Sommeil et maternité : un mix tisane « Molotov »

  • Début d’allaitement difficile, nuits hachées, douleurs post-natales, fatigue intense, doutes, … il n’en faut pas beaucoup pour que tout bascule. Sergine retrace pour nous son parcours de jeune mère épuisée, de la traversée de la dépression à l’équilibre et la confiance.

    Enfant, je me voyais mère à 27 ans. J’aurai 3 enfants. Une tribu unie, célébrant la vie et respectant la nature de chacun, dans l’amour simple et la complicité bienveillante, dans la joie et le jeu. J’avais 36 ans quand Noé Ange Komomé, mon fils, est venu au monde, fruit d’une union jeune et magique.
    Ma grossesse a été merveilleuse physiquement. Sur le plan émotionnel, le passage initiatique à la maternité faisait son oeuvre : « ça brassait», comme on dit au Québec (anxiété et peurs) ! Nous nous sommes offerts le précieux présent d’un accouchement naturel, en maison de naissance. Un enfantement pleinement accueilli physiquement et si défiant mentalement ! Que de doutes durant les sept heures entre une dilatation à 9cm et l’arrivée de bébé ! À 5h55 le 27 mars 2012, Noé est né.
    Le soir-même, l’aventure sommeil commençait.

    Avec ou sans lait ? L’allaitement au fil du sommeil

    yoann lambert sommeil maternitéBébé ne buvait pas. Alors la nuit suivante, à la maison de naissance, une accompagnante venait nous réveiller toutes les heures pour que nous lui donnions le colostrum au doigt. De retour à la maison, nous, si confiants dans la vie, nous retrouvions désemparés, seuls et déjà épuisés. Je souffrais d’une plaie au périnée qui rendait la position assise insoutenable. J’étais stressée et anxieuse avec mon petit qui avait perdu trop de poids. Comme le papa, je n’aurais jamais envisagé que l’allaitement serait un parcours du combattant de plusieurs mois, drainant beaucoup d’énergie.

    « De retour à la maison, nous, si confiants dans la vie, nous retrouvions désemparés, seuls et déjà épuisés »

    Une infusion chronométrée : un sommeil en pointillés

    L’enjeu de l’allaitement ponctuait le quotidien d’une discipline et d’un suivi qui nous empêchaient de nous laisser-aller dans le mouvement simple de la vie. Les nuits se découpaient en une succession de réveils programmés pour répondre au besoin vital de nourrir notre fils. Je me
    réveillais toutes les deux heures pour l’allaiter, puis j’allais tirer mon lait. Je dormais ainsi par tranches d’une heure, ne rejoignant jamais le sommeil profond.
    Trois ou quatre mois plus tard, l’allaitement était fluide. Joie ! Et aujourd’hui, deux ans plus tard, nous partageons encore ce bonheur savoureux et complice. Mais pour le sommeil, c’était une autre « tasse de thé ». À 8 mois, Noé se réveillait encore toutes les heures ou les deux heures. Je vivais les couchers avec une grande appréhension : l’endormissement prenait une heure, voire davantage, avant que je quitte la chambre, la boule au ventre. Noé se réveillait une demi-heure plus tard. Pas de répit. Et le jour, Noé résistait au sommeil. La sieste, pour lui, rimait avec balade en poussette.

    « J’ai compris, quand Noé avait huit mois, qu’il se réveillait pour prendre soin de moi »

    La plante anxiogène : maternité et dépression

    yoann lambert sommeil maternitéLa dépression, latente en moi depuis quelques années, s’est pleinement révélée avec la maternité. Magie de ce passage initiatique qui met en lumière tout ce qui nous habite afin que nous puissions faire le ménage et créer pour soi, et pour nos enfants, une vie pleine du sens, tissée avec notre cœur et nos valeurs ! Cette dépression, j’ai mis du temps à l’identifier clairement, mais elle a très nettement teinté mon expérience. J’ai compris, quand Noé avait huit mois, qu’il se réveillait pour prendre soin de moi. Il suffisait d’observer son comportement : il n’y avait aucun doute. Il était parfaitement capable de dormir. Il avait besoin que sa mère s’endorme avec lui et de se s’assurer régulièrement qu’elle allait bien.
    La dépression nous coupe de notre intuition. Elle interfère sur la façon dont nous voyons la vie, et dont nous en appréhendons les événements. Je vivais dans ma tête, en proie aux doutes, constamment. J’accueillais les événements avec anxiété, déconnectée de mon « centre » et de mon conjoint. C’est à dix-huit mois que Noé a commencé à expérimenter des nuits continues. La dépression et l’épuisement étaient à leur apogée.
    Aujourd’hui, je me sens encore vulnérable, mais je suis centrée et connectée à ma sagesse intérieure. Noé a aujourd’hui deux ans et demi. Chaque soir, nous prenons le train du sommeil ensemble, quel qu’en soit le voyage. Depuis deux mois, il a besoin de dormir dans mon lit.
    J’accueille ce qui est : je suis le flot de la vie, pleinement dans le « maintenant ». Je suis à l’écoute de ses besoins, des miens du mieux que je peux, et je remets en question mes résistances. Je crée mes réponses avec mon intuition et celle de mon fils, dans la confiance.

    « La dépression nous coupe de notre intuition »

    Un mélange homogénéisé : le sommeil intriqué avec la vie

    yoann lambert sommeil maternitéIl m’est impossible de dissocier le sommeil, l’allaitement, mes états physique et émotionnel, ceux du père de mon fils et ceux de mon fils. La vie embrasse tout ce qui est et tout ce que nous sommes, dans un même mouvement. Or, j’observe une tendance très marquée dans nos sociétés «modernes» à compartimenter la vie : la famille, le travail, soi, la santé, les loisirs, … En réponse à notre besoin de rationaliser … pour pouvoir contrôler.
    Il en est de même pour la maternité et les bébés : il y a le sommeil, l’allaitement, le langage, etc, que l’on envisage comme des sachets de thé à infuser dans des tasses hermétiquement séparées les unes des autres. Les herbes comme la vie, comme toute vie, conservent leur essence lorsque nous les laissons infuser en vrac, là où leur intégrité est intacte. L’harmonie des saveurs est propre à chacun et à chacune.

    Sergine Martinez

    illustrations : Gioia Albano et Yoann Lambert

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    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    05 Avr
    05 Avr
  • Cesser de vouloir décider et contrôler pour être heureux, innover, grandir ensemble et obtenir de bien meilleurs résultats, une drôle d’idée ? Pas tant que ça, je vous assure. En vous proposant de mettre face à face parent et dirigeant, je vous propose que nous réfléchissions ensemble au pouvoir, à ce qu’il nous apporte, et à ce que nous permettons de joyeux, d’innovant, d’épanouissant (pour tous) d’advenir si nous le partageons. Une attitude qui passe par un travail sur soi dont nous sortons tous gagnants.

    Le pouvoir est pourtant grisant

    L’exercice du pouvoir est grisant, ce n’est un secret pour personne. J’en ai fait l’expérience toute jeune : j’étais l’ainée des petits enfants, j’avais pris l’habitude de proposer des idées de jeu qui suscitaient l’engouement de mes cousins et voisins, et tous suivaient mes directives. En jouant les chefs d’orchestre (un métier que je rêvais de faire mien), je ressentais une joie et une puissance immenses à voir les idées que j’avais en tête devenir réalité. Ce pouvoir était d’autant plus grisant pour moi qu’il réparait le sentiment d’impuissance que je ressentais à chaque fois que je voyais mes parents continuer à s’entretuer malgré tous les efforts que je déployais.

    Alors oui, j’ai aimé diriger, mener, conduire, planifier, observer le résultat de nos succès. Mais j’ai aimé ça comme on prend plaisir à dévorer un gâteau au chocolat ou à boire un peu trop de bon vin : sur le moment c’est délicieusement bon, mais après, les maux d’estomac, la nausée ou le tournis nous font réaliser que cette joie n’était qu’à courte vue.

    Un jour, je ne saurais dire pourquoi, les choses se sont passées un peu autrement, je n’ai pas décidé pour tous mais j’ai co-créé avec les autres. En faisant avec eux, en situation d’équivalence, j’ai senti une joie plus intense encore. Nous étions arrivés bien plus loin que là où je serais allée avec mes seules idées. Nous avions ouvert des mondes que je n’avais jamais entrevus, même en rêve. Et c’était bon ! Personne ne râlait, chacun suivait une vision de base qu’il avait enrichi et avait fait sienne.

    Depuis, je n’ai eu de cesse que de retrouver ce sentiment encore plus puissant que le pouvoir sur les autres, celui de la libre appartenance à un collectif dans lequel chacun a sa place, peut exprimer son plein potentiel et sa pleine puissance.

    Chef ou leader ? Une posture qui vaut en entreprise comme avec ses enfants

    Chef ou leader inspirer faire grandir Leandro Lamas Parents à PArents J’ai redécouvert ces sensations enthousiasmantes en entreprise dès que j’ai eu à mener des projets. A la fin de ma première année de vie professionnelle, on m’avait confié un projet de re-organisation dont la durée avait été planifiée à deux ans au moins. Mais en travaillant de concert avec les équipes européennes et les autres parties prenantes, nous avons trouvé une solution qui convenait à tous en moins de trois mois, et elle avait pu être mis en œuvre en deux mois. Cinq mois après mon arrivée, je n’avais plus rien à faire (à part assurer le suivi) et je suis donc partie vers de nouveaux horizons. Cette expérience (faire aboutir un projet bien plus vite pour bien moins cher que prévu) m’est arrivée plusieurs fois ensuite (et à vous aussi sans doute) : c’est fou ce que nous allons vite quand nous mettons nos énergies au service d’un projet commun !
    J’ai aussi tenté d’agir ainsi quand j’ai eu l’occasion de manager des équipes. J’avais des valeurs – transparence, authenticité, écoute de toutes les idées – mais je manquais d’outils, d’expérience et de confiance pour aller plus loin dans une hiérarchie plutôt opaque, sans vision partagée et politicienne au possible. Ce devait être un management plutôt « sympa », mais il était très loin d’être à la hauteur de mes espérances et ne changeait la vie de personne.
    La question du « management » s’est posée autrement quand je suis devenue maman.

