Cesser de vouloir décider et contrôler

  • Cesser de vouloir décider et contrôler pour être heureux, innover, grandir ensemble et obtenir de bien meilleurs résultats, une drôle d’idée ? Pas tant que ça, je vous assure. En vous proposant de mettre face à face parent et dirigeant, je vous propose que nous réfléchissions ensemble au pouvoir, à ce qu’il nous apporte, et à ce que nous permettons de joyeux, d’innovant, d’épanouissant (pour tous) d’advenir si nous le partageons. Une attitude qui passe par un travail sur soi dont nous sortons tous gagnants.

    Le pouvoir est pourtant grisant

    L’exercice du pouvoir est grisant, ce n’est un secret pour personne. J’en ai fait l’expérience toute jeune : j’étais l’ainée des petits enfants, j’avais pris l’habitude de proposer des idées de jeu qui suscitaient l’engouement de mes cousins et voisins, et tous suivaient mes directives. En jouant les chefs d’orchestre (un métier que je rêvais de faire mien), je ressentais une joie et une puissance immenses à voir les idées que j’avais en tête devenir réalité. Ce pouvoir était d’autant plus grisant pour moi qu’il réparait le sentiment d’impuissance que je ressentais à chaque fois que je voyais mes parents continuer à s’entretuer malgré tous les efforts que je déployais.

    Alors oui, j’ai aimé diriger, mener, conduire, planifier, observer le résultat de nos succès. Mais j’ai aimé ça comme on prend plaisir à dévorer un gâteau au chocolat ou à boire un peu trop de bon vin : sur le moment c’est délicieusement bon, mais après, les maux d’estomac, la nausée ou le tournis nous font réaliser que cette joie n’était qu’à courte vue.

    Un jour, je ne saurais dire pourquoi, les choses se sont passées un peu autrement, je n’ai pas décidé pour tous mais j’ai co-créé avec les autres. En faisant avec eux, en situation d’équivalence, j’ai senti une joie plus intense encore. Nous étions arrivés bien plus loin que là où je serais allée avec mes seules idées. Nous avions ouvert des mondes que je n’avais jamais entrevus, même en rêve. Et c’était bon ! Personne ne râlait, chacun suivait une vision de base qu’il avait enrichi et avait fait sienne.

    Depuis, je n’ai eu de cesse que de retrouver ce sentiment encore plus puissant que le pouvoir sur les autres, celui de la libre appartenance à un collectif dans lequel chacun a sa place, peut exprimer son plein potentiel et sa pleine puissance.

    Chef ou leader ? Une posture qui vaut en entreprise comme avec ses enfants

    Chef ou leader inspirer faire grandir Leandro Lamas Parents à PArents J’ai redécouvert ces sensations enthousiasmantes en entreprise dès que j’ai eu à mener des projets. A la fin de ma première année de vie professionnelle, on m’avait confié un projet de re-organisation dont la durée avait été planifiée à deux ans au moins. Mais en travaillant de concert avec les équipes européennes et les autres parties prenantes, nous avons trouvé une solution qui convenait à tous en moins de trois mois, et elle avait pu être mis en œuvre en deux mois. Cinq mois après mon arrivée, je n’avais plus rien à faire (à part assurer le suivi) et je suis donc partie vers de nouveaux horizons. Cette expérience (faire aboutir un projet bien plus vite pour bien moins cher que prévu) m’est arrivée plusieurs fois ensuite (et à vous aussi sans doute) : c’est fou ce que nous allons vite quand nous mettons nos énergies au service d’un projet commun !
    J’ai aussi tenté d’agir ainsi quand j’ai eu l’occasion de manager des équipes. J’avais des valeurs – transparence, authenticité, écoute de toutes les idées – mais je manquais d’outils, d’expérience et de confiance pour aller plus loin dans une hiérarchie plutôt opaque, sans vision partagée et politicienne au possible. Ce devait être un management plutôt « sympa », mais il était très loin d’être à la hauteur de mes espérances et ne changeait la vie de personne.
    La question du « management » s’est posée autrement quand je suis devenue maman.

    Je n’avais pas envie de contrôler. Je me souvenais que ma mère m’avait laissé relativement libre de mes sorties jusqu’à ce qu’elle me découvre un petit ami un peu sérieux. J’avais seize ans, et là, comme bien des parents, elle avait commencé à surveiller bien davantage mes allers et venues. J’en avais conclu que le contrôle était une réaction face à la peur et qu’elle s’associait à un manque de confiance. Des attitudes que je ne voulais pas cultiver avec mes enfants.
    Je n’avais pas non plus envie de diriger, de penser, de faire à leur place ou de panifier. C’est pourtant ce que font la plupart des parents, mais je savais comme ce comportement empêche la confiance de s’installer, entrave le développement et l’épanouissement et créé des blocages dont une vie entière ne permet pas toujours de venir à bout.

