Sommeil et maternité : un mix tisane « Molotov »

  • Début d’allaitement difficile, nuits hachées, douleurs post-natales, fatigue intense, doutes, … il n’en faut pas beaucoup pour que tout bascule. Sergine retrace pour nous son parcours de jeune mère épuisée, de la traversée de la dépression à l’équilibre et la confiance.

    Enfant, je me voyais mère à 27 ans. J’aurai 3 enfants. Une tribu unie, célébrant la vie et respectant la nature de chacun, dans l’amour simple et la complicité bienveillante, dans la joie et le jeu. J’avais 36 ans quand Noé Ange Komomé, mon fils, est venu au monde, fruit d’une union jeune et magique.
    Ma grossesse a été merveilleuse physiquement. Sur le plan émotionnel, le passage initiatique à la maternité faisait son oeuvre : « ça brassait», comme on dit au Québec (anxiété et peurs) ! Nous nous sommes offerts le précieux présent d’un accouchement naturel, en maison de naissance. Un enfantement pleinement accueilli physiquement et si défiant mentalement ! Que de doutes durant les sept heures entre une dilatation à 9cm et l’arrivée de bébé ! À 5h55 le 27 mars 2012, Noé est né.
    Le soir-même, l’aventure sommeil commençait.

    Avec ou sans lait ? L’allaitement au fil du sommeil

    yoann lambert sommeil maternitéBébé ne buvait pas. Alors la nuit suivante, à la maison de naissance, une accompagnante venait nous réveiller toutes les heures pour que nous lui donnions le colostrum au doigt. De retour à la maison, nous, si confiants dans la vie, nous retrouvions désemparés, seuls et déjà épuisés. Je souffrais d’une plaie au périnée qui rendait la position assise insoutenable. J’étais stressée et anxieuse avec mon petit qui avait perdu trop de poids. Comme le papa, je n’aurais jamais envisagé que l’allaitement serait un parcours du combattant de plusieurs mois, drainant beaucoup d’énergie.

    « De retour à la maison, nous, si confiants dans la vie, nous retrouvions désemparés, seuls et déjà épuisés »

    Une infusion chronométrée : un sommeil en pointillés

    L’enjeu de l’allaitement ponctuait le quotidien d’une discipline et d’un suivi qui nous empêchaient de nous laisser-aller dans le mouvement simple de la vie. Les nuits se découpaient en une succession de réveils programmés pour répondre au besoin vital de nourrir notre fils. Je me
    réveillais toutes les deux heures pour l’allaiter, puis j’allais tirer mon lait. Je dormais ainsi par tranches d’une heure, ne rejoignant jamais le sommeil profond.
    Trois ou quatre mois plus tard, l’allaitement était fluide. Joie ! Et aujourd’hui, deux ans plus tard, nous partageons encore ce bonheur savoureux et complice. Mais pour le sommeil, c’était une autre « tasse de thé ». À 8 mois, Noé se réveillait encore toutes les heures ou les deux heures. Je vivais les couchers avec une grande appréhension : l’endormissement prenait une heure, voire davantage, avant que je quitte la chambre, la boule au ventre. Noé se réveillait une demi-heure plus tard. Pas de répit. Et le jour, Noé résistait au sommeil. La sieste, pour lui, rimait avec balade en poussette.

    « J’ai compris, quand Noé avait huit mois, qu’il se réveillait pour prendre soin de moi »

    La plante anxiogène : maternité et dépression

    yoann lambert sommeil maternitéLa dépression, latente en moi depuis quelques années, s’est pleinement révélée avec la maternité. Magie de ce passage initiatique qui met en lumière tout ce qui nous habite afin que nous puissions faire le ménage et créer pour soi, et pour nos enfants, une vie pleine du sens, tissée avec notre cœur et nos valeurs ! Cette dépression, j’ai mis du temps à l’identifier clairement, mais elle a très nettement teinté mon expérience. J’ai compris, quand Noé avait huit mois, qu’il se réveillait pour prendre soin de moi. Il suffisait d’observer son comportement : il n’y avait aucun doute. Il était parfaitement capable de dormir. Il avait besoin que sa mère s’endorme avec lui et de se s’assurer régulièrement qu’elle allait bien.
    La dépression nous coupe de notre intuition. Elle interfère sur la façon dont nous voyons la vie, et dont nous en appréhendons les événements. Je vivais dans ma tête, en proie aux doutes, constamment. J’accueillais les événements avec anxiété, déconnectée de mon « centre » et de mon conjoint. C’est à dix-huit mois que Noé a commencé à expérimenter des nuits continues. La dépression et l’épuisement étaient à leur apogée.
    Aujourd’hui, je me sens encore vulnérable, mais je suis centrée et connectée à ma sagesse intérieure. Noé a aujourd’hui deux ans et demi. Chaque soir, nous prenons le train du sommeil ensemble, quel qu’en soit le voyage. Depuis deux mois, il a besoin de dormir dans mon lit.
    J’accueille ce qui est : je suis le flot de la vie, pleinement dans le « maintenant ». Je suis à l’écoute de ses besoins, des miens du mieux que je peux, et je remets en question mes résistances. Je crée mes réponses avec mon intuition et celle de mon fils, dans la confiance.

    « La dépression nous coupe de notre intuition »

    Un mélange homogénéisé : le sommeil intriqué avec la vie

    yoann lambert sommeil maternitéIl m’est impossible de dissocier le sommeil, l’allaitement, mes états physique et émotionnel, ceux du père de mon fils et ceux de mon fils. La vie embrasse tout ce qui est et tout ce que nous sommes, dans un même mouvement. Or, j’observe une tendance très marquée dans nos sociétés «modernes» à compartimenter la vie : la famille, le travail, soi, la santé, les loisirs, … En réponse à notre besoin de rationaliser … pour pouvoir contrôler.
    Il en est de même pour la maternité et les bébés : il y a le sommeil, l’allaitement, le langage, etc, que l’on envisage comme des sachets de thé à infuser dans des tasses hermétiquement séparées les unes des autres. Les herbes comme la vie, comme toute vie, conservent leur essence lorsque nous les laissons infuser en vrac, là où leur intégrité est intacte. L’harmonie des saveurs est propre à chacun et à chacune.

