travaille avec de très jeunes enfants, des adolescents et des personnes en fin de vie pour trouver sa voie dans le sillage de la pédagogie du 3ème type, initiée par Bernard Collot. Dans cette approche, l’école est au service des enfants qui s’approprient l’environnement à leur disposition pour construire leurs apprentissages à partir de leur élan plutôt que d’un programme scolaire ou d’une attente des adultes.

    Cécile tente de mettre en œuvre ce projet dans une structure existante. Elle développe son écoute, son attention aux relations ainsi qu’au vécu individuel de chaque enfant, de chaque adulte. L’initiative prend suffisamment pour lui donner confiance dans sa pertinence, mais le contexte n’est pas totalement propice. Avec des parents, elle imagine alors la Maison des Apprentissages Naturels (MANa*), qui s’établira dans un lieu neuf et sera le fruit d’une co-création avec les parents.

    La co-création : une démarche pour les enfants comme pour leurs parents

    En fait, au sein de ce projet, les parents travaillent ensemble exactement comme leurs enfants construisent leurs apprentissages : dans la co création. Cette manière de développer un projet n’est pas simple à mettre en œuvre a priori, tant elle semble éloignée des pratiques habituelles, mais elle porte de beaux fruits dès que les adultes prennent le risque d’être vraiment eux-mêmes et de se mettre au service du collectif.

    Cécile ne se positionne pas comme directrice mais comme garante de la vision, de l’esprit du projet. Une perspective qui a quelque chose à voir avec la démarche holocratique (nous en reparlerons) mais qui est plus encore le fruit d’une recherche personnelle de cohérence aussi globale que profonde, vécue sur tous les plans de sa vie. En attendant que l’école trouve des locaux pour l’accueillir, Cécile vit déjà son projet en animant des ateliers de création mathématique, d’ecri-lecture, des journées d’accompagnement des enfants et des groupes de parole de parents. Les parents et les enfants qui en profitent sont ravis !

    *Pour en savoir plus, vous pouvez contacter Cécile Priou : cecilepriou@gmail.com.

     

    22 Jan
    22 Jan

Nous répondons au plus vite, en général sous 24h.

Merci de nous avoir contacté, à très bientôt !

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