    Je n’avais pas envie de contrôler. Je me souvenais que ma mère m’avait laissé relativement libre de mes sorties jusqu’à ce qu’elle me découvre un petit ami un peu sérieux. J’avais seize ans, et là, comme bien des parents, elle avait commencé à surveiller bien davantage mes allers et venues. J’en avais conclu que le contrôle était une réaction face à la peur et qu’elle s’associait à un manque de confiance. Des attitudes que je ne voulais pas cultiver avec mes enfants.
    Je n’avais pas non plus envie de diriger, de penser, de faire à leur place ou de panifier. C’est pourtant ce que font la plupart des parents, mais je savais comme ce comportement empêche la confiance de s’installer, entrave le développement et l’épanouissement et créé des blocages dont une vie entière ne permet pas toujours de venir à bout.

    Je ne voulais pas diriger une bande de lutins, je ne voulais pas créer de rapport de force (d’autant que je savais qu’il n’est pas naturel chez l’enfant, il est toujours construit par l’adulte). Bien des spécialistes, quand ils parlent d’autonomie (de l’enfant ou du salarié) ne pensent pas à une véritable autonomie (être auteur de sa vie, entreprendre des actions par soi-même en se donnant ses propres limites et règles de conduite) mais à la capacité à faire seul ce qu’un supérieur (chef ou parent) demande à un inférieur (salarié ou enfant).

    dormir grandir allaiter ensemble parents à parents leandro lamasL’expérience de la grossesse m’avait donné une certitude : je n’avais pas « fait des enfants », j’avais accueilli des êtres dont j’avais tout à apprendre. Je voulais accompagner ces enfants dont la vie m’était confiée, et je voulais qu’ils puissent aller, chacun, vers la plénitude et vers le meilleur d’eux-mêmes (sachant que je n’avais aucune idée de ce que serait ce « meilleur » et qu’il n’était évidemment pas question que je le définisse pour eux). C’est dans cette vision ambitieuse, alimentée par une puissance d’amour illimitée, que nous avons grandi avec nos enfants, pour les aider à devenir autonomes, chargés d’eux-mêmes comme m’avait dit un jour Anne Barth. Et ce fut d’autant plus facile que mon époux était d’accord pour tenter l’expérience en ce sens.
    Je ne pouvais donc pas me positionner comme parent au sens classique, et c’est, entre autres, dans mon enclin naturel à sortir du cadre (favorisé par nos expériences de vie différentes, mon conjoint et moi ayons grandi sur des continents différents), et mes lectures autour de l’empowerment et du leadership que j’ai trouvé des pistes d’exploration. Pour que nos enfants soient autonomes, il fallait que nous le soyons vraiment. Ça semble évident, pourtant les parents le sont rarement, aiguillés ou guidés qu’ils sont sans cesse par des experts de tout poil (de la voisine au pédiatre, de la nourrice au psy, de la grand-mère à la bonne copine) qui pensent à leur place et les alimentent sans cesse de réponses toutes faites à des questions qu’ils n’ont parfois même pas posées.

    Les bienfaits inespérés de cette nouvelle posture

    Quand j’ai découvert la non-violence, la Communication NonViolente, la logique émotionnelle, la co-écoute, la décharge émotionnelle, TIPI et la sociocratie, j’ai eu à ma disposition des idées et des outils pour aller plus loin.

    Je voulais que nous soyons des parents libres, je voulais que mes enfants soient libres, j’étais seulement plus expérimentée qu’eux dans un certain nombre de domaines de la vie et je savais que mon attitude, bien plus que mes paroles, les inspirerait forcément (vers la liberté, l’initiative et l’épanouissement, ou vers la peur, la soumission, la résignation, l’absence d’estime et de confiance en eux-mêmes et dans les autres, …).

    Je savais que mon rôle consistait à les aider à se connaître, à comprendre leurs besoins, à vivre avec leur hypersensibilité, à tirer profit de leurs émotions et à développer des moyens non-violents pour coopérer. Pour le reste, ils devaient expérimenter (sous surveillance, parfois, notamment pour mon ainée qui adore jouer avec le feu – au sens propre du terme), observer le résultat de leurs réactions, inventer des solutions, devenir progressivement responsables de leur vie.
    Nous avions confiance : comme tous les enfants du monde ou presque, ils avaient appris à marcher et à parler sans que nous n’ayons rien à faire qu’à les laisser faire. Ils sauraient bien apprendre et acquérir d’eux-mêmes tout ce qui leur serait utile et tout ce qui susciterait leur envie, si nous leur fournissions un cadre sécurisant et un environnement suffisamment riche et inspirant.
    cesser de décider Parents à PArents Leandro LamasTout cela n’a rien à voir avec la sévérité ou le laxisme. C’est une autre posture, qui dépend de chacun, ne répond à aucun diktat et que nous pouvons qualifier de libératrice. Pour illustrer ce que nous sommes ensemble, j’ai en tête l’image d’une constellation dans laquelle chacun d’entre nous serait une planète : c’est la mise en commun, dans une position qui permet à chacun d’exprimer son plein potentiel, qui permet à notre système de tourner à plein régime et de s’épanouir. Chacun y a sa place, son rôle, son devenir singulier, son autonomie dans un système où nous sommes tous interdépendants. Mais contrairement aux planètes, chacun peut relativement facilement changer de place, de rôle, de mission. « L’humain ne s’offre que dans une relation qui n’est ni de pouvoir, ni de violence » a dit Emmanuel Lévinas.
    Quand je vois aujourd’hui comme nos enfants prennent soin les uns des autres, quand je vois les initiatives qu’ils prennent, quand j’observe la joie qui est la leur, l’amour qui nous lie les uns les autres, je me dis que nous sommes sur un chemin qui nous permet d’avancer chaque jour un peu plus loin.
    Comme nous leur parlons correctement, ils font de même. Comme nous prenons soin d’eux, ils prennent spontanément soin des autres et même de nous quand nous sommes fatigués, irrités. Un jour où je me souviens leur avoir dit « je suis vraiment énervée, j’ai perdu un document important pour moi », je n’ai pas eu besoin de menacer ni même de leur demander d’être calmes, ils se sont immédiatement mis à ma place et ont proposé leur aide. Nos relations sont vraiment joyeuses, c’est un bonheur pour nous de passer du temps ensemble. La parentalité n’est pas source de tensions ni de pression, elle est vecteur de joies infinies.

    Ne pas diriger, c’est reposant, il s’agit d’être présent tout en laissant faire

    Je me souviens avoir passé une après-midi chez des amies de mes filles, dont la maman voulait absolument qu’elle joue au jeu qu’elle avait préparé : c’était épuisant pour elle, agaçant pour moi car elle ne cessait d’interrompre nos échanges, et inutilement contraignant pour les enfants qui n’ont jamais obtempéré : ce jeu-là ne les tentait pas, et puis voilà.

    anniversaire en famille PArents à Parents Leandro LamasJe me souviens de goûters d’anniversaire chez une amie qui avait passé dix soirées à sélectionner et préparer toutes les activités de l’après-midi, qu’elle avait ensuite orchestrées à la façon d’une gentille animatrice. En fin de journée, elle était épuisée. Nous avons souvent eu plus de quinze enfants à la maison pour les anniversaires de nos enfants. A part une piňata et un gâteau (fabriqués avec les enfants et à leur demande), nous n’avons jamais rien préparé. A chaque fois, les enfants se sont très bien débrouillés tout seuls, inventant des jeux dont nous n’aurions jamais eu l’idée et trouvant des solutions lumineuses pour régler leurs conflits, pendant que nous, adultes, faisions connaissance et pouvions nous lancer dans des discussions à bâtons rompus.
    Il ne s’agit pas de laxisme ou d’inconséquence. L’indifférence est une autre forme de maltraitance. Dans ses conférences, Jean-François Zobrist, ancien directeur de l’entreprise FAVI, rappelle souvent cette parole de François Jullien « le bon prince est celui qui en supprimant les contraintes et les exclusions permet à chaque existence de s’épanouir à son gré. Son agir sans agir, qui n’est pas ne rien faire du tout, est une forme de laisser faire pour faire en sorte que les choses se fassent toutes seules ». Je le vis comme une qualité de présence à soi et aux autres qui autorise au sens qu’elle « rend auteur ».

    La question se pose de la même manière si nous sommes éducateurs, professeurs, enseignants, dirigeants. Les enseignants qui ont adopté la philosophie et la posture des pédagogies nouvelles, les parents qui se lancent dans les apprentissages autonomes le disent tous : c’est infiniment plus joyeux et moins stressant que de tenter par tous les moyens de faire rentrer un savoir dans la tête de quelqu’un. Il est impossible « d’apprendre quelque chose à quelqu’un », la seule chose qu’on puisse faire consiste à fournir un environnement (des activités, des stimulations) et des informations qui permettent l’acquisition des connaissances et des compétences. Et celui qui sait n’est pas forcé d’imposer un rapport de force, ni de prendre le pouvoir. Tout est même bien plus facile s’il ne le fait pas.

    L’entreprise libérée, l’autonomie parentale

    J’ai donc été émue quand j’ai entendu Alexandre Gérard, patron d’Inov-on, raconter son parcours au sein de son entreprise. Cette démarche d’intense travail sur soi, d’humilité et de dépouillement qui mène à la joie, nous avions fait un peu la même dans un domaine différent, celui de la parentalité. Je suis donc ravie et peine d’espoir quand je vois des pionniers tenter cette belle expérience, en récolter les fruits et en parler autour d’eux, pour inspirer d’autres dirigeants et susciter un engouement.
    Je trouve inspirant pour les parents d’observer ce qu’ont entrepris ces dirigeants audacieux : ils sont partis de l’hypothèse que la nature humaine et bonne (ce qu’Olivier Maurel et l’Observatoire de la Violence Educative Ordinaire ont montré par un travail de recherche conséquent), ils ont fait confiance, ont cessé de décider seuls pour les autres, de contrôler, et ont ainsi libéré l’initiative, l’autonomie, la responsabilité, l’innovation, l’épanouissement, le bonheur au travail. Plutôt que de réfléchir entre élus, ils utilisent le plein potentiel de leur entreprise (ils font émerger l’intelligence collective) et atteignent des niveaux d’adaptabilité et de performance qui forcent l’admiration.

