Sommeil et maternité : un mix tisane « Molotov »

  • Début d’allaitement difficile, nuits hachées, douleurs post-natales, fatigue intense, doutes, … il n’en faut pas beaucoup pour que tout bascule. Sergine retrace pour nous son parcours de jeune mère épuisée, de la traversée de la dépression à l’équilibre et la confiance.

    Enfant, je me voyais mère à 27 ans. J’aurai 3 enfants. Une tribu unie, célébrant la vie et respectant la nature de chacun, dans l’amour simple et la complicité bienveillante, dans la joie et le jeu. J’avais 36 ans quand Noé Ange Komomé, mon fils, est venu au monde, fruit d’une union jeune et magique.
    Ma grossesse a été merveilleuse physiquement. Sur le plan émotionnel, le passage initiatique à la maternité faisait son oeuvre : « ça brassait», comme on dit au Québec (anxiété et peurs) ! Nous nous sommes offerts le précieux présent d’un accouchement naturel, en maison de naissance. Un enfantement pleinement accueilli physiquement et si défiant mentalement ! Que de doutes durant les sept heures entre une dilatation à 9cm et l’arrivée de bébé ! À 5h55 le 27 mars 2012, Noé est né.
    Le soir-même, l’aventure sommeil commençait.

    Avec ou sans lait ? L’allaitement au fil du sommeil

    yoann lambert sommeil maternitéBébé ne buvait pas. Alors la nuit suivante, à la maison de naissance, une accompagnante venait nous réveiller toutes les heures pour que nous lui donnions le colostrum au doigt. De retour à la maison, nous, si confiants dans la vie, nous retrouvions désemparés, seuls et déjà épuisés. Je souffrais d’une plaie au périnée qui rendait la position assise insoutenable. J’étais stressée et anxieuse avec mon petit qui avait perdu trop de poids. Comme le papa, je n’aurais jamais envisagé que l’allaitement serait un parcours du combattant de plusieurs mois, drainant beaucoup d’énergie.

    « De retour à la maison, nous, si confiants dans la vie, nous retrouvions désemparés, seuls et déjà épuisés »

    Une infusion chronométrée : un sommeil en pointillés

    L’enjeu de l’allaitement ponctuait le quotidien d’une discipline et d’un suivi qui nous empêchaient de nous laisser-aller dans le mouvement simple de la vie. Les nuits se découpaient en une succession de réveils programmés pour répondre au besoin vital de nourrir notre fils. Je me
    réveillais toutes les deux heures pour l’allaiter, puis j’allais tirer mon lait. Je dormais ainsi par tranches d’une heure, ne rejoignant jamais le sommeil profond.
    Trois ou quatre mois plus tard, l’allaitement était fluide. Joie ! Et aujourd’hui, deux ans plus tard, nous partageons encore ce bonheur savoureux et complice. Mais pour le sommeil, c’était une autre « tasse de thé ». À 8 mois, Noé se réveillait encore toutes les heures ou les deux heures. Je vivais les couchers avec une grande appréhension : l’endormissement prenait une heure, voire davantage, avant que je quitte la chambre, la boule au ventre. Noé se réveillait une demi-heure plus tard. Pas de répit. Et le jour, Noé résistait au sommeil. La sieste, pour lui, rimait avec balade en poussette.

    « J’ai compris, quand Noé avait huit mois, qu’il se réveillait pour prendre soin de moi »

    La plante anxiogène : maternité et dépression

    yoann lambert sommeil maternitéLa dépression, latente en moi depuis quelques années, s’est pleinement révélée avec la maternité. Magie de ce passage initiatique qui met en lumière tout ce qui nous habite afin que nous puissions faire le ménage et créer pour soi, et pour nos enfants, une vie pleine du sens, tissée avec notre cœur et nos valeurs ! Cette dépression, j’ai mis du temps à l’identifier clairement, mais elle a très nettement teinté mon expérience. J’ai compris, quand Noé avait huit mois, qu’il se réveillait pour prendre soin de moi. Il suffisait d’observer son comportement : il n’y avait aucun doute. Il était parfaitement capable de dormir. Il avait besoin que sa mère s’endorme avec lui et de se s’assurer régulièrement qu’elle allait bien.
    La dépression nous coupe de notre intuition. Elle interfère sur la façon dont nous voyons la vie, et dont nous en appréhendons les événements. Je vivais dans ma tête, en proie aux doutes, constamment. J’accueillais les événements avec anxiété, déconnectée de mon « centre » et de mon conjoint. C’est à dix-huit mois que Noé a commencé à expérimenter des nuits continues. La dépression et l’épuisement étaient à leur apogée.
    Aujourd’hui, je me sens encore vulnérable, mais je suis centrée et connectée à ma sagesse intérieure. Noé a aujourd’hui deux ans et demi. Chaque soir, nous prenons le train du sommeil ensemble, quel qu’en soit le voyage. Depuis deux mois, il a besoin de dormir dans mon lit.
    J’accueille ce qui est : je suis le flot de la vie, pleinement dans le « maintenant ». Je suis à l’écoute de ses besoins, des miens du mieux que je peux, et je remets en question mes résistances. Je crée mes réponses avec mon intuition et celle de mon fils, dans la confiance.