    Sergine Martinez

    illustrations : Gioia Albano et Yoann Lambert

    Vous trouverez de nombreuses pistes sur l’endormissement, le sommeil, les réveils nocturnes dans le très beau livre numérique Hors Cadre – Regards Croisés sur le Sommeil

    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    05 Avr
    05 Avr
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    Le rituel de la lecture du soir avant de s’endormir n’est pas un impératif, mais c’est souvent un très bon moment à partager avec son ou ses enfants. Voici une sélection de belles lectures concoctées avec Sophie, libraire passionnée d’enfance à la Librairie Honoré, à Champigny sur Marne (2).

     

    le calme de la nuit livres pour bien dormir parents à parents
    Le calme de la nuit – Virginie Aladjidi – Caroline Pellissier – Emmanuelle Tchoukriel – éditions thierry Magnier
    – 13,5 euros – 2012
    Un très beau petit livre en quatre couleurs. Les feuilles sont très agréables au toucher, les couleurs apaisantes résonnent déjà comme un appel au sommeil et à la sérénité, le texte à la fois simple et poétique enveloppe le lecteur dans un cocon de douceur.. Aux derniers mots du livre, notre petit, blotti contre nous, s’endort doucement… « Moi, je suis près de toi du coucher du soleil au soleil levant pendant que tu dors, mon trésor ». Et nous de rester là encore un instant, à savourer ce bonheur si simple et précieux.


    le calme de la nuit livres pour bien dormir parents à parents

     

     

     

     

     

     

     

    Réveillés les premréveillés les premiers livres pour bien dormir parents à parentsiers – Komako Sakaï – l’école des loisirs 2013 – 12,70 euros
    Un livre dont le dessin et le tracé disent bien la nuit qui n’est pas finie. Anna se réveille en pleine nuit, le chat l’accompagne dans sa petite balade nocturne, les deux compères chipent de quoi grignoter, observent la nuit par la fenêtre, la petite fille en profite pour utiliser les précieux objets de sa grande sœur avant de se rendormir tout contre elle, au moment où le jour se lève. Une tendre histoire qui nous a touchés : il est si souvent arrivé qu’au réveil, nous retrouvions l’une de nos filles lovée tout près de sa sœur, de son frère ou du chat !

     

    réveillés les premiers livres pour bien dormir parents à parents

     

     

     

     

     

     

    mais que veut donc bébé livres pour bien dormir parents à parentsMais que veut donc bébé ? Phyllis Root, Jill Barton kaléidoscope l’école des loisirs – janvier 2000 – 12,04 euros – Maman est fatiguée mais bébé n’a pas sommeil, alors la famille prend le relais pour laisser la jeune mère se reposer. Mais bébé pleure, chaque membre de la famille cherche ce qui pourra bien l’apaiser. Finalement, c’est le petit frère qui trouvera… Une très belle histoire aux couleurs pastel qu’on pourrait souhaiter de vivre à tous les parents épuisés et à leur bébé !

     

     

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    Nina et les oreillers livres pour bien dormir parents à parents
    Nina et les oreillers – Maylis de Kerangal – Alexandra Pichard
    – Hélium Editions 2011 -14,90 euros
    Avec son nouvel oreiller, Nina se met à faire des rêves extraordinaires. Forte de cette belle expérience, elle emprunte les oreillers des autres et pénètre leurs rêves… Un grand livre au format original qui donne envie d’aller se coucher pour partir à l’aventure !

     

     

    Nina et les oreillers livres pour bien dormir parents à parents

     

     

     

     

     

     

     

    louise et l'orage lecture pour bien dormir parents à parentsLouise et l’orage. Vilma Costetti et Monica Rinaldini, éditions Esserci -2006 – C’est la nuit, l’orage gronde et Louise a peur. Plutôt que de réveiller ses parents, Louise cherche des stratégies pour se rassurer. Un petit livre que les enfants aiment beaucoup, librement inspiré de la communication non violente. (1)

     

     

    partager le sommeil de son enfant bien dormir parents à parents
    Partager le sommeil de son enfant– Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau
    avec la préface d’Edwige Antier, jouvence éditions, 2006, 4,90 euros. Un petit livre plein de témoignages qui aborde la réalité du sommeil des bébés, les avantages du sommeil partagé, pratiqué dans le monde entier depuis nos origines, ainsi que les précautions à prendre.

     

     

     

    Retrouver le sommeil bien dormir parents à parentsLe petit livre des huiles essentielles retrouver le sommeil – Guillaume Gérault – Albin Michel – février 2010 – 4.90 euros
    Un excellent petit livre sur les huiles essentielles pour retrouver un sommeil paisible et réparateur en fonction de notre situation (préoccupations, peurs, mauvaise digestion, femme enceinte, bébé, enfant,…). Des éléments précis pour bien utiliser les huiles essentielles. A mettre entre toutes les mains.

     

     

    (1) livre à commander sur NVA ou NCV-Europe par exemple.

    Librairie Honore(2) voir aussi la page Facebook de la Librairie Honoré

     

     

     

     

    La suite est ici :

    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    18 Déc
    18 Déc
  • Adèle a toujours aimé dormir et rêver ; le sommeil, elle y consacrait plus de dix heures par nuit avant que ses enfants viennent au monde, avant qu’elle traverse une période d’épuisement et d’abattement dont de nombreux parents font l’expérience : les réveils nocturnes, fréquents, de ses deux garçons n’étaient pas conciliables avec la pression d’un travail à temps plein.

    « c’est en travaillant sur les espaces de sommeil des différents membres de la famille que chacun a pu trouver le repos dont il avait besoin »

    Il fallait trouver une solution. Finalement, c’est en travaillant sur les espaces de sommeil des différents membres de la famille que chacun a pu trouver le repos dont il avait besoin. Ce témoignage d’une maman qui met son métier d’architecte d’intérieur au service de sa famille sera sans doute source d’inspiration !
    Notre deuxième enfant est arrivé dans un contexte de grande fatigue et de sommeil fragilisé, où personne n’avait encore trouvé sa place. Mon premier bébé s’était réveillé cinq à sept fois par nuit et il ne dormait pas encore bien. Nos scénarios nocturnes frisaient le délire : chacun se couchait dans son lit, le bébé pleurait vers minuit, je le prenais au sein et m’endormais avec ; quand l’aîné pleurait, mon mari allait le rassurer et finissait par s’endormir sur le parquet à côté du petit lit ; notre aîné en profitait alors pour s’échapper et me rejoindre dans le lit conjugal ; réveillée par leur présence (je n’avais plus de place), je partais finir la nuit sur le canapé. Le matin venu, chacun se réveillait, étonné de se trouver là, et nous étions, mon mari et moi, toujours plus fatigués.

    Qu’est-ce qui leur manque ?