    Leur attitude est d’autant plus inspirante pour les parents qu’elle ne porte des fruits que si elle est profondément sincère (sinon il s’agit d’un moyen de manipulation totalement contreproductif), qu’elle découle d’un intense travail sur soi, qu’elle met fin aux signes de pouvoir pour traiter les autres non en égaux, mais en équivalents. Pour le parent, cela signifie sortir du rapport de force et de la croyance selon laquelle l’adulte doit dresser l’enfant et quelqu’un doit gagner et un autre perdre. Cela signifie aussi s’agenouiller souvent, se mettre à la hauteur des enfants, les écouter vraiment, les prendre au sérieux et ne jamais minimiser leur capacité à penser, imaginer, rêver, créer, réaliser, faire aboutir quel que soit leur âge, à chaque étape de leur développement.

    cocréer être libres ensemble PArents à Parents Leandro LamasElle ne fonctionne également que si on met fin aux punitions et aux récompenses externes (en entreprise, le contrôle, les objectifs fixés en haut, …) et si on valorise la puissance de l’erreur (celui qui ne se trompe pas n’a pas assez osé). J’ai été amusée aussi d’entendre Christophe Collignon, dirigeant de IMA Technologies, dire « quand on ne sait pas on ne dit pas non, on dit oui et on observe ce qui se passe » : c’est aussi ce que nous pouvons faire en tant que parent, d’autant que les enfants évoluent à une vitesse folle et que ce qui était impossible hier peut être faisable aujourd’hui.

    Cette perspective parentale me semble d’autant plus pertinente aujourd’hui que nous n’avons aucune idée de ce à quoi ressemblera le monde de demain. Si nous répétons l’éducation que nous avons reçu, nous les préparons au monde d’avant-hier, qui n’existe plus.

    Les « entrepreneurs libérés » ne seront pas forcément séduits au premier abord par ce parallèle entre la posture de parent et celle du leader, car c’est justement du management paternaliste dont ils veulent s’extraire. Mais ici, il est question d’une autre façon d’être parent, qui ne répond à aucun dogme, qui se cherche et se trouve « chemin faisant ». La distanciation, le décalage suggérés par ce parallèle a priori inapproprié susciteront peut-être une idée au manager-leader-animateur qui nous lira. Cet article pourra aussi les conforter qu’ici et ailleurs, des parents sont en train de préparer de futurs adultes à ce nouveau monde qu’ils sont en train de créer, et c’est toujours exaltant de savoir que dans d’autres milieux, d’autres agissent de concert, que tous les efforts se rejoignent.

    Ce mouvement de libération, si on le retrouve en entreprise, dans certaines écoles, dans l’instruction en famille, dans la posture parentale, peut être le signe qu’un vrai mouvement sociétal est en train de prendre forme et qu’une nouvelle ère est en train d’émerger. Quel espoir et quelle énergie cela donne à tous ceux qui ont envie de s’engager dans cette dynamique que nous pouvons tous, chacun à notre mesure et selon nos talents, co-construire ensemble. Il n’y a rien de plus galvanisant pour moi que de réaliser que je peux, avec d’autres, aiguillonner l’avenir du monde et agir pour que celui dans lequel grandiront nos enfants soit un peu sain, agréable, respectueux, joyeux, épanouissant.

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Nous avons co-créé l’association Parents à Parents pour partager et susciter chez d’autres ce projet d’autonomie, de cocréation quotidienne, qui se passe des diktats et des injonctions de tout poil, qui cherche en soi ses pistes de solution et ses réponses – et se nourrissant des idées des autres mais sans jamais qu’elles soient imposées comme des vérités suprêmes-.
    Je suis intimement convaincue que si nous appliquons la solution d’un autre, aussi pertinente soit-elle, nous ne sommes plus présents à ce qui se vit sous nos yeux, nous perdons un peu de notre capacité à imaginer, impulser, agir. C’est pour ça qu’au sein de Parents à Parents, nous n’avons pas et nous n’aurons jamais de gourous, de penseur fétiche. Ce qui nous nourrit peut venir de partout.

    Illustrations : Leandro Lamas

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    28 Déc
    28 Déc
  • Je vais vous dire quelque chose qui vous étonnera peut-être : j’aime bien le chaos, il suscite en moi une sorte d’excitation comme les illuminations des villes le soir de Noël. Je n’aime pourtant ni les disputes, ni la violence, ni les cris, mais le chaos, quand il est léger, résonne en moi comme une invitation à imaginer que quelque chose de bon et de beau est à construire ou à venir. En quelque sorte je le vis comme les contractions pendant l’accouchement : une ouverture du cœur et du corps qui prépare la naissance.

    Toute crise personnelle est un point de bascule

    traverser une crise de la quarantaine réussir sa vie gilles levrier parents à parents Un certain degré de chaos, d’incertitude, d’inconnu, c’est un peu comme une brise après deux jours pleins de canicule. C’est le mouvement de la vie qui nous traverse, la perspective d’un nouveau champ de possibles qui s’ouvre, d’une nouvelle façon de voir le monde et de l’habiter qui se révèle. Tout le contraire de la stagnation et de la mort.

    J’aime sortir des cadres de référence, imaginer d’autres angles de vue qui sont autant de voies nouvelles pour expérimenter la vie, et je préfère la liberté et l’authenticité à la sécurité et au confort. Alors les périodes de chaos, je ne les cherche pas, mais elles ne me font pas vraiment paniquer a priori.

    Pourtant des crises, j’en ai connues. Mais justement. Je sais, pour avoir traversé un certain nombre d’épreuves depuis ma plus tendre enfance, que j’ai en moi et autour de moi des ressources pour passer à l’étape suivante sans y laisser ma peau ou mon âme. J’ai grandi, j’ai bien plus de pouvoir sur ma vie qu’à six ans et demi. De toutes façons, la vie n’est une autoroute pour personne, et elle serait bien monotone si elle l’était. Des crises, nous en traversons tous. Je ne crois donc pas, vous m’avez compris, qu’elles ne sont qu’un mauvais moment à passer, comme le disent de nombreux parents en parlant de leurs adolescents à fleur de peau. Je crois qu’elles représentent au contraire une formidable opportunité de renaissance qui appelle toute notre attention et notre clairvoyance.

    Nos vulnérabilités et nos élans profonds sont nos forces

    L’adolescence est une sorte de mue, les séparations sont autant d’occasions de transformation. Il ne s’agit pas de changer pour changer, mais d’aller chaque fois un peu plus profondément vers soi et vers les autres, il s’agit de se trouver, de prendre avec nous tout ce qui peut nous être utile et de nous défaire de tout ce qui ne l’est plus pour poursuivre notre voyage, avec de nouveaux compagnons.

    La majorité de mes amis a mon âge, une jeune quarantaine. Et pour la plupart d’entre nous, quelque chose a changé ces dernières années, comme si nous avions rebattu toutes les cartes de notre jeu, même si nous étions déjà bien à l’écoute de nos intuitions et de notre vie intérieure. 40 ans a été pour nous un point de bascule, l’occasion d’un nouveau saut joyeux ou inquiet (parfois les deux à la fois) vers l’inconnu.

    traverser une crise de la quarantaine réussir sa vie gioia albano parents à parents A 30 ans, je me suis embarquée dans la maternité corps et âme, comme dans tout ce que j’entreprends, mais là, avec une intensité dont je n’avais jamais fait l’expérience auparavant. J’ai eu la sensation de renaître à chaque accouchement, même le jour où le bébé que je portais est décédé. En accompagnant mes enfants au plus près de ce qu’ils étaient, j’ai naturellement été invitée à faire le même chemin vers moi même. A un moment, je crus même m’être pleinement trouvée. Je savais pourtant bien que dans ce domaine, rien n’est fini tant qu’on est vivant.

    La maternité m’a fait développer des capacités physiques que je n’imaginais pas possibles : trouver le moyen de dormir et de me régénérer tout en étant réveillée toutes les quinze minutes ou en restant assise toute la nuit, travailler tout en étant présente pour mes enfants, passer sans cesse d’une chose à l’autre sans rien oublier,…

    J’ai également développé des qualités d’écoute, d’empathie encore plus fortes, une compréhension du langage non verbal que je n’avais pas imaginée et qui me sert dans bien des situations.

    J’ai eu l’opportunité de mettre pleinement à profit mon hypersensibilité : j’ai vu à quel point elle me permettait notamment de percevoir les « signaux faibles », ces petits indices à peine identifiables et souvent inaccessibles au raisonnement, qui nous ont évité bien des soucis et nous ont permis de vivre bien des joies. Cette forme d’anticipation m’est précieuse, elle permet aussi de voir les crises venir avant de les prendre de plein fouet.

    J’ai décuplé ma capacité à aimer. Je n’ai pourtant jamais rien négocié avec la vie, j’ai toujours aimé de tout mon cœur, sans jamais me protéger, mais je vois bien que cette capacité à donner, à aimer les êtres dans leur plus grande profondeur quoi qu’il advienne, sans chercher à les changer, a encore augmenté, et je le dois sans doute à mes enfants.

    Mais ce n’est pas tout. Avec mes enfants, avec ceux des autres, avec les adultes avec qui j’ai eu l’occasion de coopérer, j’ai expérimenté mille manières de vivre, de co-construire et de trouver des solutions paradoxales, étonnantes et réellement efficaces. Je suis sûre que vous aussi, si vous regardez un peu en arrière, non ?

    Ne pas choisir, ne rien sacrifier

    traverser une crise de la quarantaine réussir sa vie gilles levrier parents à parentsComme d’autres jeunes mères, je n’ai pas choisi entre vie familiale et vie professionnelle. J’ai décidé de tout relier et de tout faire ensemble, contrairement à l’idée reçue qui professe la nécessité de cloisonner nos différentes sphères (familiale, sociale, professionnelle,…). J’ai souvent pensé à ma grand mère qui avait sacrifié ses projets de carrière à l’entretien de sa famille et à la génération de nos mères qui, pour réussir professionnellement, avaient peu savouré leur maternité.

    Aujourd’hui, nous n’avons plus besoin d’être en tension entre la femme et la mère. Nous pouvons tout être à la fois.

    De mon expérience, l’allaitement n’enlève rien au désir ni aux capacités psychiques, et la grossesse non plus. Au contraire, c’est comme si tous ces élans d’amour se rejoignaient pour s’intensifier les uns les autres.

