La violence éducative terreau pour la violence conjugale ?

  • Tout le monde le sait, nos enfants nous imitent, c’est ainsi qu’ils apprennent.
    Ainsi, un enfant qu’on tape apprend à taper, et un enfant qui voit son père frapper sa mère risque davantage, une fois adulte, de frapper sa femme. Mais un enfant qui endure des violences éducatives
    a-t-il plus de chance qu’un autre de vivre et d’accepter des violences conjugales ?
    Valérie témoigne.

    « Je ne comprenais pas pourquoi cet homme que j’aimais tant, qui pouvait me témoigner tant d’amour et de générosité, pouvait aussi déverser autant de violence ».

    Mes parents m’aimaient beaucoup tous les deux et ma mère était tendre, mais mon père était très pointilleux sur les règles, et il pouvait devenir violent quand nous les transgressions.
    A quatre ans, je me souviens m’être interposée entre mon père hurlant pour prendre de force ma petite soeur en larmes que ma mère portait dans ses bras : il voulait lui donner une fessée pour la
    faire taire.

    Mon père avait la main leste, ceinture et fessées répliquaient à la moindre bêtise d’enfant.
    Et il nous semblait immense, incontrôlable. Il se déchaînait sur nous puis nous interdisait de pleurer.
    L’injustice que je ressentais me faisait parfois oublier ma peur : je me revois lui « tenir tête », du haut de mes 6 ans, refusant de baisser les yeux comme il me l’ordonnait… et le faire enrager davantage.

    violence éducative violence conjugale Parents à Parents Thierry SamuelJe ne comprenais pas pourquoi cet homme que j’aimais tant, qui pouvait me témoigner tant d’amour
    et de générosité, pouvait aussi déverser autant de violence.

    La dernière fois qu’il a tenté de me
    « corriger », j’avais 15 ans. Il considérait que ma chambre était une « véritable porcherie ». Je me suis
    interposée : désormais, je ne l’autorisais plus à me battre et je me défendrai s’il osait me toucher. Il ne m’a plus jamais frappée.

    « J’ai fini par comprendre que cette relation amoureuse s’inscrivait dans le sillage de celle qui m’avait liée à mon père, où amour et violence étaient intimement mêlés ».

    A 17 ans, j’ai rencontré le jeune homme qui est resté mon compagnon pendant huit ans. Cet
    idylle adolescente m’a amenée en Angleterre où je me suis installée avec lui. Mais s’en est suivi une
    véritable descente aux enfers : une fois encore, je me retrouvais avec un homme que j’aimais
    profondément, qui pouvait me témoigner amour et générosité, mais qui avait instauré un climat de peur, d’oppression, et me faisait subir humiliations et mauvais traitements.

    J’ai fini par comprendre que cette relation amoureuse s’inscrivait dans le sillage de celle qui m’avait liée à mon père, où amour et violence étaient intimement mêlés.
    La violence éducative que j’avais reçue pendant mon enfance avait pourri (comme un fruit qui
    se gâte de l’intérieur) mes relations amoureuses.

    J’ai eu énormément de mal à m’extirper de cette relation. Intellectuellement, je savais bien qu’elle était
    inacceptable, mais, émotionnellement j’étais incapable de rompre. Je suis aujourd’hui intimement convaincue qu’en pratiquant une éducation basée sur la violence, un père peut transmettre à sa fille un modèle de relation homme-femme qui cautionne la violence conjugale.

    Illustrations : Gilles Levrier puis Thierry Samuel

    Un article à suivre et retrouver ici

    Hors Cadre Parents à Parents Hommes et Bienveillance

    21 Oct
    21 Oct

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