    Les années passant, nous décidons de trouver une issue à ce co-dodo imposé. Notre lit passe de 140 cm de large à 180cm. Pendant un certain temps, nous nous sentons un peu mieux. Il y a un réel plaisir à dormir ensemble, à sentir les petits corps de nos enfants près de nous … mais nous dormons toujours mal et nos petits se réveillent ronchons.

    « C’est parce que dans votre lit, il y a de l’amour »

    Un jour, par un heureux hasard, notre aîné passe une nuit entière dans son lit. Il se réveille frais et dispos. Le petit déjeuner est agréable et sans tension. Alors un peu plus tard, je lui demande pourquoi il aime être dans notre lit. Il me répond : « C’est parce que dans votre lit, il y a de l’amour » Les choses étaient dites ! Mais comment mettre de l’amour dans leur propre lit ?

    « Il fallait maintenant redéfinir, non pas un lit, mais un univers assez sécurisant pour que l’enfant ait envie d’y créer sa propre histoire ».

    Un nouveau regard sensoriel

    Il fallait maintenant redéfinir, non pas un lit, mais un univers assez sécurisant pour que l’enfant ait envie d’y créer sa propre histoire.
    Je me suis donc mise à détricoter notre histoire familiale en adoptant un nouveau regard, celui de la professionnelle (je suis architecte d’intérieur). Successivement, nous avions utilisé couffin, berceau, lit à barreau, lit escamotable et lit superposé. Avoir dormi avec mes enfants un peu partout me donnait des pistes pour appréhender avec mes sens ce qu’ils vivaient.
    Je comprenais peu à peu l’importance de se sentir au chaud, comme contre le sein de sa mère ; l’importance du son, étouffé et cotonneux comme dans le ventre pendant la grossesse ; l’importance du contenant, comme les bras rassurants d’un papa.
    Il fallait maintenant redéfinir, non pas un lit, mais un univers assez sécurisant pour que l’enfant ait envie d’y créer sa propre histoire.

    Illustration à la une : Hiroki Sakaï. Deuxième photo : Adèle Damoiseau

    Il vous reste 80% de l’article d’Adèle Damoiseau à lire : deux étapes pour trouver la solution qui convient vraiment à toute la famille + une fiche technique pour créer un espace vraiment adapté aux enfants. Lisez la suite ici

    Vous trouverez de nombreuses pistes sur l’endormissement, le sommeil, les cauchemars et des peurs du soir dans le très beau livre numérique Hors Cadre – Regards Croisés sur le Sommeil

    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    30 Août
    30 Août
  • L’angoisse des occidentaux à l’idée d’une nuit sans sommeil est culturelle. Si en occident, le sommeil, la chambre et le confort du sommeil sont importants, ils ne suscitent aucun intérêt particulier chez les inuits.

    Guy Bordin, ethnologue, membre associé du Centre d’études et de recherche sur les littératures et les oralités du monde de l’Inalco, évoque les moeurs d’un village arctique : pour les inuits des hautes latitudes, ne pas dormir la nuit, c’est un plaisir immense, quasi irrépressible !

    « les enfants dorment quand et où ils en ont envie, sans que personne ne s’en soucie »

    En été comme en hiver, les villages sont généralement très calmes le matin et ils s’animent de plus en plus à mesure que le jour et la nuit avancent. Les inuits aiment énormément pêcher la nuit ; même les salariés, contraints à des horaires de travail strict, peuvent passer la nuit à pêcher, jusqu’au moment de partir travailler. Dans ce cas, ils dorment quelque heures en fin d’après-midi avant de retourner pêcher.
    Ceux qui partent chasser peuvent rester plusieurs jours à courir le caribou sans prendre aucun repos ; au retour ils dormiront dix-huit heures d’affilée s’ils en ont besoin, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. De leur côté, les enfants dorment quand et où ils en ont envie, sans que personne ne s’en soucie.

    Dans de très nombreux pays, l’alternance entre période de veille et de sommeil est intrinsèquement liée à l’alternance jour/nuit.
    Ce n’est pas du tout le cas au delà du cercle polaire.

    Un certain nombre d’activités ont toujours été associées à la nuit : les migrations se faisaient la nuit parce que la glace était plus ferme et les fêtes ont toujours lieu la nuit. Cette pratique n’est pas liée au soleil de minuit qui persiste en été : même avant la christianisation, la fin de l’année était déjà une grande période de fêtes et de rituels nocturnes (elle l’est donc restée).

    dormir autrement la nuit chez les inuits regards croisés sur le sommeil Parents à ParentsLes périodes d’équinoxe (quand partout sur la planète, les nuits et les jours durent douze heures) correspondent à des semaines de «rephasage» du sommeil : au lieu de se coucher au milieu de la nuit, les inuits se couchent plutôt à minuit ou une heure du matin.

    En fait, les inuits valorisent peu le sommeil. Ils dorment n’importe où, assis sur un canapé si c’est là qu’ils se sentent fatigués. Ils aiment dormir tous ensemble, aujourd’hui encore. Alors si quelqu’un rentre, sort, mange, les autres se réveillent, mangent ou sortent ensemble avant de se recoucher : le sommeil est souvent fractionné.

    Car tout est bon pour ne pas dormir : chasser, pêcher, danser, être ensemble,… chez les inuits, on ne va dormir tôt la nuit que si on a quelque chose
    d’important à faire le lendemain matin, sinon autant faire autre chose de plus intéressant !

    Une façon de voir le sommeil qui peut nous inciter à nous sentir moins stressés quand nous nous réveillons de nous-mêmes la nuit, quand nous avons du mal à dormir ou que nos enfants ou nos bébés nous réveillent, non ?