    Je ne voulais pas diriger une bande de lutins, je ne voulais pas créer de rapport de force (d’autant que je savais qu’il n’est pas naturel chez l’enfant, il est toujours construit par l’adulte). Bien des spécialistes, quand ils parlent d’autonomie (de l’enfant ou du salarié) ne pensent pas à une véritable autonomie (être auteur de sa vie, entreprendre des actions par soi-même en se donnant ses propres limites et règles de conduite) mais à la capacité à faire seul ce qu’un supérieur (chef ou parent) demande à un inférieur (salarié ou enfant).

    dormir grandir allaiter ensemble parents à parents leandro lamasL’expérience de la grossesse m’avait donné une certitude : je n’avais pas « fait des enfants », j’avais accueilli des êtres dont j’avais tout à apprendre. Je voulais accompagner ces enfants dont la vie m’était confiée, et je voulais qu’ils puissent aller, chacun, vers la plénitude et vers le meilleur d’eux-mêmes (sachant que je n’avais aucune idée de ce que serait ce « meilleur » et qu’il n’était évidemment pas question que je le définisse pour eux). C’est dans cette vision ambitieuse, alimentée par une puissance d’amour illimitée, que nous avons grandi avec nos enfants, pour les aider à devenir autonomes, chargés d’eux-mêmes comme m’avait dit un jour Anne Barth. Et ce fut d’autant plus facile que mon époux était d’accord pour tenter l’expérience en ce sens.
    Je ne pouvais donc pas me positionner comme parent au sens classique, et c’est, entre autres, dans mon enclin naturel à sortir du cadre (favorisé par nos expériences de vie différentes, mon conjoint et moi ayons grandi sur des continents différents), et mes lectures autour de l’empowerment et du leadership que j’ai trouvé des pistes d’exploration. Pour que nos enfants soient autonomes, il fallait que nous le soyons vraiment. Ça semble évident, pourtant les parents le sont rarement, aiguillés ou guidés qu’ils sont sans cesse par des experts de tout poil (de la voisine au pédiatre, de la nourrice au psy, de la grand-mère à la bonne copine) qui pensent à leur place et les alimentent sans cesse de réponses toutes faites à des questions qu’ils n’ont parfois même pas posées.

    Les bienfaits inespérés de cette nouvelle posture

    Quand j’ai découvert la non-violence, la Communication NonViolente, la logique émotionnelle, la co-écoute, la décharge émotionnelle, TIPI et la sociocratie, j’ai eu à ma disposition des idées et des outils pour aller plus loin.

    Je voulais que nous soyons des parents libres, je voulais que mes enfants soient libres, j’étais seulement plus expérimentée qu’eux dans un certain nombre de domaines de la vie et je savais que mon attitude, bien plus que mes paroles, les inspirerait forcément (vers la liberté, l’initiative et l’épanouissement, ou vers la peur, la soumission, la résignation, l’absence d’estime et de confiance en eux-mêmes et dans les autres, …).

    Je savais que mon rôle consistait à les aider à se connaître, à comprendre leurs besoins, à vivre avec leur hypersensibilité, à tirer profit de leurs émotions et à développer des moyens non-violents pour coopérer. Pour le reste, ils devaient expérimenter (sous surveillance, parfois, notamment pour mon ainée qui adore jouer avec le feu – au sens propre du terme), observer le résultat de leurs réactions, inventer des solutions, devenir progressivement responsables de leur vie.
    Nous avions confiance : comme tous les enfants du monde ou presque, ils avaient appris à marcher et à parler sans que nous n’ayons rien à faire qu’à les laisser faire. Ils sauraient bien apprendre et acquérir d’eux-mêmes tout ce qui leur serait utile et tout ce qui susciterait leur envie, si nous leur fournissions un cadre sécurisant et un environnement suffisamment riche et inspirant.
    cesser de décider Parents à PArents Leandro LamasTout cela n’a rien à voir avec la sévérité ou le laxisme. C’est une autre posture, qui dépend de chacun, ne répond à aucun diktat et que nous pouvons qualifier de libératrice. Pour illustrer ce que nous sommes ensemble, j’ai en tête l’image d’une constellation dans laquelle chacun d’entre nous serait une planète : c’est la mise en commun, dans une position qui permet à chacun d’exprimer son plein potentiel, qui permet à notre système de tourner à plein régime et de s’épanouir. Chacun y a sa place, son rôle, son devenir singulier, son autonomie dans un système où nous sommes tous interdépendants. Mais contrairement aux planètes, chacun peut relativement facilement changer de place, de rôle, de mission. « L’humain ne s’offre que dans une relation qui n’est ni de pouvoir, ni de violence » a dit Emmanuel Lévinas.
    Quand je vois aujourd’hui comme nos enfants prennent soin les uns des autres, quand je vois les initiatives qu’ils prennent, quand j’observe la joie qui est la leur, l’amour qui nous lie les uns les autres, je me dis que nous sommes sur un chemin qui nous permet d’avancer chaque jour un peu plus loin.
    Comme nous leur parlons correctement, ils font de même. Comme nous prenons soin d’eux, ils prennent spontanément soin des autres et même de nous quand nous sommes fatigués, irrités. Un jour où je me souviens leur avoir dit « je suis vraiment énervée, j’ai perdu un document important pour moi », je n’ai pas eu besoin de menacer ni même de leur demander d’être calmes, ils se sont immédiatement mis à ma place et ont proposé leur aide. Nos relations sont vraiment joyeuses, c’est un bonheur pour nous de passer du temps ensemble. La parentalité n’est pas source de tensions ni de pression, elle est vecteur de joies infinies.