    Il peut aussi y avoir un temps pour tout, et nous pouvons nous épanouir dans toutes nos dimensions. Je suis pleine de gratitude quand je réalise à quel point nous sommes chanceuses.

    Mais voilà, rien n’est jamais définitif et un jour, cet équilibre presque parfait qui avait été le mien pendant huit ans ne m’a plus du tout convenu. J’avais un job qui m’intéressait vraiment (j’en avais même plusieurs), je ne perdais pas de temps en transport, je travaillais de chez moi la plupart du temps, je pouvais choisir quand et où faire mon travail, je pouvais aller courir, jouer du piano ou du violoncelle, poursuivre mon roman en cours, garder un enfant malade ou fatigué à la maison et voir des amis ou des expositions en plein milieu de l’après midi, quand tout le monde est au boulot (une chance que je savoure et qui m’a longtemps donné la sensation d’être vivante). À toute heure du jour ou de la nuit, ou presque, j’étais disponible pour les miens.

    Mais du coup, je travaillais souvent seule, et début septembre, quand mon petit dernier est rentré à l’école, dans le même environnement joyeux que ses deux aînés, j’ai ressenti le besoin impérieux de tout changer. Enfin pas tout à fait tout, mais mes priorités, ma disponibilité, mes ambitions, mon positionnement au service des autres, et même mon métier. Une part de moi se réveillait et semait un tel chaos que je n’étais plus sûre de rien.

    J’ai ressenti le besoin de revisiter tout mon passé, comme si j’avais laissé des miettes, des morceaux de moi un peu partout.

    Il m’a semblé que mon regard s’élargissait soudain de manière extraordinaire. Mes sources d’intérêt également. Je me suis mise à dévorer les livres de philosophie que j’avais mis de côté quelques années plus tôt et ce qui m’avait paru essentiel pendant une décennie me sembla soudain juste important ou intéressant, mais sans plus. J’ai eu la sensation d’être à un point culminant (même si je pense que nous en avons plusieurs). J’avais bien plus de connaissance de moi, de la vie et des autres qu’à vingt ans, je n’avais pas encore l’impression d’avoir perdu en capacité physique, j’étais pleine d’une énergie incroyable, mes intuitions étaient plus fortes que jamais. La vie tambourinait à l’intérieur. Alors j’ai écouté, je me suis écoutée comme j’avais appris à le faire avec mes enfants. Et j’ai beaucoup appris en écoutant mes amies.

    Élargir le champ et prendre conscience du chaos intérieur

    traverser une crise de la quarantaine réussir sa vie gilles levrier parents à parents L’une me racontait comme elle avait senti son intérêt pour le monde autour d’elle s’élargir progressivement quand ses enfants ont eu 8 ou 10 ans. « Au début toute ma vie était centrée sur eux, puis ca s’est élargi, élargi, élargi, comme un mouvement en spirale qui part du centre et qui se consolide au fil du temps », se souvient cette maman de deux adolescents.

    Elle sentait physiquement sa sortie du monde maternel avec tous les gestes qui s’enchaînent dans le soin d’une tout petit : le corps qui berce dès qu’il est debout, la tête qui se penche pour embrasser, les bras qui s’ouvrent pour accueillir… Isabelle a mis ses mots sur ces périodes de mue qui sont des crise mais pas seulement : ce sont des points de bascule que nous vivons autant physiquement que psychiquement, analyse-t-elle.

    C’est toute notre vie qui s’en trouve renouvelée. Tout doit être remanié, reconsidéré, réorganisé.

    « Le changement n’est pas seulement dans nos têtes, il est aussi dans nos corps« , avertit isabelle. Et c’est aussi vrai quand les enfants quittent le foyer parental à l’âge adulte. Leur départ crée un vide physique, énergétique. Deux femmes pourtant très conscientes de ce qu’elles vivaient n’arrivaient pas à faire des courses pour elles seules, se souvient elle par exemple. Ce n’est pas seulement leur vie pratique, mais toute leur vie intérieure, toute leur existence qu’elles sentaient qu’elles devaient réaménager face au départ pourtant bien accepté de leurs enfants.

    Suivre son intuition et prendre soin de soi

    Pour Raphaëlle, la crise était un phénomène étranger jusqu’à ce qu’après vingt ans de mariage, à 44 ans, elle réalise soudain qu’elle se sentait trop en décalage avec son conjoint pour pouvoir poursuivre la route avec lui. Ce constat n’a pas, d’abord, été le fruit d’une réflexion, il s’est imposé à elle.

    Cette idée tombée du ciel comme une vérité certaine s’est accompagnée d’une telle sensation de plénitude, a réveillé en elle un tel élan vital qu’elle n’a pas pu reculer, faire comme si de rien était.

    Elle trouve aujourd’hui la force d’organiser sa séparation avec beaucoup de tendresse et de respect, pour détruire le moins possible sans rien sacrifier. Elle sait que ce ne sera ni facile ni confortable, mais sa décision est le fruit d’un tel mouvement de vérité intérieure qu’elle le traverse avec confiance, une confiance qu’elle n’avait jamais ressentie auparavant.

    Il ne s’agit pas d’une crise qui signerait une rupture de survie, mais plutôt d’un point de bascule qui prépare une vie nouvelle, plus vraie, plus profonde et plus authentique que jamais.

    traverser une crise de la quarantaine réussir sa vie yoann lambert parents à parents Pour Anna, les crises font partie de sa vie depuis toujours. Dans le sillage d’une rupture amoureuse avec l’homme avec qui elle rêvait d’avoir un enfant, elle a perdu son travail et son domicile. N’ayant plus rien à quoi se raccrocher, elle a amassé ses affaires dans le garage d’une amie et s’est assise par terre à côté de ses valises pour réfléchir. Elle s’est alors mise au défi : « tu bougeras de là quand tu sauras ce que tu veux faire ». Elle est restée ainsi trois jours, ne se levant que pour boire et faire pipi.

    Au troisième jour, une idée émergea en elle d’une profondeur indéfinissable, elle sut quoi entreprendre et partit. Depuis, elle a trouvé d’autres modalités moins éprouvantes pour traverser ses crises, elle sait que la beauté la régénère, la réconforte et la rééquilibre, elle sait qu’un bain chaud lui offre un soutien réparateur, et elle n’a pas peur : quelque part en elle, elle sait qu’elle ne manquera jamais de rien, que la crise est pour elle un appel à la transformation et qu’elle fait partie de sa vie.

    Aller chercher de l’aide à l’extérieur

    La dernière crise de Morgane a eu lieu il y a huit ans, quand elle a eu soixante ans. Elle se retrouvait retraitée après une vie de formatrice et de comédienne qui la remplissait d’autant plus qu’elle vivait seule et n’avait pas eu d’enfants. C’est l’idée qu’elle se faisait de la retraite qui lui faisait le plus de mal. Elle s’imaginait une période ennuyeuse à mourir, qui la verrait se dégrader de plus en plus en attendant la mort. Elle était effrayée par les statistiques qu’elle lisait sur la santé des retraités.

    A cette sensation de vide et d’inutilité s’ajoutait une peur légitime de l’avenir : sa retraite ne lui permettrait pas de payer un loyer suffisant et elle n’avait pas l’apport nécessaire pour acheter. Morgane eut peur de la pauvreté. C’est en travaillant sur elle et en se faisant aider qu’elle a trouvé ses solutionsun bon thérapeute l’a aidée à se débarrasser de ses images négatives, une amie l’a aidée à trouver un beau petit appartement et son frère a contribué à son financement. Enfin, le temps lui a montré que la retraite, ce n’est plus ce que c’était. Elle n’avait pas à choisir entre retraite et activité, elle pouvait percevoir une petite retraite et continuer à exercer un métier.

    Depuis, elle est en pleine activité professionnelle et en pleine expertise. Elle a de plus en plus de belles choses à transmettre, et jamais, en la voyant, vous ne lui donneriez son âge. La crise de la soixantaine l’a rajeunie.

     
    traverser les crises réussir sa vie Gille Levrier Parents à ParentsMême s’il semble que certaines périodes de la vie se prêtent plus particulièrement aux crises, chacun vit les siennes à sa manière et fonction de son identité, de son parcours et de ses besoins. Mais dans tous les cas, il me semble qu’on peut les voir non pas comme des problèmes à régler, mais comme d’incroyables opportunités à saisir, avec le cœur ouvert et les yeux émerveillés d’un enfant qui se demande quel cadeau il va découvrir devant le sapin. Et cette ouverture là a sans doute une importance fondamentale sur la façon dont nous allons pouvoir gérer, traverser des périodes chaotiques pour aller chaque fois davantage là où notre cœur nous porte, là où le plus profond et le plus vivant de nous nous entraîne.

    C’est tout le bien que je vous souhaite, en cette période un peu chaotique pour tous, quel que soit notre âge et quelle que soit notre vie. C’est l’occasion d’y prendre notre part, de ne rien laisser faire qui ne nous convienne, et de construire le monde dans lequel nous avons envie de vivre en y mettant tout notre amour et tous nos talents.