    La nuit chez les autres : les Inuit du haut… par mnhn

    Cette conférence a eu lieu en 2013 dans le cadre des Rendez-vous du Muséum et avec l’Université permanente de Paris. Guy Bordin, ethnologue, est membre associé du Centre d’études et de recherche sur les littératures et les oralités du monde de l’Inalco
    À la différence des autres populations de la planète, celles installées au-delà du cercle arctique doivent composer avec une réalité physique particulière : l’alternance obscurité/lumière n’y est pas systématiquement circadienne, comme à nos latitudes, mais saisonnière. Plusieurs mois par an, l’environnement baigne dans une obscurité continue (période centrée sur le solstice d’hiver) ou dans une lumière permanente (période centrée sur le solstice d’été). Dans un tel univers, on peut se demander ce que recouvre la notion de nuit au quotidien, lorsque les cycles jour/nuit et lumière/obscurité sont, sauf aux périodes équinoxiales, régulièrement déphasés. A-t-elle même encore un sens lorsque le soleil reste en permanence au dessus de l’horizon ? Dans cette conférence, nous verrons comment les Inuit des hautes latitudes conçoivent la nuit et comment ils la vivent, en particulier au niveau du cycle veille/sommeil, là encore bien différent de celui auquel nous sommes majoritairement accoutumés.

    photo à la une : Ghislaine Meicler
    seconde photo : @DR

    Vous trouverez de nombreuses pistes sur l’endormissement, le sommeil, les cauchemars et des peurs du soir dans le très beau livre numérique Hors Cadre – Regards Croisés sur le Sommeil

    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    20 Août
    20 Août
  • Par Mitsiko Miller, cpc

    Ce texte fait partie du livre numérique « Regards Croisés » sur le sommeil que vous pouvez télécharger ici.

    2015-01-30-couv 2015-01-30-1erePage 2015-01-30-emePage Hors Cadre Regards croisés sur le Sommeil

     

     

     

     

    Faire ses nuits est devenu un incontournable dans la parentalité occidentale, qui frôle l’obsession. Dans la société postmoderne dans laquelle nous vivons, le ‘temps plein’ est souvent la seule option proposée aux parents par les employeurs, l’économie actuelle étant basée sur l’entrée de deux revenus pour couvrir les frais de base (maison, voiture, voyage). Cette réalité financière, sociale et économique impose un rythme soutenu à la plupart des parents qui se disent « essoufflés » : après une journée de travail occupée et stressante, la plupart des parents ne peuvent compter sur une grand-mère ou un autre membre de la famille (à part s’ils ont les moyens de se payer de l’aide) pour les appuyer : ils commencent donc un autre emploi à temps plein, après le travail rémunéré, celui de préparer les repas, de gérer la maison et de s’occuper des enfants.

    Joindre les deux bouts : la réalité économique

    La plupart de cesdormir seul dans sa chambre cododo sommeil au Japon Katie Berggren pour Parents à Parents parents vivent une situation des plus stressantes et n’arrivent pas à maintenir le cap: il n’est pas surprenant qu’ils réclament un lieu calme et sans stimuli, et surtout, un sommeil réparateur ! Ceci explique sans doute la popularité de l’entraînement au sommeil de l’enfant (avant le retour au travail, suite à un congé parental ou maternité), de même que l’usage courant d’approches de discipline plus autocratiques (limites et règles rigides et punitions), pour permettre aux parents de vivre un peu de répit dans leur quotidien turbulent.

    La réalité économique et financière est partagée par bien des parents dans le reste du monde, même au tiers monde, qui se courbent également l’échine pour joindre les deux bouts. L’approche autocratique n’est également pas limitée à l’Occident: les violences ordinaires faites aux enfants existent dans tous les pays, sous différentes formes. Pourtant, comment expliquer que ce n’est qu’en Occident que dormir seul, dès un très jeune âge, a pris une importance capitale, alors que dans la plupart du globe, il est totalement impensable de laisser un petit enfant seul, la nuit?

    Sommeil solitaire: une croyance culturelle

    les Japonais étaient horrifiés d’apprendre les coutumes occidentales liées au sommeil.

    Christine Gross-Loh, auteur américaine ayant vécu au Japon, avance une opinion: et si l’obsession du sommeil solitaire était culturelle? Selon Gross-Loh, l’occident, et plus particulièrement les États-Unis, est obsédé par l’autonomie précoce. Elle raconte que le sommeil partagé était commun jusqu’au tournant du 19e siècle (note de Mitsiko : est-ce un hasard que ça coïncide avec l’industrialisation, l’exode, l’éclatement de la famille multi-générationnelle et les longues journées de travail) et tout a changé lorsque l’on s’est mis à associer « sommeil seul » avec progrès: la montée de l’influence scientifique a permis aux médecins de gagner en expertise et en crédibilité.

    Alors qu’avant le 19e siècle, peu de personnes se préoccupaient de la cause des enfants, tout d’un coup, le monde scientifique publie des recherches et des livres proposant des méthodes pour améliorer l’hygiène des enfants (c’est compréhensible si nous nous rappelons le taux de mortalité infantile, qui était dû à un manque d’éducation à l’hygiène, à l’époque).

    Une nouvelle religion: la science

    Bien qu’elle y fait référence, l’auteure de Parenting Beyond Borders ne mentionne pas l’immense influence du médecin behavioriste de John B. Watson sur l’éducation des enfants, aux États-Unis et ailleurs. Je souhaite prendre un moment pour le souligner, car il explique également la forte propension en Occident à favoriser l’entraînement au sommeil, puis à la propreté et enfin, à l’apprentissage, qui est si commune et encore prise pour acquis aujourd’hui.

    Watson affirmait que les enfants doivent être entraînés à devenir autonomes pour ne pas prendre de mauvais plis. Il voyait l’urgence de ne pas manifester d’amour et de chaleur aux enfants (selon moi, ce postulat est basé sur le principe que l’amour rend « faible » : ce serait donc un grand risque que de leur offrir réconfort et empathie), pour éviter qu’ils deviennent mésadaptés et inaptes à fonctionner en société. De là est venue l’idée d’éviter de gâter les enfants, de peur qu’ils prennent de mauvaises habitudes – une croyance si ancrée aujourd’hui qu’il est encore fréquent d’entendre des conseils basées sur cette peur.

    Bien qu’il serait absurde pour bien des parents d’aujourd’hui, de refuser d’exprimer de l’amour à un enfant, demeure le fait que la science est une référence importante pour les Occidentaux. Parfois, les discours alarmistes engendrent un stress énorme sur les parents, qui ne souhaitent que donner le meilleur à leurs enfants (pensons à la panique générale générée durant la crise de l’H1N1, au Québec). Combien de parents sont angoissés par les siestes, les heures de sommeil, les aliments mangés, parce qu’ils craignent que leurs enfants ne soient en bonne santé?

    Suis-je en train de dire que la science est inutile? Non. Cela dit, j’ai à cœur que tout personnes fassent des choix éclairés et approfondissent leurs recherches avant de prendre pour acquis que la science a réponse à tout: car derrière une théorie (surtout en sciences humaines), il y a un postulat basé sur une croyance qui… cherche à être prouvée selon une démarche scientifique.

