Regards croisés sur le sommeil : la nuit chez les inuits

  • L’angoisse des occidentaux à l’idée d’une nuit sans sommeil est culturelle. Si en occident, le sommeil, la chambre et le confort du sommeil sont importants, ils ne suscitent aucun intérêt particulier chez les inuits.

    Guy Bordin, ethnologue, membre associé du Centre d’études et de recherche sur les littératures et les oralités du monde de l’Inalco, évoque les moeurs d’un village arctique : pour les inuits des hautes latitudes, ne pas dormir la nuit, c’est un plaisir immense, quasi irrépressible !

    « les enfants dorment quand et où ils en ont envie, sans que personne ne s’en soucie »

    En été comme en hiver, les villages sont généralement très calmes le matin et ils s’animent de plus en plus à mesure que le jour et la nuit avancent. Les inuits aiment énormément pêcher la nuit ; même les salariés, contraints à des horaires de travail strict, peuvent passer la nuit à pêcher, jusqu’au moment de partir travailler. Dans ce cas, ils dorment quelque heures en fin d’après-midi avant de retourner pêcher.
    Ceux qui partent chasser peuvent rester plusieurs jours à courir le caribou sans prendre aucun repos ; au retour ils dormiront dix-huit heures d’affilée s’ils en ont besoin, quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. De leur côté, les enfants dorment quand et où ils en ont envie, sans que personne ne s’en soucie.

    Dans de très nombreux pays, l’alternance entre période de veille et de sommeil est intrinsèquement liée à l’alternance jour/nuit.
    Ce n’est pas du tout le cas au delà du cercle polaire.

    Un certain nombre d’activités ont toujours été associées à la nuit : les migrations se faisaient la nuit parce que la glace était plus ferme et les fêtes ont toujours lieu la nuit. Cette pratique n’est pas liée au soleil de minuit qui persiste en été : même avant la christianisation, la fin de l’année était déjà une grande période de fêtes et de rituels nocturnes (elle l’est donc restée).

    dormir autrement la nuit chez les inuits regards croisés sur le sommeil Parents à ParentsLes périodes d’équinoxe (quand partout sur la planète, les nuits et les jours durent douze heures) correspondent à des semaines de «rephasage» du sommeil : au lieu de se coucher au milieu de la nuit, les inuits se couchent plutôt à minuit ou une heure du matin.

    En fait, les inuits valorisent peu le sommeil. Ils dorment n’importe où, assis sur un canapé si c’est là qu’ils se sentent fatigués. Ils aiment dormir tous ensemble, aujourd’hui encore. Alors si quelqu’un rentre, sort, mange, les autres se réveillent, mangent ou sortent ensemble avant de se recoucher : le sommeil est souvent fractionné.

    Car tout est bon pour ne pas dormir : chasser, pêcher, danser, être ensemble,… chez les inuits, on ne va dormir tôt la nuit que si on a quelque chose
    d’important à faire le lendemain matin, sinon autant faire autre chose de plus intéressant !

    Une façon de voir le sommeil qui peut nous inciter à nous sentir moins stressés quand nous nous réveillons de nous-mêmes la nuit, quand nous avons du mal à dormir ou que nos enfants ou nos bébés nous réveillent, non ?

    La nuit chez les autres : les Inuit du haut… par mnhn

    Cette conférence a eu lieu en 2013 dans le cadre des Rendez-vous du Muséum et avec l’Université permanente de Paris. Guy Bordin, ethnologue, est membre associé du Centre d’études et de recherche sur les littératures et les oralités du monde de l’Inalco
    À la différence des autres populations de la planète, celles installées au-delà du cercle arctique doivent composer avec une réalité physique particulière : l’alternance obscurité/lumière n’y est pas systématiquement circadienne, comme à nos latitudes, mais saisonnière. Plusieurs mois par an, l’environnement baigne dans une obscurité continue (période centrée sur le solstice d’hiver) ou dans une lumière permanente (période centrée sur le solstice d’été). Dans un tel univers, on peut se demander ce que recouvre la notion de nuit au quotidien, lorsque les cycles jour/nuit et lumière/obscurité sont, sauf aux périodes équinoxiales, régulièrement déphasés. A-t-elle même encore un sens lorsque le soleil reste en permanence au dessus de l’horizon ? Dans cette conférence, nous verrons comment les Inuit des hautes latitudes conçoivent la nuit et comment ils la vivent, en particulier au niveau du cycle veille/sommeil, là encore bien différent de celui auquel nous sommes majoritairement accoutumés.

    photo à la une : Ghislaine Meicler
    seconde photo : @DR

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    Parents à Parents livre numérique Regards croisés sur le sommeil

    20 Août
    20 Août

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