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    Illustrations : photo à la une Gilles Levrier, puis tableau Gioia Albano puis photos de mer Gilles Levrier, photo d’accro-branches Yoann Lambert, photo d’entrée au spectacle Gilles Levrier.

    gaëlle Brunetaud-Zaïd

    21 Déc
    21 Déc
  • Confier son tout petit, son bambin ou son enfant à un tiers, ça n’est souvent pas facile, surtout quand c’est la toute première fois, mais de nombreux parents ne peuvent tout simplement pas faire autrement. Heureusement, un certain nombre de progrès ont été faits ces dernières décennies dans la prise en charge des bébés et des bambins, et il existe des lieux où ils peuvent vraiment se sentir bien. Pour vous en convaincre et plus encore pour vous donner des clés lors les moments où vous ferez vos choix, vous invitons ici à rencontrer avec six femmes formidables, animées d’une même urgence intérieure à accompagner les enfants vers le meilleur d’eux mêmes et dans les meilleures conditions possibles.
    Un jour ou l’autre, nous sommes presque tous confrontés à la nécessité de confier notre enfant à un tiers. Certains le font les larmes aux yeux, l’estomac noué, la peur au ventre ; ou bien s’en réjouissent autant qu’ils en souffrent, pris dans des sentiments mêlés et contradictoires. D’autres vivent cette première séparation de façon plus paisible, parce qu’ils ont attendu le moment où elle leur semblait à la fois possible et bénéfique, mais, surtout, qu’ils ont trouvé un lieu et des personnes qui leur ont donné l’intime conviction qu’on prendrait vraiment leur enfant en considération et que leur petit trouverait là un environnement et des êtres avec qui développer son plein potentiel sous les meilleurs auspices.

    faire place à l'enfant coralie salaun creche multi accueil parents à parents

    Coralie Salaün

    Car si je m’insurge contre tous les discours qui encensent la séparation mère-enfant comme un bienfait en soi alors qu’elle n’est, je crois, qu’une enième injonction culturelle, je constate qu’ils existent, ces lieux et ces êtres qui sont vraiment bons pour nos enfants. A Champigny sur marne, les six femmes que j’ai eu la chance de rencontrer et qui, par bonheur, travaillent en crèche, portent sur l’enfant un regard plein de bienveillance qu’elles transmettent autour d’elles, autant aux professionnels qu’aux parents : Brigitte et Annick, deux pionnières enthousiasmées par la démarche de Loczy, qui ont mis toute leur énergie au service des tout petits, se battant pour qu’on tienne compte de leurs besoins en priorité devant ceux des adultes et qu’on leur fasse une vraie place en collectivité ; Laurence et Sandrine, qui ont accompagné les enfants dans leurs détresses en foyer d’accueil d’urgence, en néonatalité et à l’hôpital ; Samira et Élodie, qui sont arrivées en crèche après s’être beaucoup interrogées sur la prise en charge des enfants, l’écoute et l’accueil qu’on leur réservait ailleurs, et qui ont senti leur place ici, au plus près des tout petits, là où elles pouvaient leur accorder toute l’écoute qui leur semblait nécessaire.

    Faire place à l’enfant

    faire place à l'enfant coralie salaun creche multi accueil parents à parentsEn France, l’enfant a longtemps été l’absent. Il a d’abord été celui qui, parce qu’il commençait par ne pas parler, n’avait rien à dire. « Et parce que tout ce qui ne pouvait se dire n’existait pas, il a fallu du travail pour arriver à ne pas voir dans l’enfance qu’un (mauvais ?) moment à passer », analyse Annick Joubert, qui a créé et ouvert les premières crèches de Champigny sur Marne en 1983. A l’époque, on n’anesthésiait pas les enfants opérés et de nombreux décideurs pensaient qu’aucune formation n’était nécessaire pour s’occuper de jeunes enfants. Prendre soin des enfants n’était même pas vraiment un travail, et c’était une occupation qui allait de soi. « Je n’avais alors aucune envie de travailler en crèche, se souvient Annick Joubert. On ne s’y occupait que des besoins des adultes ».

    La jeune femme avait assisté à des déjeuners épiques, au cours desquels les bébés étaient rassemblés à heure fixe pour qu’on leur donne à tous à manger en même temps. Et pour les nourrir tous simultanément, il n’y avait qu’un moyen : mettre à contribution tout le personnel de la structure, de la direction aux agents de ménage. « C’était la débandade, se souvient Annick : chaque adulte s’attribuait un bébé, celui qui lui plaisait, qu’elle avait envie de prendre dans les bras. A la fin du repas, il restait un bavoir propre. Un petit n’avait donc pas mangé. Mais lequel était-ce ? »
    Heureusement, le vent était en train de tourner : les travaux de Françoise Dolto sur les enfants et de Frédéric Leboyer sur la naissance commençaient à se démocratiser. Annick a alors découvert l’expérience d’Emi Pikler dans la pouponnière hongroise Loczy, dont elle s’est inspirée pour proposer la mise en place de conditions de travail qui allaient changer radicalement le mode de fonctionnement des lieux d’accueil des tout petits.
    « Il a fallu batailler, à l’intérieur des crèches comme avec les parents et les élus, pour faire porter haut le message de la place de l’enfant, avec deux éléments forts : d’une part, une référente pour cinq enfants avec qui pourraient se nouer des liens de confiance nécessaires et suffisants, et, d’autre part, une autre manière de parler aux enfants. Désormais, il s’agissait de considérer les tout-petits, dès leur plus jeune âge, comme de vrais sujets à qui tout ce qui les concernait pouvait et devait être verbalisé et qu’on devait prévenir pour qu’ils puissent anticiper toutes les situations » explique Annick. « Avant, changer une couche était considéré comme un acte dégradant, se souvient Brigitte Canta. Le jour où les auxiliaires m’ont vue changer un bébé en lui parlant et en lui expliquant « je vais enlever ta couche, tu es prêt, tu lèves ta jambe ? On va enlever ton boddy, tu veux tendre ton bras ?  Elles ont d’abord ri, elles devaient me prendre pour une demeurée, puis ça leur a semblé magique : les bébés traités ainsi restaient calmes et étaient capables de faire leur part bien au delà de ce qu’on avait imaginé : c’était incroyable ! »
    « Les tout-petits n’ont rien à faire en collectivité sauf s’il y a une vraie adaptation à leurs besoins , conclut Annick. Avec les plus petits, les crèches de champigny sur marne privilégient les liens individuels. « Une collectivité bien pensée apporte même aux tout-petits. Elle fournit tout un champ d’expérimentation et le regard de l’adulte peut les aider à aller au bout de leur expérience. Nous nous émerveillons chaque jour face à tout ce qu’ils entreprennent et réussissent ».

    Ensemble au service des enfants

    faire place à l'enfant coralie salaun creche multi accueil parents à parentsMais ça ne suffit pas. Car s’occuper de tout petits, ça remue ! Mes six interlocutrices sont toutes d’accord sur ce point : être en relation avec un enfant implique forcément un travail personnel sur ce qu’on a reçu, ce qu’on n’a pas envie de reproduire,… En matière d‘alimentation par exemple, certains adultes ont envie de forcer les enfants à goûter de tout, et c’est difficile pour eux de se défaire de cette attitude. « C’est un travail quotidien de reprendre ensemble les événements, les micro-actions de chacun pour favoriser la prise de conscience », analyse Brigitte. Et ce sont des échanges qui, pour être vraiment constructifs, doivent se dérouler ne restant focalisé sur l’objectif qui consiste à se demander comment répondre aux besoins de l’enfant en collectivité. « C’est toujours au partir de là qu’on dialogue, précise Brigitte. C’est un travail énorme d’introspection et de réflexion collective qui a pour but de se mettre à la hauteur des enfants ».

    Un travail dont j’ai pu admirer les beaux fruits pendant les deux ans que mon fils a passé au Multi-Accueil de Champigny. Pour asseoir ce travail, le projet éducatif décrit les valeurs du lieu et les formations internes nourrissent intellectuellement les équipes.
    Mais ça ne suffit pas encore. Un enfant ne vient pas seul à la crèche : il y a toute une famille derrière lui. C’est encore pour partir des besoins des enfants que les équipes éducatives ont été amenées à se mettre de plus en plus à l’écoute des familles, en travaillant de concert avec elles pour éviter que les enfants ne soient pris dans un conflit de loyauté. « Mais il s’agit, là aussi, de prendre en compte les familles et les questions de parentalité sans oublier ce qui est pour nous l’essentiel : l’enfant », précise Annick.

    Accompagner aussi les familles

    Au fil de ces échanges avec les familles, les parents se sont mis à poser de plus en plus de questions, en espérant obtenir des réponses tranchées et définitives à leurs préoccupations. « Mais nous ne donnons pas de réponse toute faite, explique Brigitte. Ce serait faire à leur place, les mettre en situation de dépendance. Nous sommes très vigilantes à ne pas tomber dans la toute puissance. Notre positionnement consiste à apporter un éclairage, à donner des pistes de réflexion, à porter un regard différent pour que les parents puissent faire leur chemin. Comme avec les professionnels, nous cherchons à favoriser la prise de conscience, plutôt que de penser à leur place en leur disant quoi faire, ce qui ne porterait pas forcément de fruits car leur nouveau comportement ne viendrait pas de leur plus intime conviction ».

    « Pendant ma formation d’Educatrice de Jeunes Enfants, je ne me suis jamais sentie jugée, je n’ai jamais été notée, on m’a rendue autonome en m’accompagnant avec beaucoup d’empathie, de sorte qu’aujourd’hui, je peux transmettre ce qui m’a été transmis et accompagner les autres avec la même empathie », explique Samia.

    C’est que l’empathie et la bienveillance peuvent être contagieuses ! Et c’est dans ce cadre que chaque personne peut le mieux développer son intelligence, son potentiel, son autonomie. Cela vaut pour les adultes comme pour les enfants.

    L’adaptation : c’est la clé, mais qui s’adapte ?

    Entre un et trois ans, les enfants sont souvent prêts et ont envie de faire des rencontres. C’est à cet âge qu’ils rentrent au multi-accueil de Champigny sur marne, qui accueille les enfants sur quelques jours ou quelques demi-journées par semaine. La plupart des parents pensent que les semaines d’adaptation sont un temps donné à l’enfant pour se faire à ce nouveau lieu.

    Ce n’est pas tout à fait exact. « Ce sont les adultes qui doivent s’adapter aux enfants, pas l’inverse », affirme Brigitte. Et la structure s’adapte le plus possible aux demandes des parents. « L’adaptation est très personnalisée, car c’est là que tout se joue, précise Brigitte. Ce n’est donc pas l’enfant qui s’adapte, tout le monde s’adapte : parents, professionnels, et enfant. Avec les enfants porteurs de handicap, par exemple, l’adaptation s’est naturellement faite en fonction des parents, qui avaient des besoins et des peurs spécifiques. Et finalement, le fait de nous adapter très particulièrement aux spécificités de ces familles nous a aidées à mieux accompagner toutes les autres familles, auxquelles nous nous sommes alors adaptées de la même manière ».

    faire place à l'enfant coralie salaun creche multi accueil parents à parentsCar l’échange avec les parents ne se fait pas que dans un sens ; c’est aussi en écoutant les parents que les professionnels remettent en question certaines de leurs habitudes et attitudes. C’est ainsi qu’au moment de la sieste, des lits ont été mis à l’extérieur pour un ou deux enfants qui y étaient mieux pour dormir. « L’idée s’est étendue, on s’est rendu compte que les tout-petits se reposaient mieux dehors Progressivement le sommeil des bébés s’est alors organisé dehors, puis ce temps de sommeil en extérieur a été offert à tous les autres. C’est devenu une spécificité à Champigny ».
    Merci à ces femmes de cœur dont la présence me remplit de joie, parce que je sais que partout où elles sont passées, des enfants ont trouvé ce témoin lucide dont parlait Alice Miller, ces phares dans la tempête où puiser la matière et la source de leur résilience, cette confiance qui abat les frontières et repousse les limites, ce regard qui dit « tu as de la valeur, tu as ta place, tu es unique et c’est une chance pour le monde que tu sois là».