    Le cododo au Japon

    En visite aux États-Unis,une famille japonaise, choquée de voir que les enfants dormaient seuls chacun dans leur chambre, a cru que le moniteur bébé (babyphone) servait à créer des bruits de fond pour que le bébé puisse entendre ses parents et ne pas ressentir la séparation.

    dormir seul dans sa chambre cododo sommeil au Japon Katie Berggren pour Parents à ParentsRevenons au livre de Gross-Loh: cette journaliste, qui a vécu plusieurs années au Japon où le cododo est la norme, a constaté que les Japonais étaient horrifiés d’apprendre les coutumes occidentales liées au sommeil. Ils prennent pour acquis que tous les parents dorment avec leur bébé à travers le globe, au même titre que les Occidentaux prennent pour acquis que tous les parents du monde « aident » leur bébé à dormir seul, la nuit. Elle fait remarquer que pour les Japonais, le sommeil (sieste comme nuit) ne constitue pas du tout une source d’inquiétude, et ils ont du mal à comprendre l’obsession des occidentaux avec la santé et la sécurité extrême des enfants.

    L’auteur rapporte une histoire vécue: en visite aux États-Unis,une famille japonaise a été choquée de voir que les enfants dormaient seuls chacun dans leur chambre. Ils ont cru que le moniteur bébé (babyphone), si commun dans les maisonnées occidentales, servait à créer des bruits de fond pour que le bébé puisse entendre ses parents et ne pas ressentir la séparation.

    L’obsession de la santé et la sécurité physiques

    Elle spécule que cet écart s’explique par les divergences de croyances culturelles: l’Occident adopte un mode de vie individualiste qui se traduit par une éducation qui encourage l’autonomie et l’indépendance, et la valorisation par l’épanouissement individuel du soi, alors que les autres cultures encouragent des valeurs enracinées dans l’interdépendance.

    Les propos de Gross-Loh me touchent particulièrement parce qu’ils mettent en perspective ce que nous prenons pour acquis: nos croyances culturelles. J’ai eu le bonheur d’être élevée dans une famille multi-culturelle, par une mère d’origine japonaise. J’ai eu la joie d’être portée dans un onbuhimo (porte-bébé), de dormir à côté de mes parents et d’être valorisée pour ma sensibilité, qui était perçue comme une force et un don.

    Lorsque mes enfants tardaient à faire « leur nuit », les propos de ma mère étaient rassurants: « Mitsiko, ton frère a fait ses nuits très tard. Et toi, tu vivais beaucoup d’anxiété, toute petite. C’était dur pour toi de t’endormir. Tu avais une imagination très fertile et tu avais souvent peur. Nous avons respecté cela. Et vint un temps où tu as été capable. » Vint un temps où j’en fus capable. Vint un temps où mon développement physiologique me permettait de dormir toute une nuit.

    cododo dormir seul dans sa chambre sommeil au Japon mitsiko Miller pour Parents à ParentsCette discussion riche m’a amené à me poser des questions: sommes-nous conscients des influences culturelles sur notre parentalité? Il y a-t-il, effectivement, comme le note Gross-Loh, une obsession en Occident de la santé et la sécurité physiques des enfants? Les recherches alarmistes sur le cododo et le sommeil sont-elles justifiées? Qu’en est-il de la santé émotionnelle? Est-ce elle incluse dans les recherches sur le sommeil?

    Comment retrouver un équilibre? Comment encourager les parents à réfléchir par eux-mêmes?

    Dans mon cas, j’ai décidé d’accepter que mes enfants dormiront toute une nuit lorsqu’ils en seront physiologiquement capables. Parce que ce qui était le plus important pour moi dans cette expérience, c’était de pouvoir dormir!

    J’ai choisi de lâcher prise vis à vis de ce que je ne pouvais pas changer: ça arriverait quand ça arriverait. Et j’ai focalisé mon attention sur ce qui était en mon pouvoir : trouver le moyen de dormir convenablement tout en m’assurant que mes enfants sont en bonne santé et en sécurité, à la fois physique et émotionnelle. En pensant de manière créative, notre famille a trouvé une solution respectueuse de tous et qui marchait pour NOUS: pour mon partenaire, pour moi ET pour nos enfants.

    Et vous?

     

    illustrations : Katie Berggren et « Like father like son » « Tel père tel fils », film de Hirokazu Koreeda sorti en décembre 2013

    Références

    eloge de la lenteur Parents à ParentsChristine Gross-Loh, Parenting Without Borders, Penguin Books, 2013
    Robin Grille, Parenting for a Peaceful World, Longueville Media, 2005
    Carl Honoré, Éloge de la lenteur, Marabout 2005
    Gilles Lipovetsky, L’ère du vide, Gallimard, 1983
    John B. Watson : Article sur Wikipédia.org

     

     

     

    © Mitsiko Miller, 2014. Toute œuvre originale jouit de la protection d’un droit d’auteur. Comme pour tous les articles de ce site, vous devez demander la permission avant de reproduire une partie ou la totalité de cet article.

    Mitsiko Miller est coach et mère parfaitement imparfaite de deux maîtres zen. Avec Projet famille en harmonie, elle accompagne adultes et enfants pour les aider à vivre leur harmonie, à Montréal et dans le monde. Suivez son blogue.

     

    Vous trouverez de nombreuses pistes sur l’endormissement, le sommeil, les cauchemars et des peurs du soir dans le très beau livre numérique Hors Cadre – Regards Croisés sur le Sommeil

    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    01 Mai
    01 Mai
  • Il y a des jours où les enfants n’ont pas…

    01 Avr
    01 Avr
  • Hiroko Sakai pour Parents à Parents cauchemars sommeil

    Hiroko Sakai

    Certains adultes, certains enfants font des cauchemars récurrents si terrifiants qu’ils ont peur de s’endormir et en deviennent insomniaques. Pour se libérer du cercle vicieux cauchemar-insomnie, des techniques ont été mises au point, qui semblent aussi efficaces que faciles à mettre en œuvre.

    L’Image Reheasal Therapy

    L’ IRT (Image Rehearsal Therapy) ou thérapie par répétition d’imagerie mentale peut aider à ses soustraire des cauchemars récurrents.

    Elle consiste à se souvenir du cauchemar et à l’écrire en apportant des modifications au thème, à l’histoire, en supprimant les détails effrayants, en changeant la fin,… suivant la nature du cauchemar.

    Le principe est simple : une fois l’histoire réécrite, la personne se repasse mentalement ce nouveau scénario pendant une dizaine de minutes par jour, lorsqu’elle est éveillée.