    « La dépression nous coupe de notre intuition »

    Un mélange homogénéisé : le sommeil intriqué avec la vie

    yoann lambert sommeil maternitéIl m’est impossible de dissocier le sommeil, l’allaitement, mes états physique et émotionnel, ceux du père de mon fils et ceux de mon fils. La vie embrasse tout ce qui est et tout ce que nous sommes, dans un même mouvement. Or, j’observe une tendance très marquée dans nos sociétés «modernes» à compartimenter la vie : la famille, le travail, soi, la santé, les loisirs, … En réponse à notre besoin de rationaliser … pour pouvoir contrôler.
    Il en est de même pour la maternité et les bébés : il y a le sommeil, l’allaitement, le langage, etc, que l’on envisage comme des sachets de thé à infuser dans des tasses hermétiquement séparées les unes des autres. Les herbes comme la vie, comme toute vie, conservent leur essence lorsque nous les laissons infuser en vrac, là où leur intégrité est intacte. L’harmonie des saveurs est propre à chacun et à chacune.

    Sergine Martinez

    illustrations : Gioia Albano et Yoann Lambert

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    05 Avr
    05 Avr
  • Adèle a toujours aimé dormir et rêver ; le sommeil, elle y consacrait plus de dix heures par nuit avant que ses enfants viennent au monde, avant qu’elle traverse une période d’épuisement et d’abattement dont de nombreux parents font l’expérience : les réveils nocturnes, fréquents, de ses deux garçons n’étaient pas conciliables avec la pression d’un travail à temps plein.

    « c’est en travaillant sur les espaces de sommeil des différents membres de la famille que chacun a pu trouver le repos dont il avait besoin »

    Il fallait trouver une solution. Finalement, c’est en travaillant sur les espaces de sommeil des différents membres de la famille que chacun a pu trouver le repos dont il avait besoin. Ce témoignage d’une maman qui met son métier d’architecte d’intérieur au service de sa famille sera sans doute source d’inspiration !
    Notre deuxième enfant est arrivé dans un contexte de grande fatigue et de sommeil fragilisé, où personne n’avait encore trouvé sa place. Mon premier bébé s’était réveillé cinq à sept fois par nuit et il ne dormait pas encore bien. Nos scénarios nocturnes frisaient le délire : chacun se couchait dans son lit, le bébé pleurait vers minuit, je le prenais au sein et m’endormais avec ; quand l’aîné pleurait, mon mari allait le rassurer et finissait par s’endormir sur le parquet à côté du petit lit ; notre aîné en profitait alors pour s’échapper et me rejoindre dans le lit conjugal ; réveillée par leur présence (je n’avais plus de place), je partais finir la nuit sur le canapé. Le matin venu, chacun se réveillait, étonné de se trouver là, et nous étions, mon mari et moi, toujours plus fatigués.

    Qu’est-ce qui leur manque ?

    Les années passant, nous décidons de trouver une issue à ce co-dodo imposé. Notre lit passe de 140 cm de large à 180cm. Pendant un certain temps, nous nous sentons un peu mieux. Il y a un réel plaisir à dormir ensemble, à sentir les petits corps de nos enfants près de nous … mais nous dormons toujours mal et nos petits se réveillent ronchons.

    « C’est parce que dans votre lit, il y a de l’amour »

    Un jour, par un heureux hasard, notre aîné passe une nuit entière dans son lit. Il se réveille frais et dispos. Le petit déjeuner est agréable et sans tension. Alors un peu plus tard, je lui demande pourquoi il aime être dans notre lit. Il me répond : « C’est parce que dans votre lit, il y a de l’amour » Les choses étaient dites ! Mais comment mettre de l’amour dans leur propre lit ?

    « Il fallait maintenant redéfinir, non pas un lit, mais un univers assez sécurisant pour que l’enfant ait envie d’y créer sa propre histoire ».