    Ne pas diriger, c’est reposant, il s’agit d’être présent tout en laissant faire

    Je me souviens avoir passé une après-midi chez des amies de mes filles, dont la maman voulait absolument qu’elle joue au jeu qu’elle avait préparé : c’était épuisant pour elle, agaçant pour moi car elle ne cessait d’interrompre nos échanges, et inutilement contraignant pour les enfants qui n’ont jamais obtempéré : ce jeu-là ne les tentait pas, et puis voilà.

    anniversaire en famille PArents à Parents Leandro LamasJe me souviens de goûters d’anniversaire chez une amie qui avait passé dix soirées à sélectionner et préparer toutes les activités de l’après-midi, qu’elle avait ensuite orchestrées à la façon d’une gentille animatrice. En fin de journée, elle était épuisée. Nous avons souvent eu plus de quinze enfants à la maison pour les anniversaires de nos enfants. A part une piňata et un gâteau (fabriqués avec les enfants et à leur demande), nous n’avons jamais rien préparé. A chaque fois, les enfants se sont très bien débrouillés tout seuls, inventant des jeux dont nous n’aurions jamais eu l’idée et trouvant des solutions lumineuses pour régler leurs conflits, pendant que nous, adultes, faisions connaissance et pouvions nous lancer dans des discussions à bâtons rompus.
    Il ne s’agit pas de laxisme ou d’inconséquence. L’indifférence est une autre forme de maltraitance. Dans ses conférences, Jean-François Zobrist, ancien directeur de l’entreprise FAVI, rappelle souvent cette parole de François Jullien « le bon prince est celui qui en supprimant les contraintes et les exclusions permet à chaque existence de s’épanouir à son gré. Son agir sans agir, qui n’est pas ne rien faire du tout, est une forme de laisser faire pour faire en sorte que les choses se fassent toutes seules ». Je le vis comme une qualité de présence à soi et aux autres qui autorise au sens qu’elle « rend auteur ».

    La question se pose de la même manière si nous sommes éducateurs, professeurs, enseignants, dirigeants. Les enseignants qui ont adopté la philosophie et la posture des pédagogies nouvelles, les parents qui se lancent dans les apprentissages autonomes le disent tous : c’est infiniment plus joyeux et moins stressant que de tenter par tous les moyens de faire rentrer un savoir dans la tête de quelqu’un. Il est impossible « d’apprendre quelque chose à quelqu’un », la seule chose qu’on puisse faire consiste à fournir un environnement (des activités, des stimulations) et des informations qui permettent l’acquisition des connaissances et des compétences. Et celui qui sait n’est pas forcé d’imposer un rapport de force, ni de prendre le pouvoir. Tout est même bien plus facile s’il ne le fait pas.

    L’entreprise libérée, l’autonomie parentale

    J’ai donc été émue quand j’ai entendu Alexandre Gérard, patron d’Inov-on, raconter son parcours au sein de son entreprise. Cette démarche d’intense travail sur soi, d’humilité et de dépouillement qui mène à la joie, nous avions fait un peu la même dans un domaine différent, celui de la parentalité. Je suis donc ravie et peine d’espoir quand je vois des pionniers tenter cette belle expérience, en récolter les fruits et en parler autour d’eux, pour inspirer d’autres dirigeants et susciter un engouement.
    Je trouve inspirant pour les parents d’observer ce qu’ont entrepris ces dirigeants audacieux : ils sont partis de l’hypothèse que la nature humaine et bonne (ce qu’Olivier Maurel et l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire ont montré par un travail de recherche conséquent), ils ont fait confiance, ont cessé de décider seuls pour les autres, de contrôler, et ont ainsi libéré l’initiative, l’autonomie, la responsabilité, l’innovation, l’épanouissement, le bonheur au travail. Plutôt que de réfléchir entre élus, ils utilisent le plein potentiel de leur entreprise (ils font émerger l’intelligence collective) et atteignent des niveaux d’adaptabilité et de performance qui forcent l’admiration.