    Cette technique est efficace pour bon nombre de peurs, de visions nocturnes effrayantes qui rendent difficile l’endormissement,
    « Cette approche a pour effet d’inhiber le cauchemar original en procurant une déplacement cognitif qui réfute de manière empirique le principe original du cauchemar ». D’après « Journal of Clinical Sleep Medecine, Vol.6, N° 4, 2010 »

    « Le principe est simple : une fois l’histoire réécrite, la personne se repasse mentalement ce nouveau scénario pendant une dizaine de minutes par jour, lorsqu’elle est éveillée ».

    La thérapie du rêve lucide

    Une autre technique similaire à l’IRT, la LTD (Lucid Dreaming Thearapy) ou thérapie du rêve lucide, permet à la personne de modifier le cours de son cauchemar pendant qu’elle rêve.
    Elle peut agir sur son rêve à partir du moment où elle prend conscience, qu’elle est en train de rêver, et qu’elle devient donc «lucide».
    D’après « Journal of Clinical Sleep Medecine, Vol.6, N° 4, 2010 »

    Pour creuser la question : http://www.nightmaretreatment.com/

    Agir sur les cauchemars

    A découvrir ici : les méthodes utilisées en Mésopotamie, en Grèce et chez les mayas.

    Illustration : Alexandrine Deve et Hiroko Sakai

    Vous trouverez d’autres pistes sur les cauchemars et des peurs du soir dans le très beau livre numérique Hors Cadre – Regards Croisés sur le Sommeil

    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    24 Fév
    24 Fév
  • L'arbre à nuages Mireille Josselin pour Parents à Parents

    L’arbre à nuages, Mireille Josselin

    Quand il avait cinq ans, mon petit frère nous a raconté qu’il était allé sur le mont Blanc. Il nous a décrit le monde là haut, les cordées, le vertige, la neige blanche comme s’il y était allé. Quand nous lui avons expliqué que non, il n’était allé nulle part, il avait juste joué dans la neige du jardin, il a longuement pleuré à chaudes larmes : « mais puisque je vous dis que j’y suis allé ! ».

    La fille de mon amie Lucie a un ami imaginaire – enfin, un ami que les autres ne voient pas. Son image est si précise qu’elle est capable de le dessiner très distinctement. Elle lui parle, elle lui raconte ce qu’elle vit, il la guide et la conseille. Alexia, quant à elle, voit des fées et discute avec des lutins dans les bois et les jardins. Elle passe des heures dans l’herbe, à la fois calme et joyeuse. Ce qui ne l’empêche pas d’être sociable, d’avoir plein d’amis et d’aimer beaucoup sa famille, ses chats et son école.

    Adrien, qui vient d’avoir trois ans, voit désormais des fantômes le soir à l’heure de se coucher, et lui qui n’avait pas peur de grand chose, ne supporte plus le noir. Mon fils, qui a le même âge, a eu des visions de ce genre pendant quelques jours. C’était toujours au même endroit qu’il prenait peur : en haut de l’escalier, une fois la nuit tombée.

     

    Face aux fantômes

    Je pensais à tous ces enfants hier soir en imaginant différentes réponses qu’il serait possible de leur apporter :

    • Version claire et nette : Les fantômes et les lutins n’existent pas, allez, on pense à autre chose !
    • Version cartésienne : Regarde (en ouvrant les rideaux, les placards, les armoires), tu vois quelque chose, il n’y a rien là !
    • Version médicale : Peut être tu ne vois pas clair, est-ce que tu as mal aux yeux ? Je prends un rendez-vous chez un ophtalmologue pour vérifier ta vue. Oh mon Dieu, et s’il devenait schizophrène ou épileptique?
    • Version paramédicale : Tiens, prends ces granules homéopathiques, ce mélange de fleurs de Bach, ou d’huiles essentielles, ça va aller mieux.
    • Version hypnotique : Il est comment, ton fantôme ? Il a de grands yeux qui te font peur, et si on rétrécissait ses yeux, et si on le rendait tout riquiqui, il te fait encore peur ainsi ?
    • Version Halloween : Chouette, on va jouer avec lui ! Allez, tout le monde se met un drap sur la tête !
    • Version chevaleresque : Prends garde, fantôme, j’ai tiré mon épée de son fourreau !
    • Version spirituelle : Tu sais, certaines personnes voient des choses que d’autres ne voient pas. On va allumer une bougie et faire une prière pour que des anges viennent chercher le fantôme, comme ça il deviendra une âme et il ne te dérangera plus.
    • Version paranormale : un parent appelle un medium pour faire partir le fantôme.
    • Version enveloppante : Viens tout contre moi, je te protège du fantôme.
    • Version Communication NonViolente, sociocratique : Qu’est ce qui te ferait du bien pour te sentir mieux ? (et on trouve, à plusieurs, une solution pour que l’enfant n’ait plus peur, qui peut consister à fermer la porte, à l’ouvrir, à laisser une veilleuse, à placer au bon endroit un doudou protecteur, un camion de police ou un loup en peluche,…).

    Des réponses possibles, vous en avez sans doute beaucoup d’autres en tête (vous nous les faites partager en commentaire?) et vous les avez peut-être combinées !

    Prendre tout au sérieux ?

    Chez nous, le « fantôme » est resté trois jours et doit avoir disparu puisqu’on n’en entend plus parler. Je dois avouer que nous n’avons rien fait de spécial. Nous avons juste écouté notre fils nous raconter le fantôme, sans prendre peur avec lui, sans nier sa peur, sans la rétrécir ni la minimiser (encore que j’ai déjà utilisé avec profit, à d’autres occasions, les techniques d’hypnose eriksoniennes et d’autres méthodes de traitement des cauchemars qui sont décrites ici). Si j’analyse notre réaction, elle a été, en fait, celle que j’adopte le plus souvent : prendre tout ce que mes enfants me disent avec sérieux, mais sans gravité.

    Prendre les choses avec sérieux, mais sans gravité, c’est au fond l’attitude que j’essaie d’adopter dans tous les événements de la vie en ce moment.

    Sigrid, notre amie norvégienne, m’avait expliqué qu’elle était très touchée par le peu de sérieux que la plupart de parents français accordaient aux propos de leurs enfants, même quand ils étaient totalement concrets (regarde mon dessin / mon frère m’a tapé / j’ai faim / je veux rentrer,….).