    Illustrations  : Coralie Salaün puis photos du Multi-Accueil de Champigny sur marne

    10 Nov
    10 Nov
  • Je suis devenue mère pour la première fois une nuit d’été et suis redevenue mère 3 ans plus tard un matin d’hiver. Ces années ont été ponctuées par des périodes d’allaitement, des nuits blanches et l’apprentissage laborieux mais joyeux d’une nouvelle parentalité que nous avions à inventer. Trois années d’émerveillement aussi intenses qu’épuisantes. Mon corps s’était alourdi, mon périmètre de promenade rétréci et mes perspectives d’ailleurs évanouies.

    Démarrages difficiles en auto

    Puis vint pour moi le moment de la reprise du travail. Mon petit était à la crèche, mon grand à la maternelle à six kilomètres de là. Le planning du matin étaient serré, il était difficile d’être à trois endroits différents presque en même temps tout en prenant soin des phases de séparation. Je me déplaçais en voiture, accumulant à ces difficultés celles de la circulation routière et des montées et descentes du véhicule.

    Chaque matin, j’étais tendue, je pressais tout le monde et j’étais désolée de si mal accompagner mes enfants dans leur vécu.

    Je pris un jour la décision d’acheter un vélo électrique. Le relief autour de chez nous ajouté à ma fatigue chronique me faisaient pencher pour cette assistance secourable. Un siège enfant fut installé devant pour le petit, un autre derrière pour le grand.

    « Au premier coup de pédale avec mes deux enfants à mes côtés, je compris que j’avais eu là une idée salvatrice »

    La liberté par le vélo

    Au premier coup de pédale avec mes deux enfants à mes côtés, je compris que j’avais eu là une idée salvatrice.

    Ce mode de déplacement me reconnectait comme par magie avec deux choses essentielles.

    • La première était cette liberté de mouvement qui avait suffi à déclencher un élan de liberté de ma tête et de mon corps.

    Toutes les cellules de mon corps happaient goulûment tout ce que le « dehors » pouvait apporter de vivant, de vibrant.

    • La deuxième chose essentielle était de me re-connnecter à tous ces petits riens d’invisible dans la relation à mes enfants.

    J’avais quitté mes rêves de fusion avec eux pour comprendre que nous étions désormais trois corps mais aussi trois cœurs qui pouvaient battre à l’unisson 2x 30 minutes par jour.

    « Ça peut sembler paradoxal : nous devons tirer les enfants plus tôt du lit, les exposer au froid et à la pluie, mais leurs pleurs de séparation ont disparu et les tensions se sont évanouies ».

    Depuis ce jouliberté d'être mère en movement, pourquoi choisir le vélo en famille pour vos déplacements Parents à Parents Adèle Damoiseaur, nous sommes à vélo. Ça peut sembler paradoxal : nous devons tirer les enfants plus tôt du lit, les exposer au froid et à la pluie, mais leurs pleurs de séparation ont disparu et les tensions se sont évanouies. La menace ultime s’ils ne sont pas prêts le matin est devenue : « Nous allons devoir prendre la voiture !! ». Et là, branle-bas de combat, ils s’habillent seuls, avalent leur petit-déjeuner et se brossent les dents rapidement !

    Dans notre rituel cycliste, chacun a son rôle, sa responsabilité pour lui-même et pour le groupe : penser à tout ce qu’il faut pour ne pas avoir froid, lever son bras pour faire le clignotant, garder une attitude calme pour garantir l’équilibre général, avertir avec la sonnette, encourager maman en montée quand la batterie a lâché.

    Cette qualité d’échange, cette communion familiale est toujours récompensée par de petits cadeaux qui tissent la magie du quotidien : la course d’un écureuil, la brume sur un lac endormi, une abeille qui butine au feu rouge, l’envol d’un héron ou le passage, comme dans un rêve, d’un bateau d’aviron.

     

    FICHE PRATIQUE

    Vélo à assistance électrique (VAE)
    Dégager et prioriser vos besoins en terme d’utilisation : quel poids total sur le vélo, quel relief autour de chez vous, pliant ou non, batterie placée sur le porte-bagage, le cadre ou ailleurs pour éventuellement accrocher une remorque plus tard… Cela vous aidera dans le choix du vélo.
    Préférez un achat chez un revendeur indépendant proche de votre domicile. Vous pourrez ainsi bénéficier de vrais conseils et essayer votre vélo dans la rue, le temps nécessaire pour savoir s’il est véritablement adapté à vos besoins. Vous pourrez aussi le faire réviser sans soucis car les réparateurs de vélos du coin ne prennent parfois plus les VAE en réparation.

    Subventions
    Profitez de l’aide financière alloué par certaines villes de France

    Siège enfant
    liberté d'être mère en movement, pourquoi choisir le vélo en famille pour vos déplacements Parents à Parents Adèle Damoiseau siège vélo bébé avantTrès convaincue du siège bébé avant pour le transport dès tout petit jusqu’à l’âge de 3 ans (il arrive encore à mon grand de 6 ans d’aller dessus). La relation est merveilleuse. L’enfant est beaucoup plus acteur de son aventure et subit moins les chocs dans le dos.
    Beaucoup de références pour les offres de sièges bébé arrière. A vous de définir vos critères (poids, sécurité, facilité d’installation).

    Par exemple : amsterdamer, weeride,….

    Accessoires
    Casque, cape de pluie, sacoches, lumières… Voir par exemple le site cyclo

     

     

     

     

    Adèle nous a déjà fait le plaisir et la joie d’un bel article consacré à l’espace du Sommeil, à retrouver ici.

    Photos : Adèle Damoiseau

    29 Oct
    29 Oct
  • Se souvenir des belles choses, c’est à ce film de Zabou Breitman avec Isabelle Carré que j’ai pensé en interviewant Mélanie, femme de cœur au regard doué pour voir les choses du bon côté. Éducatrice spécialisée, formatrice et entrepreneuse, elle explore les fragilités humaines et le handicap sous toutes ses formes depuis plus de quinze ans. Une belle rencontre !

    Choisir de voir le bon côté des choses

    Mélanie 3D formation pour Parents à Parents

    Mélanie

    Mélanie a connu à peu près tous les publics : les enfants de la Maison Verte Françoise Dolto, les personnes âgées, les enfants et adultes en situation de handicap variés,… D‘éducatrice spécialisée, Mélanie est devenue formatrice, puis elle a créé sa propre structure de formation à laquelle elle a ajouté, récemment, une activité de vente de matériel pédagogique pour pallier le manque de matériel adapté aux compétences et au budget des publics avec lesquels elle travaille.

    « Ce ne sont pas des enfants en situation de handicap,
    ce sont d’abord des enfants »

    Si elle ne devait garder qu’une attitude de la belle expérience qu’elle poursuit aujourd’hui, ce serait sans doute le sourire. Le moteur de Mélanie, c’est cette capacité à sortir du misérabilisme pour se concentrer sur tout ce qui peut donner de l’espoir, sur tout ce qui peut faire avancer les personnes et leur entourage.

    Elle pense à ce jeune homme porteur d’une infirmité motrice et cérébrale qui, après une formation chaotique, a réussi à obtenir un poste de conseiller en mission locale pour soutenir les personnes en situation de handicap. Personne n’aurait misé sur ce jeune homme qui faisait face à bien des difficultés. Mais il avait réussi à utiliser son handicap à bon escient pour lui faire un joli pied de nez.

    Mélanie pense aussi à cette jeune femme qui tient une page Facebook bourrée d’humour, sur laquelle elle affiche une joie de vivre et un courage communicatifs malgré son infirmité motrice et cérébrale… Mille scènes de vie lui traversent l’esprit ; il y a aussi ce beau court-métrage (ci-dessous), touchant et drôle.


    Le recruteur – Genevieve Clay Smith et Robin Bryan par EspaceBuzz

    Utiliser son empathie pour comprendre sans faire à la place

    « Ah, si nous regardons le handicap avec des yeux d’enfant« , soupire Mélanie (cf. la vidéo ci-dessous) ! Naturellement empathique, la jeune femme se met facilement à la place des autres. Mais il s’agit pour elle d’utiliser cet atout pour mieux les comprendre, par pour faire à leur place.


    Des enfants et des parents imitent des… par TVgat

    C’est pour sortir du misérabilisme, de la pitié, mais aussi de la toute puissance du professionnel qui pourrait penser à la place de l’autre ou vouloir tout régler pour lui que Mélanie s’intéresse au lâcher prise de l’éducateur depuis la fin de ses études. Une attitude importante qui s’inscrit dans toutes les situations d’aide ou d’encadrement : managers et salariés, parents et enfants, professeurs et élèves, médecins et patients, éducateur et enfant,…

    Lâcher prise, ici, ça veut dire cesser de croire qu’on peut tout pour l’autre, cesser de penser à sa place, lui rendre sa place d’acteur et d’auteur de sa propre vie (nous en avons parlé ici, à propos de l’endormissement). C’est une démarche qui permet de trouver des solutions aussi créatives qu’appropriées aux problèmes qui se posent. Cette posture de fond, Mélanie l’enrichit de séminaires sur les théories de communication qu’elle intègre ensuite dans les formations qu’elle organise pour les professionnels et les parents : méthode ESPERE, Gordon,… Mélanie est toujours en veille.

    Suivre ses élans

    Matériel Pédagogique construction Paons pour Parents à Parents

    Jeu d’assemblage « les paons » vendu par Matériel Pédagogique

    Dans sa vie professionnelle, Mélanie ne fait pas de business plan ni de stratégie. Elle suit ses envies et ça lui réussit ! Le matériel qu’elle propose est si bien pensé (il est écologique, ludique, pédagogique, résistant, bon marché) qu’il intéresse même les familles, les structures pré et périscolaires, les assistantes maternelles, la gériatrie,… Ses propositions s’étendent aussi outre hexagone.