    Leur attitude est d’autant plus inspirante pour les parents qu’elle ne porte des fruits que si elle est profondément sincère (sinon il s’agit d’un moyen de manipulation totalement contreproductif), qu’elle découle d’un intense travail sur soi, qu’elle met fin aux signes de pouvoir pour traiter les autres non en égaux, mais en équivalents. Pour le parent, cela signifie sortir du rapport de force et de la croyance selon laquelle l’adulte doit dresser l’enfant et quelqu’un doit gagner et un autre perdre. Cela signifie aussi s’agenouiller souvent, se mettre à la hauteur des enfants, les écouter vraiment, les prendre au sérieux et ne jamais minimiser leur capacité à penser, imaginer, rêver, créer, réaliser, faire aboutir quel que soit leur âge, à chaque étape de leur développement.

    cocréer être libres ensemble PArents à Parents Leandro LamasElle ne fonctionne également que si on met fin aux punitions et aux récompenses externes (en entreprise, le contrôle, les objectifs fixés en haut, …) et si on valorise la puissance de l’erreur (celui qui ne se trompe pas n’a pas assez osé). J’ai été amusée aussi d’entendre Christophe Collignon, dirigeant de IMA Technologies, dire « quand on ne sait pas on ne dit pas non, on dit oui et on observe ce qui se passe » : c’est aussi ce que nous pouvons faire en tant que parent, d’autant que les enfants évoluent à une vitesse folle et que ce qui était impossible hier peut être faisable aujourd’hui.

    Cette perspective parentale me semble d’autant plus pertinente aujourd’hui que nous n’avons aucune idée de ce à quoi ressemblera le monde de demain. Si nous répétons l’éducation que nous avons reçu, nous les préparons au monde d’avant-hier, qui n’existe plus.

    Les « entrepreneurs libérés » ne seront pas forcément séduits au premier abord par ce parallèle entre la posture de parent et celle du leader, car c’est justement du management paternaliste dont ils veulent s’extraire. Mais ici, il est question d’une autre façon d’être parent, qui ne répond à aucun dogme, qui se cherche et se trouve « chemin faisant ». La distanciation, le décalage suggérés par ce parallèle a priori inapproprié susciteront peut-être une idée au manager-leader-animateur qui nous lira. Cet article pourra aussi les conforter qu’ici et ailleurs, des parents sont en train de préparer de futurs adultes à ce nouveau monde qu’ils sont en train de créer, et c’est toujours exaltant de savoir que dans d’autres milieux, d’autres agissent de concert, que tous les efforts se rejoignent.

    Ce mouvement de libération, si on le retrouve en entreprise, dans certaines écoles, dans l’instruction en famille, dans la posture parentale, peut être le signe qu’un vrai mouvement sociétal est en train de prendre forme et qu’une nouvelle ère est en train d’émerger. Quel espoir et quelle énergie cela donne à tous ceux qui ont envie de s’engager dans cette dynamique que nous pouvons tous, chacun à notre mesure et selon nos talents, co-construire ensemble. Il n’y a rien de plus galvanisant pour moi que de réaliser que je peux, avec d’autres, aiguillonner l’avenir du monde et agir pour que celui dans lequel grandiront nos enfants soit un peu sain, agréable, respectueux, joyeux, épanouissant.

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Nous avons co-créé l’association Parents à Parents pour partager et susciter chez d’autres ce projet d’autonomie, de cocréation quotidienne, qui se passe des diktats et des injonctions de tout poil, qui cherche en soi ses pistes de solution et ses réponses – et se nourrissant des idées des autres mais sans jamais qu’elles soient imposées comme des vérités suprêmes-.
    Je suis intimement convaincue que si nous appliquons la solution d’un autre, aussi pertinente soit-elle, nous ne sommes plus présents à ce qui se vit sous nos yeux, nous perdons un peu de notre capacité à imaginer, impulser, agir. C’est pour ça qu’au sein de Parents à Parents, nous n’avons pas et nous n’aurons jamais de gourous, de penseur fétiche. Ce qui nous nourrit peut venir de partout.

    Illustrations : Leandro Lamas

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    28 Déc
    28 Déc
  • A l’âge de douze ans, Marion Cuerq a compris les ressorts de la violence éducative ordinaire et son lien inextricable avec toutes les formes de maltraitance aggravée. Depuis, la jeune femme ne cesse de la combattre. Loin des paroles lénifiantes qui poussent à tout accepter sans rien dire et sans rien faire, elle a quitté la France à dix-neuf ans pour voir comment grandissent les enfants dans un pays où les droits de l’homme s’appliquent pleinement à eux. Deux mois après son arrivée en Suède, elle a eu l’idée d’en faire le film « Si j’aurais su, … je serais né en Suède ! », qu’elle a tourné, réalisé et produit avec ses propres moyens, avant de le mettre gracieusement à la disposition de tous sur le site de l’OVEO (Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire). Un très beau documentaire, à voir !

    Le respect de l’enfant : un droit inaliénable

    Pour Marion, c’est évident : un enfant est un être humain qui a droit au respect de son intégrité, exactement comme n’importe quel adulte. De la même manière que la plupart des gens jugeraient inadmissible qu’un patron batte ses salariés ou qu’un homme frappe sa femme, personne ne doit s’autoriser à humilier ou à frapper un enfant (1). C’est l’une des raisons pour lesquelles en Suède, Marion s’est tout de suite sentie chez elle : les suédois ne comprennent pas les débats français sur la « fessée » car chez eux, ça fait plus de trente-cinq ans que l’éducation des enfants s’entend sans aucune violence.