    Prendre les choses avec sérieux, mais sans gravité

    Denise, maman de trois enfants et grand-mère de huit petits enfants, m’expliquait l’autre jour : « Mon fils Paul a eu un ami imaginaire pendant des années. Tout le monde prenait ça avec légèreté, chez nous comme ailleurs. On ne posait pas de questions mais on écoutait. Ma fille Brigitte, elle aussi, dialoguait avec un être qui devait ressembler à un animal mythique, vu les dessins qu’elle faisait de lui. Il semblait lui apporter beaucoup de sécurité et de confiance. Avec lui, elle n’avait plus peur de s’endormir seule dans son lit le soir. Un jour, ces amis imaginaires ont disparu comme ils étaient venus.

    Quand notre premier petit-fils s’est mis à parler tout seul à quelqu’un qu’elle ne voyait pas, sa mère a été très inquiète. Une de ses amies avait emmené son propre fils voir un psychiatre parce qu’il parlait à des êtres invisibles. J’ai trouvé ça triste que des parents envisagent de donner un médicament à un enfant qui avait simplement trouvé, par ce biais, un moyen de se donner la stabilité affective dont il avait besoin. Ce dialogue avec l’invisible ne terrifiait pas l’enfant, il faisait juste peur aux parents qui ne maîtrisaient pas cette relation. Ma belle fille a accepté de ne pas faire comme son amie. Son fils a continué à discuter de temps en temps avec cet ami qu’il décrivait comme un lutin, jusqu’au jour où il a dit que le petit être était parti. Aujourd’hui, il fait une grande école d’ingénieur à Paris, cette relation là ne l’a pas du tout empêché de développer son esprit scientifique et il semble aussi équilibré que peut l’être un jeune adulte de son âge ! »

    Souvent, les choses se posent toutes seules, avec le temps

    La frontière entre le réel et l’imaginaire est toute fine, les histoires sont pleines de phénomènes irréels auxquels on croit avant de ne plus y croire et d’y repenser à nouveau, la vie est pleine de principes et d’idées toutes faites auxquelles on croit dur comme fer avant de se rendre compte qu’ailleurs, les choses sont perçues totalement autrement et que ça ne les rend pas moins réelles, les découvertes faites en physique depuis cent ans déjouent nos perceptions visuelles, et les rêves sont parfois si frappants qu’il semble qu’on les a vécus vraiment. Certains enfants croient au Père Noël comme d’autres croient en Dieu avant d’affirmer haut et fort que ni l’un ni l’autre n’existent, puis finissent par se poser des questions. Certains lieux sacrés, certains sites naturels nous inspirent une sensation d’amour infini alors même qu’il n’y a personne autour de nous. J’aime laisser les portes ouvertes, ne pas monter trop haut les barricades, ne pas fermer trop vite la fenêtre des rêves et ne pas tarir la confiance dans nos expériences intérieures. Souvent, les choses se posent toutes seules, avec le temps. Et si ça n’était pas le cas, nous chercherions d’autres solutions, non ?

    Ces deux minutes de vidéo nous rappellent la fertilité de notre imagination d’enfant, et si vous la montrez à vos petits, ils vont sûrement adorer !

    5 MORE MINUTES – animated short from Tom Yaniv on Vimeo.

    le grand fariboleur pour Parents à ParentsL’autre jour, nous avons lu cette belle histoire du Grand fariboleur aux éditions Sarbacane, cette sorte de mage-coule grand fariboleur livre enfants pour Parents à Parentsturier qui récolte les pelures de songes, qui fait provision de chimères et d’illusions pour bricoler des fariboles à réchauffer les cœurs les plus froids. C’est ainsi que, affublés d’un de ses coussins fabuleux, les enfants « tristouilleux » se mettent à faire « des rêves tout sucre et miel, plus tendres et ronds que des bonbons, plus lumineux que des soleils ».

    Illustrations : Mireille Josselin et livre « le grand fariboleur »

    Vous trouverez des pistes sur les cauchemars et des peurs du soir dans le très beau livre numérique Hors Cadre Regards Croisés sur le Sommeil

    Regards croisés sur le sommeil : en finir avec ses soucis de sommeil, sommeil bébés, ados, adultes, insomnies, peur du soir, réveils nocturnes, cauchemars pour Parents à Parents

    19 Fév
    19 Fév
  • Pendant que j’attendais mon bébé, je me suis souvent imaginée le regardant dormir à points fermés dans son petit lit (que je n’avais pas encore acheté !) puis retournant vaquer à mes occupations, quelles qu’elles puissent être. «On» me l’avait dit et redit, « un bébé «ça dort» tout le temps », «plus vite il/elle ferait ses nuits, mieux ce serait » , « il y avait des méthodes pour qu’ils apprennent à s’endormir tout seuls toute la nuit »…. c’était donc sûr que, moi, j’allais gérer. Mais il y a les résolutions que l’on prend avant la naissance et puis les solutions que l’on adopte après !

    Pourquoi les bébés se réveillent-ils souvent quand on les pose?

    Je découvrais Gioia Albano le sommeil des bébés pour Parents à Parentsun petit être qui semblait perdu hors de mes bras, et qui, le jour comme la nuit, ne dormait pas plus de vingt minutes d’affilé dans son couffin. C’était bien loin du nombre d’heures qu’est sensé dormir un nouveau-né. Quand ma fille s’était endormie à la fin de la tétée, je m’appliquais à la coucher, avec toutes les contorsions nécessaires pour ne pas la réveiller. Mais malgré toute la délicatesse de mes gestes accomplis au ralenti, elle se réveillait en pleurant, au mieux dans le quart d’heure, au pire dans les minutes qui suivaient. Alors le scénario se répétait : tétée, endormissent, contorsions pour la poser … ; nous y passions nos matinées, nos après-midis, nos soirées, nos nuits…. Mon bébé ne dormait pas, c’était épuisant et frustrant pour nous deux, je commençais à me décourager et à perdre confiance en mes capacités de mère.

    «On» m’avait pourtant dit qu’un bébé ça dormait! «On» ne m’avait pas dit qu’un bébé ça dormait bien mieux et plus longtemps sur sa maman (ou sur son papa, son frère, sa soeur, sa mamie, son papi …) et qu’en plus c’était très bon pour sa santé de dormir près d’une personne sécurisante (1).

    mon bébé avait bien des rythmes de sommeil, certes irréguliers, mais faits de «phases» différentes qu’il me fallait deviner.