     

    Prochainement, elle envisage un projet humanitaire au Congo qui la ravit. Car ce qu’il l’intéresse, ce n’est pas tant gagner de l’argent que vivre en fonction de ses valeurs et susciter de la joie partout où elle va.

    Nous lui souhaitons de beaux succès dans toutes ses entreprises !

    Illustration (tableau tout en haut) : Leandro Lamas

    28 Fév
    28 Fév
  • J’aime beaucoup la peinture de Gioia. Il y a tant d’harmonie, de douceur et de tendresse dans ses tableaux que les regarder suffit à faire émerger en moi ces qualités là, même si, quelques secondes avant, je me sentais triste ou maussade. Quelle joie pour moi de vous présenter la jolie femme qui sait si bien représenter la volupté !

    Gioia peint depuis qu’elle est toute petite. Pendant toute son enfance, elle a énormément dessiné ; puis plus tard, elle a fait les beaux arts où elle a été initiée à la peinture à l’huile. La photo l’intéressait aussi beaucoup, mais c’est finalement dans l’informatique qu’elle a usé ses journées : il lui fallait gagner sa vie très vite. Elle a laissé ses pinceaux, et plus le temps passait, moins Gioia osait reprendre ses crayons et sa palette. Comme beaucoup d’entre nous, elle manquait terriblement de confiance en elle.

    Donner la vie et redonner vie à ses talents

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    C’est à la naissance de son premier enfant, en 2006, que tout a changé. Au Danemark où ils vivaient, son mari lui a offert du matériel. Sa fille avait quelques mois, et Gioia s’est dit « c’est maintenant ou jamais ».

    « Je voulais que mes enfants puissent avoir la confiance de suivre leurs inspirations. Il fallait que je montre l’exemple ! » explique-t-elle. En 2007, la belle artiste avait retrouvé tout son potentiel.

    Naturellement, ce sont des images de maternage qu’elle a eu envie de représenter. Il faut dire que Gioia avait toujours aimé peindre les corps, et en particulier les personnages féminins, réels ou imaginaires, que de très brèves rencontres pouvaient suffire à inspirer.

    Son expérience du maternage proximal (allaitement maternel, portage, cododo) a ainsi rejoint son travail artistique : son art est en parfaite cohérence avec sa vie, il nourrit son intention profonde de faire émerger, de la douceur des relations maternelles, la confiance qui permet à chacun de développer son plein potentiel en étant plus attentif à ses émotions. Gioia espère ainsi contribuer à la naissance d’un monde plus humain.

    Tant de joie à porter

    Dans ses peintures,Gioia Albano pour Parents à Parents portage enceinte les femmes qui portent leurs bébés rayonnent de joie : libres d’aller et de faire ce qu’elles veulent, elles semblent elles-mêmes portées par la joie d’évoluer en harmonie avec leur bébé.

    Le portage, c’est l’une des expériences du maternage qui a le plus touché Gioia. Son troisième bébé a quasi vécu dans l’écharpe pendant les premiers mois de sa vie, et elle le porte encore aujourd’hui. Combien d’heures elle a ainsi peint, son bébé contre elle, devant ou derrière ! Il y a deux ans, se souvient Gioia, « j’ai peint le gros ventre d’une amie quelques jours avant son accouchement, pendant que ma fille de huit mois dormait sur mon dos et qu’une amie photographe immortalisait la scène ».
    Gioia est pourtant née à une époque où de nombreuses mères, comme la sienne, voyaient l’allaitement comme une forme d’esclavage et pensaient qu’il était bon de laisser pleurer les bébés. Mais en remettant en cause ses croyances, en traversant ses peurs et en écoutant son cœur, elle a pu materner ses enfants sereinement.

     

    Peindre et materner, tour à tour

    Au Danemark, tout le monde se couchait tôt et comme sa fille mettait beaucoup de temps à s’endormir, Gioia peignait la nuit, une fois la maison assoupie. Une fois arrivée en France, elle a gardé l’habitude de travailler le soir, une fois ses enfants endormis : peindre avec trois petits autour d’elle, c’est impossible !
    Reste que si elle lui permet de vivre en cohérence avec elle-même, la vie d’artiste n’est pas une sinécure. D’une part, explique Gioia : « c’est difficile, d’imposer la peinture comme source de revenu à la famille ; cette activité est aléatoire, imprévisible ». D’autre part, à travailler jour et nuit, Gioia s’est épuisée au point qu’elle a fait un burn-out maternel. A cinq ans, deux ans et trois mois, ses trois enfants étaient tous petits et elle n’avait aucune aide, à part son mari. Perfectionniste, Gioia avait du mal à tout concilier, mais elle ne pouvait pas renoncer à la peinture. Il lui a donc fallu revoir son organisation et changer ce qui pouvait l’être. Elle a gardé  l’habitude de travailler le soir mais elle est de plus en plus à l’écoute de son corps et de ses limites, « je sais que si je suis trop fatiguée je serai infecte, alors je me ménage » analyse-t-elle.
    Aujourd’hui, Gioia peint de sa propre initiative et sur commande. Tableaux inspirés d’une photo ou d’une scène racontée dont Gioia retracera toute l’émotion… Comme celle d’un accouchement à la maison qui n’a pas pu être photographié. La jeune maman voulait laisser quelque chose de cet instant magique à sa fille. C’est le tableau de Gioia qui servira de mémoire.

    illustrations : Gioia Albano

    Pour contacter Gioia http://www.albanogioia.com/index_fr.html
    La page facebook de Gioia

    gioiaalb@hotmail.com ; mobile 06 20 62 56 39

    24 Nov
    24 Nov
  • Quand la maladie ouvre à une vie plus proche de soi

    Sigrid pour Parents à ParentsJ’ai découvert Sigrid au printemps : j’ai été séduite par ses belles créations. Les vêtements qu’elle coud sont vraiment beaux, originaux, gais et colorés, hyper agréables à porter. J’étais si bien dedans que j’ai eu envie de découvrir qui se cachait derrière ces belles réalisations.
    Sigrid naît en Norvège dans une famille de cinq enfants. Elle débarque en France à 17 ans, à Bayeux, dans le cadre d’un échange scolaire au lycée. Amoureuse, elle décide de poursuivre ses études d’ingénieur à Toulouse plutôt que de retourner en Norvège. Jeune diplômée, elle débute alors une carrière d’ingénieur micro-électronicien à la française : elle travaille beaucoup. Les années passant, elle déclare une sclérose en plaques. Elle se fatigue plus vite que ses collègues, forcément, mais elle ne tient pas compte de sa maladie : elle veut en faire autant que les autres.

    Finalement, elle est tellement épuisée qu’elle en vient à appréhender les mercredis où elle se retrouve seule avec ses deux filles. C’est alors qu’elle fait un burn-out.
    Au moment où elle va un peu mieux, et avant qu’elle envisage de reprendre son travail, sa passion se réveille, une passion la taraude et lui brille dans le cœur depuis qu’elle est toute petite : c’est la couture.

    robe lyrique Maud et Carla pour Parents à Parents image1

    Aussi loin qu’elle se souvienne, Sigrid a toujours créé et cousu. Après avoir usé la machine à coudre de sa mère, elle s’est acheté sa première machine avec son argent de poche. Et au fil des ans, elle en a encore usé trois autres. Car dès qu’elle a un peu de temps, elle coud : des tas de choses, et notamment des tenues de scène magnifiques pour sa sœur chanteuse lyrique, dotées d’un corset spécial, posé sur les hanches, qui lui permet de chanter sans entrave.
    Sigrid pour Parents à ParentsSa famille et sa maladie lui donnent l’élan de réaliser ses rêves. Avec son mari et ses filles, elle déménage dans une nouvelle maison, crée un bel atelier de 30m² où elle accumule des centaines de rouleaux de tissus, et, après 25 ans d’expérience, ouvre sa première boutique en ligne : c’est un beau succès ! Il y a quelques mois, Sigrid a décidé de partager, sur une autre boutique, les beaux tissus qu’elle a accumulés. Et elle propose aussi de beaux patrons sur mesure, qui permettent aux couturier(e)s amateurs de réaliser leurs propres rêves.

    Nous lui souhaitons belle continuation !

     

     

    SigSigrid pour Parents à Parentsrid a créé la boutique en ligne Maud et Carla , où elle vend des vêtements aussi beaux que confortables, qu’elle confectionne elle-même du début à la fin. De l’alliance du grand Nord et de la Méditerranée, de la rencontre des cultures, notre amie norvégienne a tiré un style bien à elle.

    Ses beaux tissus sont également à vendre sur cette boutique.

    J’aime beaucoup sa dernière trouvaille : Sigrid nous propose des patrons sur mesure, qu’elle prépare pour nous, qui nous permettent de réaliser nous-mêmes les vêtements de nos rêves. En bonus, elle répond à toutes nos questions pour que nos réalisations soient aussi belles que les siennes (ou presque) !

     

    Illustration en tête d’article : Gioia Albano. Photos : Sigrid Westvik

    Sigrid pour Parents à ParentsSigrid pour Parents à Parentssalopette Maud et Carla pour Parents à ParentsSigrid pour Parents à Parents Sigrid pour Parents à Parents

     

     

     

     

    18 Nov
    18 Nov
  • leandro lamas
    Qui n’a jamais été déçu, au sein d’un projet collectif, une association, un groupe d’entre-aide, de constater que « ça » n’avançait pas et que des résistance, des questions de pouvoir et de rapport de force surgissaient pernicieusement, sans que tout le monde parvienne à prendre ses responsabilités ? Car malgré nos meilleures volontés, il n’est pas toujours facile de créer et de développer des projets avec d’autres. Pour ne pas tomber dans les travers habituels, nous avons besoin d’outils et de processus nouveaux, comme la sociocratie, une approche dont les processus s’inspirent du vivant.