    Violence psychique versus violence physique

    En France, de nombreuses personnes craignent qu’une loi sur l’interdiction des châtiments corporels fasse basculer les parents et les adultes de la violence physique à la violence psychologique.

    En Suède, la violence psychologique n’a pas remplacé la violence physique.
    Les suédois sont sortis du rapport de force, un point c’est tout.

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsCe n’est pourtant pas du tout automatique, explique Marion : en Suède par exemple, la violence psychologique n’a pas remplacé la violence physique. Les suédois sont sortis du rapport de force, un point c’est tout. Les adultes ne disent pas que les enfants les « cherchent », les « testent » juste par défi. En fait ils n’ont pas besoin de le faire car ils n’ont pas subi de violences. Réalisons que ces attitudes de rébellion sont une réaction à la violence subie !

    « Si on met cette idée de rapport de force en place, l’enfant rentre dans la logique, atteste Marion. Le rapport de force n’est pas inné, il est construit par les parents, dès les premiers mois de l’enfant ». La jeune femme perçoit d’ailleurs une nette différence entre l’attitude des enfants dont elle s’occupait en centre de loisirs en France et ceux avec qui elle interagit en Suède (Marion a été fille au pair trois ans auprès de sept enfants dans trois familles différentes et continue, depuis, à animer des activités pour des enfants en Suède). En France, il faut souvent reconstruire la confiance. En Suède, elle pre-existe aux relations et les facilite.

    « Les enfants sont compétents et ont besoin d’être traités avec dignité pour pouvoir s’épanouir pleinement. » Jesper Juul

    L’impact de la culture

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsLa culture joue forcément un rôle dans la capacité des individus à adopter de nouvelles attitudes.

    La langue suédoise est naturellement axée vers la non-violence, analyse Marion. Les suédois parlent beaucoup d’empathie ; à tout âge, ils expriment facilement leurs émotions et utilisent des expressions comme « tu as de la peine? » , « tu es triste ? » qui pourraient sembler enfantines à un français privilégiant un mode de communication plus cérébral et analytique. Quand les français disent « je pense que… » « que penses-tu de ? », les suédois « ressentent ».

    En outre, ils ne prennent pas les sentiments des autres pour ou contre eux. Ils sont conscients que leurs propres sentiments leur appartiennent et qu’il en est ainsi des autres. Ils ne se sentent donc pas attaqués quand quelqu’un se sent triste ou en colère autour d’eux, « alors qu’en France, on est dans l’attaque constante », soupire Marion.

    Enfin, la culture scandinave est bien plus égalitaire que la culture latine. Dans les pays nordiques, le pater familias n’a pas du tout le poids qu’il a encore en France.

    Reste que même si la Suède est le premier pays à avoir légiféré sur l’interdiction des châtiments corporels en 1979, un texte de loi de 1800 exigeait qu’ils corrigent leurs enfants. La non-violence envers les enfants n’était pas inscrite dans les gênes, elle a été le fruit d’un cheminement ! La réforme législative en Suède a commencé en 1958 avec l’interdiction des châtiments corporels dans l’enseignement avant que le droit de « correction parental raisonnable » soit retiré du code parental suédois en 1966. La loi est intervenue treize ans plus tard. Un chemin que peut faire la France, comme d’autres pays.

    L’éducation sans violence ne doit pas être réservée à ceux qui ont les moyens de s’offrir des ateliers coûteux, elle doit être accessible à tous

    « Le changement demande un vrai courage politique, il doit passer par une loi, défend Marion. La non violence envers les enfants n’est ni un courant d’éducation ni une mode, c’est une base, c’est le strict minimum vital de respecter ce droit a l’intégrité physique fondamental de tout être humain !

    Ce changement ne doit pas être réservé à ceux qui ont les moyens de s’offrir des ateliers coûteux de communication ou de nouvelles pratiques éducatives. Il doit être accessible à tous. La loi contre les châtiments corporels, c’est un petit pas pour les droits des enfants, et un grand pas pour l’humanité, sourit Marion. Et c’est un fait : un environnement axé vers la non-violence incite tout le monde à agir dans ce sens. C’est l’expérience que nous avons faite une fois de plus en Norvège.

    Prévenir la violence dès la naissance

    « Puisque c’est au cours de notre première année de vie que nous construisons notre rapport au monde – c’est ce que montrent, entre autres, les travaux de Catherine Gueguen (5) -, les 480 jours de congé parental en Suède ne sont pas pour rien dans la qualité du rapport qu’entretiennent parents et enfants», analyse Marion.

    Contre la Violence Educative Ordinaire Marion Cuerq pour Parents à ParentsLe tout-petit, qui passe sa première année auprès de ses parents, grandit dans l’idée d’un monde amical, qui nourrit sa confiance. Et les adultes peuvent d’autant plus rester sereinement auprès de lui qu’ils n’ont pas à faire de sacrifices financiers (le congé parental est calculé en fonction des revenus des parents qui perdent relativement peu en pouvoir d’achat).