     

    (1) D’après une étude publiée dans le Biological Psychiatry Journal : http://www.biologicalpsychiatryjournal.com/article/S0006-3223(11)00639-1/abstract

    Illustrations :  Gioia Albano

    Au sommaire dans cet article à lire dans le Hors Cadre « Regards Croisés sur le sommeil » :

    le train de sommeil des nourrissons – Le train de sommeil des bébés – Les variations des trains de sommeil au fil des âge –

    Adapter nos rythmes de sommeil pour se reposer – Quels risques à laisser pleurer son bébé?

    Regards croisés sur le sommeil : en finir avec ses soucis de sommeil, sommeil bébés, ados, adultes, insomnies, peur du soir, réveils nocturnes, cauchemars pour Parents à Parents

    14 Fév
    14 Fév
  • L’apparente nonchalance des adolescents est souvent très difficile à supporter pour les adultes. On a parlé de la génération « bof », reflet d’une société un brin perdue, en déficit d’espoir. Mais les événements géopolitiques ne suffisent pas à expliquer ce manque de tonus : les générations se suivent et les ados semblent toujours « crevés ».
    En fait, ils ont de bonnes raisons de l’être  : à l’adolescence, le sommeil devient plus léger, le début de nuit est plus instable, la période circadienne (1) s’allonge et induit des retards de phase, expliquent Dr Marie Thirion et Dr Marie-Josephe Challamel (2).

    La puberté modifie le sommeil

    Le sommeil des ados Gilles Levrier pour Parents à Parents

    Gilles Levrier

    Conséquence directe de ce « déphasage », les adolescents s’endorment plus tard. D’autant que les changements hormonaux de la puberté induiraient, entre autres, une sensibilité supérieure à la la lumière du soir susceptible de retarder le début de la sécrétion de la mélatonine.

     

    Et à cela s’ajoutent le décalage lié aux habitudes sociales et le temps passé sur ordinateur, télévision et smartphones le soir. (cf. notre article « Se réveiller la nuit, et si c’était naturel ? »).

    Résultat, « En période scolaire il s’ensuit fréquemment une réduction importante du sommeil nocturne qui atteint presque 2 heures entre 12 et 8 ans. Or les besoins ne diminuent pas. Il semble même qu’ils soient plus importants chez l’adolescent que chez le préadolescent » (2).

    Pour tenir debout le jour en cas de manque chronique de sommeil, le corps a tendance à produire plus de cortisol, qui empêche la sécrétion normale de la mélatonine et freine l’endormissement.

    Les adolescents manquent de sommeil

    Thierry Samuel sommeil des ados pour Parents à Parents

    Thierry Samuel

    Un constat que confirme l’étude publiée en avril 2014 dans the Journal of Sleep Research (3) : d’après la chercheuse Kathryn Orzech, les adolescents  ont besoin de 9.5 heures de sommeil, alors qu’ils n’en ont en moyenne, que 7.5.

    C’est pour compenser ce déficit chronique de sommeil qu’ils multiplient les grasses matinées le week end et font des siestes quand ils en ont la possibilité. Et c’est aussi pour cette raison qu’il leur arrive de bailler à longueur de journée et de s’endormir en classe.

    30 à 75% des adolescents ont des soucis de sommeil (contre 15 à 30% des enfants) (4) ! Le problème, c’est que le manque chronique de sommeil ne suffit pas à rendre l’endormissement plus rapide et précoce. Car pour tenir debout le jour dans ce cas, le corps a tendance à produire plus de cortisol (l’hormone du stress), qui empêche la sécrétion normale de la mélatonine (1) et freine l’endormissement. 

    C’est ainsi que le cercle vicieux se met en place.

    Rétablir un sommeil réparateur

    Le manque de sommeil a des conséquences sur la vigilance, sur les performances physiques et intellectuelles (donc sur les résultats scolaires) et sur la capacité à maîtriser ses émotions. Il a donc un impact fort sur le risque d’accidents (5), la mauvaise humeur (6), l’agressivité (7), le risque de dépression (7) et de prise d’excitants (8).

    Lisez la suite ici

    Regards croisés sur le sommeil : en finir avec ses soucis de sommeil, sommeil bébés, ados, adultes, insomnies, peur du soir, réveils nocturnes, cauchemars pour Parents à Parents

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     illustrations : Gilles Levrier et Thierry Samuel

    Notes :

    (1) le rythme circadien correspond à une période d’environ 24heures synchronisée par l’alternance jour – nuit http://www.douglas.qc.ca/info/rythmes-circadiens-qu-est-ce-que-c-est/ pour en savoir plus : http://www.med.univ-montp1.fr/enseignement/masters_LMD/M1/Physiologie_integree_et_homeostasie/M1_physio_integree_homeostasie_RYTHMES.pdf

    (2) Le sommeil l’enfant et les rêves, Dr Marie Thirion et Dr Marie-Josephe Challamel, Albin Michel, bibliothèque de la famille 2011

    (3) Journal of Sleep Research Volume 23, Issue 2, pages 133–142

    (4) D’après Morrison, McGee, & Stantan, 1992; Strauch & Meier, 1988. D’après une enquête SOFRES 2005 auprès de 509 adolescents françaois de 15-19 ans, 55% d’entre eux se plaignent d’être somnolents et 30% ont une tendance aggravée aux endormissements dans la journée.

    D’après le document Adolescent sleep need and patterns publié par le National Sleep Foundation, la fatigue occasionne 100.000 accidents de circulation chaque années aux Etats Unis. Une étude réalisée en Caroline du Nord a montré que les conducteurs de moins de 25 ans étaient responsables de plus de la moitié (55%) des accidents de voiture occasionnés par un endormissement au volant. Source : Adolescent sleep need and patterns – Research report and resource guide publié par le National Sleep Foundation.
    L’étude menée par Worldson et Carskadon en 1998 a montré que les adolescentes qui se couchaient deux heures (ou plus) plus tard que d’habitude se sentaient plus déprimées que si elles se couchaient à l’heure normale. Source : Adolescent sleep need and patterns publié par le National Sleep Foundation. Source : Adolescent sleep need and patterns – Research report and resource guide publié par le National Sleep Foundation.
    En 1995, l’étude menée par Wolfson et ses collègues a établi un lien entre conduite agressive et manque de sommeil ou coucher tardif. Source : Adolescent sleep need and patterns – Research report and resource guide publié par le National Sleep Foundation.
    Le lien a été fait par Carskadon en 1990, entre manque de sommeil et prise de cafféine, nicotine, alcool et stupéfiants. Source : Adolescent sleep need and patterns publié par le National Sleep Foundation. Source : Adolescent sleep need and patterns – Research report and resource guide publié par le National Sleep Foundation.

    14 Fév
    14 Fév
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