    Le consensus, c’est bien, mais c’est long, ça peut être même être sans fin s’il n’y a rien pour le canaliser. Et finalement, ce n’est pas toujours un consensus : par lassitude ou par habitude, on finit parfois par s’en remettre à ceux qui parlent le plus fort ou qui semblent faire autorité. La démocratie n’est pas plus satisfaisante : la majorité n’a pas forcément raison et elle laisse les minoritaires frustrés, sur le carreau, sans que leur contribution ait été prise en compte. La Sociocratie ouvre une troisième voie, qui réconcilie les contraires pour décupler les possibles. C’est après avoir été profondément déçue par l’énergie énorme que j’avais dépensé, presque en pure perte, dans une association, que je me suis formée à cette approche. Elle a été très salvatrice pour moi ; je l’utilise presque partout désormais, même en famille, avec mes enfants quelquefois. Elle n’est pas toujours formalisée, mais l’esprit est là. Nous l’avons également intégrée aux statuts, au règlement intérieur et au mode de fonctionnement quotidien de l’association Parents à Parents.

    La Sociocratie, d’où ça vient ?

    La sociocratie est un modèle de management participatif venu de Hollande, créé par Gérard Endenbourg* et Kees Boeke*, dans lequel le pouvoir est partagé par tous les membres d’un groupe. Cette approche favorise l’expression de chaque membre, et, par là, l’émergence de l’intelligence collective, qui permet de faire à plusieurs bien plus que la somme de ce que les parties pourraient faire chacune de leur côté.
    Ilia Prigogine* et Hermann Haken* ont démontré que, pour s’auto-organiser, un système doit remplir deux conditions.

    • Premièrement, les éléments du système qui s’auto-organise doivent être équivalents, c’est-à-dire qu’ils ne doivent pas exercer de contrôle les uns sur les autres.
    • Deuxièmement, pour s’auto-organiser, un système doit avoir une source d’énergie externe.

    Ces conditions valent pour tous les systèmes qui s’auto-organisent, qu’on parle de personnes qui se réunissent librement autour d’une table pour un projet commun ou des atomes qui s’harmonisent sur une fréquence dans un laser.

    • Pour mettre en œuvre la première condition, la sociocratie propose des processus : décision par consentement, élection sans candidat, construction d’une proposition en écoutant chacun et en évitant les arbitrages,…
    • La vision partagée, de son côté, apporte la source d’énergie extérieure – la deuxième condition.

    Partager une vision

    On pense parfois à tort qu’il n’est pas nécessaire d’y revenir, que si nous sommes ensemble, c’est que nous partageons le même objectif.

    C’est une erreur.

    Nous pouvons rejoindre un projet pour de multiples raisons, sans partager la même intention. En outre, même si c’est déjà le cas, la conscience de cette vision partagée est l’élan vital du groupe, sa source d’énergie primordiale.

    Sérénité et sécurité

    La mise en place d’une charte comportementale apporte la sécurité nécessaire à l’expression de chacun.

    Ne pas se couper la parole, parler chacun son tour, tenir les échanges confidentiels, parler vrai, ne pas juger,…  Ces règles de fonctionnement, ou règles du jeu ( qui ne sont pas propres à la sociocratie), peuvent être créées et évoluer « chemin faisant », au fur et à mesure que les problèmes se posent.

    Enfin, différents rôles sont attribués aux membres pour faciliter la communication et garantir le bon fonctionnement du cercle et du projet.

    Décider ensemble

    En sociocratie, on ne raisonne pas en termes de qui « a raison » et qui « a tort », mais on écoute toutes les voix.

    On part de l’hypothèse que chacun a quelque chose à apporter dans la mesure où, à la base, les personnes réunies partagent une intention et un projet.
    Concrètement, il s’agit, comme en Communication NonViolente, de séparer les faits de nos ressentis pour démêler nos émotions, comprendre nos besoins et pouvoir être entendus et compris les uns par les autres.
    En effet, si, quand vous proposez de choisir un lieu pour les prochaines vacances en famille ou d’organiser une grande fête de quartier, tout le monde vous répond par un « bof » décourageant, ce n’est pas forcément une raison pour abandonner votre idée !

    Commencez par raconter votre rêve, votre vision ( pas votre idée concrète, mais ce qui vous anime – vivre un grand moment de convivialité, faire connaître une pratique joyeuse,…), et voyez si vos interlocuteurs vous rejoignent.

    Si c’est le cas, bravo, vous pouvez y aller !

    D’abord, trouvez quelqu’un pour animer le processus : vous pourrez, ainsi, rester concentré(e) sur la réalisation de votre rêve.
    Ensuite, expliquez votre projet.

    • Dans le premier tour de table ( ou de cercle), chacun va simplement dire s’il a bien compris ou s’il a des questions sur le contenu du projet.

    Ça paraît bête mais ça ne l’est pas : bien souvent, nous sommes en désaccord parce que nous ne parlons pas de la même chose !

    • Ensuite, un second tour permet à chacun de dire ce qui lui plaît dans ce projet, puis ce qui l’inquiète, les freins qu’il perçoit, les idées qui lui viennent. A vous de décider de tenir compte (ou pas) de ces voix, qui se sont exprimées sans jugement, dans la bienveillance.

    En effet, Nos convictions ne sont que des points de vue, une parole qui nous dérange a priori peut finalement constituer une contribution intéressante.

    «Les problèmes importants auxquels nous sommes confrontés ne peuvent pas être résolus avec des habitudes de pensée qui ont été à l’origine de leur apparition», écrivait Albert Einstein

    •  Au troisième tour, c’est alors le temps de la prise de décision : chacun dit s’il est d’accord avec votre proposition (initiale ou corrigée) et, sinon, quelle est son objection.

    Il ne s’agit pas d’un vote. Tout le monde doit être d’accord.

    Il ne s’agit pas non plus d’un consensus total : les objections doivent être suffisamment fortes et contraires à la perception que chacun a de l’intérêt commun.

    Si quelqu’un a une objection, on peut alors lui demander à quelle condition il pourrait être d’accord. Libre à vous d’en tenir compte ou pas.

    En général, si tout le monde est clair, posé, la discussion se dénoue. Sinon, il peut être préférable de la remettre à une autre fois – c’est qu’elle n’est pas mûre. Et pour que ce processus ne dure pas trop longtemps, il est intéressant de se donner un temps maximum et de bien le respecter : c’est un élément de sécurité important qui permet à chacun de rester concentré sans se sentir coincé dans une discussion sans fin.

    Accepter le chaos

    En sociocratie, on vit souvent des périodes de chaos, qui sont perçues propices à l’émergence d’un ordre nouveau.

    Au cours d’un processus de décision, les positions opposées sont invitées à s’exprimer. Elles sont autant d’éclairages utiles, à partir desquels les membres vont choisir ensemble la meilleure voie du moment. Le processus permet qu’une décision ajustée émerge du chaos. Il incite les personnes à cesser de se battre pour prouver qu’elles ont raison, à faire moins peser leur ego et à se connecter à l’intention partagée pour aller vers ce qui est juste et bon pour le collectif.

    La posture personnelle : elle est cruciale !

    Au départ, ce processus peut être un peu long, le temps que le groupe s’y accoutume. Mais tout sera bien plus rapide ensuite.

    En sus, la longueur et la richesse des échanges dépend beaucoup de la posture personnelle de chacun. C’est un élément primordial.

    Pour être bien posé, on peut prendre un temps d’ancrage, de silence, utiliser toutes les techniques qui nous permettent de nous mettre au service du projet et de ne pas nous laisser parasiter.

    Si quelques personnes ont une posture juste, les autres vont être naturellement incitées à se positionner de la même manière.

    Jean-François Noubel, spécialiste de l’intelligence collective, propose de respirer avant de parler, de parler au centre du cercle, de recevoir la parole du centre et de s’autoriser à demander le silence à tout moment.
    Les processus sociocratiques  aident à sortir des relations bourreau/victime ou décideur/exécutant. Chacun prend sa part et sa responsabilité. En cela, la sociocratie peut être vécue comme un chemin de développement personnel. D’ailleurs, on peut même l’appliquer aux différentes parties qui s’expriment à l’intérieur de soi pour leur donner la parole et prendre des décisions éclairées.
    Ça n’est pas toujours confortable car ça nécessite de se prendre en charge sans prendre le pouvoir sur les autres. Mais c’est tellement plus juste, plus sain et plus fructueux !

    La sociocratie est déjà utilisée au sein des familles, dans des associations, des entreprises, des collectifs citoyens…

    Isabelle Desplats*, formatrice, suggère de ne pas tout appliquer d’un coup, mais d’y aller à petits pas. La sociocratie propose de commencer par agir un tout petit peu sur l’une des forces en présence, là où c’est le plus facile. Ensuite, on recommence.

    Ce n’est pas la politique des grandes manœuvres mais de l’amélioration continue !

     illustration : Leandro Lamas

    *Jean Teské – Kees Boeke (1884-1966) est le fondateur de l’École de la Communauté Werkplaats en Hollande. À la fin de la dernière guerre, il a été emprisonné par les Allemands pour avoir caché des Juifs. Dans sa poche, on trouva une déclaration intitulée « Non à la dictature » qui faillit le faire condamner à mort. Il s’agissait d’un modèle pour une sorte de société démocratique basée sur l’expérience de son école et les réunions des Quakers. Cet article, publié pour la première fois en mai 1945, est une version condensée de la théorie qu’il élabora à partir de son projet initial.
    *Ilia Prigogine a travaillé sur les structures dissipatives et l’auto-organisation des systèmes. Dans La Nouvelle Alliance, La métamorphose de la science, sa théorie sur la thermodynamique réconcilie la physique avec le sens commun (la science classique considérait les phénomènes comme déterminés et réversibles, ce qui est en contradiction avec l’expérience courante).
    *Hermann Haken, professeur de physique et mathématicien, a découvert le principe de l’auto-organisation dans sa théorie sur le laser. Il a réussi à en prouver mathématiquement l’existence.
    *Isabelle Desplats – Les ateliers du devenir humain http://www.ateliersdevenirhumain.org

    Pour aller plus loin :
    L’intelligence collective, la révolution invisible, Jean-François Noubel
    La démocratie se meurt, vive la sociocratie, Gilles Charest, Edizioni Esserci, collection Ecomanagement, (2007).
    La Sociocratie, Les forces créatives de l’auto-organisation, John A. Buck et Gerard Endenburg

     

     

    24 Mar
    24 Mar
  • Les grossesses sont parfois d’intenses périodes de créativité. Ce n’est…

    22 Mar
    22 Mar

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