    La prévention de la violence commence là, dans ces premiers temps de vie, et même avant, dès la grossesse, quand est proposé un accompagnement respectueux de la mère, de l’enfant et du père. Des naissances moins médicalisées (6), des parents mieux soutenus dans leurs compétences dès la naissance, une meilleur récupération physique après l’accouchement, tout ceci peut favoriser l’attachement, limiter l’épuisement parental, le sentiment d’impuissance et par là les violences sur les enfants. Et comme un enfant qui n’a pas été frappé ne frappe pas à son tour une fois devenu adulte, comme un enfant qui n’a pas été humilié n’humilie pas à son tour, mettre fin aux châtiments sur les enfants, c’est mettre fin à la violence intergénérationnelle et c’est s’entreprendre à déconstruire la logique de la violence et du rapport de force dans les relations humaines.

    Marion Cuerq contre la violence éducative ordinaire pour Parents à Parents

     

    Marion Cuerq démarre cette année ses études à l’Institut des Media de Stockholm et prépare un deuxième film sur la Suède. Nous lui souhaitons de beaux succès!

     

     

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

     

    A lire pour approfondir

    Pour une enfance heureuse Catherine Gueguen pour Parents à ParentsRegarde ton enfant est compétent Jesper Juul pour Parents à Parents

    Sere moi fort Elever nos enfants avec amour Carlos Gonzalez pour Parents à Parents Acheter chez Decitre

     

     

     

     

     

     

    Jesper Juul voulez vous des enfants forts en bonne santé pour Parents à ParentsJesper Juul Me voilà qui es tu Proximité respect et limites entre parents et enfants pour Parents à Parents

     

     

     

     

     

    Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen, Pocket mars 2015

    Serre-moi fort – Comment élever vos enfants avec amour, Carlos Gonzalez, Editions du Hêtre, 2013

    Voulons-nous vraiment des enfants forts et en bonne santé ? Jesper Juul, Fabert mars 2015

    Regarde… ton enfant est compétent – Renouveler la parentalité et l’éducation, Jesper Juul, Chroniques sociales, 2012

    Me voilà ! Qui es-tu ? – Sur la proximité, le respect et les limites entre adultes et enfants, Jesper Juul, Fabert mars 2015

    contre VEO Marion Cuerq Parents à Parents (1) Pour y parvenir, chacun peut puiser dans les ressources de l’éducation positive, consciente, non-violente…. tout en restant vigilant sur ses intentions. Nous avons déjà eu l’occasion d’en parler à plusieurs reprises, toute technique de communication peut être bonne ou mauvaise selon l’intention avec laquelle on l’applique. Si la Communication NonViolente peut constituer un formidable outil pour connaître ses besoins et ceux des autres, pour entrer en empathie avec soi et les autres, il n’empêche pas certaines personnes de s’en emparer pour affirmer leurs besoins de manière péremptoire aux dépens des autres. Et c’est ainsi que contrairement à la philosophie qui a présidé à sa création, la Communication NonViolente peut apparaître comme un outil de manipulation. Et si nous manipulons nos enfants pour parvenir à nos fins, nous ne les respectons pas.

    contre VEO Marion Cuerq Parents à Parents
    (2) Depuis quelques années, plusieurs médias ont publié des enquêtes selon lesquelles la maltraitance aurait augmenté en Suède depuis le vote de la loi de 1979 interdisant les châtiments corporels. Cette argumentation, encore reprise récemment dans la discussion sur la constitutionalité de l’article 43 du Code criminel canadien [le droit de « correction raisonnable »], est totalement fausse. Toutes les données disponibles indiquent que la Suède a remarquablement réussi à faire baisser les chiffres de la maltraitance des enfants dans les dernières décennies, et que cette réduction a continué après le vote de l’interdiction des châtiments corporels. (…) La fréquence des homicides d’enfants de moins de 5 ans fournit une bonne estimation du taux de mortalité de ces enfants par maltraitance, ces enfants étant plus exposés à la mortalité par blessure, et les autres formes de violence extérieure beaucoup plus rares dans ce groupe d’âge. Les statistiques montrent qu’elle n’a fait que diminuer. Alors que 700 enfants meurent chaque année sous le coup des violences, majoritairement de leurs parents, en France, ils sont moins de 4 par an en Suède.

    STOP VEO Parents à Parents

    (3) Voir le rapport de l’OMS, voir aussi celui de l’UNICEF
    (4) A propos des racines de la violence, n’hésitez pas à lire ou relire Alice Miller

    (5) Pour une enfance heureuse, Catherine Gueguen, Pocket mars 2015

    (6) voir le rapport de l’assemblée nationale

     Photos : Marion Cuerq : Pamela Ferrazzini. Les autres clichés sont tirés de son film « Si j’aurais su,… je serais né en Suède »

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    07 Août
    07 Août
  • la violence éducative ordinaire

    Photo Yoann Lambert

     

    La violence éducative ordinaire, ce sont ces fessées, ces gifles, ces menaces, ces punitions, ces railleries et moqueries que nous avons subies quand nous étions enfant et que nous faisons subir à nos enfants tant que nous n’avons pas conscience de leur impact et tant que nous n’avons pas déconstruit nos conditionnements. Ce sont tous ces traitements infligés « pour notre bien » et qui ne semblent normaux, ordinaires, que parce qu’ils sont subis et transmis de génération en génération.