    Un nouveau regard sensoriel

    Il fallait maintenant redéfinir, non pas un lit, mais un univers assez sécurisant pour que l’enfant ait envie d’y créer sa propre histoire.
    Je me suis donc mise à détricoter notre histoire familiale en adoptant un nouveau regard, celui de la professionnelle (je suis architecte d’intérieur). Successivement, nous avions utilisé couffin, berceau, lit à barreau, lit escamotable et lit superposé. Avoir dormi avec mes enfants un peu partout me donnait des pistes pour appréhender avec mes sens ce qu’ils vivaient.
    Je comprenais peu à peu l’importance de se sentir au chaud, comme contre le sein de sa mère ; l’importance du son, étouffé et cotonneux comme dans le ventre pendant la grossesse ; l’importance du contenant, comme les bras rassurants d’un papa.
    Il fallait maintenant redéfinir, non pas un lit, mais un univers assez sécurisant pour que l’enfant ait envie d’y créer sa propre histoire.

    Illustration à la une : Hiroki Sakaï. Deuxième photo : Adèle Damoiseau

    Il vous reste 80% de l’article d’Adèle Damoiseau à lire : deux étapes pour trouver la solution qui convient vraiment à toute la famille + une fiche technique pour créer un espace vraiment adapté aux enfants. Lisez la suite ici

    Vous trouverez de nombreuses pistes sur l’endormissement, le sommeil, les cauchemars et des peurs du soir dans le très beau livre numérique Hors Cadre – Regards Croisés sur le Sommeil

    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    30 Août
    30 Août
  • Pendant que j’attendais mon bébé, je me suis souvent imaginée le regardant dormir à points fermés dans son petit lit (que je n’avais pas encore acheté !) puis retournant vaquer à mes occupations, quelles qu’elles puissent être. «On» me l’avait dit et redit, « un bébé «ça dort» tout le temps », «plus vite il/elle ferait ses nuits, mieux ce serait » , « il y avait des méthodes pour qu’ils apprennent à s’endormir tout seuls toute la nuit »…. c’était donc sûr que, moi, j’allais gérer. Mais il y a les résolutions que l’on prend avant la naissance et puis les solutions que l’on adopte après !

    Pourquoi les bébés se réveillent-ils souvent quand on les pose?

    Je découvrais Gioia Albano le sommeil des bébés pour Parents à Parentsun petit être qui semblait perdu hors de mes bras, et qui, le jour comme la nuit, ne dormait pas plus de vingt minutes d’affilé dans son couffin. C’était bien loin du nombre d’heures qu’est sensé dormir un nouveau-né. Quand ma fille s’était endormie à la fin de la tétée, je m’appliquais à la coucher, avec toutes les contorsions nécessaires pour ne pas la réveiller. Mais malgré toute la délicatesse de mes gestes accomplis au ralenti, elle se réveillait en pleurant, au mieux dans le quart d’heure, au pire dans les minutes qui suivaient. Alors le scénario se répétait : tétée, endormissent, contorsions pour la poser … ; nous y passions nos matinées, nos après-midis, nos soirées, nos nuits…. Mon bébé ne dormait pas, c’était épuisant et frustrant pour nous deux, je commençais à me décourager et à perdre confiance en mes capacités de mère.

    «On» m’avait pourtant dit qu’un bébé ça dormait! «On» ne m’avait pas dit qu’un bébé ça dormait bien mieux et plus longtemps sur sa maman (ou sur son papa, son frère, sa soeur, sa mamie, son papi …) et qu’en plus c’était très bon pour sa santé de dormir près d’une personne sécurisante (1).

    mon bébé avait bien des rythmes de sommeil, certes irréguliers, mais faits de «phases» différentes qu’il me fallait deviner.

     

    (1) D’après une étude publiée dans le Biological Psychiatry Journal : http://www.biologicalpsychiatryjournal.com/article/S0006-3223(11)00639-1/abstract

    Illustrations :  Gioia Albano

    Au sommaire dans cet article à lire dans le Hors Cadre « Regards Croisés sur le sommeil » :

    le train de sommeil des nourrissons – Le train de sommeil des bébés – Les variations des trains de sommeil au fil des âge –

    Adapter nos rythmes de sommeil pour se reposer – Quels risques à laisser pleurer son bébé?

    Regards croisés sur le sommeil : en finir avec ses soucis de sommeil, sommeil bébés, ados, adultes, insomnies, peur du soir, réveils nocturnes, cauchemars pour Parents à Parents

    14 Fév
    14 Fév

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