    Cet article a été co-écrit avec Olivier Maurel*

     

     

     

    « Ces effets peuvent paraître invraisemblables et disproportionnés, mais pour les comprendre il suffit de se rappeler
    que notre organisme est doté de deux systèmes d’autoprotection : le système immunitaire et le stress »

    Non, ces gestes et ces mots ne sont pas anodins : la preuve (scientifique)

    De nombreuses études, sérieuses, documentées, longitudinales ont été réalisées, sur les impacts des « petites violences ordinaires » , celles qu’on pourrait croire anodines, qui montrent que les fessées, même peu fréquentes, suffisent à altérer les capacités intellectuelles et sociales : les enfants fessés de moins d’un an sont plus susceptibles d’être agressifs à l’âge de trois ans et plus déprimés ou anxieux à l’âge de cinq ans(1). Les fessées ont, entre autres, un impact sur le QI des enfants(2), qui est d’autant plus réduit que les enfants sont fessés à un âge précoce, ainsi que sur la compréhension du langage (3).
    Ces châtiments ne se contentent pas d’imprégner l’enfant, ils ont encore des répercussions sur sa santé physique et mentale à l’âge adulte. Cancer, troubles cardiaques et asthme à l’âge adulte (4) sont plus fréquents chez les personnes qui en ont reçu, tout comme les troubles du comportement, de la personnalité, les maladies mentales, la dépression, les problèmes d’alcool ou de drogue (5) et les suicides (6).

    Comprendre les effets de la violence éducative ordinaire

    Ces effets peuvent paraître invraisemblables et disproportionnés, mais pour les comprendre il suffit de se rappeler que notre organisme est doté de deux systèmes d’autoprotection : le système d’alarme qui nous protège des agressions extérieures et le système immunitaire qui nous protège des agressions intérieures (microbes, virus…). Notre système d’alarme, le stress, déclenche, en cas de danger ou d’agression, un flot d’hormones destiné à permettre à notre organisme de fuir ou de s e défendre efficacement.

    • La réaction d’alarme est en fait le premier stade du stress.
    • Ensuite vient le stade de résistance, d’adaptation à l’agent stressant, puis le stade d’épuisement, si l’action de l’agent stressant est excessive ou dure trop longtemps.

    Pour obtenir cette résistance et cette adaptation, le système d’alarme désactive toutes les fonctions qui ne sont pas indispensables à la fuite ou à la défense, comme, par exemple, la digestion, la croissance et le système immunitaire. Plus les agressions sont fréquentes, plus le système immunitaire est désactivé et réactivé, moins il devient efficace et moins il protège des maladies.
    Or, l’organisme des enfants ressent gifles, fessées et menaces comme des agressions, quelle que soit l’intention avec laquelle on donne ces punitions.

    Et les gifles et fessées, quand on a commencé à en donner, deviennent très vite des habitudes. Ainsi, en croyant donner des gifles et fessées « qui n’ont jamais fait de mal à personne », on affaiblit, sans en avoir la moindre conscience, la capacité de résistance des enfants aux maladies, ainsi que leur système digestif, voire leur croissance.
    Mais les effets de la violence éducative ne s’arrêtent pas là. Le traumatisme s’inscrit dans notre génome à travers les modifications épigénétiques des gènes récepteurs et peut se perpétuer sur au moins trois générations (7) ; les chercheurs ont aussi observé que les femmes ayant subi des violences dans leur enfance ont un risque trois fois supérieur aux autres d’avoir un enfant autiste (8).

     « Pour mettre fin au cycle de la violence, nous sommes invités à changer notre regard sur nos enfants, ce qui nous oblige presque automatiquement à regarder l’enfant que nous avons été »

     La suite est ici, dans ce magazine numérique, illustré par des artistes, à télécharger ou feuilleter gratuitement en ligne après avoir cliqué sur le lien ci-dessous

     

    Parents à Parents Webzine#1

    illustration de l’article : Yoann Lambert ; page de couverture du magazine : Gilles Levrier

     

    * Bibliographie d’Olivier Maurel : La violence éducative, un trou noir dans les sciences humaines, éditions l’Instant Présent, 2012. Oui la nature humaine est bonne !, Robert Laffont, 2009. La Fessée : questions sur la violence
    éducative, La Plage, 2004, préface par Alice Miller. OEdipe et Laïos : Dialogue sur l’origine de la violence, Éditions L’Harmattan, 2003.
    ** L’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire est à la fois une association et un site créés dans le but d’informer le plus largement possible l’opinion publique et les responsables politiques sur la pratique de la violence
    éducative ordinaire, c’est-à-dire les diverses formes de violence utilisées quotidiennement pour éduquer les enfants dans les familles et les institutions.
    Pour en savoir plus : voir le numéro 176 du magazine l’Enfant et la Vie et son dossier sur « l’autorité : un pas vers l’autre », dont cet article est partiellement issu. http://www.lenfantetlavie.fr
    Les études scientifiques présentées ici proviennent du site de l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire, où il est possible de lire les conclusions documentées et de trouver les sources dans leur intégralité.
    (1) Andrea N. Gromoske, Kathryn Maguire-Jack, University of Wisconsin–Madison, étude publiée dans le Journal of Marriage and Family, octobre 2012, p. 1054-1068. À ceux qui pensent qu’« une bonne fessée n’a jamais
    fait de mal à personne », une nouvelle étude réalisée en 2012 sur 3 870 familles a montré que les enfants fessés (spanked) de moins d’un an étaient plus susceptibles d’être agressifs à l’âge de trois ans et plus déprimés ou
    anxieux à l’âge de cinq ans.

    (2) Selon l’une étude présentée en 2009 par le Pr Murray Straus, sociologue et codirecteur du Family Research Laboratory de l’université du New Hampshire, les châtiments corporels réduisent le quotient intellectuel des enfants. Mesuré
    quatre ans plus tard, le QI des enfants qui avaient reçu des fessées de leur mère entre l’âge de 2 et 4 ans était inférieur de 5 points à celui des enfants qui n’en avaient pas reçu, tandis que le QI des enfants qui avaient reçu des fessées
    entre 5 et 9 ans était inférieur de 2,8 points à celui des enfants qui n’en avaient pas reçu au même âge.
    (3) Etude longitudinale menée par Michael J. MacKenzie, Eric Nicklas et Jane Waldfogel de la School of Social Work, et Jeanne Brooks-Gunn du College of Physicians and Surgeons and Teacher’s College, Columbia University, New York,
    publiée dans la revue Pediatrics sous le titre Spanking and Child Development Across the First Decade of Life mesure les effets jusqu’à l’âge de 9 ans. Elle montre que les fessées données par la mère à l’âge de 5 ans, même peu fréquentes, sont associées à un haut niveau de comportements d’externalisation de l’enfant à 9 ans. Les fessées fréquentes données par le père à l’âge de 5 ans sont corrélées avec un niveau plus bas de compréhension du langage à l’âge de 9 ans.
    (4) D’après l’étude de Michael E. Hyland, Ahmed M. Alkhalaf et Ben Whalley, université de Plymouth, Royaume-Uni, étude publiée dans le Journal of Behavorial Medicine, septembre 2012, les coups et les insultes reçus dans l’enfance accroissent les risques de cancer, de troubles cardiaques et d’asthme à l’âge adulte.
    (5) Le 2 juillet 2012 ont paru dans la revue Pediatrics les résultats d’une importante étude sur les effets des punitions corporelles. Cette étude, menée aux Etats-Unis auprès de 34 653 adultes âgés de 20 ans et plus par une équipe de chercheurs canadiens, a porté uniquement sur les fessées et châtiments corporels légers. Les sévices sévères, c’est-à-dire ceux qui causent des hématomes ou d’autres blessures, et les sévices sexuels en ont été exclus. Autrement dit, il s’agit bien des effets de la violence éducative ordinaire telle qu’on l’entend au Canada et en France. Or, il résulte de cette étude que les personnes ayant reçu des fessées et d’autres mauvais traitements physiques ne relevant pas de la
    « maltraitance grave » ont entre 2 et 7 % de risques supplémentaires de présenter à l’âge adulte des pathologies mentales allant des troubles du comportement aux troubles de la personnalité et aux maladies mentales graves, en passant par la dépression et les problèmes d’alcool ou de drogue.

    (6) Selon l’étude menée par Patrick O McGowan, Aya Sasaki, Ana C D’Alessio, Sergiy Dymov, Benoit Labonté, Moshe Szyf, Gustavo Turecki et Michael J Meaney, publiée dans la revue Nature Neuroscience le 22 février 2009, la maltraitance dans l’enfance, à travers le stress induit, modifie l’expression des gènes régulant les récepteurs aux glucocorticoïdes dans l’hippocampe et accroît le risque de suicide.
    (7) D’après l’étude menée par N. Perroud, A. Paoloni-Giacobino, P. Prada, E. Olié, A. Salzmann1, R. Nicastro, S. Guillaume, D. Mouthon, C. Stouder, K. Dieben, P. Huguelet, P. Courtet et A. Malafosse, universités hospitalières de Genève (Suisse) et de Montpellier (France), publiée dans Translational Psychiatry , le 13 décembre 2011, le traumatisme (maltraitance ou négligence physique ou psychologique, abus sexuel) s’inscrit dans notre génome à travers les modifications épigénétiques des gènes
    récepteurs et peut se perpétuer sur trois générations (ou plus, l’étude ayant porté sur trois générations seulement)

     

    04 Août
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  • La manière dont notre mère, notre père se sont occupés…

    25 Jan
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